L’église San Carlo de Negrentino  

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Nous n’avons pas visité cette église. Les images de cette page sont issues de galeries d’Internet.

Elle a fait l’objet d’une étude approfondie par Virgilio Gilardoni, dans le livre Suisse Romane de la collection Zodiaque. Nous en conseillons la lecture. L’auteur y témoigne de son enthousiasme pour le groupe de fresques.

La page du site Internet Ticinotopten décrivant cette église nous apprend ceci (extraits) :

« La petite église de Negrentino, à l'origine dédiée à Sant'Ambrogio Vecchio (aujourd'hui à San Carlo), est l’une des plus remarquables du Tessin. Sa position exceptionnelle, son architecture romane et sa riche décoration picturale en font une construction unique en son genre. [...]

L’édifice, érigé au XIe siècle et mentionné pour la première fois en 1224, est situé sur l’ancienne voie de transit du col du Nara qui relie deux vallées : Blenio et Leventina. Le clocher, détaché du corps principal, remonte probablement au XIIe siècle. Presque toutes les parois intérieures sont riches en décorations picturales remontant à trois époques distinctes.

La fresque extraordinaire
(images 11 et 12) située dans la contre-façade de l’abside majeure date probablement de l’église d’origine. Elle représente le Christ avec une couronne d’épines, entouré d’un jeu de cercles concentriques qui symbolisent l’univers ; derrière, on aperçoit les instruments de la Passion (la lance et le bâton), et aux côtés, les Apôtres. Au-dessus, une grecque (motif d’ornement antique formé d’une ligne droite brisée effectuant des retours en arrière et constituant une bande) est interrompue par deux agneaux et un animal marin, alors qu’en-dessous on trouve un sarment. Il s’agit d’une composition très singulière, que l’on interprète, soit comme une représentation de la Résurrection, soir comme l’Ascension ou le Jugement universel. Les couleurs ont des tonalités délicates ; le vert d’eau, l’ocre et le rouge brique dominent. Dans son ensemble, il s’agit d’une fresque remarquable dans laquelle on perçoit l’influence byzantine. La datation reste cependant incertaine (1010-1100) mais elle constitue sûrement l’une des plus anciennes du Tessin et les spécialistes la comparent à la grande peinture romane de l’Italie du nord.

La partie plus ancienne de l’église conserve des peintures murales réalisées par les Seregnesi, artistes actifs au Tessin et dans les Grisons après la moitié du XVe siècle. L’abside majeure (image 10) réunit les thèmes classiques des églises médiévales : le Christ en vesica pescis, les quatre Évangélistes, les Apôtres. [...] Aux côtés, se trouvent Saint Stéphane et Sainte Catherine. Les rois et les prophètes sont représentés sous l’arc, et l’Annonciation sous l’arc triomphal. La paroi nord est riche en peintures votives, parmi lesquelles on trouve Saint Ambroise, une Madone au trône, une seconde Madone située entre Saint Antoine et Saint Bernardin, ainsi qu’une Crucifixion.

En plus des Seregnesi, un autre atelier fécond travailla à Negrentino : vers 1510, Antonio da Tradate et ses assistants ornèrent de fresques l’abside mineure (image 9) et les parois de la deuxième nef. Le fil rouge des peintures de l’abside est la narration de la Vie de la Vierge, développée autour de la fresque centrale, qui représente le Couronnement de Marie. Les arcs de division abritent l’Assomption de la Vierge, à laquelle assistent les Apôtres et les anges musiciens ; les prophètes et l’abbé Saint Antoine figurent sur les sous arcs de l’église. [...] »


Commentaires divers

L’auteur du texte ci-dessus propose la datation (1010-1100) pour la fresque de la paroi Ouest, considérée comme la plus ancienne : (« Dans son ensemble, il s’agit d’une fresque remarquable dans laquelle on perçoit l’influence byzantine. La datation reste cependant incertaine (1010-1100)...  »). Virgilio Gilardoni évoque, quant à lui, le milieu du XIe siècle. Il faut bien comprendre que ces datations ne reposent sur rien… ou presque rien. Le seul point qui semble acquis, et sur lequel nous sommes d’accord, est que ces fresques sont les plus anciennes de l’église, et, peut-être de toutes celles du Tessin. Elles seraient donc plus anciennes que des fresques romanes du XIIe siècle. On aurait donc un « terminus ante quem» : l’an 1100. Mais c’est le « terminus post quem » qui pose question. Pourquoi l’avoir fixé en 1010 ? Nous pensons que tout cela est lié aux « terreurs de l’an mille ». Les historiens, sur la foi d’un seul témoignage (celui de Raoul Glaber qui écrivait vers l’an 1050), en ont déduit que, par suite de terreurs millénaristes, rien n’avait été construit avant l’an mille. Et donc toutes les constructions seraient postérieures à l’an 1000. Mais pourquoi 1010 ? Logiquement parce que les maçons avaient été tellement terrorisés qu’il leur a fallu 10 ans pour qu’ils se remettent de leurs émotions. Bien sûr, tout cela est imaginé. Et si des terreurs ont bien eu lieu avant l’an mille, nous aurions plutôt tendance à envisager le contraire : les maçons se seraient dépêchés de terminer leur travail avant l’an mille de façon à s’assurer une place au paradis, la nuit de la Saint-Sylvestre 999.


Analyse architecturale

Manifestement, l’édifice a été construit en au moins trois étapes, aux couleurs suivantes sur le plan de l'image 6 : en bleu, la partie la plis ancienne (datation indiquée : XIe-XIIe siècle) ; en rouge foncé, un vaisseau et une abside (datation indiquée : XIIIe siècle), en vert, une sacristie d’époque moderne. En fait le nombre de transformations serait supérieur. Ainsi la datation de la partie bleue, (XIe-XIIe siècle), serait selon nous révélatrice des doutes ou incertitudes des évaluateurs. Comment expliquer en effet que les fresques situées sur le mur à gauche de l’image soient du XIe siècle alors que le chevet à droite soit du XIIe siècle ? L’hypothèse selon laquelle on aurait d’abord construit le mur du fond au XIe siècle avant de s’attaquer au sanctuaire un siècle après, étant peu crédible, les historiens de l’art ont évacué le problème en colorant le tout en bleu. Et en laissant à chacun le soin de trouver la solution.

Nous proposons celle-ci. la chapelle d’origine devait être à nef unique et abside semi-circulaire. Nous pensons que cette abside n’était pas voûtée (ce serait le cas de nombreuses absides primitives). Plus exactement, pas voûtée en pierres, mais elle pouvait l’être de voûtes très légères en bois ou en stuc suspendues à la charpente du toit. Pour aménager cela, il n’avait pas été nécessaire de construire des murs très épais. Plus tard (selon nous au XIIe siècle), on aurait décidé de doter cette abside d’une voûte de pierres. Mais il fallait pour cela épaissir les murs et les renforcer côté extérieur par des arcatures lombardes (images 3 et 4). Ce réaménagement de l’abside permettrait d’expliquer le fait que, dans la partie supérieure au moins, les fresques sont plus récentes. Il est possible que dans la partie inférieure, des fresques anciennes aient été conservées (nous ne sommes pas en mesure de le prouver).

Le bas-relief au paon a été utilisé comme piédroit à droite de la fenêtre axiale (image 4). L’absence d’une sculpture symétrique et le thème du paon caractéristique de l’antiquité tardive (avec de probables survivances durant le Haut Moyen-Âge) font envisager qu’il s’agit d’un réemploi. Probablement, cette récupération a été faite sur cet emplacement. Ce qui fait envisager que l’église d’origine serait plus ancienne que le XIe siècle.

Cette ancienneté, nous l’envisageons aussi en ce qui concerne la fresque du mur occidental (images 11 et 12). Il y a d’abord la représentation du Christ à l’intérieur d’un cercle parfait. Cette figure est étrange et inusitée. Certains l’interprètent comme une représentation de l’Ascension. Mais on ne voit pas les anges porteurs rencontrés dans des représentations romanes. La barbe du Christ n’est pas non plus classique : elle s’apparente à une barbichette. Le Christ porte sur sa main gauche un objet elliptique : peut-être un disque vu en perspective. Une figure difficilement identifiable (un quadrupède ?) est représentée sur ce disque. Par ailleurs, le fait que le cercle soit parfait alors que les représentations usuelles dans le roman sont des mandorles (en forme d’amande) pourrait apparaître comme une innovation. En fait, nous voyons plutôt cela comme un signe d’ancienneté. En effet, nous avons remarqué que dans l’art roman, les représentations sont très codifiées. L’artiste et son donneur d’ordres avaient droit à certaines libertés dans l’exécution de leurs œuvres. Mais ce, dans un cadre strict. Il est possible que remplacer une mandorle par un cercle parfait ait été considéré comme un acte hérétique.

Autre signe d’ancienneté : le cortège des apôtres (image 12). À l’inverse des représentations ultérieures dans lesquelles chaque apôtre porte un attribut, en particulier, le plus à droite, Saint Pierre, censé porter les clés du paradis, ceux-ci sont seulement désignés par leurs noms : comme le cortège de saintes que l’on voit à Saint Apollinaire-le-Neuf à Ravenne, église estimée du VIe ou VIIe siècle.


Datation envisagée pour l'église San Carlo de Negrentino : an 750 avec un écart de 200 ans (datation basée sur le seul examen des fresques du mur occidental et du bas-relief au paon).