La basilique Santa Maria Assunta de Muggia Vecchia
Nous n'avons pas visité cette basilique.
Les images de cette page sont extraites de galeries
d'Internet.
La page du site Internet Wikipedia décrivant cette église
nous apprend ceci :
« Dans
le passé, on croyait que la ville de Muggia Vecchia avait
cessé d'être un lieu habité après la destruction par les
Génois de Pagano Doria en 1353. Or, elle fut détruite,
laissant la petite basilique debout, par les Triestins, en
lutte constante contre les Muggiens à cause des salines.
Avant l'église actuelle, il doit y avoir eu une
précédente, dont certains éléments existent encore. Le
village actuel de Muggia Vecchia est une localité
relativement récente. C’est actuellement le siège du
centre diocésain des vocations du diocèse de Trieste.
[...]
Histoire
Avant la destruction de la ville, la paroisse de Muggia
Vecchia était très importante et était dirigée par un
chapitre de chanoines. Certaines structures de l'église
actuelle datent du XIe siècle, le reste de
l'édifice a été reconstruit au XIIIe siècle,
époque à laquelle remonte également le clocher. Le
bâtiment a été restauré entre 1950 et 1951. [...]
Description
L'intérieur est divisé en trois nefs, et de la structure
d'origine, subsistent l'ambon, le pupitre et deux grandes
et larges barrières ou balustrades en marbre d'art
lombard, datables de la période lombarde du roi Liutprando
(VIIIe siècle) ou en tout cas de la période de
la Renaissance Liutprandienne (VIIIe-IXe
siècle). À l'intérieur de la basilique, se trouvent des
fresques des XIVe et XVe siècles.
»
Commentaires
sur le texte ci-dessus
Manifestement, son auteur n’a pas conscience de l’importance
du monument qu’il s’emploie de décrire. Le texte est
d’ailleurs relativement hermétique et certaines phrases
semblent en contradiction avec d’autres. Ainsi on ne sait
pas trop si l’église a été détruite ou non par les génois en
1353 (il est possible que la traduction soit défectueuse).
L’auteur nous dit ensuite que « Certaines
structures de l'église actuelle datent du XIe
siècle, le reste de l'édifice a été reconstruit au XIIIe
siècle... », mais il ne dit pas quelles sont les
structures datant du XIe siècle et comment il a
pu déterminer cette datation. Quant au reste de l’édifice
qui a été reconstruit au XIIIe siècle, nous
aimerions savoir comment il a fait pour le voir dans cet
édifice : aucun arc brisé, aucune croisée d’ogives, aucun
arc-boutant, rien de gothique. Concernant la clôture de
chœur, il est un peu trop précis quant à sa datation et son
attribution aux lombards (« datables
de la période lombarde du roi Liutprando (VIIIe
siècle)... »). Lors d’un récent séjour en Croatie,
nous avons constaté que le même type de sculptures pouvait
être daté par les uns du VIIIe siècle et par
d’autres du XIe siècle, avec tout l’éventail des
possibilités entre ces deux dates.
Analyse de l’architecture
de l’édifice
Cette église présente toutes les caractéristiques d’une
basilique issue du modèle romain : nef à trois vaisseaux
charpentés avec un vaisseau central surhaussé par rapport
aux collatéraux, piliers rectangulaires de type R0000,
arcs en plein cintre à un seul rouleau. On ajoute à tout
cela l’absence de transept et d’ouvrage Ouest, et la
présence d’une seule très mince fenêtre côté Est (image
5 ; à
l’origine, les fonds d’absides étaient décorés de grands
panneaux de mosaïques ou de fresques ; les fenêtres étaient
rejetées afin de ne pas nuire à la composition).
En un mot, la structure architecturale de cette église est
plus proche de celle des basiliques romaines du IVe
siècle que de celle des basiliques romanes du XIIe
siècle. Et à plus forte raison de celle des basiliques
gothiques du XIIIe siècle.
Les
peintures murales (images
de 10 à 15)
Nous avons ci-dessus indiqué quelques éléments
caractéristiques des églises préromanes antérieures à l’an
mille (une église dite romane est par définition du XIe
ou XIIe siècle). Il existe un autre élément
caractéristique : les églises préromanes sont en général
couvertes de fresques, ou, plus rarement, de mosaïques. Et,
comme cela a été signalé en ce qui concerne les fenêtres,
les bâtisseurs veulent éviter qu’un ajout architectural
vienne perturber le message transmis par les fresques. C’est
pour cela que ces églises sont peu ornées de sculptures
détaillées. Dans le cas présent, il n’y a pas d’imposte sur
les piliers. Les fresques supportent mal l’usure du temps :
couleurs délavées, murs noircis par la fumée. En
conséquence, elles sont souvent refaites et il est presque
impossible de retrouver la première fresque. Nous pouvons
voir sur le premier pilier à gauche sur l'image
10 la superposition de deux fresques.
L'image 11 est une
vue de la nef en direction du Sud. En contrebas du pilier de
gauche, se trouve un panneau de barrière de chœur. Sur le
pilier est représenté un homme assis en train d’écrire :
c’est l’évangéliste Saint Luc (image
12). Toujours sur l'image
11, sur le pilier du milieu, un autre homme est
assis, sans doute un autre évangéliste. Le pilier situé en
face de celui-ci présente un autre écrivain (image
8). Et on peut penser que le quatrième évangéliste
est peint sur un quatrième pilier, derrière l’ambon (image
8). Les représentations des évangélistes sont
fréquentes sur ou à proximité de chaires ou d’ambons.
Image 13 : Il
s’agit probablement de Sainte Catherine.
Image 14 :
Portrait d’un Saint-Évêque.
Image 15 : Vierge
à l’Enfant. Cette représentation peut paraître anodine. En
fait, elle est selon nous très significative. Il s’agit là
d’une idée que nous avons eu en constatant qu’un grand
nombre de cathédrales étaient dédiées à la Vierge Marie, et,
pour la grande majorité de celles-ci, à Notre-Dame de
l’Assomption. D’où l’idée qu’à l’origine toutes les
cathédrales étaient dédiées à Notre-Dame de l’Assomption.
Pourquoi donc Notre Dame de l’Assomption ? Parce les apôtres
ont été envoyés évangéliser le monde par la Vierge Marie au
moment de son Assomption.
Par ailleurs, nous avons constaté que pour certaines statues
de Vierges à l’Enfant, les traits de l’Enfant étaient en
fait les traits d’un adulte, un adulte non auréolé. Nous
pensons que, au moins pour les premières représentations de
Vierges à l’Enfant, le petit personnage sur les genoux de la
Vierge n’était pas l’Enfant Jésus, mais l’évêque du lieu
présenté par la Vierge.
Il s’agit là bien sûr d’une théorie qui, comme toutes les
théories, est susceptible d’être remise en question. Mais
une théorie qui expliquerait pas mal de choses. En
particulier la forte fréquence d ‘églises consacrées à
Notre-Dame de l’Assomption dont un grand nombre portent les
traces d’une grande ancienneté.
En ce qui concerne cette fresque de Vierge à l’Enfant, nous
constatons que l’Enfant a plus les traits d’un adolescent
que d’un bébé. Mais il est auréolé du nimbe crucifère. C’est
bien le Christ qui est représenté. Il est cependant possible
que l’auréole ait été ajoutée postérieurement. En tout cas,
le hiératisme des personnages fait plus penser à l’attitude
figée des Vierges romanes qu’aux gestes d’affection et
d’amour maternel des Vierges gothiques. En conséquence, nous
estimons que cette œuvre est au moins antérieure au XIIe
siècle.
La clôture de chœur ou
chancel
Il semblerait que cette clôture soit relativement complexe.
Il y aurait d’abord une fermeture du sanctuaire à
l’intérieur du vaisseau central, avec l’ambon et deux grands
panneaux de séparation. Il y aurait ensuite un autre panneau
de séparation entre le collatéral Sud et le vaisseau central
(en bas et à droite de l'image
9 et image 10).
Et enfin deux panneaux de séparation dans le collatéral Sud
(images 10 et 16).
Nous n’avons pas d’image détaillée de l’ambon et des divers
panneaux. Nous constatons que les panneaux de chancel sont
formés de grandes plaques de marbre dépourvues semble-t-il
de toute gravure ou inscription, mais entourées d’un cadre
sculpté. C’est l’ensemble de ces cadres sculptés qui
mériterait un examen détaillé. On devine plus qu’on ne voit
des décors de torsades, entrelacs, croix pattée, rouelle,
sorte de fleur de lys (images
17 et 18). Par certains aspects, ce décor est
nouveau pour nous, moins apparenté au modèle dit «
carolingien ». Serait-il lombard ?
Datation
envisagée pour la basilique Notre-Dame de
l’Assomption de Muggia Vecchia : an 750 avec un écart de 150
ans.