La croyance absolue ; les croyances profanes
• Essai
sur l'évolution dans le domaine des croyances et des
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La croyance absolue (ou
l’absolutisme de la croyance)
La foi des catholiques
Le mot « croyance » est ici écrit au singulier. Parce que
dans le passé et peut-être encore maintenant, il y a une
seule croyance. Ainsi, parlant d’un catholique, on dira de
lui « qu’il a la foi ». Et s’il n’a pas la foi, c’est un
incroyant. Il en est de même chez les musulmans qui séparent
la société en deux parties : ceux qui ont la foi, les
musulmans, et les autres qui sont des incroyants (en
distinguant cependant parmi ces derniers les chrétiens et
les juifs). Pour les catholiques, la foi est manifestée dans
l’affirmation du Credo. Il s’agit d’une succession de
phrases prononcées sur le ton affirmatif, commençant par : «
Je crois en un seul Dieu, le Père tout puissant, créateur
du ciel et de la terre, .... ». Ce texte exprime
une série de croyances adoptées par les évêques du
christianisme lors des conciles de Nicée en 325 et de
Constantinople en 381 et très peu modifié depuis. La
récitation du Credo pour un catholique est censée confirmer
sa croyance en la totalité des affirmations de ce texte.
L’expérience montre que, dans leur ensemble, les catholiques
pratiquants sont très dubitatifs quant à certaines
affirmations du Credo.
Prenons l'exemple de la phrase « le
Saint-Esprit procède du Père et du Fils. » (cette
phrase a été adoptée tardivement au IXe siècle,
seulement par les catholiques).
Que signifie donc le mot « procède
» ? Et pourquoi n’est-il utilisé que pour le Credo ? D’après
le Wikitionnaire, le mot « procéder « signifie «
provenir, tirer son origine » et l’on découvre,
toujours d’après le Wikitionnaire : « Selon
le catholicisme, le Fils est engendré par le Père, et le
Saint-Esprit procède du Père et du Fils. ». Que
c’est compliqué ! Surtout en sachant que la séparation entre
catholiques et orthodoxes vient du faut que les premiers ont
voulu ajouter « et
du Fils » alors que les seconds ne le voulaient
pas. Comment se fait-il que des gens aient pu s’entretuer
pour ces questions de vocabulaire ?
C’est d’accord ! Quand on veut être un bon catholique, on y
croit ! Et on s’empresse d’oublier ce à quoi on croît.
D’autre part, on réalise que des personnes réputées «
incroyantes » expriment des idées plus proches des valeurs
chrétiennes que certains croyants pratiquants.
L’absolutisme religieux
Lorsqu’une religion est dominante, elle exclut le caractère
religieux d’une autre religion. L’adepte de cette autre
religion devient un incroyant, un ignorant qui n’a pas eu
accès aux mystères de la vraie religion, un vulgaire paysan
(c’est l’origine du mot « païen »). Cette autre religion est
combattue et les écrits qui permettraient de l’expliquer
sont détruits, hormis bien sûr ceux qui la combattent et qui
peuvent, dans cette confrontation, manquer d’objectivité. À
la longue, les pratiquants de la religion dominante
finissent par oublier les convictions des partisans des
autres religions : ils deviennent eux-mêmes ignorants des
connaissances de ceux qu’ils appelaient ignorants.
C’est ce qui explique la méconnaissance que nous avons sur
les religions de l’antiquité autres que le christianisme.
Cette méconnaissance, elle existe aussi en partie pour le
christianisme des premiers siècles de notre ère. En effet,
si nous sommes relativement bien documentés sur les
questions théologiques avec les différents débats entre
orthodoxes et hérétiques, –
à ce sujet, lire le livre écrit par Jean Daniélou intitulé
L’église
des premiers temps ; des origines à la fin du IIIe
siècle, nous avions toujours pensé que la période
indiquée « des
origines à la fin du IIIe siècle »
qui était celle des persécutions des chrétiens était une
période obscure et méconnue durant laquelle les chrétiens
devaient cacher leur foi. Nous avons découvert à la
lecture de ce livre que les historiens chrétiens (pas
seulement Jean Daniélou) avaient effectué un très gros
travail de recherche de textes originaux, ainsi que de
traduction et d’interprétation de ces textes. Nous avons
aussi appris que les discussions théologiques et les
hérésies ont commencé dès les premiers temps alors que
nous pensions que les prêtres ou évêques avaient attendu
la fin des persécutions pour se disputer. –
, nous le sommes beaucoup moins en ce qui concerne la
pratique religieuse. Les textes dont nous disposons ont été,
en effet, écrits par une élite de la société. Cette élite
qui organisait la communauté des chrétiens se préoccupait
dans ses écrits, presque exclusivement, de questions
doctrinales. Il est, selon nous, probable, que ces questions
doctrinales servaient de prétextes à des conflits entre
communautés ou pour le contrôle de ces communautés. Le
peuple, quant à lui, devait ignorer ces questions
doctrinales pour adhérer aux valeurs fondamentales prônées
par le christianisme : charité, amour du prochain, espérance
en un avenir heureux.
Disons-le tout de suite, cet absolutisme religieux
concernant la religion chrétienne a pratiquement disparu
actuellement. Les autorités religieuses respectent le
principe de tolérance vis-à-vis des autres religions. C’est
d’ailleurs aussi le cas de la plupart des autres religions.
Il n’en était pas de même dans les temps anciens.
L’absolutisme religieux serait même antérieur à la religion
chrétienne. Ce serait la cause des persécutions des premiers
siècles de notre ère. Auparavant cependant, il y aurait eu
une certaine tolérance en matière de religion. D’une part,
des dieux de nations différentes des romains auraient été
rebaptisés sous des noms romains. C’est le cas du Ba’al
phénicien dont le culte s’est maintenu sous le nom de
Saturne, du dieu grec Zeus (image
1) devenu le Jupiter romain (image
2). De même, le dieu celte Taranis a été assimilé à
Jupiter (image 3).
Cependant, bien que Jules César ait dit que les Gaulois
avaient seulement six dieux dont il donne cinq noms romains
ou grecs : Mercure, Apollon, Mars, Minerve, Jupiter et
Dispater qui serait une sorte de Pluton, il semblerait que
les Gaulois aient pu garder les noms des anciens dieux tels
que Teutatès (image 4)
ou Ésus (image 5).
Cette relative tolérance devait tenir au fait que les
légions romaines devaient être ouvertes aux peuples
étrangers. C’est d’ailleurs ce qu’on découvre sur des
inscriptions funéraires : tel soldat d’une légion stationnée
en Tunisie porte un nom gaulois, tel autre un nom grec.
Cette adoption de divinités étrangères a provoqué un
syncrétisme (mélange d’influences) sur le plan religieux. Il
y a eu aussi probablement une volonté d’intégrer des
religions étrangères. Ceci expliquerait qu'au cours du
premier siècle de notre ère, les empereurs romains aient
fait procéder à la construction de temples à Rome afin sans
doute de les écarter de leurs provinces d’origine pour mieux
les contrôler. Nous pensons en particulier au chandelier à
sept branches situé sur l’arc de Titus à Rome (image
6). On raconte que ce chandelier à sept branches
faisait partie des objets pillés au temple. Nous pensons
qu’il n’a pas été pillé mais déplacé. La nuance est grande
car le déplacement aurait été fait dans l’intention de
transférer à Rome le Dieu des Juifs afin de mieux contrôler
la population juive. C’était une grande victoire pour les
romains : le Temple de Jérusalem était détruit, les
principaux objets du culte étaient à Rome. On pouvait donc
célébrer ce grand événement sur un arc de triomphe. On sait
cependant ce qu’il en est devenu : il n’y a pas eu de grand
temple juif à Rome. Dieu est resté à Jérusalem caché
derrière le Mur des Lamentations.
La tolérance que les romains avaient vis-à-vis des religions
étrangères avait des limites. Les romains ne pouvaient pas
accepter les religions qui vénéraient des dieux uniques car
elles niaient l’existence des autres dieux, dont les leurs.
Cela explique pourquoi les religions juives, chrétiennes et
aussi semble-t-il, de certaines divinités orientales (culte
d’Isis,…) ont été persécutées.
Les
croyances_profanes
On a tendance à privilégier la croyance en une religion
alors qu’en fait les croyances sont multiples et souvent
indépendantes d’un religion donnée : croyance d’un enfant en
l’existence du Père Noël, croyance d’un adulte aux
prédictions d’une cartomancienne ou aux dangers d’une
vaccination, croyance plus générale en l'effet bénéfique (ou
au contraire maléfique) du progrès scientifique.
Des siècles d’opposition entre croyances religieuses
aveugles et critiques raisonnées ont pu faire oublier que la
critique aussi raisonnée soit-elle doit être justifiée et
mesurée. Il doit y avoir respect de l’opinion des autres. La
laïcité exige ce respect des croyances. Mais la laïcité
devait être le comportement de chacun et non une croyance,
car lorsqu’il y a croyance en la laïcité, on risque de
tomber sur un absolutisme de cette croyance. : jusqu’où
peut-on se permettre le port de signes religieux ? Ou même
de signes vestimentaires.
Les religions s’étant petit à petit sécularisées, les
croyances qui faisaient partie du domaine du religieux ont
petit à petit conquis d’autres territoires tels que les
partis politiques ou les clubs de sport. Donnons ici
l’exemple de ce qui s’est passé au XVIIe siècle
puis au XXe siècle dans les Cévennes. Au XVIIe
siècle, il y a eu la guerre des Camisards entre catholiques
et protestants.. Dans la première moitié du XXe
siècle, le conflit était politique entre les partis
d’extrême-droite et d’extrême-gauche. On est donc passé en
moins de trois siècles d’un conflit entre religions
différentes en un conflit entre politiques différentes. Mais
dans chacun des cas, il a pu pu y avoir fanatisme des
convictions. Par ailleurs, on a parfois l’impression que
l’attachement de supporters à leurs clubs sportifs, que ce
soit l’O.M. ou le P.S.G. fait partie du domaine du
religieux. Nous sommes cependant en présence de croyances
profanes. Il nous semble important d’identifier leurs
causes.
Une croyance profane : le mythe de l’homme providentiel
À l’heure actuelle, le nom de Donald Trump est omniprésent
dans les chaînes de télévision ou les réseaux sociaux. C’est
l’homme, providentiel pour les uns, diabolique pour les
autres.
Il n’est pas question pour nous de donner notre avis sur le
côté « providentiel » ou le côté « diabolique » du
personnage, mais de constater que, si on parle beaucoup de
lui, on oublie qu’il a été choisi comme président par une
majorité d’américains. En conséquence, ce groupe
d’américains doit être considéré comme plus important que
Trump. Lui-même d’ailleurs reconnaît implicitement cette
importance en intervenant constamment sur les médias et les
réseaux sociaux afin de conserver cette majorité de
partisans.
Tous les commentateurs signalent l’importance du soutien
qu’il a de sa base dite MAGA. Quels que soient ses
comportements erratiques, cette base les approuve. On a
l’impression que, pour ses partisans, cet homme est
supérieur à tout autre.
Nous pensons que l'image 7
créée par lui qui le représente sous la forme de Dieu
est révélatrice de son état d’esprit : il est Dieu, il est
éternel, il vaincra les puissances du Mal qui le combattent.
Et c’est ainsi que le voient ses partisans (image
8). La mort de Staline a été un véritable drame
pour les peuples soviétiques qui ont mis du temps à réaliser
qu’il n’était pas éternel (image
9).
Les divers errements que nous constatons aujourd’hui se sont
très certainement produits pareillement dans le passé.
Nous estimons que cette croyance en des êtres exceptionnels
capables de résoudre tous les problèmes a été très forte
durant toute l’histoire du monde et plus particulièrement
dans les temps anciens. L’enfance des futurs empereurs
romains est scrutée attentivement, la famille dont ils sont
issus, la date de naissance et les oracles qui
l’accompagnent. Par la suite, ils sont désignés comme divins
et un culte leur est réservé. Cette croyance en un « genius
» de certaines personnes n’est pas spécifique aux romains.
On la retrouve chez les francs avec l’importance donnée aux
dynasties royales : on est roi parce qu’on est issu d’une
famille de rois et qu’on hérite non seulement de la fortune
de cette famille mais aussi de son « genius
», un petit truc en plus qui permet, par exemple, de guérir
certaines maladies, et aussi de gérer au mieux le royaume.
Il y a l’histoire que l’on sait et celle qu’on ne sait pas
!
Nous pensons que cette importance accordée à certains êtres
supposés exceptionnels s’est faite au détriment d’autres
acteurs plus discrets mais peut-être plus efficaces. On
connaît en effet le nom et les exploits des empereurs
romains, le nom et les actes des Pères de l’Église, mais
plus occasionnellement les noms des consuls romains dont
certains ont pu avoir plus d’importance que les empereurs.
Et de même ce n’est qu’à l’occasion d’un concile ou d’un
synode qu’on connaît l’existence d’évêchés dans une région
donnée. Mais si, dans la même région, pour une raison
donnée, un évêque n’a pas participer à ce concile, on ignore
l’existence non seulement de l’évêque mais aussi de
l’évêché. En résumé, il ne faut pas déduire de l’histoire
qu’on ne sait pas qu’elle n’a jamais existé.
Une réflexion à poursuivre qui ne sera jamais terminée
Arrivés à ce point de notre exposé, nous avons l’impression
de n'avoir rien apporté de concret. Cela vient du fait que
la tâche est immense et que l'histoire des religions ne
constitue qu’une partie du programme à mettre en place avec
les techniques de l’historionomie. Concernant l’histoire des
religions, nous voulons reproduire cet extrait de texte du
livre «
Le mythe de l’éternel retour » de Mircea Eliade :
« En
bref, l’histoire des religions se révèle être à la fois
une « pédagogie » dans le sens fort du terme puisqu’elle
est susceptible de changer l’homme et une source pour la
création de « valeurs culturelles ». Il faut s’attendre
que cette fonction assumée par l’histoire des religions
soit considérée avec suspicion, sinon franchement
contestée, tant par les théologiens que par les
scientifiques. Ces derniers se méfient de tout effort de
« revalorisation de la religion ». Satisfaits de la
sécularisation vertigineuse des sociétés occidentales, les
scientifiques sont enclins à soupçonner d’obscurantisme ou
de nostalgie passéiste les auteurs qui voient dans les
formes de religion autre chose que superstition et
ignorance. [...]
Quant aux théologiens, leurs hésitations s’expliquent par
de multiples raisons. D’une part, ils sont assez méfiants
face aux herméneutiques historico-religieuses susceptibles
d’encourager le syncrétisme, le dilettantisme, ou, pire
encore, la mise en cause de l’unicité de la révélation
judéo-chrétienne. D’autre part, l’histoire des religions
vise, en fin de compte, à la création culturelle et à la
modification de l’homme. Or la culture humaniste pose un
problème embarrassant aux théologiens et aux chrétiens en
général : qu’y a-t-il de commun entre Athènes et Jérusalem
? [...] »
Nous retrouvons dans ce texte de Mircea Eliade concernant
l’histoire des religions l’écho de nos propres difficultés
sur l’histoire du premier millénaire en Europe. Signalons
cependant une difficulté semble-t-il oubliée par Mircea
Eliade. Celui-ci témoigne des problèmes de communication
pouvant exister entre les historiens des religions, des
scientifiques et des théologiens, tous spécialistes éclairés
de chacune des questions. Il nous semble que le problème
principal est celui de la communication au grand public des
découvertes effectuées.