Le site archéologique de Bulla Regia : vue d’ensemble
Nous avons eu l’occasion de visiter ce
site archéologique en compagnie de notre guide touristique,
M. Jamel Laouini, durant notre voyage effectué en Tunisie en
2025. La plupart des images de cette page et des cinq
suivantes sont été prises lors de cette visite. Les autres
ont été extraites de galeries d’images d’Internet afin de
compléter l’information. Nous avouons ne pas avoir retenu
tout ce que Jamel nous a appris concernant cette ville
ancienne. Fort heureusement, la page du site Wikipédia la
décrivant est très bien documentée. Nous en conseillons la
lecture, ne reproduisant ici que quelques extraits relatifs
à la période qui nous concerne :
« Histoire ancienne du site
Cité aux origines
anciennes. Les origines berbères de Bulla Regia
sont probablement antérieures à sa culture punique. De
nombreux témoignages d'une occupation très ancienne
parsèment le site : nécropole mégalithique située au sud
du parc archéologique actuel et particulièrement bien
conservée, tombes à puits et stèles néo-puniques.
[...]
Au
IIIe siècle av.J.-C. , la ville est sous
l'influence de Carthage car des inscriptions révèlent la
présence d'un culte offert au dieu Ba’al Hammon et
l'inhumation des morts dans des vases funéraires de type
punique.
Cité numide. La
cité fait ensuite vraisemblablement partie du territoire
investi par les troupes romaines en 203 av.J.-C. à l'issue
de la deuxième guerre punique. Elle devient en 156
av.J.-C. la capitale du royaume numide de Massinissa qui
reste un royaume client de Rome mais récupère les "terres
de ses ancêtres" (selon une inscription). La ville reçoit
dès lors son épithète de "royal" (Regia).
[...]
Cité africaine qui se
romanise. Après la bataille de Thapsus, les
Romains reprennent le contrôle direct de la ville en 46
av.J.-C., à l'occasion de l'organisation de la province
d’Afrique par Jules César qui récompense la conduite (sans
doute neutre) de Bulla Regia dans les guerres civiles qui
font rage à Rome. Il lui accorde alors le statut de ville
libre. À ce titre, la cité conserve son territoire et son
organisation politique traditionnelle. Des cités situées à
proximité (Simitthus et Thuburnica) voient quant à elles
s'installer sur leur sol des colonies de vétérans.
[...] La
cité obtient le statut de municipe assorti du droit latin
sous les Flaviens. [...] Dans
la période d'émergence du christianisme, la cité se dote
dès 256 d'un évêque, marque de la richesse de ses
habitants et de son terroir. Augustin d’Hippone considère
la cité comme totalement christianisée dès 399.
Effacement progressif à
l'époque vandale et byzantine. La cité est
représentée à la conférence de Carthage en 411, qui
condamne le schisme donatiste. Par la suite, la
persécution arienne de l’époque vandale entraîne à Bulla
Regia un épisode tragique, le massacre de catholiques dans
la basilique. La cité décline lentement sous la domination
de l’Empire byzantin. À cette époque, comme ailleurs à la
fin de l'empire, l’aristocratie locale se trouve en mesure
d'augmenter la taille de ses maisons aux dépens de
l'espace public : la "chambre du pêcheur" est ainsi
adaptée pour relier deux insulae séparées et transforme
une voie de communication en impasse. Dans la " Maison du
trésor" a été découverte une cruche contenant des monnaies
byzantines du VIIe siècle.
Néanmoins,
des fragments de céramique émaillée aghlabide et fatimide
des IXe et Xe siècles, découverts
lors des fouilles des thermes, portent à croire à une
continuité de l'occupation du site à une époque tardive.
Une telle découverte contredit l'hypothèse d'une rupture
violente entre l’Antiquité et le Moyen-Âge arabo-musulman,
Yvon Thébert parlant à ce propos d'un "effacement
progressif". »
Commentaires sur ce texte
Au sujet de la phrase « ...la
cité se dote dès 256 d'un évêque, ... », nous
émettons quelques doutes, car en substance, l’expression « dès
256» signifie qu’avant l’an 256, il n’y avait pas
d’évêque, et que donc, en l’an 256, il y a eu un premier
évêque à Bulla Regia. Certes, il est toujours possible qu’un
document d’époque confirme ce point de vue. Mais nous en
doutons fortement. La connaissance de noms d’évêques ayant
exercé durant le premier millénaire est infime. Parfois le
nom d’un diocèse est connu par le nom d’un seul évêque (sur
plus de 40 si on compte un renouvellement tous les 20 ans).
Et on connaît le nom de cet évêque parce qu’il a assisté à
un concile et en a signé les actes. Mais combien y a-t-il eu
de conciles ? Et parmi ceux-là, combien dont on ignore
l’existence ? Nous estimons donc qu’il y a de très fortes
chances pour que l’évêque signalé en 256 ne soit pas le
premier évêque de Bulla Regia et que la phrase devrait être
de la forme : « un
évêque est cité en 256 ». Il peut paraître tatillon
de faire cette mise au point : ce ne serait qu’une petite
erreur de vocabulaire. Nous pensons qu’en fait, l’erreur est
à la fois plus grave et plus généralisée, car tout historien
de ces périodes à tendance à privilégier des comportements
anecdotiques qu’il peut prouver et ne pas envisager des
comportements plus proches de la réalité.
À l’inverse, nous sommes plutôt en accord avec l’idée d’un «
effacement
progressif » exprimé à travers la phrase : « Une
telle découverte contredit l'hypothèse d'une rupture
violente entre l’Antiquité et le Moyen-Âge arabo-musulman.
». Notre voyage en Tunisie s’est inscrit dans le but de
vérifier s’il y avait eu une rupture entre l’Antiquité et le
Moyen-Âge arabo-musulman. Auparavant, nous avions cherché à
savoir s’il y avait eu une telle rupture entre l’Antiquité
et le Moyen-Âge chrétien (du fait des « Grandes invasions
barbares ») et nous avons constaté que ce n’était pas le
cas. Nous sommes même persuadés qu’il n’y a pas eu
d’effacement en ce qui concerne l’Occident chrétien. Y
a-t-il eu un effacement en ce qui concerne le monde
arabo-musulman ? Et d’où cela viendrait-il ? C’est ce que
nous cherchons à savoir.
Visite
du site de Bulla Regia
Les Bains de Julia
Memma
En partant de l’entrée du site (indiquée par le drapeau
rouge avec la légende « site archéologique » en bas de l'image 1), on emprunte
la voie en direction du Nord, puis au carrefour, on tourne à
gauche dans le decumanus
(image 4), et on
pénètre à gauche dans le corps de bâtiments désigné comme
étant les « Bains de
Julia Memma » (images
5 à 15). À vrai dire, nous n’avons pas su comment
on l'avait l’identifié comme étant des thermes et d’où
venait le nom de Julia Memma. Ce qui nous a semblé
important, c’est la découverte de plusieurs anomalies
permettant d’envisager que ce bâtiment avait subi de
nombreuses transformations dont certaines pouvaient
appartenir à une période plus récente que la période
antique. Examinons certaines images :
Image 6. Nous
constatons sur cette image des différences d’appareil de
maçonnerie : gros appareil massif et régulier au bas de la
porte, sur l’encadrement et le linteau, et sur le contrefort
voisin ; très petit appareil dans la lunette entre le
linteau et l’arc de décharge au-dessus, petit appareil
différent du précédent sur les côtés. À remarquer que ce que
nous avons appelé contrefort n’est pas un contrefort, mais
un pilastre d'un arc qui à l’origine passait au-dessus de la
porte et prenait appui sur le piédroit de droite.
Image 7. Nous avons
ici une image comparable à la précédente si on la restreint
à la travée du milieu : même porte surmontée du même type de
linteau en arc de cercle, même arc de décharge au-dessus du
linteau, même pilastre plaqué contre le mur, qui devait à
l’origine porter un arc lui aussi plaqué contre le mur. Mais
il y a une différence. Le pilastre recouvre une partie du
linteau et de l’arc de décharge. Nous pensons que le mur a
été construit en premier et le pilastre accolé après.
Image 8 : Ici
encore, nous avons l’impression que la colonnade portant les
arcs et le mur accolé, d’appareils différents, ont été
construits à des périodes différentes. Mais ici ce serait le
mur qui pourrait être le plus récent.
Image 9 :
Hypothèses analogues à celles émises pour l'image
7. Remarque
: dans le coin supérieur droit, il semblerait qu’il y ait un
départ d’arc (ou de voûte).
Image 10 : Sur
cette image aussi, il y aurait un départ d’arc (ou de
voûte). Mais ici, il y aurait deux arcs allant vers deux
directions. L’un passe au-dessus de la façade percée d’une
grande fenêtre, l’autre se dirige vers l’observateur. Il
pourrait y avoir là l’intention de créer une voûte d’arêtes
ou une voûte en coupole.
Il nous est difficile d’imaginer que tous ces aménagements
successifs aient été faits pour des thermes (initialement,
c’étaient des thermes; mais par la suite, ils auraient été
utilisés pour d’autres usages). Le texte de Wikipédia nous
apprend ceci : « Les
vestiges les plus importants visibles — quoique la fouille
effectuée ne soit pas complète — concernent les thermes de
Julia Memmia qui, selon les tessons de céramique
découverts lors des fouilles menées, peuvent être datés du
règne de Sévère Alexandre et sont un témoignage de
l’évergétisme de Julia Memmia, fille de l'un des consuls
de 191-192. Une inscription révèle le coût important de la
construction, de grands travaux étant menés dans le
dernier tiers du IVe siècle, la désaffection ne
se produisant sans doute pas avant 450, voire durant
l'époque byzantine. Illustré par la présence de tessons de
céramique arabe, les locaux sont ensuite utilisés à
d'autres fins. ». Ce discours confirme ce qui a
été dit auparavant sur l'effacement progressif. On a parfois
un peu trop tendance à privilégier le côté « romain » et ses
créations du Ierou IIe siècle en
négligeant la suite : ce bâtiment aurait été réaménagé à la
fin du IVe siècle et occupé au moins jusqu’au
VIIIe siècle.
Les images
suivantes de 11 à 15
permettent de deviner plus que de découvrir la richesse des
mosaïques. Leur état est décevant. Il faut dire qu’il y a
tellement de mosaïques en Tunisie qu’il est impossible de
toutes les conserver. On n’a déposé dans les musées que les
plus belles. Il doit en rester beaucoup sur place … et dans
des collections privées.
Entre les bains de
Julia Memma et le temple d’Isis
Le temple d’Isis
est situé en bordure du Decumanus, presque au centre de l'image 16, avec à sa
droite le théâtre
parfaitement reconnaissable. Ce dernier fera l’objet d’une
étude spécifique dans la page suivante.
Les
images 17, 18 , 19 et 20 permettent de découvrir
les décors de mosaïque des habitations ou temples situés
entre l’établissement de bains et le temple d’Isis. Nous
pouvons constater la richesse de ces décors, malgré leur
apparence un peu terne. Il est toujours possible de
revivifier les couleurs en projetant de l’eau. Nous avons
évité de le faire (la pratique est d’ailleurs interdite),
car cette méthode, si elle était répétée un grand nombre de
fois, serait destructrice des mosaïques. Il suffit
d’ailleurs de voir parsemées sur le sol les touffes de
plantes diverses qui ne demandent que de l’eau pour se
développer.
Le
temple d’Isis (images
21, 22, 23, 24)
Ce temple est remarquable par son plan apparent sur l’image par satellite 21. La cella,
de forme rectangulaire, est installée sur une haute terrasse
accessible par un escalier de huit marches (image
22). Il est entouré d’une colonnade. Nous ignorons
tout de ce temple : comment a-t-on su qu’il était dédié à
Isis ? Quelle est sa datation ? Isis était une divinité
égyptienne. Il est possible qu’elle ait été vénérée avant la
période romaine par des populations imprégnées de culture
punique. Il est aussi possible qu’elle ait été vénérée
pendant la période romaine, les romains ayant adopté des
cultes orientaux autres que le christianisme et le judaïsme
(Mithra, Cybèle, Isis, …).
Le
forum et les bâtiments qui l’entourent
La vue par satellite de l'image
25 révèle la présence du forum
au centre de l’image, du marché au Sud, du Capitole
à l’Ouest, de la
basilique à l’Est, du temple
d’Apollon au Nord.
Ainsi, en poursuivant notre visite en direction du Nord, on
rencontre successivement :
—
Le marché (image 26). Un panonceau
donne le plan de ce marché (image
27) et l’explication : « Composé
d’une grande cour dallée entourée d’un portique et de
boutiques de petites tailles (3,6 m) au nombre de douze et
situées sur les côtés Nord et Sud (IIe - IVe
siècle après J.-C.).
».
—
La basilique (image 29).
—
Le forum, avec
au fond le podium qui portait le capitole (image
30).
—
Le temple d’Apollon
(images 31 et 32).
—
Une maison
près du temple d’Apollon. Elle est pavée d’une mosaïque à
décor de croix pattées (image
33).
Notre pérégrination à travers le site se poursuit avec les
visites successives de :
— La
maison d’Amphitrite : la visite de cette maison
d’habitation fait l’objet d’une page spéciale à la suite de
celle-ci.
—
La maison de la
chasse : la visite de cette maison d’habitation
fait l’objet d’une page spéciale.
—
La maison de la
nouvelle chasse : la visite de cette maison
d’habitation fait l’objet d’une page spéciale.
Les
constructions byzantines. Nous n’avons pas pu
visiter cette partie du site archéologique localisée à
l’Ouest. Parmi ces constructions, était signalée une forteresse byzantine.
Cette forteresse, partiellement ruinée, est reconnaissable à
son plan rectangulaire, avec des tours cylindriques à chaque
angle, sur un plan daté de 1884 (image
34). Cependant, la construction située au même
emplacement et désignée comme étant une forteresse
byzantine, ne présente pas le même plan (image
35).
Les églises
byzantines. Sur le même plan de 1884, on remarque,
au Nord de la forteresse précédente, les vestiges d’une
autre construction désignée comme étant une forteresse. Ces
restes correspondent à ceux de l'image
36. Ce sont les restes de deux églises accolées. En
voici la description par le texte de Wikipédia : « Deux
basiliques chrétiennes ont fait l'objet de fouilles entre
1952 et 1954. La première, ayant sans doute abrité des
reliques de saint Étienne datant du VIe siècle,
a été occupée jusqu'au VIIIe siècle, période
durant laquelle y a été enterré un trésor omeyade dans une
tombe. Elle compte trois nefs et un baptistère qui y est
accolé (images
37, 38, 39 et 40). Les
mosaïques de la nef sont pour une partie remarquablement
conservées. La seconde basilique est d'une importance
moindre : elle s'adosse et communique avec la première et
possède également trois nefs. Il semble qu'une partie
seulement de la bâtisse possède des mosaïques. »
Au sud de la «
forteresse byzantine », une autre construction est
désignée comme étant « l’église
du prêtre Alexander ». En voici la description,
toujours par le texte de Wikipédia : « Le
bâtiment dénommé "église d'Alexander" se situe à proximité
des "grands thermes sud", hors du parc archéologique, et
les vestiges en sont peu impressionnants. Les fouilles
effectuées en 1914 ont déterminé une destruction par le
feu et des vases de verre, des grands plats de céramique
et surtout des amphores, qui contenaient encore des traces
de vin, d'huile et de céréales, ont été découverts en son
sein. L'identification à un bâtiment religieux est due à
une croix offerte par un prêtre dénommé Alexander et
surtout une inscription tirée d'un psaume gravée sur un
linteau de porte. Les découvertes mentionnées et la
structure de la bâtisse font penser à un lieu de stockage
peut-être lié à la perception d'une imposition en nature,
voire à un édifice fortifié d'époque byzantine
(images 41 et 42).
» .
Les citernes (images 43, 44 et 45).
Nous n’avons pas d’information sur ce groupe de citernes
situées aussi dans le côté Ouest du site archéologique.
Datation
envisagée pour les principales constructions du
site archéologique de Bulla Regia : an 200 avec un écart de
200 ans.
On sait cependant que ce site a été occupé durant une
période beaucoup plus longue.