La collégiale Saint-Imier de Saint-Imier 

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Cette église a fait l’objet d’une notice brève écrite par Claude Lapaire, dans le livre Suisse Romane de la collection Zodiaque. En voici la teneur :

« L’ermite Imier s’établit au VIIe siècle dans le sauvage Vallon de la Suze. La petite chapelle édifiée sur son tombeau appartenait au monastère de Moutier-Grandval. Un chapitre de chanoines qui fut installé non loin de cette chapelle, construisit au XIe siècle l’église actuelle. Le vaisseau à trois nefs, séparées par des piliers carrés portant des arcades en plein cintre, est d’une grande simplicité. Le transept bien marqué, harmonieusement organisé, se termine par trois absidioles en hémicycle (les deux absides latérales ont été reconstituées en 1936). C’est un beau monument aux volumes, l’un des rares de cette époque à se présenter dans sa pureté initiale. »

La page de Wikipédia décrivant la localité de Saint-Imier apporte des renseignements supplémentaires concernant l’histoire de cette petite ville :

« La première mention de Saint-Imier remonte à 884, sur une charte de l'Empereur Charles III le Gros qui confirme à l'abbaye de Moutier-Grandval certaines donations dont la cella Sancti Hymeri. La cité fut fondée par l’ermite Imier, originaire de Lugnez (Ajoie) et probablement mort vers 610, qui y fit édifier un oratoire dédié à Saint Martin de Tours.

L'oratoire a dû faire place à une chapelle en l'an 992, puis à une église en 1146. En 1228, le cartulaire de l'Évêché de Lausanne, dont dépendait la paroisse de Saint-Imier, mentionne deux églises à Saint-Imier : l'église paroissiale de Saint-Martin et la collégiale, imposant édifice considéré comme église de pèlerinage jusqu'à la Réforme.
»


Commentaires sur ces textes

Nous pensons que l’oratoire dédié à Saint Martin de Tours évoqué dans la phrase, « La cité fut fondée par l’ermite Imier, originaire de Lugnez (Ajoie) et probablement mort vers 610, qui y fit édifier un oratoire dédié à Saint Martin de Tours. », était situé dans la ville de Saint Imier, et non à Lugnez, localité relativement éloignée de Saint-Imier. La mention « qui y fit édifier » pouvait prêter à confusion.

Selon donc l’auteur du texte, l’oratoire dédié à Saint Martin de Tours serait devenu chapelle puis église paroissiale. Il ne resterait de cette église, détruite au XIXe siècle, que le clocher, appelé Tour Saint-Martin.

La collégiale Saint-Imier serait donc différente de l’église créée par Saint Imier.


Les données architecturales

D’après les images de cette église, nous estimons qu’elle a fait l’objet de plusieurs campagnes de travaux. À l’origine, son plan devait être celui d’une église à nef à trois vaisseaux charpentés (images 3, 4 et 5) et trois absides situées dans le prolongement des vaisseaux de nef (image 1). Comme c’est le cas actuellement, le vaisseau principal était porté par des piliers rectangulaires et des arcs en plein cintre. Il était de plus surhaussé par rapport aux collatéraux, ce qui avait permis le percement de fenêtres supérieures pour éclairer la nef. C’est encore le cas aujourd’hui, mais c’est sans doute le résultat d’une forte restauration en vue de reproduire le monument à l’identique. À remarquer que ces fenêtres sont sur la verticale du sommet des arcs (image 6). Le modèle est celui de Sainte-Madeleine de Béziers.

Au cours d’une deuxième phase de travaux effectués longtemps après la première, un transept aurait été construit sur la travée la plus proche du chœur. Il s’agit d’un transept bas non débordant (images 1 et 2). Là encore, le modèle est à Sainte-Madeleine de Béziers. Le clocher situé sur la façade Ouest serait plus tardif.

Cette église pourrait se révéler très intéressante en ce qui concerne la datation des édifices. Si on reprend l’histoire racontée ci-dessus, Imier aurait été un ermite venu à cet endroit. Il faudrait revérifier la date de sa mort (An 610 ? VIIe siècle ? Autre date ?). En tout cas, on peut penser qu'en fin de sa vie, il a commencé à devenir célèbre, et qu'après sa mort, son corps a fait l’objet d’un véritable culte. Et il a été à la fois possible et nécessaire de construire une église de pèlerinage. Ces deux éléments caractéristiques, la possibilité et la nécessité nous amènent à fixer les datations : s’il y a eu possibilité de construire, c’est parce que l’on a pu récolter les fonds nécessaires à cette construction. Et il faut un temps pour cela : au minimum trente ans. Mais ce temps est limité. Car il y a l’oubli : si on ne maintient pas la mémoire, vient le temps de l’oubli. Et si, après la mort d’un saint, on ne fait rien pour perpétuer sa mémoire, alors on finit par l’oublier. Et donc la construction d’une église de pèlerinage autour du corps d’un saint ne doit pas dépasser soixante ans. Certes, la célébrité d’un lieu de pèlerinage est en partie due au nombre de miracles qui y sont accomplis. Mais combien de faux miracles sont ils dus à la célébrité du lieu de pèlerinage ?

En conséquence, si la mort de Saint Imier a bien eu lieu en l’an 610, on peut envisager que la collégiale de Saint-Imier devait être achevée en l’an 670 (à l’exception du transept et du clocher). Nous avouons avoir envisagé pour ce type d’église un date plus tardive : an 750 avec tout de même un écart de 150 ans ; on reste dans la fourchette d’évaluation.


Datation envisagée pour la collégiale Saint-Imier de Saint-Imier : an 750 avec un écart de 150 ans.