L’église Saint-Nicolas de Rougemont
Cette église a fait l’objet d’une notice
brève par Claude Lapaire, dans le livre Suisse
Romane de la collection Zodiaque.
En voici le contenu :
«
Prieuré clunisien fondé par Guillaume de Gruyère en 1080,
et perdu dans un fond de vallée de l’Oberland bernois.
L’église date du début du XIIe siècle. C’est
une basilique à trois nefs supportées par de lourdes piles
carrées. Actuellement (NDLR : c’était en 1958 ;
depuis ça a changé) d’horribles
joints rouges gâchent malheureusement l’appareil. Le
transept est éclairé par une tour-lanterne. Primitivement,
trois absides en hémicycle formaient le chevet de la
priorale. Elles furent transformées à l’époque gothique. »
Commentaires sur ce texte
et analyse de l’architecture
L’immense majorité des historiens de l’art du Moyen-Âge
n’ont jusqu’à présent, et probablement maintenant encore,
privilégié la lecture des textes historiques, et ce, au
détriment de l’analyse de l’architecture des bâtiments. Or
la conservation d’archives est fort inégalement répartie.
Pour certains monuments, il peut y avoir pléthore de
documents (mais fort peu d’entre eux sont utiles en vue
d’une datation). Pour d’autres, l’absence de documents est
quasi totale. Bien souvent, les historiens de l’art ont
tendance à dater un monument à partir du premier document
qui le mentionne. Alors que le monument pourrait être
nettement plus ancien mais les éventuels textes qui auraient
pu le citer à une date plus ancienne ont disparu. Examinons
cela dans le cas présent. L’auteur du texte ci-dessus écrit
: « Prieuré
clunisien fondé par Guillaume de Gruyère en 1080.
[...] L’église
date du début du XIIe siècle». Le
raisonnement de l’auteur semble être le suivant : puisque le
prieuré a été fondé en 1080, cela signifie qu’il y a eu un
démarrage de la communauté. Il a fallu un certain temps
avant de construire l’église de cette communauté. Celle-ci
date donc du début du XIIe siècle. Le
raisonnement semble imparable. Mais il ne tient pas compte
des questions suivantes : qu’y-avait-il en cet emplacement
avant 1080 ? Comment ce prieuré a-t-il été créé ? Car
certains exemples bien actuels nous montrent qu’il peut y
avoir des installations de communautés en remplacement
d’autres communautés. Donc, dans le cas présent, il a pu y
avoir fondation d’une communauté en 1080 en remplacement
d’une autre communauté. Laquelle avait pu auparavant
remplacer une communauté précédente.
À cette datation à partir des textes écrits, nous préférons
opposer l’analyse de l’architecture. Les éléments
caractéristiques de cette église sont les suivants : nef à
trois vaisseaux charpentés. Le vaisseau principal est plus
élevé que les vaisseaux latéraux (image
2) mais à l’origine, il devait être surhaussé et
détaché par rapport aux collatéraux. Nous pensons qu’à
l’origine, le style de cette nef était plus proche de celui
des basiliques romaines que des basiliques romanes. Le
transept et le chevet à trois absides en hémicycle auraient
été construits après, en remplacement de l’ancien chœur.
Selon nous, les nefs portées par des piliers à section
rectangulaires sont globalement postérieures aux nefs
portées par des colonnes cylindriques.
Datation
envisagée pour l'église Saint-Nicolas de Rougemont
: an 800 avec un écart de 150 ans.