L’église réformée Saint-Martin de Zillis
Dans cette page, l'étude de l’église
réformée Saint-Martin de Zillis est suivie d'un
paragraphe intitulé Conclusion
sur les monuments de Suisse.
L’église
réformée Saint-Martin de Zillis
La page du site Internet Wikipédia décrivant cette église
nous apprend ceci :
« Histoire
Une église est mentionnée dans le village dès 831 ;
cependant, des fouilles menées sur les lieux ont confirmé
des traces d'utilisation dès l’époque romaine, ainsi qu'un
premier bâtiment chrétien bâti autour de l'an 500. Le
plafond de l'église, peint entre 1109 et 1114, a été
réarrangé en 1939 par Erwin Poeschel.
Plafond
Le
plafond de l'église est une œuvre d'art de l’époque
romane. Il se compose de 153 plaques carrées (9 rangées de
17) d'environ 90 cm de côté dont la plupart sont
fabriquées en sapin recouvert d'une fine couche de plâtre,
puis peintes avant d'être insérées dans le plafond. Ces
panneaux sont ordonnés suivant le principe d’une carte du
monde symbolique tel qu'imaginé au Moyen-Âge avec 48
panneaux formant le bord (représentant des animaux marins
fabuleux, à l'exception des quatre coins où sont
représentés les quatre vents) et 105 le continent
intérieur illustrés des scènes de la vie de Jésus jusqu'à
la Crucifixion, ainsi que sept tableaux liés à la légende
de saint Martin. »
Par ailleurs, cette église a fait l’objet d’une étude
approfondie par les moines de l’Atelier (Abbaye de la Pierre
qui Vire) parue dans le livre
Suisse Romane de la collection Zodiaque.
La principale nouveauté que ce texte apporte est l’analyse
qui est effectuée des tableaux effectuée à partir de la
symbolique des nombres. Il faut savoir en effet que durant
l’Antiquité, l’interprétation des relations entre nombres a
fait l’objet de nombreux travaux par des philosophes comme
Platon ou des hommes de religion. Saint Augustin fait partie
de ces derniers. Il a en particulier exposé une symbolique
du nombre 153. Dans ses Traités
sur l’Évangile selon Saint Jean, Saint Augustin
s’interroge sur le nombre de poissons capturés lors de la
pêche miraculeuse après la Résurrection de Jésus :
exactement cent cinquante trois. Pour lui, ce ne peut être
le résultat du hasard. Il commence par deux nombres : dix
qui est le nombre de commandements du Décalogue, et sept qui
est le nombre de l’Esprit Saint. La somme des deux,
dix-sept, forme un tout (une sorte d’alliance entre la Foi
et la Raison). La somme des dix-sept premiers nombres
(1+2+3+... +16+17) accentue cette totalité. Cette somme est
égale à 153. Ajoutons à cela que 153 est égal à 17 x 9 avec
le nombre 17 (symbolique ci-dessus) et 9 qui serait un autre
symbole : 9 = 3 x 3 (3 est le chiffre de la Trinité).
On peut penser que tout cela a un aspect très fantaisiste.
Mais ces fantaisies là, les contemporains y croyaient. De
plus, nous ne sommes pas certains que la symbolique du
nombre 153 ait été inventée par Saint Augustin. Il est
possible que 153 ait été un nombre considéré comme magique
avant Saint Augustin. Il est même possible que ce nombre
magique ait été employé artificiellement : 182 poissons ont
été pêchés mais on a remis à l’eau les plus petits, et, il
en est resté … 153 ! ça alors !
Mais revenons à Zillis. Il est fort possible que le donneur
d’ordres de la réalisation de ces panneaux, voire le peintre
lui-même, ait eu connaissance du texte de saint Augustin. Il
aurai créé ces 153 panneaux sur 17 rangées dans le sens de
la longueur et 9 rangées dans le sens de la largeur (on
retrouve le calcul 17 x 9 = 153).
Le texte de Wikipédia décrirait quant à lui un autre type de
symbole. Ce serait une représentation de la terre. En fait,
ce n’est pas la représentation symbolique la plus fréquente.
La terre est en général représentée comme étant plate, ayant
la forme d’un carré pour la partie sèche, entièrement
entourée par l’eau des mers. Le tout étant inscrit dans un
cercle. Ce n’est pas bien sûr ce que l’on a ici puisqu’il
n’y a pas de carrés et de cercles mais des rectangles.
Cependant la présence de figures des vents au quatre coins
du rectangle et d’une rangée de figures d’animaux marins
fantastiques sur le pourtour fait référence au symbolisme de
la terre.
Image 3 : Les
panneaux situés en haut de l’image représenteraient de
gauche à droite, le songe de Joseph inspiré par l‘ange qui
l’informe du danger, la fuite de Joseph en Égypte, la fuite
de Marie et de Jésus. Pour la rangée du milieu, le massacre
des Saints Innocents est représenté deux fois (très
probablement il y a eu copie d’un panneau pour remplacer un
panneau manquant), les mères des Saints Innocents et leurs
enfants avant le massacre. Rangée du bas : trois scènes non
identifiées.
Image 4 : Les
deux panneaux de gauche représentent des scènes de la vie de
Jésus adulte. Nous n’avons pas identifié la scène du panneau
suivant. Vient ensuite, probablement, Jésus et la femme
adultère. La scène suivante serait la guérison de l’infirme
de Bézatha ; on voit l’ange remuer du doigt l’eau de la
piscine.
Image 5 : Sur le
panneau de gauche, la tentation de Jésus.
Image 6. Sur le
panneau du haut, l’adoration des Mages. Sur le panneau du
bas, la Présentation au temple.
Images 7 et 8 :
Divers monstres marins. À chaque fois, la mer est
représentée : d’abord par une bande horizontale bleue, puis,
en dessous de cette bande, une autre contenant des traits
ondulés. Les animaux marins que l'on voit ici ne ressemblent
à aucun de ceux rencontrés habituellement, soit dans les
représentations grecques ou romaines, soit dans les
représentations du Moyen-Âge. On retrouve certes des
emprunts à d’autres images. Par exemple les deux queues des
sirènes (mais ici, les deux queues d’un même animal sont
différentes). L’hippocampe est présent mais il a une tête
d’éléphant ou de licorne (image
8).
Image 9 : Scène
non identifiée.
Datation
Les propositions de datation avancées sont les alentours de
l’an 1130 par le texte de Suisse
Romane, et l’intervalle [1109, 1114] par le texte
de Wikipédia. Ces deux textes ne précisent pas comment la
dation a été trouvée mais on peut penser que, connaissant
l’importance de ce plafond, les experts ont procédé à des
analyses en laboratoire très poussées. Et, dans le cas
présent, les panneaux étant en bois, deux techniques
pouvaient être utilisées : la dendrochronologie et le C14.
Datation envisagée
pour l'église réformée Saint-Martin de Zillis : an 1125 avec
un écart de 25 ans.
Conclusion
sur les monuments de Suisse
L’étude sur l’Europe que nous venons de faire n’est donc que provisoire. Elle devrait cependant nous permettre de tirer quelques conclusions. Et quand je parle de nous, je ne parle pas seulement de moi, Norbert Breton, mais aussi de vous, ami lecteur, qui, au vu des diverses cartes ou plans, peut analyser des solutions proposées sur des questions d’architecture, de style iconographique ou d’évolution des mentalités. Ces conclusions provisoires, je tâcherai de les rédiger d’ici peu, mais il importe que vous aussi, ami lecteur, apportiez une analyse critique.
En attendant cela, nous pouvons effectuer certaines conclusions en ce qui concerne la Suisse. Examinons la carte 1, copie de la carte interactive établie le 1er septembre 2025 concernant les monuments de la Suisse :
Il existe trop peu de monuments pour permettre d’effectuer une analyse statistique assez poussée. On peut cependant évoquer des pistes de recherche concernant :
Les cantons de Berne, de Vaud et du Valais. Pour ces trois cantons, les drapeaux sont principalement orange (ans [500, 800]) ou verts (ans [500, 800]). En fait, nous avons à plusieurs reprises hésité sur la couleur du drapeau, l’estimation étant les alentours de l’an 800. Nous avons surtout remarqué pour ces trois régions l’architecture particulière de ces églises. Ainsi, pour le canton de Berne, contenant huit églises identifiées, six sont à nef triple et deux seulement à nef unique. Pour celui de Vaud, les nombres respectifs sont cinq, quatre et un. Et pour celui du Valais, trois, trois et zéro. On obtient donc pour ces trois cantons une proportion importante d’églises à nef à trois vaisseaux. Et il n’y a pas que cela : on constate que, dans la plupart des cas, le plan d’origine est celui d’une nef à trois vaisseaux avec trois absides en prolongement des vaisseaux. De plus les piliers porteurs du vaisseau principal sont de type R0000, c’est-à-dire, à section rectangulaire. Nous opposons ce plan à celui de la nef triple, abside unique et colonnes cylindriques, rencontré plus fréquemment en Italie du Centre et du Sud.
Pour le canton du Tessin, les résultats sont différents : sur onze églises orientées identifiées, quatre ont des nefs à trois vaisseaux et quatre autres, à un vaisseau. La surprise vient du fait que trois églises aient des nefs ou des absides à deux vaisseaux. Autre information : dans le canton des Grisons, les trois églises ont des nefs à un vaisseau (remarque : il est possible qu'à l’origine, deux de ces églises aient eu une nef à trois vaisseaux).
Premières conclusions
La répartition de ces divers monuments nous fait envisager deux hypothèses non contradictoires. La première serait qu’il y aurait une ligne de séparation entre le Nord et le Sud de l’Europe avec, au Nord de l’Europe, les basiliques à nefs à trois vaisseaux et trois absides en prolongement de ces vaisseaux et à piliers rectangulaires. Au Sud de l’Europe, les basiliques à nefs à trois vaisseaux, une seule abside et à colonnes cylindriques souvent monolithes. Cette séparation serait aussi temporelle, les premières étant postérieures aux secondes. Il nous faudrait admettre que ces lignes de séparation, autant la territoriale que la temporelle, sont floues. L’explication serait la suivante : il y aurait eu, durant le premier millénaire, une évangélisation progressive de l’Europe à partir du Sud. Cette évangélisation aurait été accompagnée d’une construction de basiliques à piliers et abside unique. Les basiliques à piliers rectangulaires et chevet triple auraient été inventées lors de cette progression. Vers le VIIIe siècle, le christianisme aurait atteint la Baltique et il y aurait eu de nouvelles inventions avec les basiliques à piliers mixtes (alternance de piliers rectangulaires et cylindriques). Parallèlement, il y aurait eu un retour en force, en direction du Sud, des populations du Nord de l’Europe, les lombards et surtout les francs durant la période dite « carolingienne ».
La deuxième hypothèse est l’existence d’une autre ligne de séparation, celle-ci entre l’Est de l’Europe et l’Ouest. Cette ligne passerait par la Suisse et séparerait grosso modo la partie Ouest (cantons de Schaffouse, Berne, Vaud et Valais) où sont plus présentes les églises à nefs triples, de la partie Est (cantons des Grisons et du Tessin) où les églises à nef unique seraient prépondérantes.
Carte 2 : Détail de la carte établie le 1er septembre 2025 concernant les monuments d’Europe. La Suisse est au centre de la carte. Elle est entourée à l’Ouest par la France, avec en particulier la région de Bourgogne, au Nord par l’Allemagne, à l’Est par l’Autriche, au Sud par l’Italie, avec en particulier la région de Lombardie.
Il s’agit là d’une question que nous nous posons nous-mêmes sans avoir de réponse simple. Une question qui n’est d’ailleurs pas posée sur la seule comparaison entre la Bourgogne et la Suisse. Car cette dualité apparaît aussi entre la Bourgogne et la région voisine de Franche-Comté. Nous avons envisagé des explications comme celle du relief, montagneux en Suisse et dans le Jura. Mais il n’y a pas que des montagnes en Suisse ou en Franche-Comté : on y trouve aussi des plaines. Une autre idée était celle de constructions effectuées plus tardivement et donc mieux conservées (il y a un nombre plus important de drapeaux bleus (édifices du XIe-XIIe siècles) en Bourgogne. Mais cela ne suffit pas à expliquer l’importance de la densité ds monuments de Bourgogne. D’autres hypothèses ont été envisagées, telles que des constructions dans des matériaux périssables comme le bois. Ou encore des destructions systématiques d’églises au cours de guerres. Mais là encore, cela ne suffit pas à expliquer ces distorsions.
Carte 3 : Détail de la carte établie le 1er septembre 2025 concernant les monuments d’Europe du Nord : Allemagne, Autriche, Suisse. La Suisse est en bas à gauche de la carte. En haut de la carte, on distingue un groupe de monuments en Rhénanie et, à sa droite, un autre groupe en Bavière. À l’Est, en Autriche, on identifie deux autres groupes, en Basse-Autriche et, plus au Sud, en Carinthie.