La collégiale Saint-Maurice d’Amsoldingen
La page du site Internet Wikipédia
décrivant cette église nous apprend ceci :
« La
première église sur le site est construite dans le style
roman au VIe siècle. Comme le château, l'église
collégiale Saint-Maurice est construite au Xe
siècle. L'église ottonienne qui compte trois collatéraux
est construite avec de la pierre récupérée des ruines
d'Aventicum sur les fondations de l'ancienne église. Selon
la tradition, le stift (propriétés données à l'église) est
donné au Xe siècle par le roi de Bourgogne
Rodolphe II. C'est l'une des douze églises qu'il fonde
autour du lac de Thoune. Vers 1210, l'église du Xe
siècle est modifiée avec la construction d'une crypte et
la rénovation du collatéral Sud. L'église est mentionnée
pour la première fois en 1228. Vers 1300, l'intérieur de
l'église est recouvert de peintures murales, notamment la
peinture de Saint Christophe, toujours visible sur le mur
Nord (image 7).
L'abside
côté Sud est démolie et un clocher roman est ajouté entre
1345 et 1486. »
Cette église a fait l’objet d’une notice brève dans le livre
Suisse
Romane de la collection Zodiaque,
notice rédigée par l’Atelier (Abbaye de la Pierre-qui-Vire).
En voici des extraits :
«
Le programme rodolphien fut probablement mis en chantier
après 972 par Conrad Ier (†993), pendant
l’accalmie qui suivit l’exclusion définitive des Sarrasins
des Alpes. La collégiale Saint-Maurice d’Amsoldingen date
en effet des environs de l’an mille. On ne sait encore si
elle fut bâtie a fundamentis ou si elle a remplacé un
sanctuaire carolingien, ce qui est sans doute le cas. Le
type de cette basilique à trois nefs, la plus vaste du
groupe de Thoune, dérive d’un groupe fameux :
Saint-Ambroise de Milan. Comme lui, elle présente un
presbytère barlong, voûté en berceau, intercalé entre la
nef et l’abside semi-circulaire, tandis que ses nefs
latérales se terminent par une abside précédée d’une
travée carrée couverte d’une voûte d’arêtes. M. Max
Grütter qui a exploré ce groupe d’églises a trouvé une
preuve plus décisive encore du rattachement d’Amsoldingen
au domaine artistique lombard en établissant que l’église
San Giovanni in Campi, à Piobesi, près de Turin,
correspond presque trait pour trait à Saint-Maurice dans
son plan, son élévation et son système décoratif. »
Nos commentaires sur ces
textes
Tout d’abord, nous avons découvert l’existence d’un roi de
Bourgogne à la fin du Xe siècle. Il s’agissait là
d’une chose que nous ignorions. Nous n’avons pas souvenir
que des auteurs comme Grégoire de Tours attribuent le titre
de « roi de Bourgogne ». Certes, il leur est arrivé de
parler de « rois » mais on ignore en général si les rois en
question sont des rois des Francs ou des rois des Burgondes.
En fait, nous avions bien réalisé l’existence de « rois de
Bourgogne » mais nous pensions que la fusion entre les deux
peuples, les Francs et les Burgondes, s’était faite
plusieurs siècles avant l’an mille. La découverte de cette
existence à l’an mille, voire après, est selon nous
révélatrice d’une part de notre ignorance. Cela peut
paraître surprenant mais la découverte d’une ignorance
peut-être un bienfait. Car on est obligé de se poser la
question de savoir pour quelles raisons on l’ignorait. Et
dans le cas présent, la réponse est simple : parce qu’on
nous l’a caché ! Ou plus exactement, on a omis de le dire.
On ne sait jamais ! Des gens du côté de Dijon ou de Besançon
auraient peut-être eu des velléités de proclamer
l’indépendance de la Bourgogne ? D’autre part, la découverte
de l’existence de rois de Bourgogne permet de réaliser que,
très probablement à l’an mille, la Bourgogne et la France
étaient deux états séparés indépendants. Cela expliquerait
les épisodes de guerre qui ont eu lieu plusieurs siècles
après.
Concernant la datation de l’église, nous sommes d’une part
un peu surpris que le Xe siècle soit évoqué car
presque systématiquement, pour les autres églises, les
auteurs donnent le XIIe siècle pour datation.
D’autre part, nous retrouvons dans le cas présent la même
méthode de datation par les textes historiques sans tenir
compte d’une éventuelle évolution de l’architecture. La
phrase, « Selon
la tradition, le stift (propriétés données à l'église) est
donné au Xe siècle par le roi de Bourgogne
Rodolphe II. C'est l'une des douze églises qu'il fonde
autour du lac de Thoune. », semble avoir conduit
au raisonnement suivant : si le stift est donné au Xe
siècle, cela signifie que soit l’église faisait partie du
stift, soit elle a été construite avec l’argent apporté par
le don. Donc elle est du Xe siècle. Le principal
défaut de ce raisonnement (et d’autres du même genre) est
qu’il privilégie un seul document. Or, concernant cette
église, il y a peut-être eu cent documents du même genre,
qui, s’ils étaient portés à notre connaissance, rendraient
caduques les interprétations faites à partir du stift.
L’église Saint-Ambroise de Milan et l’église San Giovanni in
Campi de Piobesi sont toutes deux décrites sur notre site
Internet. La ressemblance trait pour trait entre San
Giovanni in Campi et Saint-Maurice est effective. Une
différence cependant : à San Giovanni in Campi, il y a un
transept. Loin de créer un problème, cette différence
confirme l’idée selon laquelle un transept peut être
construit dans une église plus ancienne.
Notre analyse de
l’architecture
Cette église possède tous les éléments caractéristiques
d’une basilique directement héritée des basiliques
paléochrétiennes : nef à trois vaisseaux charpentés avec un
vaisseau principal surhaussé par rapport aux collatéraux, de
manière à céder le passage à des fenêtres supérieures
permettant d’éclairer la nef ; vaisseau principal porté par
des piliers portant eux-mêmes des arcs en plein cintre à un
seul rouleau, absence de transept, pas de crypte à
l’origine, celle-ci ayant été installée plus tard. Pas
d’ouvrage Ouest. En somme, par son architecture, cette
église est plus proche d’une basilique romaine du Ve
siècle que d’une basilique romane du XIIe siècle.
Seuls deux points de détail permettent de retarder la
datation : les piliers porteurs du vaisseau principal sont à
section rectangulaire de type R0000
(pour les premières basiliques, on avait plutôt des colonnes
cylindriques monolithes). Autre détail : la nef actuelle est
fermée par une seule abside semi-circulaire (image
4) mais il y avait auparavant trois absides
semi-circulaires en prolongement des vaisseaux de la nef. Il
est d’ailleurs possible que ce chevet à trois absides ait
été installé ultérieurement en remplacement d’un chevet plus
ancien. Le cas est d’ailleurs relativement fréquent.
L’abside (image 4)
est décorée d’un système d’arcatures comparable aux
arcatures lombardes. En fait ce système d’arcatures serait
selon nous dérivé des arcatures lombardes, appliqué aux
absides de grandes dimensions.
Les fonts baptismaux (image
8) constitueraient le seul élément sculpté de cette
église. Nous pensons qu’ils datent du XVe siècle.
Datation
envisagée
Pour la nef de la collégiale Saint-Maurice d’Amsoldingen :
an 850 avec un écart de 150 ans.
Pour le chevet de la collégiale Saint-Maurice d’Amsoldingen
: an 950 avec un écart de 75 ans.