La collégiale Saint-Germain de Moutier en Grandval  

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La page du site Internet Wikipédia consacrée à l’abbaye de Moutier en Grandval nous apprend ceci (extraits) :

« Abbaye de Moutier-Grandval

Histoire

Ce monastère, comme bien d’autres, naît dans l’élan impulsé par les moines venus d’Irlande, parmi lesquels le plus célèbre, Colomban, fonde celui de Luxeuil vers 590. Sous leur influence, près de cinquante monastères voient le jour, dont Moutier-Grandval, ainsi que, probablement, ceux de Saint-Ursanne et de Saint-Imier.

Fondation de l'abbaye


Au VIIe siècle, le duché d’Alsace s'étendait au sud jusqu'au col de Pierre-Pertuis. Dans l'intention de rouvrir cette route déjà fréquentée à l’époque romaine, le duc Gondoin offre, vers 640, des terres à défricher dans la vallée de la Birse à Walbert, abbé du monastère colombanien de Luxeuil. Ce dernier y fonde une abbaye, sur le site actuel de la ville de Moutier, qu'il place sous l'autorité du moine Germain de Trêves. […] Germain de Trêves y fait construire une église dédiée à Saint-Pierre, ainsi que le monastère et ses dépendances à proximité. […] À sa fondation, l'abbaye de Moutier-Grandval, d'abord dédiée à Notre-Dame, fait vraisemblablement partie du diocèse de Strasbourg. Elle est ensuite soumise au diocèse de Bâle vers 740 et devient une abbaye royale après la disparition du duché d'Alsace cinq ans plus tard. Au fil du temps, nobles et grands seigneurs font donation de terres ou accordent des privilèges à l'abbaye. Carloman Ierconfirme en 769 l'immunité accordée par ses prédécesseurs et la faveur royale du monastère. […] Cette même année, une seconde église est fondée dédiée à la Vierge, puis à saint Germain dès 866.

L'empereur Lothaire Ier prend Moutier-Grandval sous sa protection en 849 et l'offre au comte d’Alsace Liutfrid. Le monastère augmente alors ses possessions, tout en restant dans le giron alsacien et sous le contrôle des souverains carolingiens puis bourguignons. Le 19 mars 866, Lothaire II lui garantit ses possessions. Le 20 septembre 884, l’empereur Charles III le Gros confirme les biens, droits, revenus et dîmes de l’abbaye, qui s’étendent jusqu’en Alsace. Comme elle menaçait de tomber aux mains de laïcs, sous le règne de Liutfrid III, le roi de Bourgogne Conrad se la fait adjuger par l’empereur Otton Ier en 967.

En 999, à la veille de l'an 1000, hanté par l'idée de la fin du monde et du jugement dernier, Rodolphe III de Bourgogne, au mépris de l'immunité reconnue par les souverains carolingiens et mérovingiens, donne "l'abbaye de Sainte Marie et de Saint Germain que l'on nomme Granval" à Adalbéron II, évêque de Bâle, consacrant ainsi son pouvoir temporel. Cette donation est à l'origine de la future principauté épiscopale de Bâle. […].

Entre 1050 et 1100, les moines détruisent l'église Saint-Germain et le monastère. Une nouvelle collégiale Saint-Germain est construite sur les hauteurs de Moutier. Peut-être cherchaient-ils à s'éloigner des risques liés à la Birse et à son humidité ? […] »

Arrêtons-nous un instant sur cette partie de texte. Remarquons tout d’abord le grand nombre et la précision des informations qui nous sont apportées. Il en est ainsi des dates de référence : 590, 640, 740, 769, etc. Nous estimons que par leur précision, ces dates témoignent de l’existence d’un ou plusieurs documents authentiques
– peut-être disparus – mais, en tout cas, peu suspects d’avoir été inventés. Ils donnent du crédit à l’information qu’ils apportent. À l’inverse, une information peu précise comme celle évoquée ci-dessus, « Entre 1050 et 1100, les moines détruisent l'église Saint-Germain et le monastère,... » , doit être soumise à l’épreuve du doute scientifique. Nous y reviendrons ! Ces informations apparaissent a priori de peu d’importance et en tout cas, très fluctuantes. Mais il faut y regarder de près. Première constatation : parmi toutes les abbayes apportant des informations sur le première millénaire, ce serait une de celles qui en fourniraient le plus. Constatons aussi la diversité des informations : on nous parle d’un duc d’Alsace, puis de la disparition du duché d’Alsace, d’un roi de Bourgogne, de l’empereur Lothaire Ier et d’une abbaye royale. Ces mots, « empereur », « roi », « duc », apparaissent désordonnés, sans lien direct. En fait, chacun d’eux a un sens qui doit être étudié dans le contexte de l’époque. Donnons ici un exemple concernant les mots de « duc » et de « comte ». Il semblent identiques., interchangeables. En fait, il faut savoir que, concernant la Bourgogne, il n’y a pas actuellement en France, une Bourgogne mais deux : la Bourgogne actuelle et la Franche-Comté. La première est issue du Duché de Bourgogne et la seconde du Comté de Bourgogne. À l’origine, ces deux entités régionales faisaient partie du royaume des Burgondes, situé entre Rhône et Alpes, de la Provence au Rhin. En fait, le problème est sans doute un peu plus complexe. Ce territoire devait être sous la protection de l’empereur de Constantinople qui avait confié une partie de la gestion aux burgondes et sans doute à d’autres peuples fédérés. Les chefs militaires de l’empereur étaient les ducs, ceux du roi des francs étaient les comtes. D’où notre idée que le mot « Franche-Comté » ne viendrait peut-être pas d’une franchise de ses habitants mais de leur appartenance au royaume franc. La « Franche-Comté » serait en fait, la
« Franque-Comté ».

L’exemple donné ci-dessus permet de comprendre l’importance des mots. Ainsi, la disparition d’un duché d’Alsace vers l’an 740 (il faut envisager que cette disparition s’est effectuée progressivement) signifie probablement qu’il y a eu changement de suzeraineté, la protection de l’Alsace passant sous la tutelle des francs, le duché d’Alsace devenant comté. Nous sommes un peu surpris qu’il y ait eu un roi de Bourgogne en l’an 886. Il y a eu certes des rois des Burgondes aux Ve et VIe siècles, mais nous pensions qu’ils avaient disparu à partir du VIIe siècle.

Concernant les démêlés entre, d’une part l’abbaye de Moutier-Grandval, et d’autre part l’évêché de Bâle, ils sont révélateurs des tensions qui se sont produites au cours du premier millénaire entre les divers diocèses. Il faut comprendre qu’aux premiers temps du christianisme, l’évêque avait un pouvoir autant temporel que spirituel sur sa communauté. Il était, ou se considérait, comme le seul maître de son diocèse après Dieu. Ou plus exactement après la Vierge Marie qui lui aurait confié la mission de conduire son troupeau de fidèles lors de son Assomption. Dans le cas présent, la dédicace à Notre-Dame pourrait signifier, qu’à l’origine, l’église Notre-Dame de Moutier ait été une cathédrale (c’est-à-dire une église, même très modeste, mais accueillant la chaise d’un évêque responsable de la communauté). En acceptant cette hypothèse, on comprend mieux les démêlés de cette abbaye avec l’évêché de Bâle. Selon nous, il y aurait eu aux débuts de l’évangélisation de l’Europe, un très grand nombre de petits diocèses qui auraient été absorbés au fur et à mesure par de plus grands diocèses.


Poursuivons notre lecture du texte de Wikipédia :

« Bâtiments

Église Saint-Pierre


Il s’agit de la première église de fondation colombanienne, placée sous le patronage de Saint-Pierre. [...] En 1741, l'église Saint-Pierre est agrandie avant d'être définitivement démolie en 1863.

Monastère


Ne disposant que de peu d'informations sur le monastère et ses dépendances, il est difficile de connaître leur emplacement exact. [...] Sa destruction remonte au début du XIe siècle, tout comme celle de l'église Saint-Germain (note 4).

Église Saint-Germain

Une seconde église est fondée en 769. D’abord placée sous le patronage de la Vierge, elle adopte en 866 le vocable de Saint Germain. Elle succède probablement à l’église Saint-Pierre, devenue une église funéraire, en tant qu’église liturgique (note 4).

Détruite en même temps que le monastère au début du XIe siècle, elle ne laisse aucune trace permettant de la localiser avec certitude, bien qu’elle ait dû se situer à proximité immédiate de l’abbaye. À sa disparition, ses vocables sont transmis à la nouvelle église construite sur l’esplanade de Moutier : la collégiale.

Collégiale Saint-Germain


L'église collégiale est édifiée à la fin du XIe siècle ou au début du XIIe siècle, lorsque les moines déplacent leur abbaye pour s'établir sur les hauteurs de Moutier. D’architecture romane, elle est brûlée et restaurée plusieurs fois ; gravement endommagée durant la guerre de Souabe en 1499, elle est reconstruite puis détruite en 1531 avant d'être à nouveau reconstruite. Désaffectée en 1534, dès l'adoption de la Réforme protestante, elle est d'abord utilisée comme temple puis abandonnée car les protestants utilisent déjà l'église Saint-Pierre. Le bâtiment tombe en ruines, endommagé par la foudre le 8 juin 1571. Toutefois, il demeure la propriété d'une famille prévôtoise, les Moschard. Enfin, une donation intervient entre le pasteur Henri-Louis Moschard et la paroisse réformée en mars 1858, stipulant l'obligation de restaurer et reconstruire la collégiale pour en faire un temple protestant. Elle est donc reconstruite entre 1859 et 1863. ».


Commentaires sur l’ensemble du texte parlant des monuments de Grandval. Nous avons rarement eu l’occasion de lire des descriptions telles que celles-ci ; en particulier, la dernière concernant la collégiale Saint-Germain, une église plusieurs fois détruite et plusieurs fois reconstruite. Et ce, sachant que les mots « détruite » et
« reconstruite » sont des mots forts qui impliquent que la destruction a été totale « au ras du sol », et de même, que la reconstruction a été totale.

Or ce n’est pas du tout ce que nous constatons en matière d’architecture. Si l’église avait été entièrement reconstruire au milieu du XIXe siècle, elle serait de style néoroman avec des corps de bâtiment caractéristiques du XIXe siècle (sacristie, nef unique, etc.). Si elle avait été reconstruite au XVe siècle, elle l’aurait été dans le style gothique rayonnant ou le style renaissant. Or ce n’est pas ce que nous observons. Cette église est d’un style antérieur au style roman. Le plan est directement inspiré de celui des premières basiliques chrétiennes : nef à trois vaisseaux charpentés, le vaisseau central étant surhaussé par rapport aux vaisseaux latéraux, absence de transept. Les seuls éléments qui retardent un peu la datation par rapport aux basiliques paléochrétiennes sont, d’une part, la présence de trois absides en prolongement des vaisseaux de nef, et les piliers à base rectangulaire porteurs du vaisseau principal.

Par acquit de conscience, nous avons cherché à en savoir plus en ce qui concerne les sources utilisées par l’auteur du texte de Wikipédia. Nous avons alors consulté la note 4 en bas de page.

Cette note fournissait l’adresse Internet suivante, www.autour-de-saint-germain.ch, que nous avons aussitôt consultée. Mais cette page donne les mêmes explications que celle de Wikipédia sans fournir les preuves des destructions ou des reconstructions.

De retour à la page de Wikipédia, nous avons pu lire la suite : « La collégiale actuelle est construite très exactement sur les fondations de l'ancienne église Saint-Germain, dont elle a repris les plans et en partie la volumétrie. En effet, en 1956, avant d'entreprendre la restauration de la collégiale, l'architecte Charles Kleiber fit faire quelques sondages sur les piliers. Et, sous le plâtre dont ils étaient recouverts, on vit apparaître de belles pierres de taille couronnées de chapiteaux anciens. Cette pierre put être retrouvée jusqu'à la frise courant de chaque côté de la nef. Ainsi, au siècle passé, on avait rebâti en utilisant les ruines de l'ancienne collégiale. Seule la tour à l'ouest avait été détruite tandis que l'abside centrale était reconstruite. ». Cette partie de texte confirme ce que nous avions envisagé dès le début : cette église est bien un édifice préroman. Bien sûr, l’auteur du texte de Wikipédia qui a affirmé que l’église Saint Germain avait été détruite au XIe siècle ne veut pas se déjuger et laisse entendre que l’édifice actuel a été construite avec des matériaux en réemploi. Mais en admettant qu’il ait raison, nous rappelons qu’un édifice doit être daté à partir du premier plan de construction. Et ce premier plan de construction est défini par les fondations. Or ces fondations sont celles de l’ancienne église (« La collégiale actuelle est construite très exactement sur les fondations de l'ancienne église Saint-Germain »).

Datation envisagée pour la collégiale Saint-Germain de Moutier en Grandval : an 850 avec un écart de 150 ans.