Mythologies grecques et romaines. Les études antérieures
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sur l'évolution dans le domaine des croyances et des
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Texte de Mircea Eliade dans «
La Nostalgie des origines (1967) » :
«
L’herméneutique tient une place prépondérante dans nos
recherches car c’est inévitablement l’aspect le moins
développé de l’histoire des religions. Préoccupés et
souvent obnubilés par la réunion, la publication et
l’analyse des données religieuses, – tâches qu’ils
considèrent et à juste titre comme urgentes et
indispensables –, les spécialistes ont parfois négligé
d’étudier la signification de ces données. [...] Que
cela lui plaise ou non, l’historien des religions n’a pas
achevé son œuvre lorsqu’il a reconstitué l’histoire d’une
forme religieuse ou dégagé son contexte sociologique,
économique ou politique. Il doit encore en comprendre la
signification, c’est-à-dire qu’il doit identifier et
mettre en lumière les situations et les positions qui ont
induit ou rendu possible l’apparition ou le triomphe de
cette forme religieuse à un moment particulier de
l’histoire. [...] »
Élément de vocabulaire : « L'herméneutique
est
la théorie de la lecture, de l'explication et de
l'interprétation des textes.
L'herméneutique
ancienne est formée de deux approches complètement
différentes : la logique d’origine aristotélicienne d'une
part, l'interprétation des textes religieux et
l'hermétisme d'autre part.
L'herméneutique moderne se décline en sous-disciplines :
“littéraire”, “juridique”, “théologique”,
“anthropologique” (interpréter la culture comme un texte ;
autrement appelée l'anthropologie interprétative),
“historique”, “philosophique”, “numérique” (interprétation
des objets numériques (textes, images, etc.)). »
Rappelons que même si Mircea Eliade se déclare historien des
religions, il peut aussi être considéré comme historien des
mythologies, les unes et les autres étant très liées.
Cette analyse de Mirceaa Eliade nous semble, a priori, très
pertinente. Nous avouons notre grande méconnaissance dans le
domaine des mythologies mais nous avons l’impression qu’une
plus grande connaissance ne nous apporterait rien de plus.
Les quelques livres traduits du grec ou du latin ne nous ont
pas permis de déceler le fil du raisonnement des auteurs
grecs ou latins, et ce, malgré les multiples notes de fin de
page donnant des foules de détails d’un intérêt parfois
relatif.
C’est le poète grecs Hésiode, qui dans son livre « Les
travaux et les Jours » a fait la description la
plus précise des dieux grecs. L'image
1 présente une sorte d’arbre généalogique de la
lignée issue de l’union de Ouranos et de Gaia. Nous avons
compté 25 divinités différentes auxquelles il faut ajouter 9
Muses, 3 Moires, 3 ou 4 Saisons (ou Heures). Les Océanides,
filles d’Océan et de Thémis, citées par Hésiode dans Théogonie
seraient au nombre de 41. Par ailleurs, des dieux comme
Hermès ou Dionysos ne sont pas cités par Hésiode (peut-être
le sont-ils dans d’autres de ses ouvrages ?).
Nous avouons notre incompréhension face à cette abondance de
dieux et de déesses. Les informations fournies par Wikipédia
apportent peu de renseignements supplémentaires. Tout cela
nous fait penser à un catalogue de photos de classes : la 6e
B du collège Jules Ferry de Lyon, la terminale 3 du Lycée
Jean Moulin de Béziers, la 3e A du collège
Sainte-Ursule de Paris, … avec certaines photos légendées et
d’autres non. Ce catalogue de photos donne donc beaucoup de
détails mais pas l’essentiel : ce que sont devenus ces
jeunes gens et quels étaient leurs choix.
En ce qui concerne les romains, nous savons qu’ils avaient
des pratiques rituelles (exemple : sacrifice d’animaux aux
dieux). Mais nous ignorons la profondeur de leurs croyances.
Il n’y a pas de témoignage comme celui rapporté dans les
Évangiles : celui de cette pauvre femme qui donne timidement
une simple obole (mais tout ce qu’elle possède) alors que
les riches offrent ostensiblement le surplus de leurs
richesses. Le geste de la femme, cité en exemple par le
Christ, montre, à la fois la profondeur de croyance de
l’une, et la faiblesse des convictions des autres.
Les pièces de théâtre grecques (Euripide, Eschyle, Sophocle)
et romaines font intervenir régulièrement des dieux.
Cependant, nous avouons ne pas avoir compris les situations
et les textes sont devenus facilement soporifiques. Un seul
texte nous a vraiment intéressés. Nous aurions aimé le
monter en spectacle. Il s’agit de la
Paix d’Aristophane. Elle met en scène un citoyen
d’Athènes, Thrygée, qui, désireux de rétablir la paix dans
son pays, décide de s’envoler vers le ciel afin de demander
aux dieux de libérer la Paix qu’ils avaient emprisonnée. La
pièce commence par le burlesque. En effet, pour embarquer
Thrygée dans son voyage céleste, il faut un moyen de
transport. Ce pourrait être Pégase, le cheval ailé de la
mythologie grecque. Mais Thrygée utilise comme monture le
scarabée sacré , encore appelé bousier, de la mythologie
égyptienne. Sur la scène de théâtre, il devait être
représenté par un montage de grandes dimensions (une sorte
de bloc hémisphérique monté sur une charrette avec peut-être
des ailes et une tête articulées. Le côté burlesque vient du
fait que le carburant de cette machine était … de la merde !
Au sens propre ! Avec bien sûr, de nombreuses allusions
supposées emporter les rires de l’auditoire. Mais très vite
le ton devient sérieux lorsque Thygée explique aux dieux les
méfaits de la guerre. Et les arguments sont les mêmes que
ceux que l’on trouve actuellement dans les discours sur la
paix. Nous avons retrouvé dans ce récit les représentations
cosmiques pré-coperniciennes : le scarabée sacré qui pousse
sa sphère de bouse, symbole du cosmos en rotation est
comparable à Pégase, le cheval solaire. Le fait
qu'Aristophane, qui aurait présenté cette pièce en l’an –
421, se moque du scarabée égyptien mais évite de se moquer
du Pégase grec, montre qu’à cette date le scarabée devait
être démythifié, au moins chez les grecs et peut-être chez
les égyptiens. Par contre, Pégase devait être encore vénéré
chez les grecs.
Les diverses mythologies grecques ou romaines ont fortement
influencé tous les auteurs et ce jusqu’à l’époque actuelle.
Cette influence s’est manifestée dans la littérature. Nous
avons cependant l’impression que les auteurs donnent aux
dieux des qualités ou des défauts qu’ils n’ont peut-être pas
dans les récits mythologiques d’origine. La fonction
religieuse du mythe est oubliée au profit de l’analyse des
sentiments des personnages. Les mythes auraient été
détournés de leurs objectifs principaux qui étaient
d’exprimer de façon peut-être allégorique des convictions
religieuses.
C'est encore plus vrai lorsque le mythe est interprété pour
définir des problèmes ayant trait à la psychanalyse. Ainsi
Freud a utilisé le mythe d’Œdipe (celui-ci tue son père
Laïos et épouse sa mère Jocaste) pour décrire dans le
complexe d’Œdipe l’attrait d’ordre incestueux d’un fils
vis-à-vis d.e sa mère (il semblerait qu'en réalité, Freud
n’ait décrit que ses propres pulsions). Et, dans la foulée
de Freud, nombre d’auteurs ont utilisé certains mythes grecs
pour donner leurs points de vues sur des questions
philosophiques ou psychologiques (Mythe de Sisyphe par
Albert Camus, Mythe de Tantale ou mythe de l‘orgueil).
Les désaccords entre les
descriptions de mythes et les représentations artistiques
À cela s’ajoute une certaine inadéquation entre d’une part
les textes mythologiques et d'autre part les représentations
artistiques. Il nous faut cependant avouer que, notre étude
concernant le premier millénaire de notre ère, nous avons
écarté les créations artistiques antérieures, et en
particulier, les scènes mythologiques représentées sur les
vases grecs. Cette constatation de la présence de scènes
mythologiques sur les vases grecs du premier millénaire
avant notre ère et d’une relative absence dans les créations
artistiques (statues, mosaïques) des premiers siècles de
notre ère devrait faire l’objet d’une recherche en histoire
des religions (elle a peut-être déjà été faite).
Toujours est-il que certaines scènes vues sur des mosaïques
romaines ne correspondent pas à des mythologies écrites.
Prenons par exemple la scène représentant une tête humaine
hirsute au milieu de représentations marines. On nous dit
que c’est la tête du dieu Océan. Comment le sait-on ? Et
quand bien même ce serait la tête du dieu Océan, pourquoi
n’y a -t-il qu’une tête et pas le corps ? Pourquoi
porte-t-elle des pattes et des pinces de homard ? Et des
moustaches à corps de dauphin ? Et pourquoi y a-t-il des
amours chevauchant des dauphins ? Ou des Néréides
chevauchant des monstres marins ? On devine qu’il doit y
avoir là, la traduction sous la forme d’une image, d’un
mythe ou d’une croyance, mais on ignore laquelle.
Les travaux en histoire
des religions de Mircea Eliade
Nous estimons que le roumain Mircea Eliade a fait de
nombreuses découvertes en histoire des religions. Il a, en
effet, grâce à une étude approfondie de diverses religions
anciennes en Europe et en Inde, montré qu’il existait une
sorte de socle commun entre les diverses religions. Cela ne
signifie pas que toutes les religions sont issues d’une
seule religion, mais qu'à un moment donné de l’histoire de
chacune d’elles, il y a eu invention de concepts communs à
d’autres religions. C’est ainsi que l’histoire bien connue,
tirée de la Bible, d’un Paradis Terrestre perdu, se retrouve
dans beaucoup d’autres religions ou mythologies, avec certes
beaucoup de variantes. À ce sujet d’ailleurs, nous pouvons
répondre à la question : « Pourquoi les divinités grecques
ou romaines sont représentées nues ? ». La réponse se trouve
dans la Bible. Avant d’être chassés du Paradis Terrestre,
Adam et Ève étaient nus. Ce n’est qu’après qu’ils découvrent
leur nudité. La nudité est symbolique de pureté, comme
l’enfant qui vient de naître.
Autre scène commune à de nombreuses religions : le Déluge.
C’est le récit d’une catastrophe qui a peut-être en partie
existé dans les temps anciens. Mais qui a été fortement
exagérée pour, à nouveau, raconter l’histoire d’un paradis
perdu (le mythe de l’Atlantide). Eliade a aussi parlé du
point de vue cyclique de conceptions anciennes. Alors que
nous avons tendance à voir l’évolution de nos sociétés en
termes de progrès, l’homme primitif aurait vu cette
évolution en termes de cycles, de perpétuels recommencements
: après le jour, la nuit ; après le printemps, l’été ; après
une année, l’année suivante ; après la vie, la mort ; après
la mort, une autre vie.
Dans son livre La
Nostalgie des Origines, Mircea Eliade montre que
pour toute société, il y a une sorte de nostalgie des temps
primitifs de cette société. Il montre ainsi que cette
nostalgie est à l’origine de la fondation des États-Unis
d’Amérique, les premiers colons voulant retrouver les idéaux
anciens ayant été perdus dans les bas-fonds de York ou
d’Amsterdam. C’est pour cela qu’auraient été fondées une
Nouvelle York, une Nouvelle Amsterdam, une Nouvelle
Angleterre, une Nouvelle Frontière.
Un exemple de mythologie
chrétienne : le tétramorphe
Essayons à présent de faire l’inverse en prenant l’exemple
du tétramorphe. De celui-ci on connaît tout. On sait que les
personnages représentés ne sont pas des dieux mais des
saints qui ont écrit les Évangiles racontant la vie du
Christ. Chacun a un attribut : un lion pour Saint Marc, un
taureau pour Saint Luc, un aigle pour Saint Jean, un homme
pour Saint Mathieu. Ces quatre attributs sont les quatre
Vivants de la vision d’Ézéchiel. On les retrouve dans
l'Apocalypse de Saint Jean. Imaginons à présent que nous
ignorions tout de cela. Nous penserions que ces personnages
sont des dieux, l’un à corps de lion, un autre à corps de
taureau, un autre à corps d’aigle, un dernier à corps
d’homme. Nous leur attribuerions des pouvoirs différents :
pour un la guerre, pour un autre le commerce, et ainsi de
suite ...
Mais, plus probablement, nous ne dirions rien du tout par
peur de nous tromper. Et nous passerions à coté de ces
représentations sans savoir qu’elles peuvent traduire des
convictions religieuses importantes. De même, quand, dans un
musée archéologique, nous passons à coté d’une mosaïque
représentant le dieu Océan ou le Triomphe de Dionysos il
nous est difficile d’imaginer que le concepteur de ces
mosaïques a pu vouloir transmettre des convictions
religieuses profondes.
Mais revenons à cette représentation du Tétramorphe. N ous
venons de dire que nous savions tout de cette image. C’est
faux ! Il y a bien des choses que nous ne savons pas. En
particulier celle-ci : pour quelles raisons les quatre
Vivants d’Ézéchiel sont-ils représentés sous les formes de
lion, de taureau, d’aigle et d’homme ? Ce sont sans doute
des allégories symbolisant des peuples vénérant la taureau,
ou le lion, ou l’aigle ou l’homme. Mais en est-on certain ?
Multiplicité des dieux ?
Ou multiplicité des peuples ?
Revenons à présent à Hésiode et à la généalogie des dieux
issus de l’union d’Ouranos et de Gaïa. Pas seulement
d’ailleurs de ceux-là, car il existerait une foule d’autres
dieux.
Essayons l’hypothèse suivante. Serait-il possible que ces
dieux soient spécifiques à des peuples divers ? Remarquons
tout d’abord qu’Athéna est la déesse ... d’Athènes. Et
Romulus est le fondateur … de Rome. Chaque cité de
l’Antiquité aurait son propre dieu. Par ailleurs, on a
tendance à considérer la Grèce Antique comme un ensemble
unique identique à celui de la Grèce actuelle alors que
c’était un ensemble de petites principautés indépendantes se
faisant la concurrence entre elles et parfois la guerre. Il
en était de même pour l’Italie durant la période romaine.
Créons la légende suivante : « Il était une fois dans la
province de Béotie, en Grèce, deux villes que nous
appellerons L et J. La ville L s’était donnée comme dieu
tutélaire Laios et la ville J s’était donnée comme déesse
Jocaste. Les deux cités préférèrent s’unir que se combattre.
Après avoir agrandi leurs territoires, elles décidèrent de
créer une troisième ville O. Cette dernière se donna pour
dieu Œdipe. Plus tard, il y eut un conflit entre la ville L
et la ville O. La ville O fit alliance avec la ville J pour
combattre la ville L qu’elle finit par détruire. Plus tard
encore, cette histoire aurait été présentée sous forme d’une
allégorie. Ce n’étaient pas les villes qui étaient
responsables de ce conflit mais les dieux tutélaires, Laios,
Jocaste et Œdipe. Nous pensons qu’un tel scénario pourrait
expliquer et justifier le mythe d’Œdipe, et par suite les
autres histoires d’assassinat, de cannibalisme, d’inceste ou
de mariage entre dieux.
Les
images 4, 5 et 6 représentent manifestement le
tétramorphe. Tous les éléments caractéristiques (taureau,
lion, aigle et homme) sont représentés.
L'image 7 est,
quant à elle, un peu différente : un lion a remplacé le
taureau, l’homme porte un bonnet phygien et l’aigle
s’apparenterait plutôt à un échassier. Quant à la partie
centrale elle est occupée par une femme trônant dans
l’attitude d’une déesse-mère. Nous ne sommes pas certains
que cette représentation soit chrétienne. En tout cas, elle
semblerait avoir inspiré la forme du tétramorphe.
L'image 8 est
quant à elle chrétienne. Certains documents la désignent
comme étant un tétramorphe. Nous ne pensons pas que ce soit
le cas. Ce style de composition pourrait cependant avoir
inspiré le tétramorphe.
L'image 9 représente
les quatre Saisons entourant la scène principale. Là encore,
le style de composition de l’image pourrait avoir servi de
cadre à la scène du tétramorphe.