La basilique Notre-Dame de Valère à Sion  

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Nous avons visité cette basilique du château de Valère. Mais c’était en 2007, bien avant la création de ce site qui nous a permis de faire des comparaisons. De plus, au moment de la visite, le chœur, clos par un jubé, était inaccessible et la prise d’images très délicate. Cependant, nous avons pu photographier quelques chapiteaux que nous présentons ci-dessous. Les autres images ont été recueillies sur des galeries d’Internet.

Cette église a fait l’objet d’une étude approfondie écrite par Albert de Wolff, dans le livre Suisse Romane de la collection Zodiaque. En voici des extraits :

« Notes historiques sur les églises de Sion

En 57 Avant J.C., lorsque Servius Galba, lieutenant de Jules César, pénétra dans le Valais, il le trouva occupé par quatre peuplades d’origine celtique. La plaine en son endroit le plus élargi d’où émergeaient trois collines était le centre naturel de Seduni.


En 377 après J.C. peut se situer la plus ancienne inscription chrétienne de la Suisse. Elle est encastrée dans le vestibule de l'Hôtel de Ville de Sion. Son texte : " Confiant dans la dévotion, Pontius, prêteur, a reconstruit les édifices augustes beaucoup plus magnifiques qu’ils ne l’étaient auparavant. Cherche de tels hommes, état ! Sous le quatrième consulat de notre seigneur Gratien et de Méobaude, Pontius Asclépiodotus, sénateur, gouverneur, a fait don. ".

Entre 565 et 585, Sion devient le siège épiscopal. La curie se trouve à mi-hauteur des collines de Valère, à l’emplacement du théâtre actuel.

En 999, Rodolphe III de Bourgogne donne le comté du Valais à l’évêque de Sion, qui restera sous l’immédiateté impériale, prince et au pouvoir spirituel et temporel, en fait jusqu’en 1648, et en titre, jusqu’à la fin de l’ancien régime en Valais, en 1798.

1168 – Premier acte concernant Valère. " Les chanoines du chapitre de la cathédrale sont tenus d’habiter dans le château dont l’enceinte enferme l’église de Valère. "

1178 – L’évêque Pierre d’Oron qualifie le château de Valère de " trésor principal de l’église sédunoise "
. [...] »


Analyse architecturale de cette église

Même si les textes précédents laissent envisager qu’une église (peut-être même une cathédrale) était présente sur la colline de Valère avant l’an mille, on ne peut que constater l’absence de restes de cette église. Seule la partie cylindrique située sous l’abside pentagonale, visible sur l'image 3, pourrait cacher les restes d’une construction (une crypte ?). Mais tout le reste semble dater du deuxième millénaire, hors du cadre de notre étude. Qui plus est, la première impression est celle d’un édifice entièrement gothique et donc postérieur à l’an 1200.

Il faut faire des efforts d’attention et de déplacements autour du jubé pour réaliser que certains chapiteaux du chœur sont romans. Mais,,là encore, le mot de roman associé à ces chapiteaux évoque une période comprise entre l’an 1000 et l’an 1200, postérieure à celle que nous étudions. Cependant, l’étude de ces chapiteaux est intéressante car elle révèle une évolution des constructions. Ce qui pourrait permettre d’envisager une chronologie.


Examinons tout d’abord les images 7, 10, 11 et 13. Pour chacune de ces images, le groupe sculpté, formé de chapiteaux surmontés de tailloir, sépare une partie inférieure formée de pilastres à section rectangulaire et de colonnes ou colonnettes cylindriques, d’une partie supérieure formée d’arcs ou d’ogives de sections diverses. La logique et une expérience en la matière veut que la section horizontale supérieure des pilastres et colonnes, en contact avec les chapiteaux, soit identique à la section inférieure des arcs et ogives, en contact avec le haut des chapiteaux. Notre idée est la suivante : en admettant que l’architecte ayant conçu le plan d’origine ait voulu construire l’église telle qu’elle est actuellement, il aura commencé par envisager quelle devait être sa couverture car c’est cette couverture qui, par son poids et les poussées qu’elle crée, définit les formes et dimensions des parties inférieures. Actuellement, la nef est voûtée sur croisée d’ogives. Si donc l’architecte a conçu la nef actuelle, il a d’abord dessiné les arcs doubleaux et les ogives. Puis il a fait descendre son dessin, d’abord en appuyant les arcs doubleaux et les ogives contre des piliers, puis jusqu’au sol sous la forme de colonnettes verticales, comme pour des gouttières et des descentes d’eau pluviale. Notre idée est donc qu’il devrait y avoir continuité entre les pilastres ou colonnettes inférieures, et, arcs ou ogives supérieures, une continuité seulement interrompue par les chapiteaux.

Or cette continuité, nous ne la voyons pas apparaître sur les images 7 , 10, 11 et 13. Considérons par exemple l'image 11. On y voit trois chapiteaux : à gauche, un chapiteau à base circulaire décoré de deux aigles impériaux, au centre, le chapiteau aux deux masques, à droite un chapiteau à feuillages, en partie masqué par le précédent. Revenons au chapiteau aux deux masques. Sa base s’adapte parfaitement et en continuité avec la partie inférieure, formée d’un pilastre à section rectangulaire et d’une colonne à section hémicycle accolée à ce pilastre. Si, à présent, on examine la partie au dessus du chapiteau, on découvre que la base de l’arc est à section rectangulaire.

Ce petit raisonnement (appelé, en mathématiques, raisonnement par l’absurde) amène à la conclusion que la partie située au-dessus des chapiteaux a été construite après, voire longtemps après, et non dans la foulée.

Mais ne nous arrêtons pas là ! On constate en effet sur la même image 11 qu’il y aurait peut-être aussi une autre discontinuité. Cette fois-ci, au niveau du style. Les deux colonnettes qui encadrent le pilastre central (en-dessous des chapiteaux) sont cylindriques alors que la colonne engagée sur le pilastre est demi-cylindrique. Il s’agit là d’un indice qui doit être confirmé par d’autres observations.

Passons à l'image 8, image détaillée de l'image 7. On peut deviner le plan en coupe de la partie inférieure (sous les chapiteaux). Ce plan en coupe ne fait apparaître que des formes angulaires à 90° hormis au milieu où la forme est circulaire. Examinons à présent le deuxième chapiteau à partir de la gauche : sa forme est angulaire comme celle du dessous mais il semble être en biseau par rapport à celle-ci. Pour le chapiteau suivant, la partie inférieure circulaire est adaptée à la forme circulaire du dessous. Mais il semble avoir été scié verticalement, et, en tout cas, il ne semble pas être en continuité avec les chapiteaux voisins. On retrouve le même type de problème de continuité sur l'image 14 et ses vues détaillées (images 15 et 16) pour lesquelles les chapiteaux se superposent, cachant mutuellement certaines de leurs faces.

Autre remarque : sur les images 10 et 11, l’arc supérieur situé à droite bute contre le chapiteau de droite alors qu’il devrait arriver tangentiellement. L’idée est donc que ce chapiteau de droite ainsi que la colonnette qui le supporte ont été ajoutés postérieurement.


Évolution de la construction en vue d’une estimation de datation

Ces quelques observations nous font envisager qu’il y a eu plusieurs opérations successives. D’abord une tentative de voûtement avec construction des pilastres et colonnes cylindriques adossées à ces pilastres. Pour la deuxième opération, il y aurait eu ajout des colonnettes cylindriques destinées à porter des ogives par l’intermédiaire de chapeaux eux aussi ajoutés. La construction des voûtes actuelles sur doubleaux et ogives aurait fait partie d’une troisième opération de construction. Il est possible qu’il y ait eu d’autres étapes de travaux. Ce que nous décrivons là ne sont que des hypothèses qui doivent être soumises à un réexamen plus détaillé et plus complet que ce que nous avons fait. Ce réexamen devrait permettre d’établir une chronologie et, par la suite, compte tenu qu’un écart d’années minimum sépare deux étapes successives de travaux, d’envisager une datation.


Essai d’identification de chapiteaux historiés

Image 9. Chapiteau de gauche : deux hommes encadrant un arbre de vie ; chapiteau de droite : un homme accroupi. Nous n’identifions pas le symbolisme de cette figure.

Image 10. Chapiteau de gauche : un homme au torse nu s’extrait de feuillages. Il est encadré par les protomés de quatre béliers. Nous pensons que cette scène est en rapport avec celle de l’homme nu sortant des feuillages vue pour la première fois à Saint-Bénigne de Dijon. L’homme nu pourrait être le symbole de l’ancêtre fondateur de la dynastie ou du groupe humain local.

Image 11. Chapiteau de gauche : aigles impériaux ; chapiteau de droite : des femmes à queue de poisson s’extraient des gueules de monstres. Dans ses commentaires, Albert de Wolff estime que c’est une représentation de l’enfer. Nous pensons plutôt au monde des ténèbres qui ne doit pas forcément être assimilé à l’enfer. Ce monde est celui des morts. Les anciens pensaient que ce monde est à la fois sous terre et dans la mer. Ce monde est habité par des créatures marines comme les sirènes ou les néréïdes.

Image 12. Chapiteau de droite : la scène principale est très dégradée. Il semblerait que deux lions se partagent la dépouille d’un homme (partie avant du corps).

Image 15. Détail des images 13 et 14. Chapiteau central : deux aigles impériaux.

Image 16. Autre détail des images 13 et 14. Chapiteau au thème énigmatique. Il est possible que la scène située dans la partie inférieure sous la feuille soit une représentation très schématique des « oiseaux au canthare ».

Image 17. Autre détail de l'image 13 (partie située à droite). L'ensemble est constitué par quatre blocs ; deux dans la partie inférieure faisant office de chapiteau ; deux dans la partie supérieure faisant office de tailloir. Si les deux blocs de la partie inférieure sont de même style, il n’en est pas de même de ceux de la partie supérieure : le premier est à feuillages, le second, à décor historié.

Image 18. Détail de l’image précédente : un homme dévoré par un dragon. Ce pourrait être une allégorie de la mort.


Datation envisagée pour la basilique Notre-Dame de Valère à Sion, élaborée à partir de l’analyse effectuée sur les chapiteaux : an 1050 avec un écart de 75 ans.