L’église Saint-Jean-Baptiste de Grandson
Nous avons visité cette église en août
2007, neuf ans avant les débuts de la rédaction de ce site.
Nous n’avions pas à ce moment-là identifié les divers
critères permettant d’estimer une datation.
Pour une grande partie d’entre elles, les images de cette
page ont été prises lors de cette visite. Les autres sont
issues de galeries d'Internet.
Cette église a fait l’objet d’une étude approfondie par
Henri Stierlin, dans le livre Suisse
Romane de la collection Zodiaque.
En voici des extraits :
« Dates
993 : La famille de Grandson commence à jouer un rôle
important dans le pays de Vaud. Une première construction
de type carolingien tardif pourrait remonter à cette
époque.
1049 : Les seigneurs de Grandson ont des démêlés avec le
puissant prieuré de Romainmôtier. Ces querelles se
poursuivent pendant des décennies.
1126 : Ébal Ier pour faire pièce à
Romainmôtier, donne des terres à Saint-Martin de Laon,
pour y fonder un ordre de prémontrés.
1146 : Date probable à laquelle les châtelains donnent le
prieuté à l’abbaye de la Chaise-Dieu. À la même époque,
l’église de Saint-Jean aurait subi de nombreuses
transformations.
1180 : Huon de Grandson fait une seconde donation aux
prémontrés de Fontaine-André - Neuchâtel. [...] »
Les beaux murs blancs de cette église (images 1 et 2) font
immédiatement penser à un édifice néoroman bâti au XIXe
siècle et rebadigeonné à une période récente. Mais la
photographie de l'image 3,
datée de 1901, fait bien apparaître un appareil roman,
montrant par ailleurs des traces de transformations. C’est
d’ailleurs ce qu’écrit Henri Stierlin : « [...] Sur
tous les murs de la nef romane, on peut lire les signes de
nombreuses campagnes de construction : le premier niveau
qui s’arrête à environ 1 mètre 20 du sol est fait de
petits blocs de pierres grises ; au-dessus commence le bel
appareil roman en calcaire jaune du Jura, qui s’élève
assez régulièrement jusqu’à la frise lombarde. Cette
dernière, également rénovée, semble un peu plus tardive. »
L’intérieur
de la nef
Poursuivons le texte écrit par Henri Stierlin : « [...] L’intérieur
de la nef présente un cas extrêmement rare de couverture
en berceau sur des colonnes antiques. Au reste, l’appareil
des arcades diffère de celui de la voûte en tuf. Il en va
de même pour les voûtes des bas-côtés. [...] ». En
fait, le cas n’est, selon nous, pas si rare que cela. Nous
l’avons rencontré à de nombreuses reprises avec parfois des
variantes. Nous pensons que, comme dans d’autres cas, à
l’origine la nef était charpentée, le vaisseau central étant
nettement détaché au-dessus des collatéraux. Ultérieurement,
on a décidé de la voûter, d’une part en abaissant la
couverture du vaisseau central et d’autre part en utilisant
le tuf, matériau léger pour construire les voûtes. C’est
d’ailleurs ce qu’envisage Henri Stierlin, plus loin dans son
exposé : « [...] D’aucuns
ont parlé d’une église à nef unique. Mais la largeur de 10
mètres excéderait la portée d’une poutraison normale pour
un tel édifice. Il serait préférable de supposer un
premier état où l’église, avec ses colonnes antiques et
ses arcades, était couverte d’une toiture de bois à deux
pans, avec des fermes apparentes. Ainsi Grandson aurait eu
l’aspect de ces petits sanctuaires primitifs des Pyrénées,
tels que Saint-Clément de Tahull, en Catalogne. Rien ne
semble contredire l’hypothèse d’une telle construction. En
tout état de cause, l’esprit même du remploi de colonnes
romaines est plus caractéristique de l’époque
carolingienne, même tardive, que de l’époque romane. [...]
»
Les
colonnes et les chapiteaux
« [...] Les
dix colonnes antiques (huit en marbre blanc et deux en
granit) sont placées sur des socles qui atteignent parfois
soixante-dix centimètres de haut, afin d’égaliser la
longueur des fûts. [...] » (Henri Stierlin). Nous
ne sommes pas certains que ces colonnes soient vraiment en
réemploi. Expliquons-nous : il y a deux possibilités. La
première serait que, dès le début de la construction, on a
utilisé des colonnes issues de monuments romains de
différentes tailles pour construire l’église. La deuxième
hypothèse est qu'au début, on a construit l’édifice avec des
colonnes toutes identiques, mais par la suite, certaines ont
été abîmées et il a fallu les remplacer en bricolant comme
on le fait pour du matériel usagé. Dans le cas présent, nous
ne savons pas quelle hypothèse est la bonne.
Image 10 :
Chapiteau représentant probablement un évangéliste (mais il
n’est pas auréolé).
Image 11 :
Chapiteau représentant probablement un archange (mais il
n’est pas auréolé).
Image 12 :
Chapiteau de l’homme se tirant une épine du pied (symbole
inconnu).
Image 13 :
Chapiteau représentant Saint Michel terrassant le dragon.
Image 14 : Autre
face du chapiteau précédent.
Image 15 : Autre
face du chapiteau précédent.
Image 16 :
Chapiteau aux lions.
Image 17 :
Chapiteau représentant probablement la Femme et la Bête de
l’Apocalypse.
Image 18 :
Chapiteau représentant probablement Dieu sur le trône
céleste.
Image 19 : Aigle
impérial.
Image 20 : Lion à
queue feuillue.
Image 21 :
Entrelacs.
Image 22 :
Feuillages.
Image 23 : Imposte
à entrelacs typiquement carolingiens.
Image 24 : Restes
de l'archivolte d’une porte.
Datation
envisagée pour l’église Saint-Jean-Baptiste de
Grandson : an 925 avec un écart de 75 ans.