L’église Sainte-Marie de la Pieve à Gazzo Veronese  

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Nous n'avons pas visité cette église. Les images de cette page sont extraites de galeries d'Internet.

Cette église a fait l’objet d’une courte description dans le livre Vénétie Romane de la collection Zodiaque, écrit par Gianna Suitner Nicolini, architecte.

La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette église nous apprend ceci :

« Histoire

L’église paroissiale de Gazzo a des origines très anciennes, étant donné la présence dans la région d’un monastère bénédictin dès le VIIIe siècle, comme en témoignent les privilèges accordés par le roi Lombard Liutprand et son neveu Ildeprando, confirmés plus tard par les souverains suivants.

La fondation du monastère sur place est probablement liée à la fois à la présence de la route consulaire romaine Claudia Augusta et à la rivière Tartaro voisine, toutes deux reliant Gazzo à Ostiglia et au fleuve Pô.

Le monastère local dépendait de celui de Santa Maria in Organo à Vérone et, par conséquent, du patriarche d’Aquilée. C’est pourquoi, dans les reliques mentionnées sur une épigraphe, aujourd’hui sur le mur extérieur de l’église, il y a des saints liés à la réalité ecclésiale d’Aquilée.


Le lien entre le monastère de la ville et celui de Gazzo est attesté par ce qui s’est passé en 846, lorsque l’abbé de Santa Maria in Organo, Odiberto, a contribué, comme le rapporte une épigraphe, à la rénovation du maître-autel, et, peut-être, aussi au reste de l’édifice, dont il reste aujourd’hui le sol en mosaïque trouvé à quarante centimètres au-dessous du niveau actuel lors de la restauration de 1938.

L’église de Santa Maria a été reconstruite au Xe siècle à la suite de l’invasion des Hongrois en 899 et reconstruite à nouveau au XIIe siècle, peut-être en raison des dommages causés par le tremblement de terre de 1117.

Si l’édifice du IXe siècle était plus grand que le précédent, il faut dire que celui qui a suivi le tremblement de terre, construit selon les préceptes de l’architecture romane véronaise, n’est pas loin de celui d’aujourd’hui.

En 1225, l’église fut consacrée par l’abbé de San Zéno à Vérone, Alberico, au nom du patriarche d’Aquilée.
[...] »


Commentaires divers

Comme nous le répétons presque à chaque page de notre site,  les historiens de l’art du Moyen-Âge ont une croyance quasi religieuse que toutes les églises antérieures à l’an 1200 ne peuvent que dater du XIIe siècle : une sorte de dévotion mystique. Et quand ils ont connaissance d’un document signalant l’existence d'une église avant l’an mille, cette église a obligatoirement été détruite. Et une autre église a été reconstruite à sa place … au XIIe siècle. Envisager autre chose relève de l’hérésie et est passible du bûcher.

Dans le cas présent, existe-t-il un ou plusieurs documents certifiant que l’église a été entièrement détruite en 899 par les hongrois, entièrement reconstruite au Xe siècle, pour être entièrement détruite en 1117 par un tremblement de terre et entièrement reconstruite au XIIe siècle ? Nous en doutons. Si de tels documents existaient, les historiens de l’art s’empresseraient de transcrire les textes latins et leur traduction.

Le caractère systématique des interprétations de ces auteurs est en soi suspect de partialité. Car chacun d’entre nous a connaissance d’événements dévastateurs et on sait très bien que si des incendies, des tremblements de terre ou des guerres peuvent être très destructeurs d’immeubles, tous ne sont pas forcément détruits au point de devoir être entièrement reconstruits. Il doit bien rester quelque chose après ces évènements.

Et de plus, dans le cas présent, que sait-on de l’invasion des hongrois et du tremblement de terre de 1117 ? Quelle a été la gravité de chacun d’entre eux ? Il faut bien comprendre que, comme le fromage de Gruyère, l’histoire du Premier Millénaire est pleine de trous. On a eu connaissance d’un tremblement de terre qui s’est produit en 1117. Mais combien d’autres tremblements de terre tout aussi importants, voire plus, ont été ignorés ?

En conséquence, hormis le fait qu’une église existait en cet endroit au VIIIe siècle, ce texte ne nous apprend pas grand-chose. Plus intéressant pour nous est le titre :
« église Sainte-Marie de la Pieve ». Cette église devait être l’église principale d’une « piève ». Ce devait être à l’origine une sorte de cathédrale. Aux débuts de l’ère chrétienne, les évêchés étaient installés sur de très petits territoires. Ainsi, sur la lagune vénitienne; chaque île, même de taille modeste, devait avoir sa cathédrale : Venise, Torcello, Murano, etc. La superficie des pièves pouvait être plus grande que celle de ces îles. Les cathédrales étaient souvent dédiées à la Vierge Marie, comme ici. Nous ne sommes pas certains pour autant que les églises-mères des pièves aient été considérées comme des cathédrales et leurs titulaires comme des évêques. Nous pensons que ce devaient être les églises réservées aux peuples barbares alliés des romains (goths, lombards, francs).

Les diverses images font apparaître un plan basilical issu de celui des premières basiliques romaines : nef à trois vaisseaux charpentés, vaisseau central surhaussé par rapport aux collatéraux, vaisseau central porté par des colonnes cylindriques et des arcs en plein cintre, absence de transept. Il faut ajouter à cela que le plan de cette église est celui d‘une nef à trois vaisseaux prolongé par trois absides semi-circulaires. L’antériorité au premier millénaire semble avérée. Certains éléments viennent relativiser cette ancienneté : les colonnes cylindriques ne sont pas monolithes mais bâties en briques, Il y a des arcatures lombardes aux faîtes de presque tous les murs de l’église.

Image 9 : on découvre, plaqué contre un mur de l’édifice, ce panneau de marbre qui a probablement fait partie d’un chancel (clôture de chœur). Il peut être daté du VIIIe ou IXe siècle. Au centre de la plaque, un arbre de vie est encadré par deux autres arbres stylisés. Le tout est entouré d’entrelacs carolingiens.


Datation envisagée pour l'église Sainte-Marie de la Pieve à Gazzo Veronese

Nous ne pensons pas que cette église date du VIIIe siècle. Certains éléments comme les piliers bâtis entrent selon nous en contradiction avec cette idée. Cependant l’hypothèse suivante est possible : l’église est antérieure au VIIIe siècle mais elle aurait subi des transformations peu avant l’an mille, des piliers et des arcs les reliant. Mais nous ne sommes pas sûrs de cela et, pour ce que nous voyons, nous proposons pour datation l'an 950 avec un écart de 100 ans.