L’église Saint-Christophe de Cergy 

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Nous n’avons pas visité cette église. Les images de cette page sont extraites de galeries d’Internet.

La page du site Internet Wikipédia décrivant cette église nous apprend ceci (extraits) :

« [...] Franchissant le portail, l'on pénètre dans un genre de vestibule à ciel ouvert, qui offre la vue sur des vestiges architecturaux et des arrachements de maçonnerie, et donne l'image d'une église partiellement ruinée. Ce n'est pas tout à fait le cas, car les travaux entrepris à la Renaissance n'ont jamais été achevés, mais l'ancienne nef romane des années 1130/1140 a effectivement été démolie en 1904. Elle était vétuste, et sa suppression a facilité les travaux de consolidation du clocher en 1905. La façade occidentale actuelle et les murs clôturant le bas-côté sud Renaissance datent de cette époque. De l'intérieur, l'église se présente comme un espace carré de trois travées de long et de trois travées de large, pratiquement homogène à l'exception de la base du clocher qui reste romane. Elle possède l'une des plus anciennes voûtes d’ogives conservées dans la région ainsi que six chapiteaux historiés des années 1130/1140, mais aussi une arcade orientale qui remonte à la seconde moitié du XIe siècle. À cette époque, la chapelle carolingienne au chevet plat a été agrandie par adjonction d'une abside en hémicycle. Cet état ainsi que le plan de la seconde église romane du second quart du XIIe siècle ont été révélés par des fouilles en 2002/2003. Le reste de l'église est gothique et date du début du XIIIe siècle. [...] ».

Cet extrait n’est qu’une toute petite partie de l’ensemble du texte. Celui-ci se poursuit par une description très détaillée de l’ensemble de l’édifice et, en particulier, des parties d’époque gothique et renaissance (donc hors de notre cadre d’étude).


Nous avouons avoir eu quelques difficultés à comprendre les diverses explications du texte de Wikipédia. Cela était en partie dû au fait que nous devions à chaque fois vérifier où se trouvait le pilier Nord-Est ou le pilier Sud-Est ainsi que l’arc reliant ces piliers. Pour pallier à cet inconvénient, nous avons nommé en bleu sur le plan de l'image 5 la position de ces piliers :

– A : pilier Nord-Est.

– B : pilier Sud-Est.

– C : pilier Sud-Ouest.

– D : pilier Nord-Ouest.

Et, en conséquence, [A B] désignera l’arc reliant le pilier A au pilier B, et [A D] désignera l’arc reliant le pilier A au pilier D.

L'image 6 est ainsi légendée : « Arcade orientale de la base du clocher de la 1re église romane ». Cette arcade est l’arc [A B] reliant le pilier A au pilier B. Il s’agit de l’arc en plein cintre situé au premier plan. Il est surmonté d’un arc brisé. On retrouve cet arc sur l'image 7 mais vu de l’autre côté. Il est surmonté d’un autre arc en plein cintre. Sur l'image 8, on peut voir un des deux chapiteaux supportant cet arc.

L'image 10 est ainsi légendée : « Transept, vue nord-sud ». On y voit au premier plan une arcade. Cette arcade est l’arc [A D] reliant le pilier A au pilier D. Il s’agit d’un arc brisé. En second plan, on peut voir un autre arc brisé.. C’est l’arc [B C] reliant le pilier B au pilier C.

Les images 12, 13 et 14 sont celles de chapiteaux situés sur le pilier A (chapiteaux situés à gauche sur l'image 11 et aussi situés sur l'image 20).

Les images 15 et 16 sont celles de chapiteaux situés sur le pilier D (chapiteaux situés à droite sur l'image 11).



Étude des chapiteaux

Image 12. Chapiteau visible sur deux faces mais il est possible qu’il ait été initialement à quatre faces : la base est en partie circulaire mais à plus de 180°. Le thème représenté sur ce chapiteau est nouveau pour nous : deux oiseaux de tailles différentes picorent une sorte d’œuf contenant un masque humain. Le petit oiseau surmonte un loup qui semble attaquer le second oiseau. Nous ignorons l’explication : peut-être en rapport avec le thème des deux autruches ?

Image 13 : Chapiteau voisin du précédent. Il représenterait le thème de l’avare emporté en enfer par deux diables.

Image 14 : Chapiteau voisin du précédent. Un homme et une femme saisissent le même arbre. On songe au thème du Péché Originel. Mais ce thème n’est pas reproduit dans son exactitude, Adam devant cueillir le fruit défendu, en présence d’Ève.

Image 15 : Chapiteau très dégradé représentant probablement un oiseau aux ailes déployées.

Image 16 : Autre chapiteau dégradé. Nous ne pensons pas qu’il représente le meurtre d'Abel par Caïn. Le personnage brandissant l’épée porte une couronne de roi.


Analyse critique des datations proposées

Remarquons tout d’abord que nous ne pouvons rien dire concernant les fouilles effectuées en 2002/2003. Il est probable qu’un rapport existe sur celles-ci. Nous conseillons au lecteur intéressé de le consulter. Bien que ces fouilles aient permis de découvrir des restes dits « carolingiens » (en jaune sur le plan de l'image 9) nous n’utiliserons pas cette information, insuffisante à notre point de vue.

Nous voulons plutôt commenter le texte de Wikipédia, « Elle possède l'une des plus anciennes voûtes d’ogives conservées dans la région ainsi que six chapiteaux historiés des années 1130/1140, mais aussi une arcade orientale qui remonte à la seconde moitié du XIe siècle ». D’où viennent ces renseignements ? Certainement pas des fouilles effectuées au ras du sol qui ne permettent pas la datation des arcades. Nous ne pensons pas qu’il faille en imputer l’origine à l’auteur du texte de Wikipédia. Bien souvent ces auteurs ne font que reprendre les écrits d’auteurs plus anciens qui eux-mêmes reprenaient les écrits d’auteurs antérieurs. De toute façon, ça ne vas pas généralement très loin : ça ne dépasse pas le XIXe siècle.

Nous pensons que tout vient de l’arc [A B] vu sur les images 6 et 7 qui n’est autre que « l’arcade orientale qui remonte à la seconde moitié du XIe siècle ». Cet arc est en plein cintre …. donc il est roman. Par contre, les arcs [A D] et [B C] vus sur les images 10 et 11 sont brisés … donc ils sont gothiques. Or on sait que le roman a précédé le gothique. Mais on s’aperçoit que ces arcs (du moins l’arc [A D]) sont portés par des chapiteaux romans. Donc l’ensemble, arcs brisés et chapiteaux romans, est de transition entre l’art roman et l’art gothique. Or on sait que l’art gothique très novateur a été inventé en Île-de France (alors que dans le même temps, pendant au moins une cinquantaine d’année, le midi de la France persistait à maintenir l’art roman : il s’agit la d’un discours que j’ai entendu naguère). Les grandes créations de l’art gothique auraient démarré en 1145 avec la cathédrale de Noyon (voir sur notre site).

Par ailleurs, on sait qu'avant l’an 1050 il n’y avait aucune église, toutes ayant subitement disparu, même celles qui étaient citées avant l’an mille. En conclusion et comme il y a eu deux églises romanes qui se sont succédé, il y en a eu une première dans la deuxième moitié du XIe siècle et une seconde juste aux tous débuts de l’art gothique c’est-à-dire dans les années 1130/1140.

C’est ce qu’il fallait démontrer …. et qui a été brillamment démontré.

On le devine : nous ironisons. Nous ironisons sur la croyance des historiens en une inexistence d’églises antérieures à l’an mille. Et nous ironisons aussi sur le nombrilisme des historiens parisiens qui veulent faire croire qu'au cours du XIIe siècle, la région aux alentours de Paris était bien en avance sur son temps par rapport aux autres régions d’Europe.

Nous sommes aussi très réservés quand à la succession des deux églises, la première estimée de la deuxième moitié du XIe siècle, la seconde des années 1130/1140. Nous pensons qu’il aurait pu y avoir une seule église.

Il est en effet possible, qu’à l’origine, l’arc [A D] ait été en plein cintre, comme l’arc [A B] et qu’il ait été ultérieurement supprimé pour être remplacé par un arc brisé.

Une telle transformation ne serait d’ailleurs pas la seule. Examinons de plus près l'image 20, image détaillée de l'image 19 du pilier A. Sur cette image 20, observons les tailloirs au dessus des chapiteaux. On s’attendrait à voir une corniche continue : on s’aperçoit en fait qu’elle est discontinue. Les tailloirs sont différents et pas tout à fait dans l’alignement les uns des autres. Ce qui ne serait pas le cas si l’ensemble avait été réalisé en une seule fois. En conséquence, nous estimons que le chapiteau du milieu représentant Adam et Ève est le résultat d’une insertion postérieure à la construction initiale. Non seulement du chapiteau mais de la colonnette cylindrique qui le porte, du tailloir qu’il soutient et de l’arc au dessus du tailloir. Cet arc est d’ailleurs plus qu’un arc, c’est une ogive qui relie le pilier A au pilier C : ogive [A C].Nous pensons que la croisée d’ogives est une invention fondamentale de l’art gothique et que cette invention s’est produite aux alentours de l’an 1200. Notre idée est donc la suivante : il y aurait eu une seule église romane, avec construction d’un transept. La croisée de transept n’aurait pas été voûtée à l’origine. Plus tard, aux alentours de l’an 1200, on aurait décidé de la voûter en croisée d’ogives. Pour soutenir cette croisée, on aurait installé dans le coin du pilier A, à l’origine cruciforme, la colonnette cylindrique, le chapiteau d’Adam et Ève récupéré ailleurs et le tailloir. Dans le même temps, on aurait remplacé les arcs en plein cintre [A D] et [B C] par des arcs brisés.

Autre indice de transformations : le plan en coupe de la pile nord-est du clocher (image 21). Le moins qu’on puisse dire de ce plan en coupe est qu’il n’est pas simple. Or, ce que nous devinons de l’architecture des églises du Moyen-Âge est que les constructeurs cherchaient des formes simples. Des structures aussi compliquées que celles que l’on a ici signifient qu’il y a eu des ajouts ou des modifications au cours du temps. Il y aurait selon nous une étude à faire sur ces vues en coupe. Et plutôt en dessous des chapiteaux qu’au dessus comme ici.


Datation envisagée pour l’église Saint-Christophe de Cergy : an 1050 avec un écart de 50 ans.