Le baptistère de Concordia Sagittaria
Nous n'avons pas visité ce monument. Les
images de cette page ont pour source Internet.
La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette église
nous apprend ceci :
« L’évêque
Regimpoto, dont la tombe se trouve dans l’atrium du
baptistère lui-même, appuyé contre le mur de droite, a
gouverné le diocèse de Concordia probablement entre 1089
et 1105. Vers la fin du XIe siècle, il fit
construire le baptistère.
Le bâtiment, en brique apparente, en croix grecque, en
triapse, est un exemple clair du style roman primitif avec
des influences byzantines évidentes. [...] ».
Suit une description de l’intérieur et de ses fresques. En
voici des extraits :
« [...] La
décoration des fresques, contemporaine du baptistère,
présente des caractéristiques particulières par rapport
aux exemples byzantins, et est particulièrement
intéressante sur le plan artistique. Les images
représentées s’écartent de la solennité et de la fixité de
l’iconographie byzantine, pour prendre un dynamisme plus
proche de la foi et de l’imaginaire populaire. Dans les
niches de l’abside centrale, sont représentés, en partant
de la gauche : un saint couvert de chlamydes gemmées ;
Saint Pierre avec les clés ; Saint Paul avec le rouleau de
la loi ; Saint Jean l’évangéliste avec le livre. Et chacun
de ces quatre saints est placé sur une petite montagne en
signe d’honneur. De chaque côté de l’arc, se trouve le
sacrifice d’Isaac et l’offrande de Melchisédek (image 5). [...] ».
« [...] Dans
l’abside droite, il y a saint Georges luttant avec le
dragon (image 7).
[...] »
« [...] Dans
les arcs aveugles du tambour, sont représentés sept
prophètes montrant l’agneau mystique ; de la montagne d’où
descendent les quatre fleuves du Paradis,
se trouve l’agneau (image
8 : l’Agnus Dei, présent sur le huitième arc
aveugle, et les fleuves du Paradis ne sont pas visibles sur
cette image). [...]
« [...] Dans
le dôme (image 9),
à l’intérieur d’une mandorle, se tient le Christ bénissant
Pantocrator, un livre ouvert sur les genoux. Au-dessus de
l’amande, sur la tête de Jésus, la colombe de l’Esprit
Saint (image 10).
De l’autre côté du dôme, un ange tenant un sceptre et un
globe terrestre avec une croix (image
11). Les
trois figures représentent la Sainte Trinité. Sur les
côtés, sur un fond bleu étoilé, à peine visible, deux
séraphins à six ailes chacun, parsemés d’yeux, reposent
leurs pieds sur des roues, symbole de la force qui anime
tout l’univers (image
12). [...] »
Nous reviendrons, un peu plus loin, sur ces descriptions de
fresques. Mais auparavant, nous notons que cette église a
fait l’objet d’une étude approfondie dans le livre Vénétie
Romane de la collection Zodiaque, écrit par Gianna
Suitner Nicolini, architecte. Madame Suitner Nicolini n’a
pas étudié les fresques mais l’architecture de l’édifice.
Voici des extraits de son commentaire :
«
Le baptistère roman de Concordia, élevé par l’évêque
Reginpotus (1089-1105) entre la fin du XIe
siècle et les cinq premières années duXIIe
siècle, constitue un excellent exemple de la permanence,
dans la zone lagunaire ou la région placée sous son
influence directe, des modèles paléochrétiens.
[...]
Au
IVe siècle, à l’occasion du transfert à
Concordia des reliques des saints Jean l’Évangéliste,
Jean-Baptiste, Luc, Thomas et André, fut érigée une
trichora martyrium (trois
absides greffées sur un espace carré ouvert vers l’Ouest).
[...] De
l’utilisation ultérieure de la trichora
tire enfin son origine le baptistère actuel : en effet,
après son ensablement par suite d’alluvions, l’ensemble
funéraire fut abandonné, et la chapelle triconque fut
utilisée comme baptistère. [...] Vers
la fin du siècle (le XIe siècle),
l’évêque Reginpotus (1089-1105) construisit un nouveau
baptistère, toujours situé le long du côté Sud de la
cathédrale mais déplacé vers l’Est par rapport à la trichora
paléochrétienne
et à un niveau plus élevé (environ 3m).
Comme
on a remarqué plus haut, bien étrange est la reprise en
cet édifice d’un modèle ancien et désuet à l’époque de la
construction, et anormal pour un baptistère. Celui-ci
s’écarte en effet des formes circulaires inscrites autour
d’un carré et surtout polygonales, qui étaient en principe
utilisées pour ces édifices (Grado, Aquilea, Torcello,
Padoue, Trévise, Vicenza, en sont pour la région qui nous
occupe les exemples les plus significatifs) mais se trouve
construit, en se calquant sur la forme et les dimensions
de la trichora paléochrétienne,
selon un modèle, un type qui, aux siècles antérieurs,
était réservé aux martyria, aux chapelles conservant des
reliques et, d’une façon ou d’une autre, aux édifices
étroitement liés à la fonction funéraire.
Dans le cas de Concordia, nous assistons donc à la
permanence, d’abord, et à la reprise, ensuite, d’un modèle
architectural dont la référence à la fonction originelle
s’était perdue mais dont par dessus tout subsistait le
souvenir. [...] »
Commentaires
des deux textes précédents
Examinons tout d’abord celui de Gianna Suitner Nicolini. On
y découvre le plan de la trichora
martyrium. Celui-ci doit en effet être proche du
plan du baptistère (image
3). On aimerait cependant comparer les deux plans.
Selon Madame Suitner Nicolini, le plan particulier de cet
baptistère, différent de celui des baptistères de la
Vénétie, serait imité de celui de la trichora
martyrium, édifice paléochrétien, antérieur
d’environ 700 ans (paléochrétien : an 400 ; baptistère de
Concordia : an 1100). Ce grand écart nous semble beaucoup
trop important. Nous avons d’autres objections à formuler.
D’une part, Madame Suitner Nicolini est précise sur la
différence des plans entre ce baptistère et six autres de la
Vénétie et, d’autre part, elle est moins précise en ce qui
concerne la ressemblance entre ce baptistère et le trichora
martyrium. Nous devrions d’ailleurs dire les « trichoras
martyrium ». Car le texte de cette historienne de
l’art est ainsi bâti de façon que l’on croît qu’il y a un
modèle de « trichora
martyrium ». C’est à dire plusieurs édifices du
même type datant tous de la période paléochrétienne. Or, si
nous connaissons quelques édifices du même modèle, nous ne
les datons pas de la période paléochrétienne. Et nous
avouons notre ignorance : car c’est la première fois que
nous rencontrons le mot « trichora
martyrium ». Au point que nous nous demandons si
l’archéologue qui a dégagé cette structure n’a pas voulu lui
donner un nom, un peu comme les botanistes, ayant découvert
une nouvelle variété de plante, se dépêchent pour lui donner
un nom latin : église formée de trois chœurs,
trichora ; ayant contenu des sarcophages, martyrium.
En fait, si on sort un peu du cadre de la Vénétie, on trouve
quelques églises ayant à peu près le même plan :
Sainte-Croix de Montmajour près d’Arles, en France, San
Frutuoso de Montellios à Braga (Portugal) et d’autres
églises en Géorgie ou en Arménie. Nous pensons que certaines
de ces églises ont pu s’inspirer de l’édicule qui se
trouvait à l’intérieur de la rotonde du Saint-Sépulcre de
Jérusalem. Mais plus près encore de Concordia, on a le
mausolée de Galla Placidia à Ravenne, lui aussi triconque,
construit en briques rouges. Nous ne sommes pas certains
qu’il ait bien été le tombeau de Galla Placidia. En tout
cas, ce n’est certainement pas un martyrium
ayant accueilli les reliques d’un saint. Nous avons
auparavant daté ce type d’églises des alentours de l’an 800
(avec une forte marge d’erreur).
Les deux textes sont quant à eux extrêmement précis : « Le
baptistère roman de Concordia, élevé par l’évêque
Reginpotus (1089-1105) entre la fin du XIe
siècle et les cinq premières années duXIIe
siècle » , soit durant une période de 16 ans.
Sachant qu'entre la conception du projet de construction
d’un édifice et sa complète réalisation, une dizaine
d’années peuvent s’écouler, délimiter une période de seize
ans est un petit exploit. Un exploit correspondant à la
présence de Réginpotus comme évêque de Concordia. Mais
quelle preuve nous apportent les auteurs de ces deux textes
pour nous convaincre que ce baptistère est bien l’œuvre de
Reginpotus ? Par expérience, nous savons que la construction
réelle d’un édifice est très difficile à prouver. Ce qui est
d’ailleurs tout à fait normal : lorsque l’édifice est
construit et que tous les frais ont été réglés, il n’est
plus nécessaire de conserver les documents ayant permis de
le construire. Nous estimons donc que, faute de plus amples
explications, la datation qui nous est proposée aux
alentours de l’an 1100 est suspecte.
Il existe une autre méthode permettant de dater ce
baptistère : les fresques.
Ces fresques sont d’inspiration byzantine, avec des thèmes
qu’on ne retrouve pas dans l’Europe de l’Ouest. Ainsi, la
représentation de Saint Georges à cheval terrassant le
Dragon (image 7).
Le tracé apparaît archaïque, hormis un écu bien décoré qui
paraît être du XIIIe siècle. Mais il semble bien
qu’il ait été ajouté, cachant une partie plus ancienne
probablement dégradée.
Le texte de Wikipédia nous dit : « De
chaque côté de l’arc, se trouve le sacrifice d’Isaac et
l’offrande de Melchisédek. […] ». Si, dans
l’iconographie romane, le sacrifice d’Abraham est parfois
représenté, on ne retrouve dans la même iconographie
l’offrande de Melchisédech. Pour trouver des images de
l’offrande de Melchisédech, il faut aller à Saint-Vital de
Ravenne (datation aux alentours de l’an 750).
L’Agneau Pascal et les quatre fleuves du Paradis sont aussi
présents dans les mosaïques de Ravenne.
Mais ce qui est pour nous le plus surprenant est la
représentation du Christ en gloire sur la coupole (image
9). On ne retrouve pas les images habituelles. Par
exemple celle du Christ dans sa mandorle entouré des
symboles des évangélistes. Constatons d’abord que l’image du
Christ n’est pas centrale. Il en est de même de l’image de
la colombe du Saint-Esprit (image
10). Plus surprenant encore, le texte nous dit que
les trois figures représentent la Trinité. Or le troisième
personnage n’est pas le Père mais un ange (ou plutôt un
archange les ailes déployées, image
11). Nous avons consulté plusieurs ouvrages
d’iconographie byzantine. Nous n’avons rien vu de tel.
Dernière remarque concernant le séraphin (image
12). Il est représenté sur une roue de feu. Nous
avons cherché des correspondances avec d’autres
représentations de séraphins. Nous n’avons rien trouvé pour
les églises d’Europe Occidentale. Rien non plus pour la
Cappadoce en Turquie. Il existe plusieurs représentations en
Géorgie, peu ou mal datées. Et une en Arménie, datée du VIIe
siècle.
Datation
envisagée pour le baptistère de Concordia
Sagittaria : an 850 avec un écart de 100 ans.