L’église Saint-Aignan d’Arthies
Introduction
aux monuments du département du Val d’Oise
Nous avons effectué une présélection de ces monuments mais
pas encore procédé à leur étude spécifique. Cependant, avant
même d’avoir effectué cette étude, nous avons été
agréablement surpris tant par le nombre des images mises en
ligne sur Internet que par la qualité des textes décrivant
ces monuments, accessibles, plus particulièrement, sur le
site Internet Wikipédia. Le contraste était saisissant par
rapport aux autres départements d’Île-de-France. Il est
possible que ce département soit mieux doté que les autres.
Nous pensons cependant que, dans le passé, des historiens de
l’art comme Léon Plancouart (1871-1953) ou Anne Prache
(1931- 1953), ou plus récemment, l’auteur (ou les auteurs)
anonyme(s) des textes de Wikipédia se sont plus
particulièrement intéressés au Val d’Oise. Nous conseillons
la lecture de ces textes dont nous ne donnons que des
extraits relatifs au premier millénaire de notre ère.
À ce sujet, un lecteur attentif de ces textes pourrait nous
répondre : « Mais je ne vois rien qui concerne le premier
millénaire ! ». Nous répondons à cela en évoquant ce que
nous appelons « les
terreurs de l’an mille des historiens du Moyen-Âge
». Tout le monde a entendu parler de ces terreurs de l’an
mille qui auraient frappé les populations appréhendant le
passage de l’an mille. Nous pensons, avec un certain sens de
l’humour, qu’il existe une terreur du même genre, mais chez
les historiens. Ceux-ci rejettent systématiquement l’idée
qu’il puisse exister des monuments antérieurs à l’an mille :
c’est un gros péché d’envisager cela. Certes, ils exhibent
des documents montrant que des monuments existaient avant
l’an mille. Mais ces monuments ont subitement disparu, ils
ont été volatilisés. D’ailleurs, ils étaient tellement
petits qu ‘on ne les voyait pas.
Mais il y a plus que cela ! Car, sachant qu(il n’y a pas eu
de construction avant l’an mille, il a fallu un certain
délai pour que les constructions reprennent. Et donc pas de
construction avant l’an 1050. Et c’est ainsi que l’on peut
voir des légendes de plans telles que : « Roman, fin XIe
- début XIIe siècle ; roman, années 1130-1140 ;
etc. ». Ces évaluations de datation, telle « années
1130-1140 », beaucoup trop précises pour une période mal
connue comme le XIIe siècle, le seraient tout
autant pour une période connue comme le XXe
siècle : « Dites donc, cher monsieur, selon vous, cette
maison dont voici la photo, elle a été construite en 1980 ?
ou en 1990 ? ».
La volonté de restreindre la construction des églises dites
« romanes » à une très courte période d’un siècle ([1050,
1150]), et la constatation que cet art dit « roman » avait
pu subir des évolutions, passant d’un état primitif à un
état tardif, a entraîné automatiquement la restriction de
durée de chacune des étapes de cette évolution. Un tel
comportement peut faire illusion quand on n’étudie que
quelques édifices. Beaucoup moins lorsque l’étude concerne
des centaines d’édifices comme nous l’avons fait.
Nous ne reviendrons pas sur ce sujet dans l’étude des
monuments du Val d’Oise.
L’église Saint-Aignan
d’Arthies
Venons en à l’église Saint-Aignan d’Arthies que nous n’avons
pas visitée. C'est la raison pour laquelle les images de
cette page sont extraites de galeries d’Internet.
La page du site Internet Wikipédia décrivant cette église
nous apprend ceci (extraits) :
« Historique
[...]
L'église est placée sous le vocable de saint Aignan
d’Orléans. Elle s'élève près d'un cimetière mérovingien
attesté par sept sarcophages en pierre tendre et un anneau
retrouvés au sud-est de l'église. D'autres sarcophages mis
au jour en 1886 près du chevet de l'église abritaient des
urnes funéraires carolingiennes. Il semble donc que
l'église actuelle ne soit pas le premier lieu de culte
chrétien à cet endroit. Ses parties les plus anciennes
sont le clocher et la nef, mais une datation précise reste
à établir : Bernard Duhamel indique le XIe
siècle en se basant sur Léon Plancouard, et Anne Prache et
Louis Régnier esquivent la question. La configuration du
clocher indique la configuration de l'église romane
primitive. Sa base est munie de fenêtres au nord et au
sud, qui sont très rapprochées des arcades ouvrant sur les
chapelles latérales, et montrent que la travée n'était
initialement pas accompagnée de croisillons. Le premier
étage, dissimulé par les toitures, ne comportait pas de
fenêtre à l'Ouest, mais une porte. La nef primitive avait
donc la hauteur de la construction actuelle.
En
revanche, le niveau de la baie orientale du premier étage
du clocher indique que l'abside d'origine devait être
beaucoup plus basse que le chœur actuel, que Louis Régnier
date de la seconde moitié du XIIe siècle, sauf
la voûte. Les chapiteaux apparemment cachés à son époque
obligent de réviser cette datation. Beaucoup plus jeune
est la chapelle latérale nord, qui remonte au XVIe
siècle. [...] »
Dans la suite du texte, l’auteur décrit avec une précision
minutieuse et en s’aidant de textes anciens, les parties
attribuables aux périodes postérieures à l’an 1200.
Premières
remarques concernant l’architecture de l’édifice
Les images, 1, 2, 4 et 5
de l’extérieur ne font pas apparaître une quelconque
ancienneté (avant l’an 1300) de l’édifice. Une exception
toutefois à ce sombre tableau. Elle concerne la baie géminée
du clocher (image 6).
Certains détails comme les chapiteaux à décor géométrique ou
les deux linteaux échancrés protégeant les baies (et non des
arcs comme pour les baies romanes) font envisager un art
roman primitif, voire un art préroman.
Le plan de l'image 3 est,
quant à lui, révélateur de l’ancienneté d’une partie de
l’édifice. Ainsi les traits de couleur noire sont ainsi
légendés : « roman
/2e moitié XIe siècle ».
Concernant la base du clocher, cette ancienneté ne pose pas
trop de de problèmes (nous envisageons une datation de peu
antérieure à celle qui est proposée). En effet, les
chapiteaux portant les arcs de cette base de clocher (images de 15 à 21) sont
attribuables à un art roman primitif.
Par contre, nous ne voyons pas sur les
images 7, 8 et 10 de la nef de signe d’une
quelconque ancienneté, hormis les voûtes en croisées
d’ogives ajoutées ultérieurement.
Cependant, nous constatons que les parois intérieures de
cette nef sont couvertes d’un badigeon relativement récent.
Nous ne connaissons pas le nom de l’auteur du plan mais ce
pourrait être Léon Plancouard, grand historien du Vexin.
Léon Plancouard est décédé en 1953, bien avant la pose du
badigeon. Il est fort possible qu’il ait vu les murs de
cette nef avant la pose de ce badigeon et qu’il en ait
déduit l’ancienneté des murs. Remarquons par ailleurs que la
pose d’un crépi ou d’un badigeon sur un mur est souvent liée
à la volonté de cacher les défauts de ce mur, défauts qui
sont liés à des opérations de réfection ou de restauration.
Si le crépi permet d’améliorer l’esthétique du mur, à
l’inverse, il nuit à la compréhension de l’évolution de
l’architecture du mur.
Il existe un deuxième indice permettant de conclure à
l’ancienneté de cette nef : la complexité du plan. Il faut
comprendre que jusqu’à une période récente, le XXe
siècle, les plans des églises étaient relativement simples :
nef à plan centré ou à plan orienté ; si la nef est à plan
orienté, elle peut être à un vaisseau (nef rectangulaire) ou
à trois vaisseaux (trois rectangles juxtaposés avec de
grandes baies de communication). Et c’est à peu prés tout !
Bien sûr, il y a eu des évolutions comme l’invention du
transept, la pose d’un clocher ou l’adjonction d’une
sacristie mais ces ajouts ou modifications sont en général
facilement repérables sur un plan.
Lorsque, comme dans le cas présent, il est difficile de
retrouver le plan de l’édifice primitif, on est obligé
d’admettre que les constructions se sont échelonnées dans le
temps sur des bases anciennes.
Autres
signes d’ancienneté
Examinons les images 11
et 14 : la fenêtre au-dessus de l’arc n’est pas
placée à la verticale du sommet de l’arc, ce qui serait le
cas si arc et fenêtre avaient été construits en même temps.
Des chapiteaux sont représentés sur les images
15, 17, et 20. mais on observe sur ces images et à
droite d’autres chapiteaux ou impostes. Il y aurait sans
doute un réexamen à effectuer pour voir s’il n’y a pas eu
deux étapes de travaux. En tout cas, on constate deux formes
de chapiteaux différente : images
15, 16, 17, 18 pour une forme, images
19 et 20 pour l’autre forme.
Les
fonts baptismaux (images
21 et 22)
Selon le texte de Wikipédia : « Parmi
le mobilier de l'église, un seul élément est classé
monument historique au titre d'objet par arrêté du 12
novembre 1912, en l'occurrence les fonts baptismaux du XIIe
siècle. Louis Régnier suppose qu'ils sont contemporains du
clocher et de la nef. Ils se composent d'une cuve
baptismale à infusion de plan oblong, qui repose
directement sur un socle de la même forme, mais de
dimensions un peu supérieures. [...] La
cuve est la seule partie présentant un intérêt artistique.
Elle est ornée de deux frises. La première est constituée
d'une ligne ondulée, qui se faufile entre des feuilles
arrondies, reliée à la ligne par de courtes tiges. La
deuxième frise est une guirlande de palmettes
alternativement droites et renversées, à la base de
laquelle règne une rangée de petites feuilles ouvertes.
[...] »
Notre point de vue
Nous estimons qu'en fait, ces fonts baptismaux sont
constitués d’une cuve de sarcophage en marbre. Il n’est pas
rare que des cuves de sarcophage antique soient utilisées
comme fonts baptismaux. Souvent elles ont accueilli les
restes d’un saint et sont ainsi sacralisées.
Nous ne sommes pas experts en la matière pour dater avec une
certaine précision cette cuve de sarcophage mais nous
envisageons le IVe ou Ve siècle. En
tout cas certainement pas le XIIe siècle.
Hypothèses concernant
l’évolution du bâtiment (images
23 et 24)
Au vu du plan, nous pensons qu'au cours du premier
millénaire, cette église a subi deux grandes étapes de
construction.
La première de ces étapes aurait été la construction d’une
église à plan basilical : nef à trois vaisseaux
éventuellement prolongée par une abside semi circulaire. De
cette église, il ne resterait que le vaisseau central,
actuelle nef. Il resterait peut-être des parties des murs
des collatéraux (traits en rouge sur l'image
23).
Cette église aurait été presque entièrement détruite. Assez
paradoxalement, aucun texte ne signale les normands pourtant
très proches : il est possible que le souvenir d’une
destruction ait été perdu.
Ultérieurement, il aurait été décidé de reconstruire une
église mais de dimensions nettement plus réduites. Cette
chapelle aurait été précédée d’un clocher-porche, le clocher
actuel. Elle aurait été réduite à une salle rectangulaire,
l‘actuel chœur (traits en bleu sur l'image
24). Ce plan nous fait penser à celui de l’église
Saint-Pierre de Mostuejouls, en Aveyron … sur l’aire
de visite du viaduc de Millau.
Si ces hypothèses se révélaient conformes à la réalité, nous
pourrions dater la construction de la première église à plan
basilical de l’an 650 avec un écart de 150 ans. Et la
construction de la seconde église identifiable à la base du
clocher à l’an 975 avec un écart de 75 ans.
Cependant, l’hypothèse de la
construction d’une première église à plan basilical est
insuffisamment étayée de preuves (il faut néanmoins admettre
que si on a trouvé tout à coté des sarcophages dits
mérovingiens – dont un qui constitue les fonts baptismaux –
cela signifie qu’il devait y avoir un lieu de culte à
proximité).
Datation envisagée pour
l’église Saint-Aignan d’Arthies (réduite à la base du
clocher) : an 975 avec un écart de 75 ans.