Le port punique de Carthage
Nous avons eu l’occasion de visiter ce
site archéologique durant notre voyage effectué en Tunisie
en 2025. Certaines des images de cette page ont été prises
lors de cette visite. Les autres ont été extraites de
galeries d’images d’Internet afin de compléter
l’information.
La page du site Internet Wikipédia décrivant ce site
archéologique nous apprend ceci (extraits) :
« Localisation des ports
La question de la localisation des ports de Carthage a été
l'une des questions les plus discutées de
l’historiographie punique. Par la seule observation des
lieux, les deux lagunes actuelles — l'une circulaire et
l'autre rectangulaire —, reliées toutes deux par un mince
cordon et identifiées par Chateaubriand comme les ports de
Carthage dès le début du XIXe siècle, ne
pouvaient pas dans l'esprit des historiens de l'époque
être les ports ayant abrité la flotte de la "meilleure
ennemie"» de Rome Les fouilles récentes — américaines près
de la lagune rectangulaire et britanniques dans la lagune
circulaire — effectuées dans le secteur à l'occasion de la
campagne internationale de l'Organisation des Nations
unies pour l'éducation, la science et la culture, ont
confirmé l'origine punique des lagunes avec une datation
au IIe siècle av. J.-C. . Celle-ci a été rendue
possible par la découverte de tessons de céramique en
particulier dans les fouilles des cales de radoub. Le
premier port, utilisé durant la majeure partie des cinq
premiers siècles de l'histoire punique de la ville, reste
à localiser. [...] (exposé d’hypothèses
diverses, puis...) Pour
apporter une réponse à cette problématique, il s'agit de
confronter la principale source antique, le texte
d'Appien, avec les structures dont des traces ont été
retrouvées par les archéologues dès le XIXe
siècle.
Description d’Appien :
Au IIe siècle, le récit d’Appien se fonde sur
un ouvrage de Polybe, qui avait assisté à la chute de la
cité de Didon, texte qui ne nous est toutefois pas
parvenu. Cette description est très importante même si ce
document — c'est le propre des textes rares sur des sujets
donnés, tout particulièrement en histoire ancienne — pose
parfois davantage de questions qu'il n'apporte de réponses
:
"
Les ports de Carthage étaient disposés de telle sorte que
les navires passaient de l'un dans l'autre ; de la mer, on
pénétrait par une entrée, large de 70 pieds [environ 21
mètres], qui se fermait avec des chaînes de fer. Le
premier port, réservé aux marchands, était pourvu
d’amarres nombreuses et variées. Au milieu du port
intérieur était une île. L'île et le port étaient bordés
de grands quais. Tout le long de ces quais, il y avait des
loges, faites pour contenir 220 vaisseaux, et, au-dessus
des loges, des magasins pour les agrès. En avant de chaque
loge s'élevaient deux colonnes ioniques qui donnaient à la
circonférence du port et de l 'île l'aspect d'un portique.
Sur l'île on avait construit pour l’amiral un pavillon
d'où partaient les signaux des trompettes et les appels
des hérauts et d'où l'amiral exerçait sa surveillance.
L'île était située en face de l'entrée et elle s'élevait
fortement : ainsi l'amiral voyait ce qui se passait en mer
tandis que ceux qui venaient du large ne pouvaient pas
distinguer nettement l'intérieur du port. Même pour les
marchands qui entraient sur leurs vaisseaux, les arsenaux
restaient invisibles : ils étaient en effet entourés d'un
double mur et de portes qui permettaient aux marchands de
passer du premier port dans la ville sans qu'ils eussent à
traverser les arsenaux. "
Le
site actuel de la lagune circulaire couvre une superficie
d'environ huit hectares, l'autre lagune mesurant environ
le double. Un canal reliait le port de commerce à la mer
et devait déboucher dans l'actuelle baie du Kram, et dont
il n'existe plus aucune trace. Appien cite le terme de
"cothon" pour nommer les ports, ce terme d’origine
sémitique désignant un bassin artificiel creusé par la
main de l'homme. De tels espaces sont relativement bien
connus dans d'autres cités puniques comme à Motyé (Sicile)
ou Madhia (Tunisie). Strabon donne également des
indications sur les ports de Carthage.
Îlot de l’amirauté
À première vue, il est difficile d'identifier la lagune
circulaire avec le port circulaire de l'ancienne Carthage,
dont la flotte a fait trembler tout le bassin occidental
de la Méditerranée. A priori, on imagine mal comment 220
navires, dont des quinquérèmes (navires à cinq rangs de
rameurs), auraient pu s'y abriter. Toutefois, les fouilles
britanniques ont établi que la lagune circulaire était
bien le port militaire ; c'est sur l'îlot actuel que
devait se situer le pavillon du navarque. Les quais
puniques ont été retrouvés, particulièrement les rampes
des cales de radoub ou d'hivernage qui avaient un sol de
terre battue légèrement incliné. Ces cales sont sans doute
les loges aménagées pour accueillir les navires à
quai, citées par Strabon.
Les
traces archéologiques découvertes ont permis d'extrapoler
les capacités d'accueil du site : 30 cales sur l'îlot
circulaire et 135 à 140 cales sur le pourtour. Au total,
160 à 170 cales, pouvant abriter autant de navires de
guerre, ont été identifiées. Au-dessus des cales de
radoub, se situaient également des espaces de stockage. Il
a ainsi été supposé que deux rangées de navires pouvaient
se tenir dans chaque cale. Enfin, au milieu de l'îlot
circulaire, se situait un espace à ciel ouvert sur le côté
duquel se situait une tour, vraisemblablement la tour du
navarque mentionnée par Appien.
Il a été avancé que les cales devaient avoir surtout comme
fonction celle de chantier naval, les navires ne
nécessitant pas tous une intervention simultanée et les
rassemblements ne devant avoir lieu que durant l'hiver. »
Nos commentaires
Remarquons tout d’abord que nous n’étions pas censés parler
de ces ports. Ils sont appelés ports « puniques ». On sait
que la ville de Carthage a cessé d’être punique après sa
destruction par Rome au IIe siècle avant notre
ère. Ils sont donc hors de notre cadre d’étude. Néanmoins,
nous avons décidé d’étudier plus particulièrement le port
militaire qui constitué un bon exemple de ce que devaient
être les ports à l’époque romaine.
Le texte ci-dessus extrait de la page de Wikipédia nous
laisse une impression mitigée. Résumons ce qui est écrit :
Il y a eu un débat entre les historiens pour la localisation
des ports puniques. Au début du XIXe siècle, les
historiens pensaient que ces ports étaient les deux ports
actuellement décrits : le rectangulaire et le circulaire (image 1) . Plus tard,
il y a eu contestation de cette théorie, ces ports étant
estimés trop petits pour la puissance estimée de Carthage.
Mais des fouilles récentes par des équipes britanniques et
américaines ont montré que la lagune circulaire (image
2) correspondait à la description d’Appien. Tout
semble donc réglé et diverses maquettes permettent de
décrire ce que devait être ce port punique : (île de
l’amirauté (image 7),
ensemble du port avec, au centre, l’île de l’amirauté (image 8). On peut par
ailleurs vérifier cela sur place, en particulier en ce qui
concerne la cale de radoub située sur l’île de l’amirauté.
Mais alors, d’où nous vient cette impression mitigée ? D’une
part à la description même qui nous est donnée. Relisons
cette partie du texte , «
La question de la localisation des ports de Carthage a été
l'une des questions les plus discutées de
l’historiographie punique », et posons nous la
question : pour quelles raisons cette question de la
localisation des ports a-t-elle été discutée ? La réponse
est simple : au début du XIXe siècle,
l’archéologie n’existait pas ;: l’important; c’était
l’histoire révélée par les textes. Et les premiers
archéologues voulaient prouver la vérité de ces textes,
parfois en avançant des approximations., en inventant des
fausses vérités (cela a été le cas de Schliemann, découvreur
de Troie et de Mycènes, mais aussi du trésor de Priam ou du
masque d’Agamemnon, attribués arbitrairement). Il faut donc
se poser la question de savoir si un engouement des
historiens vis-à-vis de la chute de Carthage n’a pas modifié
une partie de la vérité.
Une deuxième question se pose au sujet des preuves
apportées. Selon le texte; la datation au IIe
siècle av. J.-C. « a
été rendue possible par la découverte de tessons de
céramique en particulier dans les fouilles des cales de
radoub. ». La découverte de petits objets
brisés sans importance réelle mais parfaitement datés ne
prouve pas l’ancienneté du lieu. En effet, ces objets
peuvent provenir d’un autre endroit, le lieu fouillé ayant
servi de décharge. L’hypothèse est encore plus valable en ce
qui concerne une cale de radoub. Si elle a été, à un moment
donné, désaffectée —
c’est probablement le cas en ce qui concerne celles
que l’on a ici —,
son propriétaire aura voulu en faire autre chose ; par
exemple un jardin... Et il aura certainement amené de la
terre … qui venait d’ailleurs … contenant peut-être des
tessons de céramique antique.
L'image 9 soulève
une autre question. C’est une carte de la ville de
Carthage datée de 1770. Nous ne l’avons pas étudiée plus
particulièrement (il y aurait des erreurs) . Nous constatons
seulement que la zone située en haut et à gauche
correspondrait au port de Carthage. On y voit une île
contenant huit ou neuf bâtiments légendée I.Cothon. La
précision du plan de chacun de ces bâtiments et des autres
bâtiments de la ville (elle est entièrement fortifiée avec
de très nombreuses tours de défense) permet d’envisager une
précision égale au niveau du tracé du port. Celui-ci est
tout à fait différent de celui obtenu actuellement (image
1).
Nous sommes donc fortement enclins à penser qu'au cours du
XIXe siècle et peut-être au début du XXe
siècle, il y a eu une volonté de mette le plan du port de
Carthage en conformité avec la description d’Appien. Cela ne
signifie pas que le port actuel n’est pas le port punique
dont parle Appien, mais il y a des doutes.
Une dernière question : le texte ne parle pas de
transgression marine. Il s’agit pourtant d’un problème
important. Nous y faisons allusion dans la page Exemple
de démarche globale. Le littoral : des îles Stoechades au
Zuiderzee en passant par la ville d'Ys et le Mont Dol,
de notre chapitre « Histoire
». Nous estimons que pour toute construction ancienne
isituée à très faible altitude —
c’est le cas des ports —,
on doit absolument tenir compte de trois données : les
transgressions marines (fluctuation des niveaux maritimes
sur de longues périodes), érosion marine, apports de
sédiments marins ou fluviaux.
Dans le cas présent, nous disposons du témoignage d’un
coopérant français s’étant baigné dans les eaux tunisiennes
dans les années 70. Il a pu voir des mosaïques situées sous
au moins un mètre d’eau. Nous ignorons ce qu’il en est
maintenant de ces mosaïques, mais nous en déduisons qu’à
l’époque romaine, le niveau de la mer devait se trouver à au
moins deux mètres (mais plutôt à trois ou quatre mètres) au
dessous du niveau actuel. Ceci signifie que la partie la
plus basse de la cale de radoub actuelle ment visible (image 5), censée
pénétrer de quelques décimètres dans l’eau, devait se situer
à environ trois mètres au-dessus de l’eau… si cette cale de
radoub est bien celle du port punique. On devine le
caractère inefficace de cette cale de radoub. Et par là même
l’idée que l’emplacement de ces ports puniques est ailleurs.
Et Carthage n’est pas privé de tels emplacements : de
nombreuses zones ont une altitude inférieure à dix mètres et
on sait que les apports de sédiments fluviaux peuvent
participer au comblement des ports sur des hauteurs
comparables.