Le site archéologique et les mosaïques de Baten Zammour
Nous n’avons pas eu l’occasion de
visiter ce site archéologique durant le voyage effectué en
Tunisie en 2025. Les images de cette page ont été collectées
sur Internet.
Nous n’avons pas lu sur Internet de page décrivant ce site
archéologique que nous avons découvert un peu par hasard en
cherchant des sites archéologiques cartographiés sur Google
Maps. Le site est aussi ignoré par les galeries d’images de
Wikipédia Commons. Seules deux pages du portail Persée le
mentionnent, mais d’une façon très allusive puisque chacune
décrit une mosaïque, les deux mosaïques n'étant d’ailleurs
pas présentes sur le site mais déposées au musée
archéologique de Gafsa (nous aurons l’occasion de les
étudier prochainement).
Faute des renseignements qui auraient pu nous être utiles,
nous sommes obligés de recourir à ceux dont nous disposons.
La vue par satellite de l'image
1 montre un grand espace de plan presque
rectangulaire de dimensions 40m x 26 m. Si du côté Nord-Est
le plan semble être régulier, il l’est beaucoup moins du
côté Sud-Ouest. Nous pensons que pour cette partie, il y a
eu des travaux ultérieurs.
Ce plan ne correspond pas à celui des constructions
publiques romaines rencontrées ailleurs (amphithéâtre,
théâtre, temple, basilique). Bien sûr, on pense à une villa
romaine. Mais s’agit-il bien d’une villa romaine ? En fait,
tout dépend de la définition que l’on donne au mot « villa
romaine ». Si une villa romaine est toute construction autre
qu’une construction publique, alors ceci serait bien une
villa romaine. Si le mot définit une exploitation agricole,
alors on est en peine de voir en quoi cette construction aux
sols couverts de mosaïques aurait pu servir d’exploitation
(il est cependant possible que tout n’ait pas été fouillé,
les vestiges des bâtiments d’exploitation ayant été situés
ailleurs et à proximité).
Il faut bien comprendre que tout n’a pas été dit en ce qui
concerne la civilisation romaine. Non parce qu’on ne veut
pas le dire, mais parce que l’on ne sait pas, parce que les
documents qui en parlaient ont été perdus. Mais ce n’est pas
parce qu’on ne sait pas qu’on doit dire que ça n’existait
pas : je ne sais absolument rien de mes arrière-
grands-parents. Dois-je en déduire qu’ils n’ont pas existé ?
Ce plan ferait plutôt penser à celui d’un couvent de
chartreux dans lequel les cellules des moines sont disposées
autour d’une cour avec quelques locaux en commun. Bien sûr,
il n’y a pas là un couvent de chartreux mais on peut penser
à quelque chose de similaire : maison d’hôtes, hôtel des
invalides, etc.
Les
mosaïques de Baten Zammour
On constate sur l’ensemble des images la grande variété de
formes. Il faudrait passer des heures à les analyser (ce que
nous n’avons pas le temps de faire). Cette variété de formes
n’est d’ailleurs pas spécifique au site de Baten Zammour. On
retrouve à la fois la même variété de formes et une
similitude des comportements sur tout le pourtour
méditerranéen. Ceci signifie qu’un quadrillage présent à
Baten Zammour peut se retrouver à l’identique en Espagne,
mais les figures à l’intérieur de ce quadrillage se
retrouvent à un autre endroit du pourtour méditerranéen.
Nous devons faire une différence entre le quadrillage (ou la
trame) et les figures (ou symboles) à l’intérieur de cette
trame.
Prenons l’exemple relativement simple de l'image
6. La
surface carrée du sol est « découpée » en bandes suivant des
lignes parallèles entre elles. Il y a alternance de largeur
de ces bandes, la largeur pour les plus petites étant la
moitié de celle des grandes. La même alternance, avec les
mêmes dimensions, est opérée dans le sens perpendiculaire.
On obtient une sorte d’échiquier. Mais avec des cases
carrées de deux dimensions différentes et des cases
rectangulaires. Il faut bien voir que ce quadrillage est
répétitif.
Mais ce n’est pas tout ! Car à la différence d’un jeu
d’échec dans lequel les cases sont uniformes, noires ou
blanches, les cases que l’on a ici portent des thèmes
différents entre eux (entrelacs, nœuds de Salomon, zigzags,
rameaux, …). Voir le détail sur l'image
7.
Les thèmes situés à l’intérieur de ces quadrillages sont
donc différents sur un même panneau de mosaïque, mais le
paradoxe est que l’on retrouve les mêmes thèmes ailleurs,
parfois fort loin, sur d’autres panneaux de mosaïque.
Il en est ainsi du nœud de Salomon (images
5, 6, 7, 10), de la croix entrelacée (image
9), de la svastika (images
10 et 17), d’entrelacs divers (images
6, 7, 11, 16) et de nombreuses autres formes que
l’on découvre au fur et à mesure.
Une question se pose : comment se fait-il que dans un
système répétitif comme la trame (ou le quadrillage) soient
introduits des thèmes (ou symboles) non répétitifs ?
Nous pensons avoir un élément de réponse grâce à une
mosaïque déposée au musée du Bardo. Elle est située dans la
salle d’Oudna et provient probablement de cette localité.
Elle est inspirée des jeux de l’amphithéâtre. Quatre
médaillons circulaires sont disposés autour d’un médaillon
central plus grand. À l’intérieur de ce médaillon est
installé le buste d’un personnage portant les emblèmes d’une
association d’amphithéâtre. Les médaillons tout autour
portent les emblèmes de quatre autres associations
d’amphithéâtre.
Si on accepte de généraliser cela à l’ensemble des
mosaïques, on peut imaginer que ces thèmes particuliers
(nœud de Salomon, croix entrelacées, …) sont en fait des
emblèmes d’associations diverses (pas seulement
d’associations d’amphithéâtres), voire de groupes privés.
Nous rappelons ce que nous avons écrit ci-dessus :
concernant ces temps anciens, nous ne savons pas tout et, en
vérité, nous ne savons pas grand-chose. Et en plus de cela,
nous croyons avoir tout inventé. Donnons ici un exemple : il
y a en France un système de protection sociale appelé la
Sécurité Sociale. Ce système a été mis en place après la
guerre de 1939-1945. Faut-il en déduire qu’avant cette
guerre il n’y avait pas de protection sociale ? La plupart
d’entre nous le pensent. En fait, il existait divers
systèmes permettant une assistance aux pauvres et aux
malades. En particulier, certains ordres religieux
(religieuses garde-malades) étaient investis de cette
mission et recevaient d’une façon ou d’une autre des
financements pour le faire. Il ne faut donc pas s’imaginer
que la protection sociale a commencé en 1945 mais bien
avant. Et très probablement, les romains devaient connaître
des systèmes de protection sociale. En fait nous devrions
dire des systèmes de protection mutuelle.
Nous avons eu connaissance, à l’occasion de cette recherche,
d’un nouveau mot : « sodalité
». Sa définition, trouvée sur Internet est : « Sodalité :
(Antiquité) À Rome : association religieuse ou politique
formée par un groupe de personnes partageant des croyances
ou des intérêts communs.
Sur le modèle des cultes gentilices, se créèrent de très
nombreux cultes rendus à une divinité par un groupe de
fidèles associés : ces groupes s’appelaient des collèges
ou des sodalités
; ils se multiplièrent surtout à la fin de la République ;
et sous l’Empire. — Religion romaine ».
Nous ne savons pas sur quels documents se basent les
historiens pour justifier l’existence de ces groupes de
personnes partageant des croyances ou des intérêts communs,
mais on retrouve cette idée de constitution d’un groupe pour
une prise en charge mutuelle de ses participants. Si elle
n’a pas été encore faite, une étude historique globale
devrait traiter cette question (confréries d’artisans au
Moyen-Âge, confréries de Pénitents au XVIIe
siècle, syndicats d’ouvriers au XIXe siècle,
mutuelles diverses, banques ou assurances pour les plus
riches, et ce à toute époque). Car de tout temps, il y a eu
une inquiétude pour chacun de se protéger et de protéger sa
famille des aléas de la vie.
Nous envisageons donc que ces emblèmes pourraient être des
sortes de sigles identifiables par chaque individu
contemporain lui permettant de comprendre que le groupe
désigné par ce sigle a participé au financement, non
seulement du pavement, mais aussi de la fondation dirigée
par ce groupe. Il s’agit là d’une idée lancée un peu « en
l’air » mais nous pensons qu’elle doit être approfondie.
Datation
envisagée pour le site archéologique et les mosaïques de
Baten Zammour
Nous ne pouvons rien dire sur le site archéologique connu
insuffisamment.
Concernant les mosaïques, elles semblent toutes
contemporaines et dater de l’an 300 avec un écart de 50 ans,
hormis la mosaïque des chevaux et antilopes (images
12, 13, 14) qui serait un peu plus tardive. Mais
nous manquons de compétence en la matière.