Contes, légendes et mythes 

• Essai sur l'évolution dans le domaine des croyances et des religions    • Article suivant   


Cette page dont nous avons commencé l'écriture en mai 2026 aborde une problématique nouvelle pour ce site Internet. En voici les raisons :

Notre site a été créé dans le but de montrer que certains monuments dits romans, datés du XIe ou du XIIe siècle, localisés dans le territoire aux alentours de Béziers, étaient en réalité beaucoup plus anciens. Pour atteindre ce but, nous avons adopté une démarche contraire à celle de la plupart des chercheurs qui deviennent spécialistes d'un domaine précis (exemples : le patrimoine du Rouergue, la numismatique gauloise, l'orfèvrerie barbare) essayant d’explorer à fond ce domaine précis. Partant du principe que la solution d'un problème donné peut être trouvée dans un domaine totalement différent, nous avons adopté un comportement inverse, non de spécialiste, mais de généraliste, en étudiant les monuments du premier millénaire dans l'Europe et le pourtour de la Méditerranée. Bien que ce programme apparaisse déjà très ambitieux, il était limité dans la mesure où nous avions d'emblée exclu les monuments romains et musulmans, les écrits chrétiens, l'iconographie, et d’autres thèmes encore. Mais, petit à petit, grâce à la découverte d'éléments nouveaux susceptibles de modifier ou d'améliorer nos points de vue, nous avons vu la nécessité de réintroduire ces thèmes dans nos recherches.

Ainsi, aux débuts de la création de ce site, nous avions rédigé une série de pages sous le titre général Les diverses contraintes ayant fait évoluer l’architecture du premier millénaire (chapitre de l’onglet Datation). Parmi ces contraintes, il y avait des contraintes symboliques : le cosmos, le microcosme, le Ciel, la Terre, les psychopompes, la Vie, d’autres symboles. Les pages décrivant ces contraintes symboliques étaient révélatrices des modes de pensée et des croyances des peuples antiques. Bien qu’écrites il y a une dizaine d’années, elles restent encore, selon nous, pertinentes. Nous en conseillons la lecture. Nous ne les reproduirons pas ci-dessous.

Cependant ces pages étaient destinées, comme le titre l'indique, à l'étude de l'architecture des édifices. Elle nous ont été très utiles et le restent encore. Mais la découverte de l'iconographie (chapiteaux, fresques, mosaïques) et de ses nombreuses énigmes, la nécessité d'élargir notre cadre d'étude (prise en compte de monuments datables du XIe siècle, de monuments romains, de monuments musulmans), la découverte de « trous » dans l'histoire mondiale, la prise de conscience d'une écriture subjective de cette histoire nous obligent à reprendre l'étude des croyances et des religions.

Voici un exposé de quelques questions qui sont apparues au cours de notre recherche :

– Pourquoi les dieux grecs ou romains sont-ils représentés nus alors que les civils sont en général habillés ? (image 1 : statue de Vénus).

– Comment se fait-il que des images espacées de milliers de kilomètres et de près d’un millénaire se retrouvent presque à l’identique sans justification apparente ? (image 2 : décor d’une mosaïque du IVe siècle à Volubilis (Maroc) et image 3  : décor d’une tombe de la fin du XIXe siècle au cimetière joyeux de Sapanta (Roumanie).

– Comment se fait-il que des images profanes comme celles du Zodiaque ou des Travaux des Jours soient présentes dans des églises chrétiennes ?

– Quelles étaient les convictions en matière de religion ? En particulier les religions païennes !

Cette dernière question a entraîné des recherches en documentation. Et, presque immédiatement, nous avons été confrontés aux mythologies grecques et latines. Et donc à de telles questions.

Disons-le tout de suite : nous ne comprenons pas les mythologies grecques et latines !

Nous avons effectué quelques recherches sur Internet et nous avons été très vite surpris et débordés par la quantité d’informations sur les dieux ou déesses et la diversité de leurs mœurs (vices de mortels, violences gratuites, viols, actes incestueux, cannibalisme) ou de leurs fonctions dans la société.

Mais avant tout?posons nous la question de ce qu’est un mythe.

C’est, selon Nicolas Journet (Dans « Sciences Humaines », Hors-série N° 20), « un récit écrit ou oral tenu pour vrai par ceux qui le transmettent, mais racontant des faits beaucoup trop improbables ,surnaturels et obscurs pour appartenir à l’histoire, ou même pour décrire un monde vraisemblable. ».

Selon cette définition fort large, le canular, le conte, la légende, pourraient faire partie du domaine du mythe.


Les diverses mythologies

La plus connue d’entre elles et la mieux étudiée concerne les divinités grecques et romaines. Au cours des siècles est apparue l’importance d’autres mythologies de peuples anciens : celles des égyptiens, des assyriens, des barbares celtes et germains, des peuples d’Asie. On a réalisé au cours du XXe siècle que les peuples primitifs des divers continents pouvaient aussi décrire en détail des mythologies. L’étude en a été faite par les ethnographes. Enfin on a réalisé que dans nos sociétés modernes, il pouvait y avoir des formes de fabrication de mythes (« fake news », mythe de l’homme providentiel (Donald Trump, Vladimir Poutine, etc.)

On pourrait croire que nos sociétés évoluées savent faire la différence entre les mythes anciens rejetés au ban des superstitions et les déviations intellectuelles modernes. Il semblerait cependant pourtant qu’il y ait des points de convergence. Les erreurs des uns pourraient expliquer les erreurs des autres et vice-versa. Rappelons que notre but est de décrypter les croyances du premier millénaire. Pas celles du troisième millénaire !


La formation d’un mythe : ses causes diverses

1. Les causes involontaires, par suite d’une erreur ou d’un acte non intentionnel. En voici deux exemples. Le premier concerne un légume : les épinards. Ils seraient très énergisants car ils auraient une forte concentration en fer. Mais l’information est erronée : les résultats de l’analyse de concentration en fer avaient été multiplié par dix. Le mythe de Popeye grand mangeur d’épinards a été créé à partir de cette erreur.

Autre mythe contemporain : il paraît qu‘en sautant tous ensemble exactement au même moment, on pourrait faire basculer l’axe de la terre. Cela permettrait de corriger le dérèglement climatique. Nous ne pensons pas que cette belle théorie a été inventée par un petit farceur qui voulait assister à l’entraînement de son voisin. En tout cas elle a eu beaucoup de succès car bon nombre de personnes y croient « dur comme fer ».

2. Les causes volontaires non organisées. Donnons l’exemple suivant : « Le moteur à eau existe ! Mais les grandes société pétrolières bloquent son industrialisation car elles veulent continuer à faire des super-profits en vendant de l’essence alors que l’eau est gratuite. ». Nous avions entendu cette phrase en 1974 au moment du premier choc pétrolier. Nous l’avons à nouveau entendue plus récemment. À notre connaissance, aucun groupe qu’il soit politique ou religieux n’a donné crédit à cette croyance. Pourtant elle s’est répandue et notre interlocuteur était convaincu de sa véracité.

3. Dans les deux cas précédents, l’information, fournie sans intention d’être propagée, était fausse mais elle avait été considérée comme vraie par ceux qui l’ont répercutée. Dans la plupart des cas l’information première est déclenchée intentionnellement. Ce n’est pas forcément dans l’intention de nuire. Donnons l’exemple suivant : « Dans une famille ,il y avait le père, la mère, leur enfant et la grand-mère. Et la mère qui était méchante a dit à son homme de faire partir sa mère. Alors le père est allé voir sa mère et lui a dit de s’en aller. Et la grand-mère a supplié son fils et lui a dit : « Donne moi au moins une couverture pour me protéger du
froid ». Alors le père a dit à son fils : « Va chercher une couverture pour ta grand-mère ». Le fils est revenu avec la couverture et il s’est mis à la couper en deux. « Mais en fin qu’est-ce que tu fais ? Je t’avais dit de ramener la couverture ! Pas de la couper en deux ! » . Et le fils a répond : « Cette moitié c’est pour mémé ... et celle-là je la garde, ce sera pour toi quand tu seras vieux ». Le père a compris la leçon et ils ont gardé la grand-mère. ». Cette petite histoire fait partie des « Contes et légendes du
Languedoc ». C’est ma propre grand-mère qui me l’a racontée. Pour elle, cette famille avait réellement existé et elle y croyait. Elle ne pouvait imaginer que cette fable avait été inventée de toutes pièces par des vieilles femmes ayant peur d’être abandonnées par leurs familles. Et il doit en être ainsi de beaucoup d’autres contes, légendes ou mythologies qui, à travers un récit très imagé, s’efforcent d’apporter un contenu éducatif ou moral. Il est d’ailleurs parfois difficile de discerner le vrai du faux. Ainsi, dans le conte du Petit Chaperon Rouge, le portrait du Grand Méchant Loup pourrait aider les jeunes filles à se méfier des grands séducteurs. À l’inverse, prenons l’exemple des Paraboles des Évangiles. Il s’agit d’historiettes à but essentiellement éducatif, analogues à des fables. Nous les considérons comme purement inventées par le Christ afin de faire réfléchir chacun d’entre nous. Sont-elles toutes réellement inventées ? Prenons l‘exemple de la Parabole du Bon Samaritain qui vient en aide à un homme agressé par des brigands. Peut-on penser que ce personnage du Bon Samaritain soit purement fictif ? Qu’il n’y ait jamais eu sur le territoire de Samarie de personne ayant porté assistance à un étranger blessé ?

4. Il y a, comme on vient de le voir, les légendes édifiantes. Mais il y a aussi les légendes orientées organisées pour défendre l’intérêt d’un clan ou d’un parti. Nous avons déjà dit qu’il n’y avait pas une histoire mais des séries d’histoires juxtaposées, parfois concurrentes : l’histoire de la France, l’histoire du Languedoc, l’histoire de mon Parti Politique, l’histoire de l’Église Catholique, l’histoire de ma Famille … Et bien sûr, l’histoire de l’Allemagne, l’histoire de l’entité Serbe de Bosnie, l’histoire de l’Islam, .... Remarquer dans ces séquences les lettres en majuscules pour les mots sur lesquelles nous sommes censés attacher une grande importance. Il faut en effet comprendre que chacun d’entre nous est actif dans la propagation de ces légendes orientées et partiales : on y croit parce qu’on veut y croire, parce qu’on pense que si on lâche prise, c’est notre identité même qui en pâtit. Alors on maximise les exploits de nos héros et on minimise les erreurs commises dans le passé de nos identités respectives.

5. Il y a enfin les grands mystères et les légendes qui les entourent. Parmi ces grands mystères, il y a celui de la conception du monde suivant le modèle dit de
Copernic : la terre est ronde, elle tourne sur elle-même et autour du soleil. Il en est de même des planètes du système solaire. Cette connaissance du cosmos, nous l’avons, au moins d’une façon élémentaire. Avec parfois des clichés : condamnation de Galilée, conflit entre science et religion, conflit entre foi et raison. Nous pensons que c’est plus complexe. Il nous faut accepter l’idée que Copernic a été le plus grand imbécile de tous les temps. La raison n’était pas du côté de Copernic mais de celui de ses détracteurs : la terre tourne autour du soleil ? Stupidité ! Il suffit de passer une journée à regarder le soleil pour voir que c’est le soleil qui tourne autour de la terre. Donc pour croire cela, il fallait croire en Copernic : la foi était du côté de Copernic. Bien sûr, actuellement, Copernic n’est plus considéré comme un imbécile. Ce sont ses détracteurs qui le sont. Mais de ceux-là on ne parle pas : on s’est empressé de les effacer de la mémoire collective.

Nous pensons que cette nouvelle conception du monde proposée par Copernic a déclenché un changement de mentalités plus important qu’on ne l’imagine et ce, pour tout l’histoire de l’humanité. Ainsi examinons les dates : Le De Revolutionnibus Orbium est achevé en 1530, mais publié seulement en 1543, Galilée est condamné pour hérésie en 1633, soit un siècle plus tard , les lois sur la Gravitation Universelle sont formulées par Newton en 1687, soit 150 ans après Copernic. Et jusqu’en 1960, la cosmographie a fait partie de l’enseignement de la philosophie, preuve qu’il devait y avoir certaines réticences du côté des philosophes. Le basculement des croyances a mis du temps à se produire entre la période au cours de laquelle la très grande majorité des personnes étaient opposées aux thèses de Copernic et celle d’une majorité inverse, il s’est écoulé plus de deux siècles sinon trois. Durant ces trois siècles, il n’y a pas eu seulement découverte d’un autre système astral mais changement des mentalités : les astres n’étaient plus des objets magiques capables de contrôler des humains mais des entités dont le comportement était aussi prévisible que celui d’une flèche tirée par un arc. Nous pensons que ce changement des mentalités a influencé d’autres comportements apparemment sans rapport avec les thèses de Copernic. Ainsi, par exemple la Querelle, purement littéraire, des Anciens et des Modernes, qui a agité la fin du XVIIe siècle. Nous pensons aussi au « Siècle des Lumières », le XVIIIe siècle. C’est, selon la plupart des commentateurs, le siècle de Voltaire, Rousseau, Diderot, D’Alembert, et d’autres encore. Nous pensons qu'en fait, ce ne sont pas ces personnages qui étaient importants mais ceux qui les ont lus. Et s’ils les ont lus, c’est parce qu’ils espéraient trouver dans leurs écrits confirmation de ce qu’ils savaient déjà, … avec, bien sûr quelques idées supplémentaires suggérées par les auteurs.

Les hommes des temps présents ont tendance à mépriser ceux des siècles passés en les traitant « d‘ignorants ». Ignorants certes, ils l’étaient mais ignorants de tout ce qui a été découvert après leur passage sur terre. Les images 4 et 5 présentent des êtres extraordinaires appelés respectivement antipode et sciapode. Nous pensons que ces dessins datent du XVe siècle, à une période durant laquelle les explorations de l’hémisphère Sud avaient commencé. Ces explorateurs avaient essayé d’expliquer que les gens qui vivaient aux antipodes étaient en sens inverse de nous : la tête en bas et les pieds en haut. Mais les gens à qui ils s’adressaient, ne pouvant croire que ces antipodes puissent vivre de l’autre côté de la terre car sinon ils auraient dû tomber dans le vide, ont produit ce type d’image.

Longtemps après les découvertes de Copernic, les croyances en un modèle géocentrique ont subsisté en milieu populaire. L’icône sur verre de l'image 6 montre qu'au XIXe siècle, en Roumanie, les populations continuaient à croire en l’existence d’un char solaire conduit par Hélios, dieu de la mythologie grecque, devenu Saint Hélie, de la liturgie chrétienne.


Premières conclusions

Les principaux exemples développés ci-dessus décrivent des mythes contemporains. Ils montrent la complexité des situations de création d’un mythe. Cette complexité devait être au moins la même dans les temps anciens. D’ailleurs, la plupart des historiens de la religion témoignent de cette complexité et rejettent les théories trop simplistes. C’est ce que nous allons voir dans les pages suivantes.