L'église Saint-Étienne de Bouëx
Une
petite découverte, grâce à M. Clive Kenyon
Nous n'avons pas visité cette église. Il y a quelques temps,
un de nos correspondants, M. Clive Kenyon, créateur d’un
blog sur le site Flickr, nous a fait parvenir des images de
cette église dont, auparavant, nous ignorions l’existence.
Ces images, complétées par d’autres récoltées sue des
galeries d’Internet, sont étudiées dans cette page. Parmi
les images envoyées par M. Kenyon, il y avait les
photographies de quatre chapiteaux du portail Ouest (images
de 13 à 21) et d’autres éléments du même portail (images de 22 à 24).
Nous avons eu la grande surprise de découvrir à la fois
l’existence de ces chapiteaux, leur grand intérêt
archéologique et le fait, que bien qu’ils aient été exposés
à la vue de tous, ils ont été complètement négligés (nous
n’avons vu aucune image les représentant hormis celles de M.
Kenyon).
Passons aux diverses descriptions de cette église.
La page du site InternetWikipédia
décrivant cette église nous apprend ceci :
« L’église
paroissiale Saint-Étienne était au milieu du XIIIe
siècle un prieuré-cure donné à l’abbaye de Saint-Cybard
par le pape Eugène III. Elle subit les guerres de religion
et les seigneurs voisins qui l'annexèrent en temple. Elle
fut interdite pendant de nombreuses années et seulement
restaurée en 1631. Le clocheton surmontant la façade date
du début du XVe siècle. Quelques murs des
bâtiments prieuraux subsistent à l'Est du chœur. L'église
avait sur le latéral sud une porte privée menant au
château. »
Autre information par le site
histoire-et-patrimoine
- Bouëx :
« L’église
Saint-Étienne de Bouëx, de style roman, bâtie aux XIe
et XIIe siècles, offre un intérieur gracieux et
pieux. Elle a été donnée en 1146 à l’abbaye de
Saint-Cybard par le pape Eugène III, et a été fortifiée
pendant les guerres de cent ans. À côté de la sacristie,
est une chapelle dédiée à la Sainte Vierge. C’était la
chapelle des seigneurs de Méré, qui avaient au-dessous
leur lieu de sépulture. Selon Nanglard, les seigneurs du
lieu auraient embrassé la religion protestante et ils ont
cherché, à partir de 1570, à empiéter sur les droits des
curés. Ils se sont fait inhumer dans l’église qui restera
de ce fait interdite plusieurs années. Ruinée pendant les
guerres de religions, elle sera restaurée après 1631,
époque où elle a sans doute perdu son clocher initial.
»
Par le site Sauvegarde
de l’Art français
:
« L’église
de Bouëx est située à la sortie ouest du bourg, au nord
d’un manoir des XVe-XVIIIe siècles.
Dédiée depuis l’origine à saint Étienne (Sancti Stephani
de Buxo, 1271, de Buxia, 1281), elle fut donnée en 1146 à
l’abbaye Saint-Cybard d’Angoulême par le pape Eugène III,
don reconnu par l’évêque Pierre Ier Titmond en
1161. Ruinée par les calvinistes, relevée à partir de
1631, voûtée en 1872 d’un berceau de brique enduite sur la
nef, énergiquement décapée à l’intérieur en 1984, elle
vient d’être l’objet d’une soigneuse restauration avec
l’aide financière de la Sauvegarde de l’Art français.
»
Commentaires
sur les textes ci-dessus
On constate que, comme la quasi totalité des historiens de
l’art du Moyen-Âge, ceux qui ont étudié cet édifice se sont
contentés de rechercher des textes la concernant. Comme le
document le plus ancien était daté de 1146, ils en ont
déduit que l’église devait dater du XIIe siècle,
voire du XIe siècle. Mais ce, sans étudier son
architecture, qui, il faut le reconnaître, est un peu
complexe. Mais c’est justement cette complexité qui devrait
attirer notre attention. Car on doit toujours se poser les
questions : quelle était la forme de l’église primitive ?
Comment est-on passé de l’église primitive à l’église
actuelle ?
Les réponses, nous ne sommes pas en mesure de les donner car
l’analyse de l’architecture est particulièrement délicate :
il faut aller sur place, prendre des photographies de
l’édifice sous tous les angles, à l’intérieur et à
l’extérieur, et dans tous les détails, les étudier à
l’ordinateur, et revenir sur place, parfois à plusieurs
reprises, pour le réexamen d’un détail négligé auparavant.
Nous pouvons seulement indiquer quelques pistes de
recherches.
Le chevet-tour à plan
carré. Il s’agit là d’une structure architecturale
rencontrée à plusieurs reprises dans le pays d’Aquitaine et
qui semble lui être spécifique. Ce pays d’Aquitaine
correspond à l’ancienne Aquitaine recouvrant à la fois
l’actuelle région de Nouvelle Aquitaine et quelques
départements d’Occitanie, comme les Hautes- Pyrénées et le
Gers. La première fois que nous avons identifié ce type de
structure, c’était à Peyrusse-Grande, dans le Gers. Depuis,
nous l’avons retrouvée en Charente, Charente-Maritime
(Bougneau, Petit_Niort) ou Dordogne (Trémolat).
Le plan de l'image 5
: Il fait apparaître la complexité dont nous avions parlé
précédemment, les différents niveaux de gris étant
probablement liés à des campagnes de travaux. Au sujet de ce
plan, nous nous posons la question de sa pertinence. Il ne
semble pas correspondre aux images
8 et 9. En
effet, en observant la partie Ouest de l’église, on note la
présence de collatéraux et de deux paires de piliers
cruciformes. On ne voit pas de collatéraux sur les images
8 et 9 et les piliers sont rectangulaires.
Sur les images
8 et 9, on
observe, se faisant face, une série de trois grands arcs. Il
y a deux possibilités : soit à l’origine, la nef était à un
seul vaisseau. Plus tard, on a décidé de la voûter. Pour la
voûter, il fallait épaissir les murs. On a décidé de le
faire en accolant ces arcs, côté intérieur, aux murs
anciens. La deuxième possibilité est la suivante : à
l’origine, la nef était à trois vaisseaux. Plus tard,
peut-être en vue d’une fortification de l’édifice, on a
décidé de supprimer les collatéraux et de murer les baies de
communication entre le vaisseau central et les collatéraux.
Les
chapiteaux du portail Ouest
Étudions d’abord le portail Ouest (image
6). Il comporte trois voussures (ou archivoltes).
Les deux inférieures ont des arcs en plein cintre. Pour la
supérieure, l’arc est brisé. On envisage donc qu’il y a eu
deux périodes de construction : une première pour les arcs
en plein cintre, une seconde pour l’arc brisé. Cela n’a rien
de surprenant ! L’exemple est d’ailleurs assez fréquent.
Lorsqu’on veut augmenter l’épaisseur d’un mur, on plaque un
autre mur sur le mur en question. Mais ce faisant, on risque
de boucher l’entrée. En conséquence, on aménage dans le
nouveau mur une baie encadrant l’entrée.
Cela donc ne pose pas problème. Mais, ce qui pose problème,
ce sont les chapiteaux. Il y en a quatre visibles
ci-dessous. Les quatre chapiteaux sont de même style, donc,
a priori, de même époque de construction. Deux de ces
chapiteaux portent le plus grand des deux arcs en plein
cintre ; les deux autres, l’arc brisé. Ces deux arcs ne sont
pas contemporains ! Où est l’erreur ?
Une hypothèse : deux, voire peut-être les quatre chapiteaux,
auraient été utilisés en réemploi. Ce qui signifierait que
les chapiteaux sont antérieurs aux arcs. Cette hypothèse
pourrait éventuellement être vérifiée sur place en observant
le nombre de faces latérales sculptées de chaque chapiteau.
Que voulons-nous dire en parlant de nombre de faces ?
Considérons un chapiteau donné. Sa forme est en général la
suivante : il a deux faces horizontales : une face
inférieure circulaire (ou demi-circulaire) en contact avec
une colonne et une face supérieure rectangulaire, ou carrée,
en contact avec un tailloir. La face supérieure
rectangulaire ou carrée permet de déterminer 4 faces
verticales. L’emplacement d’un chapiteau dans une pièce
permet de déterminer le nombre de faces sculptées et
réciproquement, le nombre de faces sculptées permet de
déterminer son emplacement dans une pièce. Ainsi, si le
chapiteau est situé sur une colonne au milieu d’une pièce,
il doit être visible de toutes parts et doit donc avoir 4
faces sculptées. S’il est accolé contre un mur, il doit
avoir trois faces sculptées. S’il est situé dans une
encoignure, deux faces sculptées suffisent.
Et c’est ce que l’on a ici : les quatre chapiteaux sont
situés dans des coins. Si donc ils ont été sculptés en
prévision d’être installés dans des coins, il suffisait de
sculpter deux faces en laissant les deux autres simplement
épannelées.
Sur les images 13 à 21,
aux jonctions avec les murs, les bords des faces
s’arrondissent en donnant l’impression d’une pénétration
dans le mur alors que normalement, il devrait y avoir un
arrêt brusque. Notre idée est donc d’aller voir ce qui peut
être derrière. Si, pour un chapiteau, les deux faces cachées
sont sculptées, cela signifiera qu’à l’origine, ce chapiteau
était au milieu d’une salle. Et donc qu’il a été utilisé en
réemploi.
Images 13 et 14 :
Chapiteau n°1. Deux vues légèrement différentes permettant
de discerner quelques figures dont, semble-t-il, une croix
pattée.
Images 15, 16 et 17
: Chapiteau n°2. Masque humain barbu surmonté de deux
demi-disques symbolisant peut-être la lune et le soleil. À
gauche, dans un décor inusité, un poisson placé à la
verticale (image 17).
Images 18 et 19 :
Chapiteau n°3. Autre masque humain. Celui-ci a quatre yeux
disposés à l’horizontale. À gauche, deux oiseaux semblent
s’embrasser. Entre les oiseaux et le masque humain, un autre
masque humain plus petit apparenté à celui du chapiteau n°2.
Images 20 et 21 :
Chapiteau n°4. Un oiseau avec un long cou et une queue
dressée.
Commentaires
C’est la première fois que nous voyons ce type de
représentation, non seulement dans le style de sculpture,
mais aussi dans les thèmes représentés (masques humains,
oiseaux s’embrassant, poisson, etc.). Elle nous fait mesurer
à quel point notre ignorance est profonde. Ces quatre
chapiteaux sont ils isolés, produits par un hurluberlu un
peu excentrique ? Ou sont-ils le seul témoignage d’un groupe
humain qui n’a utilisé pour s’exprimer que de supports
périssables comme le bois ?
Nous pensons que ces quatre sculptures sont préromanes et
qu’elles ont été produites par un peuple barbare un peu à
l’écart du christianime.
Datation
envisagée pour l'église Saint-Étienne de Bouëx : an
700 avec un écart de 200 ans.