Le grand amphithéâtre d’El Jem 

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Nous avons eu l’occasion de visiter ce monument durant un voyage effectué en Tunisie en 2025. La plupart des images de cette page ont été prises lors de cette visite. Les autres ont été extraites de galeries d’images d’Internet afin de compléter l’information.

La page du site Internet Wikipédia décrivant la localité d’El Jem et son patrimoine archéologique nous apprend ceci (extraits) :

« El Jem

[...] Fondée sur les ruines de la cité antique de Thysdrus ou Thysdritan : la colonia ; elle est célèbre pour son amphithéâtre, le plus grand de l’Empire romain (entre 27 000 et 30 000 spectateurs) après le Colisée de Rome (45 000 spectateurs) et celui de Capoue. [...]

Histoire

Ancienne cité phénicienne, fondée par les Puniques et prospère sous Hadrien, elle reçoit, sans doute dès l'époque césarienne, le statut de colonie romaine puis acquiert le statut de municipe libre
(municipia libera) sous le règne de l'empereur Septime Sévère. Par la suite, elle est intégrée à la province de Byzacène. Au cœur d'une région qui connaît une forte productivité agricole, la cité semble jouir d'une relative prospérité. [...]

Au début de l'an 238, Thysdrus est le cadre d'un litige qui eut de fortes répercussions sur l'histoire romaine et qui participe à la crise du troisième siècle de l’empire romain. Une révolte survient à la suite d'une levée de nouveaux impôts. Le procurateur de l’empereur Maximin Ier le Thrace doit affronter le peuple thysdritain et les habitants des campagnes environnantes. [...] Après l'assassinat du procurateur, les révoltés se rendent à la résidence du vieux proconsul d'Afrique, Gordien, qui réside à Thysdrus pendant sa tournée provinciale, et le proclament empereur. Le nouvel empereur accompagné de son fils, Gordien II, associé au pouvoir, se rend à Carthage et procède à son adventus. La répression du légat de Numidie, Capelianus, est aussi rapide que brutale. Cependant, l'appui puis la reconnaissance de la lignée par le Sénat romain, ainsi que par certaines provinces, déclenche une brève guerre civile et une crise du pouvoir impérial. Cette singulière révolte civile se solde par l'élimination de l'empereur Maximin et l'avènement du jeune Gordien III à la bataille de Carthage. [...] »


Remarque concernant la fin de ce texte

Elle confirme ce que nous avions auparavant envisagé au sujet du modèle politique appelé « empire romain ». Nous avons en effet remis en question l’idée commune selon laquelle l’évolution du système politique romain était une copie conforme de l’évolution du système politique français à partir de 1789 : la royauté, puis la république, puis le consulat, puis l’empire, chacune des méthodes de gouvernement étant différente de la précédente et de la suivante. Nous avons tout d’abord envisagé qu'initialement, il n’y avait pas d’empereur mais des césars et des augustes, les césars étant des chefs de guerre, les augustes étant chefs du complexe militaro-industriel, le mot « empereur » désignant plus un titre honorifique qu’une fonction réelle. Ce ne serait que plus tard, après Constantin le Grand, que le mot « empereur » aurait désigné la fonction d’un autocrate ayant pouvoir sur tout. Mais avant cela, l’auguste ou le césar ne contrôlaient pas tout. Et, ici en particulier, on constate qu’il y a un Sénat doté d’un pouvoir, certes faible, mais ayant quand même une certaine influence. Comme bien d’autres avec lui, Maximien Ier tire sa légitimité du contrôle qu’il a sur l’armée, une armée qui n’est pas unique mais qui est composée de légions qui parfois peuvent se faire la guerre entre elles ou faire la guerre contre Rome. Il faut bien comprendre que durant plus de 400 ans, la situation politique, à Rome et dans la zone d’influence ou d’intervention militaire que l’on a appelé « empire romain » (comme il y a eu un « empire colonial français »), a constamment évolué. À titre de comparaison, durant la moitié de ce temps-là, entre 1789 et 1989, la France a connu 11 régimes politiques différents : 3 monarchies, 2 empires, 5 républiques et le régime de Vichy.


Le site Internet Wikipédia a consacré une page à la descriotion de l’amphithéâtre d’El Jem. En voici des extraits :

« [...] Construit vraisemblablement vers le premier tiers du IIIe siècle, même si sa datation a fait l'objet de débats, il prend la succession de deux édifices du même genre, dont l'étude a permis d'analyser la genèse de ces constructions monumentales destinées aux loisirs. Il a probablement abrité des combats de gladiateurs ainsi que des courses de chars et autres jeux du cirque, mais surtout des exhibitions de bêtes sauvages et des reconstitutions de chasses aux fauves particulièrement prisées. [...]

Histoire : Un édifice qui prend la succession d'édifices précédents

L'édifice de spectacles est le troisième amphithéâtre construit dans la ville de Thysdrus, cité enrichie “par l’oléiculture et le commerce”; il en est à la fois le plus abouti et le mieux conservé. La cité est la seule à posséder un tel nombre de vestiges de ce type, permettant ainsi aux spécialistes d'en appréhender l'évolution.
[...]

À l'époque de la dynastie sévérienne, au début du IIIe siècle, la cité est en forte croissance, du fait d'un commerce florissant de l’huile et du blé favorisé par une situation au carrefour de routes commerciales. Le deuxième amphithéâtre étant devenu insuffisant, il est remplacé par l'édifice actuel, plus important, construit sur un terrain plat,  méthode également utilisée à Carthage, Nimes ou Rome. Sa construction serait liée à une manifestation d’évergétisme de l'élite de la cité.

Pour Hédi Slim, son coût tranche avec le peu de traces épigraphiques d'un évergétisme local, notamment en matière d'organisation de jeux. Le côté tardif de la construction a entraîné la correction des problèmes soulevés lors des précédentes édifications, pour davantage de fonctionnalité, et ces innovations ont constitué aussi un facteur de longévité.

Datation controversée


Le monument, qui figure parmi les mieux conservés de son genre, n'a été que peu étudié. L'exploration récente du monument n'a pas livré d'inscription permettant de dater sa construction. De même, les fouilles archéologiques récentes n'ont pas livré d'éléments précis hormis des tessons d'un type de poterie datable de la première moitié du IIIe siècle. On a considéré de manière hasardeuse, car non corroborée par des éléments tangibles, que l'édifice aurait été construit en 238 apr. J.-C. en relation avec la révolution de cette année-là , ou sous le proconsulat de Gordien devenu empereur romain en avril de la même année. On place généralement sa date de construction entre 230 et 250, durant la période de l’anarchie militaire, mais des études anciennes l'ont avancée sous le règne des Antonins voire à la fin de l’empire.

Le coût du mode de construction en pierre de taille ainsi que le besoin en nombre de places de spectateurs semblent cependant la placer de façon assurée pendant l'apogée de la cité, à la fin du IIe siècle apr. J.-C.. et au début du IIIe siècle, sous la dynastie des Sévères. Alexandre Lézine, suivi par Golvin, propose une fourchette de datation plus étroite, de 230 à 238, avec un inachèvement lié aux événements de cette dernière année. Hédi Slim se pose pour sa part en partisan d'un achèvement du chantier.

De la fin de l’Antiquité au Moyen-âge


Bien que la ville soit supplantée peu à peu par Sufetula comme capitale économique de la région et que les routes commerciales s'en détournent peu à peu, Thysdrus continue à jouer un rôle militaire du fait de la transformation en forteresse de la bâtisse. Les fouilles archéologiques ont pu dater l'abandon de l'amphithéâtre de la seconde moitié du Ve siècle, donnant une durée d'activité approximative de deux siècles. Dès l’époque byzantine, l'amphithéâtre est devenu une forteresse et un lieu de refuge ; cela est attesté en 647 après la défaite byzantine de Sbeitla face aux armées arabes. La transformation s'est opérée en bouchant les arcades du rez-de-chaussée et en aménageant d'autres installations dont une tour qui a été retrouvée lors des fouilles récentes. Le monument est parfois appelé “ksar de la Kahenna”, du nom d'une princesse berbère du VIIe siècle qui a rassemblé les tribus pour repousser l'avancée de l'envahisseur musulman. Vaincue et traquée, elle se réfugie avec ses partisans dans l'amphithéâtre et y résiste durant quatre ans. Selon la légende, elle aurait été trahie par son jeune amant, qui l'aurait poignardée avant d'envoyer sa tête embaumée au chef des armées arabes. L'édifice est cité par Al-Bakri au XIe siècle, et par At-Tijani, qui laissent tous deux entendre qu'il offrait une protection efficace, ce qui est difficilement conciliable avec l'état des ruines. La disparition des gradins et des éléments du dernier étage aurait donc été postérieure et progressive. La ruine du monument a entraîné un dépôt considérable de déblais, d'une hauteur variant de 1,50 à 3, voire 4 mètres. »


Commentaires de ce texte

On retrouve dans ce récit l’habituelle méthode utilisée pour dater un monument : on cherche une inscription de dédicace, ou, à défaut, toute inscription permettant un rapprochement avec l’édifice. Si un telle inscription épigraphique n’existe pas, comme dans le cas présent (« L'exploration récente du monument n'a pas livré d'inscription permettant de dater sa construction »), on s’appuie sur la documentation historique. Or ici, on a connaissance d’évènements importants qui se sont déroulés à Thysdrus en l’an 238. On en déduit que l’amphithéâtre de Thysdrus a été construit aux alentours de 238, peu avant pour les uns car la ville devait être riche, peu après pour les autres car Gordien a redressé la situation et a pu faire construire l’amphithéâtre. Mais rien n’est dit sur l’évolution architecturale dans la construction des amphithéâtres, non sur le plan local (on apprend ainsi que trois édifices se sont succédé), mais sur le plan global après avoir comparé tous les amphithéâtres de l’antiquité et établi une chronologie des constructions de ceux-ci. Par ailleurs, toujours en s'inspirant des textes historiques, les historiens ont déduit des édits de tolérance vis-à-vis des chrétiens, datés d’environ 330, que du même coup, les romains se sont abstenus de persécuter les chrétiens et ont déserté les amphithéâtres. Or les textes eux-mêmes nous apprennent que l’engouement pour les jeux d’arène s’est poursuivi longtemps après cette date. Ainsi, selon Henri-Irénée Marrou : « Le Colisée à Rome est encore restauré sous le règne d’Odoacre (476-493) alors que l’Empire a nominalement disparu en Occident. » Toujours selon Henri-Irénée Marrou, on apprend que Théodebert de Metz (534-548) a organisé des jeux à Arles et il en est de même pour Chilpéric (561-584) à Soissons et Paris. Ces informations ne sont certainement pas probantes mais elles sont suffisantes pour se repenser la question des datations indépendamment des a priori.


Les images de 1 à 3 décrivent la façade extérieure du monument. On voit en particulier sur l'image 3 que cette façade se développe sur trois étages presque identiques (étages à hauteur décroissante), les murs étant épais d’environ un mètre.

Image 5 : Détail d’un arc en plein cintre de l’étage inférieur. Examinons tout d’abord la pierre proéminente placée au-dessus de l’arc. Dans un premier temps, nous avons pensé que c’était une clé d’arc (comme il existe des clés de voûte). C’est à dire une pierre faisant partie intégrante de l’arc : si on l’enlève, l’arc s’effondre ! Mais ce n’est pas le cas : la véritable clé d’arc, on la voit en partie au-dessous de cette pierre. Celle-ci devait servir à porter un décor. Une autre anomalie nous est apparue. L'arc en plein cintre du Moyen-Âge roman est parfois ainsi décrit comme étant « à un rouleau » ou « à deux rouleaux », comme si l’arc était développé tel un enroulement de pierres. Dans un tel arc vu de face, la partie inférieure des pierres dessine un demi-cercle. Et il en est de même pour la partie supérieure. Dans le cas présent, la partie inférieure décrit bien un arc de cercle. Mais pour la partie supérieure, ce n’est pas un arc de cercle mais une ligne brisée, une succession de segments horizontaux et verticaux approchant la forme d’un demi-cercle. Cette disposition est pour nous une nouveauté. Imaginons maintenant d’enlever l’arc, c’est à dire l’ensemble des pierres situées entre le demi-cercle inférieur et la ligne brisée supérieure. On s’aperçoit alors que la partie restante est constituée de pierres disposées en encorbellement : la vieille technique de construction des voûtes que l’on observe sur les bories de Provence. En résumé : si on enlève l’arc, le reste ne tombe pas car les pierres sont disposées en encorbellement. Tout se passe comme si les constructeurs n’avaient pas compris les propriétés de l’arc en plein-cintre et faisaient plus confiance à la technique de l’encorbellement.

Les images 6 et 7 montrent en détail les chapiteaux des colonnes de l’étage 1 (image 6) et de l’étage 3 (image 7). Ces chapiteaux semblent identiques entre eux et aussi à tous les autres de l’édifice. Nous estimons que ces chapiteaux ne sont pas des chapiteaux corinthiens. En règle générale, les chapiteaux corinthiens sont à trois rangées de feuilles d’acanthe (feuilles dentelées). On a ici deux rangées de feuilles d’eau. Nous pensons que les chapiteaux romains ont évolué du chapiteau corinthien à d’autres chapiteaux comme celui-ci. Nous estimons que le chapiteau corinthien a été utilisé par les romains pendant au moins les deux premiers siècles et qu’il a été au fur et à mesure remplacé par d’autres modèles. Cela étant, le chapiteau corinthien existait sans doute avant l’an 1 et il a été copié jusque dans la période gothique. Nous pensons que le remplacement à partir du IIe siècle a été très progressif et il nous semble que le modèle que l’on a ici s’écarte trop du modèle corinthien. Nous pensons donc que ces chapiteaux pourraient être plus récents que le milieu du IIIe siècle. Nous envisageons plutôt le milieu du IVe siècle.

Image 10. On peut voir la surface en plan incliné destinée à porter les gradins. Elle est constituée d’un béton tout à fait différent des pierres des murs porteurs.

Image 11. Observons le pan de mur vertical situé presque au centre de l’image. On devine dans la partie supérieure une succession de quatre arcs, arcs qui témoignent de la présence de quatre galeries voûtées disposées en rayons. Ces galeries sont destinées à supporter la structure de béton en plan incliné portant les gradins.

Image 12. Cette image montre à la fois les pans des murs et pierre de taille portant la structure en béton, elle-même porteuse des gradins.

Image 13. La structure en béton est disposée en plan incliné pour couvrir une galerie circulaire supérieure de l’amphithéâtre.

Image 14. Une autre galerie circulaire un peu plus large que la précédente, mais ici on a des arcs doubleaux en pierre de taille qui sont prévus pour porter une voûte en plein-cintre.

Image 15. Cette voûte en plein-cintre, on la voit ici. Elle est en béton et un peu plus loin, apparaît l’arc doubleau en pierre de taille. Mais on s’aperçoit que cet arc doubleau ne porte pas la voûte : il est à côté de la voûte. En fait, nous ne comprenons pas cette façon de procéder.

Image 16. On voit ici une galerie couverte de voûtes diverses.

Image 17 : Voûte d’arêtes en béton datable du IVe ou Ve siècle.

Image 18. Autre voûte d’arêtes mais celle-ci semble être construite en pierres de taille. Elle est très probablement nettement postérieure à la précédente : peut-être une restauration du XIXe siècle ?



Datation envisagée
pour le grand amphithéâtre d’El Jem : an 350 avec un écart de 100 ans.