Le site archéologique de Belalis Major près de Béja  

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Nous n’avons pas eu l’occasion de visiter ce site archéologique durant le voyage effectué en Tunisie en 2025. Les images de cette page sont extraites de galeries d’Internet.

Le site archéologique a été fouillé sous la direction du professeur Ammar Mahjoubi entre 1960 et 1971. Nous donnons ci-dessous des extraits de l’article qu’il a écrit sous le titre Henchir el-Faouar : La cité antique des Belalitani Maiores. On peut retrouver l’intégralité de cet article sur le site Internet Leaders. Nous en conseillons la lecture.

« [...] La première campagne de fouilles, au printemps de 1960, fut des plus fructueuses ; la mise au jour d’un autel dressé "sur l’ordre de Jupiter Sabazios", un dieu oriental mentionné pour la première fois par l’épigraphe de la province africaine, s’ajouta à celle, fort importante, de deux textes épigraphiques qui identifiaient le site : ces décombres étaient les vestiges de la cité antique de Belalis Major. [...]

Se succédèrent ensuite, de 1960 à 1971, et après délimitation de la surface couverte par les ruines, huit campagnes de sondages et de fouilles. Le site s’étend sur une distance de 350 à 400 mètres dans les deux directions Nord-Sud et Est-Ouest, et couvre ainsi une superficie vaguement circulaire de treize à quatorze hectares. Ces travaux n’ont pas mis au jour, tant s’en faut, l’ensemble des monuments et de l’habitat de la cité. Ils ont montré, essentiellement, que sa fondation remonte à la fin du IIIe siècle avant le Christ, confirmant de la sorte les progrès de la sédentarisation et de l’urbanisation à l’époque punico-numide. [...]

Les progrès de la romanisation peuvent être perçus grâce à l’évolution de la constitution municipale, que révèlent plusieurs inscriptions malheureusement incomplètes. L’installation d’un noyau de vétérans romains, gratifiés dans cette région très fertile de riches propriétés agricoles, avait d’abord attribué au bourg agricole numide de Belalis un statut de pagus, c’est-à-dire celui d’une petite mairie romaine rattachée administrativement à la colonie julienne de Carthage. Mais ce rattachement fut ensuite rompu, probablement à l’époque de la dynastie sévérienne : si bien qu’au IVe siècle, une inscription qualifie la cité de colonie, lui conférant ainsi un rang éminent dans la hiérarchie des communes romaines. [...]

La découverte d’un grand nombre de stèles dédiées à Ba’al Hammon-Saturne implique nécessairement l’existence d’un sanctuaire important, non exhumé encore, consacré au culte de ce grand dieu de la province africaine ; tandis que l’adoption progressive du costume romain par les fidèles figurés sur les stèles, dont certains sont vêtus de la toge officielle, montre clairement les progrès de la romanisation dans tous les domaines. [...]

Au IVe siècle, malgré la crise du monde romain, ses vicissitudes et l’instabilité du pouvoir au IIIe siècle, le forum et les établissements publics qui le bordaient étaient encore l’objet de l’attention et de la sollicitude des autorités. [...]

Les changements véritables commencèrent au Ve siècle. Le paysage monumental ne cessa alors de se dégrader, les édifices délabrés ne furent plus réparés et ne tardèrent pas à changer de destination. La place publique et les bâtiments qui la bordent n’assuraient plus le rôle qui leur était auparavant dévolu, car leur fonction politique, ses manifestations sociales et religieuses étaient comme attirées par un nouveau pôle apparu dans la cité, celui d’un quartier chrétien édifié au Nord. [...]

À proximité s’étendit tout un quartier de monuments chrétiens : une grande basilique à trois nefs, avec un baptistère desservi par des annexes aménagées pour les catéchumènes et aussi, très probablement, pour le tribunal de l’évêque. À cet ensemble de bâtiments, qui constituaient sans doute le groupe épiscopal de la cité, s’ajouta une autre église, plus petite, édifiée au Nord-Est du forum. [...] »

Un peu plus loin, le texte décrit une mosaïque de cette période (nous ne l’avons pas vue sur les images recueillies pour documenter cette page) : « [...] Malgré ces entorses, on constate cependant que le souvenir de l’iconographie hellénistico-romaine en ce Ve siècle, sous l’occupation vandale, était toujours vivace ; alors que l’habitus de la forme antique était totalement perdu, que le dessin était devenu à deux dimensions et que toute figuration du volume avait disparu.

La même esthétique caractérisa le décor architectural. Bases, colonnes, pilastres, chapiteaux, taillés au Ve siècle, voisinaient avec les éléments décoratifs remployés, sans aucun souci d’unicité ; une base attique était placée côte à côte avec une autre corinthienne, une colonne était en marbre blanc et l’autre voisine en marbre vert… et, à chaque fois, un diamètre différent. Un seul impératif importait, celui des solutions pratiques, sans recherche d’homogénéité.

Vers la fin du VIe siècle et, surtout, au début du VIIe siècle, le niveau du sol, nettement surélevé, fit disparaître sous les remblais le réseau des rues. [...] Des constructions précaires, souvent fondées sur des murs sous-jacents, avaient envahi les thermes et tous les locaux, dans le secteur du forum ; alors que nombre de tombes parsemaient les quartiers, nombre d’habitations rudimentaires obstruaient les rues. [...]

C’est de cette situation dégradée à l’intérieur de tout le périmètre urbain qu’hérita l’occupation arabe au VIIIe siècle : d’un état urbain qui n’avait cessé de se délabrer depuis la fin du Ve siècle, avec des monuments publics en ruine, une voirie couverte de remblais, encombrée et obturée par les verrues des habitations précaires. Mais bien que ruiné et dans une décrépitude générale, le site de la petite ville antique ne fut pas abandonné ; sur les décombres du quartier chrétien s’installèrent, après l’occupation arabe, un fortin et une série d’habitations contiguës, dont les vastes cours intérieures étaient bordées de chambres adossées à de fortes murailles extérieures. »

Ajoutons un autre site Internet parlant de ce site archéologique : il est intitulé Archéologie et art chrétien de la Méditerranée antique et animé par le père Silvio Moreno.


Le professeur Ammar Mahjoubi donne une excellente description de ce site que, malheureusement, nous n’avons pu documenter par manque d’images. En fait, cette description doit être transposable dans sa généralité pour beaucoup d’autres sites de Tunisie. On doit en effet trouver ailleurs en Tunisie les mêmes ingrédients que l’on a ici : une cité antique antérieure à la conquête romaine (qui a lieu vers l’an 50 avant Jésus-Christ). Puis une lente romanisation efficace sur le plan administratif avec un développement et une plus grande importance de la cité. Cette romanisation est peut-être moins effective sur le plan des mœurs car il y a conservation du culte de divinités antiques comme Ba’al, à côté des divinités romaines. On assiste ensuite à une christianisation progressive et à la construction de basiliques durant le quatrième siècle. Puis une lente dégradation de la situation à partir du Ve siècle.

Ammar Mahjoubi fait bien apparaître que la décadence de cette cité (et probablement celle des autres cités romaines de Tunisie) s’est faite progressivement, régulièrement. Cette analyse est tout à fait différente de celle inspirée par l’idéologie simpliste qui nous a été présentée, opposant des peuples primitifs incultes et destructeurs à un monde romain cultivé et rayonnant. Ainsi, en suivant le fil du raisonnement obtenu à partir de de cette idéologie, nous devrions avoir le processus suivant : après avoir franchi le détroit de Gibraltar en 429, les Vandales ravagent le Maghreb et établissent leur souveraineté sur ce territoire, qu’ils conservent pendant un siècle environ. Vaincus par Bélisaire en 533-534, ils perdent cette souveraineté au profit des Byzantins (donc des romains de Byzance). Donc, en poursuivant la logique simpliste, on aboutit à la conclusion suivante : pendant un siècle, les Vandales incultes ont tout détruit mais grâce à l’intervention des byzantins, qui, eux, étaient cultivés, la situation a pu être redressée. L’étude de cette cité, et de biens d’autres analogues, montre qu’il ne s’est passé rien de tel. La situation a continué à se dégrader durant la période byzantine. Et ce n’est que plus tard, pendant la période arabe, qu’il y aurait eu un début de redressement.


La basilique chrétienne

Le plan de cette basilique (image 11) a subi une rotation de 180° de façon que le Nord apparaisse en haut de l’image. Cette disposition permet d’effectuer une comparaison avec les églises chrétiennes plus récentes orientées en direction de l’Est. En fait, pour celle-ci, l’orientation serait Est-Nord-Est (+19° par rapport à la direction de l’Est). Mais il semblerait que cette inflexion par rapport à l’orientation stricte Est, très souvent constatée en ce qui concerne les églises plus récentes, n’ait pas une grande importance.

L’enceinte rectangulaire est séparée en deux grandes salles par un mur parallèle aux deux murs latéraux de direction Est. La salle située au Nord est constitutive de la basilique. On y devine, du côté Est, une nef à trois vaisseaux, le vaisseau central nettement plus large que les collatéraux étant porté par des colonnes cylindriques. Il y a prolongement de cette partie, côté Ouest, mais le partage de la nef en trois vaisseaux n’est plus apparent, cette partie ayant subi de nombreuses transformations (dont des ensevelissements). L’ensemble est encadré par deux absides semi-circulaires. Côté Est, l’abside située dans le prolongement du vaisseau central mais de moindre largeur que celui-ci, est encadrée par deux salles presque carrées. Côté Ouest, l’abside, de diamètre plus grand, était probablement elle aussi, encadrée à l’origine par deux pièces rectangulaires.

La partie rectangulaire située en dessous de l’image contient une série de pièces. L’une d’elles est dotée d’une abside semi-circulaire (peut-être une chapelle). À sa gauche, une salle carrée sert de baptistère. Elle contient la piscine baptismale (images 12 et 13).

Ce qui caractérise cette basilique primitive, et probablement d’autres en Tunisie, c’est la présence de ces deux absides opposées. Nous avons eu l’occasion de rencontrer cette particularité pour des basiliques nettement plus tardives, les basiliques impériales du IXe siécle dans les pays germaniques. La trop grande distance autant temporelle que spatiale entre les deux modèles de construction empêche d’imaginer qu’il ait pu y avoir une filiation de l’une à l’autre. Cependant, on peut tout à fait envisager que la construction soit la conséquence d’une même mode de pensée. À l’image du soleil qui chaque soir meurt du côté Ouest pour ressusciter le matin côté Est, le côté Ouest d’une abside serait le côté des morts, donc des mortels, donc des humains, alors que le côté Est serait le côté de Dieu. C’est ce qu’on observe ici, tout comme dans les pays germaniques : l’abside occidentale abrite les tombeaux des princes alors que l’abside orientale est réservée au culte. Ce qui explique que, dans le cas de la basilique de Belalis Major, le côté Est, réservé pendant des siècles à l’exercice du culte, ait été relativement bien conservé alors que le côté Ouest réservé à d’autres usages (comme le culte des morts, mais pas seulement) ait été bouleversé.

Une remarque importante ! Nous avons constaté que les basiliques primitives étaient totalement insérées dans un ensemble à plan rectangulaire. Et ceci, contrairement aux basiliques ultérieures pour lesquelles les absides semi-circulaires, non insérées, sont visibles de l’extérieur. Nous pensons que la pratique d’insertion des églises dans un espace à plan quadrangulaire a été instituée pour les rendre anonymes, pour éviter les soupçons de prosélytisme.


Datation envisagée pour la basilique de Belalis Major près de Béja : an 350 avec un écart de 75 ans.

Remarque : sachant que les édits de tolérance vis-à-vis des chrétiens de Constantin ont été postérieurs à l’an 330, cette datation peut surprendre. En fait, il semble bien que des églises ont été construites bien avant ces édits et il est fort probable que les persécutions pourtant bien réelles n’ont pas été accompagnées de destructions systématiques des lieux de culte.