Le baptistère de Riva San Vitale  

• Allemagne - Autriche - Suisse    • Article précédent    • Article suivant   


Ce baptistère a fait l’objet d’une notice brève par Virgilio Gilardoni, dans le livre Suisse Romane de la collection Zodiaque. Nous reproduisons le texte dans son intégralité.

« Monument paléochrétien fort important remontant au IVe - Ve siècle, à base carrée et à niches angulaires, qui donnent à l’intérieur un plan octogonal. Tout autour se trouvait le péristyle, primitivement relié à l’ancienne basilique. Très bien restauré par M.F. Reggiori, de Molan, en 1955, ce baptistère garde des traces des transformations apportées à l’époque romane. L’abside actuelle, en fer-à-cheval, datant du IXe siècle, s’élève sur les fondations des deux absides antécédentes, l’une du Ve - VIe siècle, hémisphérique, l’autre trapézoïdale plus tardive. À remarquer les restes de fresque romane de la fin du XIe siècle ou du commencement du XIIe siècle. Elles se trouvent dans les deux niches orientales : en celle de gauche, on voit le Christ du Jugement dernier ; dans celle de droite, la Vierge et la Nativité. Ces peintures recouvrent les fragments d’une fresque antécédente, remontant au VIIIe siècle. Dans l’abside, crucifixion fragmentaire, du commencement du XIe siècle, divers autres restes des XIIe, XIIIe, XIVe, XVe siècles sur l’intrados de l’arc et ses piédroits. »

Par ailleurs, le site Internet Wikipédia donne une description un peu différente de ce baptistère. Remarquer en particulier que sur cette page de Wikipédia, pas un mot n’est dit sur les fresques, pourtant fort remarquables :

« Histoire

Selon l'avis des historiens, la baptistère a été construit entre la fin du Ve siècle et le début du VIe siècle, peut-être sur les fondations d'une villa ou de thermes romains ; cette théorie expliquerait la présence d'éléments remontant à la période romaine dans l'édifice. À côté du bâtiment, se trouvait une basilique probablement construite entre le IXe siècle et le Xe siècle et utilisée par la communauté de Mendrisio ; cette basilique, remplacée par l'actuelle église paroissiale en 1759, était reliée au baptistère par un péristyle.

Très mal conservé, le baptistère a été restauré entre 1953 et 1955 ; lors de ces travaux, le bâtiment a été isolé de ses voisins.

Bâtiment


Le baptistère est construit sur un plan carré formé par des murs solides faits de blocs de pierre locale. L'abside située sur le côté Ouest a probablement été réalisée plus tardivement. Le faîte du bâtiment se compose d'une tour-lanterne octogonale recouverte d'un toit de tuiles. Deux entrées se font face : l'une pour l'entrée des catéchumènes et l'autre pour leur sortie après le rite.

À l'intérieur, se trouve une ancienne cuve baptismale composée d'un grand monolithe de gneiss, également de forme octogonale, d'environ 1,9 mètre de diamètre pour 60 centimètres de hauteur. Elle se trouve au centre de la salle bordée de niches creusées dans les murs.

Le bâtiment est inscrit comme bien culturel d’importance nationale.
»


Observations diverses

– Virgilio Gilardoni propose les datations suivantes pour des cycles de fresques : « VIIIe siècle, [...] commencement du XIe siècle, divers autres restes des XIIe, XIIIe, XIVe, XVe siècles... ». Soit 6 dates différentes. Il nous semble que c’est beaucoup. Et ce, malgré le fait que parmi tous les décors, la fresque soit probablement le plus fragile et le plus fréquemment renouvelé. Nous sommes aussi un peu surpris que l’on puisse à partir de fragments de fresque différencier celles estimée du « VIIIe siècle » d’une autre datée du « commencement du XIe siècle », et celle-là d’une du XIIe siècle. Nous avons parfois l’impression que les évaluateurs trouvent leur inspiration chez Mme Soleil, tireuse de tarots.

– Concernant le second texte, nous notons deux erreurs. « L'abside située sur le côté Ouest » : ce n’est pas l’Ouest mais l’Est (vu grâce à une image par  satellite non reproduite sur cette page. « Deux entrées se font face » : elles ne se font pas face puisque l’une est située côté Ouest (face à l’abside ; image 1), et l’autre, côté Sud (image 2).


Ce baptistère présente un grand intérêt et ce, pour plusieurs raisons :

– En premier lieu par son architecture. Il s’agit d’un édifice à plan centré. Mais d’un style particulier puisque sa base est carrée et sa partie supérieure octogonale. Il s’agit là de quelque chose d’exceptionnel. En fait, on connaît des exemples de transformation d'un plan carré en plan octogonal. C’est ce qui se passe pour de nombreuses églises à transept, pour lesquelles on implante une tour à la croisée du transept : cette croisée est à plan carré mais la partie supérieure de la tour est octogonale. Donc le modèle existe … mais il date du XIIe siècle. Et il est postérieur d’au moins 6 siècles à cette église. Concernant la période de construction de celle-ci, le Ve ou le VIe siècle, nous ne connaissons pas de modèle semblable.

– L'image 4 fait apparaître la grande cuve baptismale en gneiss. Mais au-dessous de cette cuve, on peut voir une autre structure à plan hexagonal. Il s’agit d’une piscine baptismale qui était utilisée pour le baptême par immersion. Elle serait contemporaine du baptistère (datation : an 500 avec un écart de 100 ans). La cuve baptismale serait postérieure. Elle était destinée pour la baptême par infusion. Nous pensons que le baptême par immersion qui a été utilisé dans les premiers temps du christianisme a plutôt été conservé dans les rites orientaux. Les peuples nordiques, francs et lombards, auraient pratiqué le baptême par infusion dans des cuves baptismales. Mais tout cela est à réétudier de près.

La photographie de l'image 5 a été prise, face à l’entrée, en direction de l’Est. On distingue, de part et d’autre de l’abside, les deux niches pourvues de fresques.

Image 6 : Niche de gauche. La plupart des auteurs affirment que le thème est celui du Jugement dernier. Nous ne sommes pas tout à fait convaincus de cela car nous ne voyons pas d’image d’un quelconque jugement et surtout nous ne voyons pas le cortège des élus et le cortège des damnés. Cependant, il faut dire que les représentations de Saint Michel faisant la pesée des âmes et celles des divers cortèges d’élus ou de damnés sont romanes. Il est possible que cette fresque ait été réalisée antérieurement à la période romane, avant la codification de la pesée des âmes et des divers cortèges. Et nous voyons, dans le panneau inférieur gauche, un ange avec à ses pieds une curieuse scène que nous retrouvons sur l'image 17. Ce sont des enfants nus s’ébattant dans des sortes de cuve. Il est possible (nous n’avons là rien de certain) que cette scène soit celle de la résurrection des morts. Mais dans le cas présent, il s’agit de petits enfants alors que dans les scènes romanes, les ressuscités sont des adultes de 30 ans (on raconte qu'au cours du Moyen-Âge, les croyants voulaient bien ressusciter mais pas à l’âge de 70 ans, perclus de rhumatismes). Si donc cette scène est une scène de résurrection, elle serait très ancienne, de tradition romaine. Les romains estimaient que la vie ne commençait pas à la sortie du ventre de la mère mais deux ans après. Ce qui explique la présence de petits enfants dans des représentations à caractère religieux. Cette insertion d’enfants dans des imageries religieuses s’est d’ailleurs perpétuée jusqu’aux époques de la Renaissance ou du Baroque et dans le culte chrétien où on les retrouve sous les noms « d’amours » ou de « putti ».

Image 7 : Détail de l'image 6 représentant le Christ en Gloire. Là encore, cette image ne correspond pas aux canons romans : le Christ est à demi vêtu. Si ce n’était le nimbe crucifère, on pourrait croire que c’est un empereur romain.

Image 8 : Autre détail de l'image 6. C’est une des figures situées à gauche de la mandorle. Il s’agit du tétramorphe. Mais c’est une version archaïque du tétramorphe. Elle serait surtout présente dans le culte chrétien oriental. Le tétramorphe est un être unique, représenté comme un archange à six ailes : deux orientées vers le bas, deux vers les cotés, deux vers le haut. Cet être unique est doté des quatre attributs des vivants de la vision d’Ézéchiel puis de l’Apocalypse : lion, taureau, aigle, homme.

Image 9 : Détail de l’image précédente : les quatre attributs. Ils sont représentés par leurs têtes inscrites dans des disques circulaires : en haut, l’aigle, au milieu, à gauche, le lion, à droite, le taureau, en bas, l’homme. À remarquer que les têtes du lion et du taureau sont inscrites sur un fond bleu et celles de l’aigle et de l’homme, sur fond ocre. Hasard ? Ou volonté délibérée afin de délivrer un symbole ? Toujours est-il que l’ensemble de la fresque témoigne d’une rupture de style avec les fresques dites romanes. Cette fresque serait donc, soit nettement plus ancienne que les fresques romanes, voire même que les fresques dites « carolingiennes », soit appartenant à une ethnie ou un secte hérétique du christianisme. Nous sommes plutôt favorables à la première hypothèse.

Image 10 : L’abside orientale.

Image 11. Détail de l’image précédente : Intrados de l’arc triomphal.

Image 12 : Partie droite de l’intrados de l’arc triomphal. Un grand arc de décharge protège une baie géminée dont il ne reste que l’ouverture à droite, protégée par un arc de plus petite dimension. Une femme voilée mais non auréolée apparaît encadrée par cette arcade. Elle porte une sorte de crosse. Dans la lunette située entre le grand arc et les deux plus petits, on peut voir un personnage d’allure juvénile et doté de deux ailes, portant quant à lui une auréole. Nous pensons que la femme est une abbesse, peut-être encore vivante au moment de l’exécution de la fresque. Le personnage de la lunette ne serait pas forcément un ange. L’auréole montrerait que c’est un saint, et les deux ailes qu’il est au ciel. Comme il est écrit ci-dessus, il est très probable que l’abside ait été construite postérieurement à la construction primitive. Il est donc fort possible que cette fresque soit postérieure à celles des niches situées de part et d’autre de l’abside.


Image 13 : Crucifixion située dans la partie basse de l’abside. Certains éléments (bras du christ en forme de T (ou de Tau), croix elle-même en Tau, long pagne couvrant le bas du corps du Chris, présence de la lance du soldat Longin) font envisager une datation de peu antérieure à l’an mil.

Image 14 : Niche de droite. À l’intérieur de la mandorle, l’image est très dégradée. Il semblerait cependant que ce serait celle de Vierge Marie.

Image 15 : Détail de l’image précédente. Cette partie, très dégradée, est difficile à interpréter. Peut-être la Nativité ?

Image 16 : Représentation non localisée d’un saint.

Image 18 : Restes d’un pavement utilisant des motifs répétitifs d’hexagones. La figure de base est un hexagone noir. Est posé sur chaque coté de cet hexagone un pavé carré blanc. Puis entre deux carrés blancs, un triangle équilatéral noir. Et ainsi de suite. De quand date ce type de pavement ? Certains l’attribuent à l’antiquité. Nous le pensons plus tardif.


Datation envisagée pour le baptistère de Riva San Vitale : an 475 avec un écart de 125 ans.