Évolution dans le domaine des croyances et des religions en Tunisie
Cette page, concernant l'évolution des
croyances et des religions en Tunisie au cours du premier
millénaire, aborde la question des croyances, une question
nouvelle sur ce site, apparue au cours de nos recherches sur
la Tunisie au premier millénaire, mais qui a une
répercussion beaucoup plus grande car cette réflexion sur
les croyances peut-être généralisée pour l’histoire mondiale
des religions.
Lors de notre visite de la Tunisie, notre attention à été
attirée par diverses représentations artistiques à
signification religieuse à savoir : les stèles votives, les
statues romaines, les mosaïques romaines à décor païen, les
images chrétiennes, les représentations musulmanes.
Les stèles votives
Le dieu phénicien Ba'al Hamon (image
1) était vénéré en Tunisie bien avant l’occupation
romaine, laquelle a été initiée dès le premier siècle avant
J.-C. Son culte aurait pourtant survécu sous l’occupation
romaine, le dieu étant identifié au dieu Saturne. Il est ici
représenté assis sur un trône. Il est barbu.
Diverses stèles votives retrouvées sur le sol tunisien
pourraient témoigner de ces cultes anciens perpétués
jusqu’aux premiers siècles du premier millénaire. Leurs
formes sont identiques : un pilier vertical à section
rectangulaire, terminé en fronton triangulaire, sculpté en
bas-relief sur une seule face. Cette face contient trois
registres. Le registre supérieur est, semble-t-il, réservé
aux dieux. Le registre moyen représente un temple grec ou
romain surmonté d’un fronton triangulaire. À l’intérieur de
ce temple, parfois porté par des atlantes, un célébrant
officie sur un autel. Enfin le registre inférieur est
souvent occupé par l’animal du sacrifice (images
2 et 6).
Image 3 : C’est
probablement Saturne (ou Ba’al Hammon) qui est représenté
assis sur un trône au centre de la partie supérieure de la
stèle votive précédente. Sa tête, portant une belle barbe,
est entourée d’une auréole. Il est encadré par deux dieux
représentés debout, tenant en laisse, un cheval pour celui
de gauche, un lion pour celui de droite. S’agit-il de Castor
et Pollux, jumeaux psychopompes ? Ceux-ci sont en général
représentés, chacun accompagné d’un cheval (et non d'un lion
pour celui de droite).
Image 4 : Sur
cette stèle votive de Makhtar, le dieu (ou le célébrant) est
représenté dans une attitude d’orant tenant des tiges de
millet.
Image 5 : Autre
stèle de Makhtar. Sous une rosace, le célébrant, les bras
étendus en croix, porte, à gauche, un disque non identifié,
et à droite, une grappe de raisin. Il est encadré par deux
dauphins.
Image 6 : On
retrouve à peu près le même type de représentation dans la
partie supérieure des trois stèles de la « Ghorfa » .
Ces images de stèles votives ne sont qu’une partie des
nombreuses stèles votives susceptibles d’être étudiées avec
attention. Ainsi il resterait une vingtaine de stèles de
la « Ghorfa » dont douze au British Muséum. Pour
l’heure, nous sommes incapables d’interpréter correctement
les motifs représentés. Nous pensons que ces stèles datent
de la période romaine (Ieret IIe
siècles ap. J.-C.) mais qu’elles seraient des réminiscences
de cultes plus anciens libyques, puniques ou numides. Voire
même plus diversifiés encore, car nous avons constaté des
différences entre les stèles du Kef, celles de Makhtar et
celles de la « Ghorfa ». Les localités ne sont pourtant pas
très éloignées les unes des autres. Il nous faut cependant
avouer que notre étude est très superficielle.
Les statues de dieux romains
Apparemment, pas de problème pour ces statues de dieux ou
déesses. Elles ont été clairement identifiées par des
générations de chercheurs, grâce aux divers attributs
qu’elles portent. Et les explications données par les
panonceaux des musées (lire ci-dessous certaines d’entre
elles) ou les commentaires recueillis sur Internet (pages de
Wikipédia) semblent amplement suffisants pour chacun d’entre
nous. Nous nous sommes cependant posés quelques questions au
sujet de ces statues : pourquoi ces dieux romains ont-ils
une apparence humaine ? Pourquoi sont-ils représentés nus
alors que les mortels ne le sont pas (hormis les athlètes et
les esclaves) ?
Sur ces deux questions, nous apporterons des éléments de
réponse dans une page, mise en ligne prochainement, du
chapitre intitulé « L'évolution
des mœurs et des croyances » de l’onglet « Datation
».
Autre question : qui est
responsable de la destruction de ces statues ?
La réponse est toute
trouvée : ce sont les chrétiens ! Ils considéraient
que ces statues étaient des idoles païennes. L’explication
est peut-être un peu trop simpliste. Dans certains
cas, la cause peut-être accidentelle : au cours d’un
déplacement ou d’un tremblement de terre, la statue tombe et
se brise. Autre cause : lorsque le bris est volontaire, cela
peut être le résultat d’un pur vandalisme sans rapport avec
une quelconque religion. Nous connaissons cela avec les
profanations de cimetières.
Enfin, lorsque l’acte est intentionnel, lié au rejet d’une
religion dite païenne, nous ne sommes pas assurés que cet
acte doive être obligatoirement attribué aux chrétiens. La
seule certitude que nous pouvons avoir est celle de
l’attribution aux chrétiens de la transmission des écrits
historiques ou littéraires de l’Antiquité. Les chrétiens ont
choisi parmi les textes antiques ceux qui les les
intéressaient. Et très certainement, ils n’ont pas été
intéressés par les convictions religieuses des païens,
hormis pour les combattre et sans chercher à les comprendre.
À l’inverse, ils ont mis l’accent sur les questions en
rapport avec les chrétiens (rapports entre église et état,
persécutions, débats théologiques, hérésies,..). Si bien
qu’on sait très peu de choses sur les religions païennes et
nettement plus sur la religion chrétienne. En particulier
sur les conflits entre chrétiens de diverses obédiences.
Nous savons en particulier que certains de ces conflits ont
pu se terminer par des combats armés avec morts d’hommes.
Par contre, n‘ayant que peu d’informations sur les religions
dites païennes dont on sait seulement qu’elles étaient
nombreuses et variées (cultes de Bacchus, d’Isis, de Mithra,
nous devons envisager que durant les trois premiers siècles
du premier millénaire (période dite des persécutions), il
n’y a pas eu séparation de l’empire romain en deux blocs
antagonistes avec, d’un côté, les chrétiens, de l’autre, les
païens, mais une multitude de partis religieux ; les
chrétiens, comme les païens, pouvaient être divisés entre
eux, parfois persécutés, parfois persécuteurs. Il faut aussi
tenir compte du fait que, bien souvent, une religion est
adoptée par tout un peuple. Dans ce cas, le dieu de la
religion devient le dieu du peuple et l’attribut du dieu
devient l’emblème du peuple. Notre idée est qu'un même dieu
pourrait correspondre à plusieurs peuples qui se
distingueraient entre eux par l’attribut accordé à ce dieu.
Par comparaison avec l’époque actuelle, le dieu serait le
porte-drapeau et l’attribut du dieu serait le drapeau. Nous
supposons que, de même que de nos jours lorsqu’il y a une
hostilité avec un pays, on brûle le drapeau de ce pays, dans
l’antiquité, lorsqu’il y avait une hostilité vis-à-vis d’un
peuple, on cassait le bras de la statue portant l’attribut
du dieu de ce peuple.
Remarque :
nous ne disposions pas de suffisamment d’images de statues
romaines observables en Tunisie. Nous en avons ajouté
d’autres provenant du musée d’antiquités nationales
d’Algérie (images de 8 à
14).
Image 7.
Description sur un panonceau : « Statue
de Vénus pudique accompagnée d’Amour ; marbre ; vers la
fin du IIe
siècle,
Henchir Zaouch. »
Image 8.
Description sur un panonceau : « Apollon,
dieu du chant, de la musique ; Cherchell (Tipaza) ;
Période Romaine. »
Image 9.
Description sur un panonceau : « Bacchus,
dieu du vin, de la musique ; Cherchell (Tipaza) ; Période
Romaine. »
Image 10.
Description sur un panonceau : « Pomone
; Ben Akhnoun ; Période Romaine. ». Pomone est la
déesse des fruits.
Image 11.
Description sur un panonceau : « Satyre
joueur de flûte ; Cherchell (Tipaza) ; Période Romaine.
»
Image 12.
Description sur un panonceau : « Hermès
messager des dieux ; Ben Naria (Chlef) ; IIe
siècle après J.-C. »
Image 13.
Description sur un panonceau : « Torse
de Mercure (dieu du commerce, des voleurs, des voyages et
messager des autres dieux) ; Carthage/Tunisie ; IIe
siècle. »
Image 14.
Description sur un panonceau : « Hermaphrodite,
personnage de la mythologie grecque qui possède les
organes des deux sexes ; Cherchel ; IIe siècle.
»
Image 15.
Description sur un panonceau : « Statue
d'Apollon citharède provenant de Bulla Regia. »
.
Les mosaïques à décor marin
Nous savons que bien avant l’ère chrétienne, les peuples
pouvaient pratiquer un culte des défunts en déposant des
objets familiers, des offrandes, sur leurs sépultures. Pour
les personnes décédées sur terre, on savait ce qu’elles
étaient devenues. On les avait fait revenir dans la terre et
on pouvait fleurir leurs tombes.
Mas qu’en était-il en ce qui concerne le marin disparu en
mer ? Qu’était-il devenu ? Cette disparition d’un être
humain suscitait des interrogations : dans quel monde est-il
allé ? De là où il est, pourra-t-il nous venir en aide ?
Reviendra-t-il un jour ?
La première réponse que ces peuples anciens pouvaient
apporter est que le marin disparu en mer a fait comme le
soleil qui, chaque soir, s’enfonce dans la mer. Selon nous,
l’analogie permettait de penser que ce marin disparu avait
été capturé par des créatures marines appelées Sirènes ou
Néréides.
À cela vient s’ajouter le trajet du soleil dans le ciel. Il
est rectiligne, semblable à celui d’un cheval au galop, mais
plus rapide. D’où l’idée que le soleil pourrait être porté
par une sorte de char tiré par des chevaux (ou bien porté
par un seul cheval, un cheval solaire). En fin de journée,
le soleil s’enfonce dans la mer, côté Ouest, toujours porté
par son cheval (il meurt dans la mer). Cependant, il faut
qu’il revienne le lendemain en surgissant de la mer, côté
Est (il renaît de la mer). Il est donc obligé de traverser
la terre comme le font les anguilles ou les serpents. Et
donc, par une mystérieuse alchimie, le cheval qui portait le
soleil durant la journée se transforme en serpent la nuit
pour porter le soleil sous terre.
Nous pensons que la mosaïque
de l'image 16 symbolise ce périple du soleil. Le
monstre marin qu’on y voit a un avant-train formé des corps
de deux chevaux et un arrière-train de serpent : cet hybride
est appelé hippocampe. Les chevaux sont attelés à un char
conduit par Neptune, dieu de la mer, reconnaissable à son
trident. Mais s’agit-il bien seulement de Neptune qui,
logiquement, devrait être dans la mer ? Car, dans le cas
présent, le drap tendu en arc au-dessus de l’aurige,
symbolique du ciel, montre que celui-ci est aussi dans le
ciel.
On retrouve le même genre de représentation sur l'image
17. À la différence près que cette fois-ci ce
n’est pas Neptune qui chevauche le monstre marin mais une
déesse : probablement Amphitrite. Et à nouveau Amphitrite
sur les mosaïques des images
18, 19 et 20. Mais avec quelques variantes. Ainsi
sur l'image 18, le torse de cheval de
l’hippocampe est remplacé par un torse de lion ; des amours
chevauchent d’autres hybrides. Sur l'image
19, Amphitrite, accompagnée de Dionysos, chevauche
un centaure ailé. On retrouve Amphitrite chevauchant un
hippocampe sur l'image 20.
Elle est accompagnée d’une scène d’amours pêcheurs (image 21).
Nous n’avons là que quelques exemples de scènes maritimes
dans lesquelles le thème principal représente une divinité
chevauchant un monstre marin. La variété des scènes
représentées est importante.
Une question se pose. Cette
variété des représentations est-elle due à l’inventivité
de chaque artiste concepteur de la mosaïque, cet
artiste ayant pu disposer d’une grande liberté créatrice ? Ou est-ce le résultat de la
volonté du commanditaire de l’œuvre ? La question
peut sembler mineure. Elle est selon nous importante.
Prenons l’exemple de l'image
18. Il y a eu le remplacement d’un avant-train de
cheval par celui d’un lion. Si ce remplacement est une lubie
d’artiste, on ne peut conclure. Par contre, si ce
remplacement a été exigé par le commanditaire, on peut
s’interroger sur les motivations de ce dernier. On sait, par
exemple, que le lion est l’emblème de la sodalité des
Leontii. Le commanditaire a-t-il voulu montrer son
appartenance à cette association ? Mais il y a plus car des
fauves tels que le tigre ou le lion sont souvent représentés
comme auxiliaires de dieux. La présence d’un lion en
remplacement d’un cheval ne serait-elle pas symbolique de
l’appartenance à une religion ou à une secte religieuse
donnée ?
Les trois images 22, 23, 24 suivantes sont aussi des
marines, mais d’un style différent des précédentes. Est
représentée la tête du dieu Océan vue de face. Cette tête
est hérissée de pattes et pinces de crustacés (les crabes et
homards, animaux carnivores, nécrophages, pourraient
signifier que le dieu Océan absorbe les marins disparus). La
tête est aussi dotée d’une belle paire de moustaches qui
peuvent prendre la forme de dauphins (des dauphins qui
emporteraient les âmes des disparus ?). La tête est entourée
de divers animaux marins (poissons, mollusques,
crustacés,...) et souvent des humains en train de pêcher (le
thème du pêcheur a un aspect symbolique ; d’après le texte
des Évangiles : « Vous
serez des pêcheurs d’hommes »). Les représentations
d’êtres fantastiques sont rares (sur l'image
22, deux anges nus portent un drap symbolisant le
Ciel au-dessus de la tête du dieu Océan). Nous pensons que
ces représentations du dieu Océan souvent placées en fond de
bassins de thermes et qui semblent indifférenciées
pourraient être soit
postérieures aux images précédentes de 16 à 21, soit
profanes, respectueuses de toutes les formes de
croyance.
Les mosaïques terrestres
d’attelages et de chevaux
Nous avons écrit précédemment que l’attelage tiré par des
chevaux pourrait être une représentation de char solaire.
Parfois aussi, c’est un seul cheval qui porte le soleil. Ces
représentations de char solaire (souvent un quadrige) ou de
cheval solaire sont fréquentes dans l’art celte.
Les images de 25 à 30
montrent l’importance donnée à l’image du char ou du cheval.
Image 25.
Description : « Le
cortège triomphal de Dionysos : le dieu est sur un char
tiré par quatre tigres. Il est accompagné d’une Victoire
ailée, d’une Bacchante. Début du IIIe siècle ;
Maison de Virgile, Sousse. ». Ici les chevaux du
quadrige sont remplacés par des tigres.
Image 26 : Autre
mosaïque du triomphe de Dionysos. Celui-ci est debout sur un
char tiré par deux tigres. Il tient à la main un thyrse,
long bâton en général surmonté d’une pomme de pin (ici, une
étoile ?). Dionysos pourrait-il symboliser le soleil ?
Image 27 :
Mosaïque de Vénus et des deux centauresses. Selon Mohamed
Yacoub (extraits) : « Selon
l’interprétation la plus récente, l’association dans ce
tableau du thème du couronnement de Vénus avec celui des
chevaux du cirque serait à mettre en rapport avec la
victoire en course. La couronne que les deux centauresses
s’apprêtent à poser sur la tête de la déesse serait une
couronne de prix, ayant récompensé un quadrige vainqueur,
lors des jeux célébrés en l’honneur de Vénus. [...]
Début
du IVe siècle ap. J.-C. ». Cette
représentation serait donc symbolique d’une victoire en
course, évènement supposé profane. Il nous semble cependant
qu’il faut aussi voir un symbole à travers le symbole. Car
comment expliquer la présence de Vénus déesse de l’amour et
de la fécondité ? Et surtout comment expliquer la présence
de ces hybrides à avant-corps de femme et arrière-corps de
cheval ? Cette représentation est nouvelle pour nous. Par
contre, celle du centaure, à avant-corps d’homme, est plus
fréquente. On la retrouve jusqu’au XIIe siècle.
Nous aimerions mieux connaître sa signification, peut-être
en rapport avec le cheval solaire.
Image 28. Cette
mosaïque raconte une scène de cirque : une image pouvant
être considérée comme profane. Mais est-elle réellement
profane ? Nous supposons que les jeux de cirque dans
l’antiquité pouvaient être plus imprégnés de magie ou de
religion que nos jeux actuels. La course de chars pourrait
symboliser le parcours du char solaire à travers le ciel.
Les quatre chars participant à la course pourraient
symboliser les quatre saisons. Laquelle va l’emporter ?
Image 29. Ce n’est
pas un hasard si les quatre chevaux de cette course broutent
les ramures de divers arbres jaillissant de cylindres de
prix. Ces arbres sont des symboles d’arbres de vie. Ici
aussi, les chevaux pourraient être assimilés aux chevaux
solaires. Au-dessus, le paon est symbolique du phénix qui
renaît de ses cendres.
Image 30 :
Mosaïque du triomphe de Dionysos entouré des quatre Saisons.
Ici aussi,r on voit l’association entre le char de Dionysos,
qui représente selon nous le char solaire tiré par quatre
chevaux, émergeant de la me (naissance du soleil) et les
quatre saisons.
Mystère de la vie
Parmi tous les mystères qui devaient susciter des
interrogations aux hommes de l’antiquité, on doit citer
celui de la vie et de son émergence (naissance des hommes et
des animaux, floraison des plantes). Pourtant, on ne détecte
pas au premier abord d’image significative du thème de la
vie et de son apparition, alors que le thème de la mort
semble apparaître dans les représentations de chars
solaires. Mais il est possible que nos propres
représentations du thème de la vie (femmes enceintes ou
allaitant, représentations d’humains à tous âges de la vie
…) soient différentes de celles d’autrefois.
La seule image qui semble décrire un accouchement est l'image 31 mais l’être
qui sort du ventre de la mère est un monstre.
Les nombreux amours qui ornent certaines mosaïques (images
32, 33, 34 et 35) pourraient être des symboles de
cette vie. Nous savons déjà qu’ils sont aussi associés à la
mort et à l’amour. Le fait que la plupart soient dotés
d’ailes les différencient des enfants. Il y a cependant un
autre argument qui associe les amours à la vie. C’est le
statut du
Pater Familias. Selon une information dont nous ne
connaissons pas la provenance, le père de famille romain
avait droit de vie et de mort sur ses enfants jusqu’à l’âge
de deux ans (certains disent cinq ans) après l’accouchement.
Nous pensons que cette pratique que l’on trouve affreuse
était liée au contrôle des naissances et moins dangereuse
pour la vie de la mère que l’avortement prénatal. Nous
pensons aussi que le bien-fondé de cette pratique était
justifié par le fait que la naissance n’était pas fixée à
l’accouchement mais quelques années plus tard, lorsque le
bambin était capable d’une certaine autonomie comme, par
exemple, conduire un attelage d’oies. L’amour serait donc à
la fois symbole de naissance et de vie.
La vigne souvent associée aux amours grappillant le raisin
pourrait aussi y être associée. Son émergence à partir de
canthares fait penser à un élan vital (images
32, 33 et 35). Elle est souvent associée à Bacchus,
dieu du vin.
Vénus, par sa naissance légendaire, par son comportement
proche des humains (Vénus à sa toilette, : image
34) pourrait aussi être associée à la vie.
Ce serait aussi le cas des saisons. Lors de nos visites de
musées archéologiques de Tunisie, nous avons été surpris de
voir de nombreuses représentations des saisons : images
32, 33 (sur les canthares),
images 34, 36, 37, 38, 39.
Nous sommes aussi surpris de voir que ces représentations
des saisons encadrent des scènes a priori très différentes :
ainsi Dionysos (image 32),
Vénus (image 34)
Bacchus (image 35),
Apollon et Marzyas (image
36), Saturne ou Silène (image
37), Jupiter (image
38), Saturne ou Silène (image
39). Nous ne comprenons pas cette diversité sauf à
considérer que les saisons servaient de cadre à différentes
religions. Un autre aspect des saisons est leur caractère
cyclique. Les cycles temporels (jour, semaine, zodiaque,
saison, an) sont omniprésents dans les sociétés antiques.
L’idée de montée au ciel ou de vie éternelle
Cette idée semble apparaître dans les cultes païens,
peut-être en contact avec les cultes chrétiens. Il en est
ainsi avec l’enlèvement de Ganymède porté au ciel par un
grand aigle (image 40),
de l‘enlèvement d’Europe portée par Jupiter sous la forme
d’un taureau (image 42),
et, peut-être de la présence de Pégase, cheval ailé dans la
scène du Bain des nymphes (image
41).
Les mosaïques chrétiennes font la démonstration d’un
changement radical avec des représentations presque
exclusives d’oiseaux au canthare, de paons, de chrismes, de
textes épigraphiques (images
43, 44) et parfois de scènes bibliques (Daniel et
les lions, image 45).