Conclusions générales du chapitre «Tunisie» 

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L’élaboration de conclusions sur notre étude de la Tunisie peut se faire par comparaison aux objectifs que nous nous étions fixés auparavant. On peut avoir connaissance de ceux-ci dans une relecture de la page d’accueil de notre site Internet au paragraphe suivant : « Les nouveaux objectifs/ Les monuments restant à étudier » :

« [...] D'autres édifices du Premier Millénaire pourraient être aussi découverts dans les pays d'Afrique du Nord. Nous doutons en effet que les diverses invasions des Vandales ou des Arabes aient pu s'accompagner de la destruction totale d'édifices chrétiens. Nous pensons plutôt à une reconversion en entrepôts ou en mosquées. Et si toutefois cette absence de monuments anciennement chrétiens en Europe de l'Est ou en Afrique du Nord se révélait réelle, cette absence se révélerait plus problématique que n'aurait été leur présence. [...] » (Janvier 2021).

On retrouve une réflexion analogue dans la page « Édifices d’Afrique du Nord susceptibles de dater du Premier Millénaire ». On y découvre que cette analyse préparatoire remontait à 2016, année de création du présent site Internet, une analyse étendue à d’autres sujets de réflexion ; extrait du texte de cette page : « Comme auparavant, il y aura un examen des monuments choisis. [...] Parallèlement à cette étude, nous examinerons les représentations iconographiques, signes de croyances religieuses. Puis nous essaierons d’établir une chronologie de l’évolution de ces croyances. [...] ». En autres interrogations, des questions se posaient sur l’histoire de l’Afrique du Nord durant le Premier Millénaire ou sur le commerce maritime européen durant la même période.

Sur toutes ces questions, nous allons essayer de répondre dans cette page et les pages suivantes de conclusions. La première de ces questions est celle de l’évolution dans la construction des monuments au cours du premier millénaire.


Les monuments de Tunisie : leur évolution au cours du premier millénaire

Rappelons qu'aux débuts de la création de notre site Internet, il n’était pas prévu d’étudier les monuments romains (parce que nous pensions que cette étude, effectuée auparavant par des milliers de chercheurs, était à présent close) et les monuments musulmans (parce que nous pensions qu’il y avait une rupture avec le passé romain). L’idée d’étudier ces divers monuments s’est imposée au fur et à mesure. Lors de plusieurs voyages en Afrique du Nord, en Égypte et au Maroc, nous avions constaté l’absence de monuments apparentés aux monuments européens d’arts, préroman, roman, ou même gothique, soit des monuments construits entre l’an 400 et l’an 1400 de notre ère. Le déplacement en Tunisie était nécessaire afin de confirmer ou d’infirmer une telle absence. Nous savions, en effet, que durant cette période, il y avait eu construction d’une grande mosquée à Kairouan et nous cherchions à savoir s’il y avait eu d’autres constructions en Tunisie, au même moment, nos études préalables en Europe nous ayant montré que ce pouvait être le cas.


Faisons le bilan

La carte ci-dessous (image 1) est une copie d'écran de l'une de nos cartes interactives datée du Ier mars 2026. Cette carte est incomplète dans la mesure où certains pays ne sont pas représentés ; en particulier l’Algérie, non encore étudiée : la zone de couleur parme qui caractérise la Tunisie devrait se prolonger à l’Est de l’Algérie. Malgré ses imperfections, cette carte fait apparaître une différence importante entre, d’une part, la Tunisie, et, d’autre part, les autres pays que nous avons étudiés, y compris des pays situés au Proche-Orient (Syrie, Géorgie, Arménie). La couleur parme qui concerne les monuments construits entre les ans 1 et 500, rare en Europe, est omniprésente en Tunisie. Inversement, les couleurs orange ([500, 800]), vert ([ 800, 1000]) et bleu ([1000, 1100]) sont nettement plus répandues dans les autres pays.


La carte de l'image 2 donne plus de précisions en ce qui concerne la Tunisie. On y voit une grande majorité de drapeaux de couleur parme représentant les monuments estimés antérieurs à l’an 500. Le reste est formé de drapeaux oranges (monuments postérieurs à l’an 500 et antérieurs à l’an 800).

La carte de l'image 3 présente un aspect plus diversifié : peu de drapeaux couleur parme, un nombre plus important de drapeaux de couleur orange, un nombre maximum de drapeaux verts. Et enfin, peu de drapeaux bleus.

Rappelons que ces cartes ne sont qu’indicatives de tendances, les estimations de datation étant peu précises. Ainsi la carte de l'image 3 fait apparaître une continuité des constructions au cours du premier millénaire. Il est ainsi tout à fait normal qu’il reste peu de monuments antérieurs à l’an 500, un peu plus entre 500 et 800, et plus encore entre 800 et 1000, le petit nombre entre 1000 et 1100 provenant des incertitudes que nous avions sur la datation, une datation qui devait normalement s’arrêter à l’an mille.

À l’inverse, la carte de l'image 2 apparaît anormale dans la mesure où il devrait y avoir une continuité de constructions : nettement plus de drapeaux oranges, verts et bleus. À cela s’ajoute le fait que les « monuments » de couleur parme de Tunisie ne sont pas des édifices bâtis mais des sites de fouilles archéologiques ou des musées. L’ensemble donne l’impression que l’on est en présence de cités prestigieuses détruites ou abandonnées sans qu’il y ait eu des constructions nouvelles hormis quelques rares mosquées. Avant d’effectuer notre voyage en Tunisie, nous espérions faire des découvertes d’édifices postérieurs à l’occupation romaine et antérieurs à l’an mille, et ce, en nombre suffisant. Il nous faut admettre un relatif échec dans cette quête. Nous n’avons pas vu de tels édifices au cours de nos pérégrinations à travers la Tunisie. Il existe bien sûr quelques indices, des possibilités d’en trouver. Mais ces indices sont rares et ne constituent pas des preuves formelles.

Nous concluons de ces constatations qu’il y a eu durant les premiers siècles du premier millénaire une période d’extension et d’enrichissement de la Tunisie qui a été suivie d’une période de forte régression. Cela nous amène à poser plusieurs questions sur l’importance de l’enrichissement et de la régression qui a suivi, sur les causes de la régression, sur l’extension de cette réflexion à l’ensemble de l’Afrique du Nord.



Importance des cités romaines de Tunisie, et plus généralement du Maghreb

Nous avons voulu mesurer cette importance en comparant la Tunisie avec la région que nous connaissons le mieux : la partie du Sud de la France formée par les départements de la Vallée du Rhône et du Golfe du Lion.

Dans un premier temps, nous avons sélectionné la zone de Tunisie contenant la plus forte densité de sites archéologiques romains. Cette zone a la forme approximative d’un rectangle de 300 km de long et 150 km de large, soit une superficie de 45 000 km². Nous avons agi de même pour la France : les départements du Rhône, de l’Isère, de l’Ardèche, de la Drôme, du Vaucluse, du Gard, de l’Hérault et de l’Aude occupent à peu près la même superficie et sont ceux de France qui contiennent la plus grand nombre de cités romaines avec des monuments parfois emblématiques : Lyon (théâtre, odéon), Vienne (temple d’Auguste et de Livie), Valence, Alba, Vaison-la-Romaine (théâtre, pont), Orange (théâtre, arc de triomphe), Avignon, Cavaillon (arc de triomphe), Arles (théâtre, amphithéâtre, cryptoportiques), Glanum (mausolée et arc de triomphe), Nîmes (amphithéâtre, maison carrée, temple de la fontaine, pont du Gard), Béziers (théâtre, amphithéâtre), Narbonne (capitole). Toujours concernant cette zone de plus forte densité, les cités de Valence, Alba, Avignon et Glanum ne sont identifiées que par la documentation historique ou de rares vestiges et on ignore si elles possédaient des monuments significatifs de l’importance de cette cité, comme des théâtres, des amphithéâtres, des cirques, des temples importants (exemple : capitoles), des thermes monumentaux. Sur les 12 cités de cette région, on compte en tout 5 théâtres, 3 amphithéâtres, 4 temples mais il en reste certainement plus à découvrir.

Faisons à présent le décompte tunisien. Sur la même superficie territoriale que la région française Midi Languedocien – Vallée du Rhône, nous avons compté pour la Tunisie 21 cités importantes. Ces cités ont été identifiées sur la base de critères signalant pour chacun la présence sur site d’au moins un des bâtiments suivants : théâtre, amphithéâtre, cirque, forum, capitole, temple, église, thermes, aqueduc, citernes, ou possédant le statut de municipe ou de colonie. Soit en tout 12 critères. Nous avons sélectionné les cités qui vérifiaient 5 critères ou plus de 5. Ce qui nous a permis d’obtenir le nombre de 21 cités. Parmi ces 21 cités, 13 sont dotées d’un théâtre, 8 d’un amphithéâtre et 20 de thermes.

La comparaison s’effectue donc à l’avantage de la Tunisie. Ce d’autant que la sélection des 21 cités importantes que nous avons faite a exclu des sites archéologiques à nombre de critères strictement inférieur à cinq qui pourraient être les restes de cités importantes. Ainsi, dans le groupe des 21 cités estimées importantes, nous avons dénombré 8 amphithéâtres, mais nous en comptons 20 sur l’ensemble des sites archéologiques. Il reste donc 12 sites archéologiques, non inscrits dans le groupe des 21, dotés d’un amphithéâtre Cela vient du fait que dans une vue aérienne, un amphithéâtre, de forme elliptique et de grande hauteur, est plus facile à reconnaître que des thermes ou un forum. Si le site archéologique n’est connu que par la présence de cet amphithéâtre, cela signifie le plus souvent qu’il n’a pas été fouillé et n’a donc pas révélé l’existence d’autres monuments. Mais cela peut avoir été dans l’antiquité une ville importante.

Un autre témoignage de l’importance de la construction romaine en Afrique se situe dans l’Est de l’Algérie. La partie de couleur parme de la carte de l'image 2 ne s’arrête pas aux frontières de la Tunisie. Elle se poursuit dans la Kabylie, à l’Est de l’Algérie. Nous devons étudier l’Algérie prochainement.

En conséquence, par comparaison avec ce qui se passait en Europe au même moment, le territoire constitué par le Nord-Est de l’Algérie et le Nord de la Tunisie a vécu une période de grande prospérité.

Cette période qui aurait duré deux à trois siècles jusqu’aux environs de l’an 400, aurait été suivie d’un lent déclin. C’est ce que nous révèlent les cartes : la couleur parme des drapeaux n’est pas accompagnée des autres couleurs (orange, vert et bleu) qui auraient fait apparaître l’existence de constructions nouvelles.


Enrichissement et déclin. Quelles sont les causes ?

Cette question (en fait, deux questions en une seule : Pourquoi y a -t-il eu enrichissement ? Pourquoi y a-t-il eu déclin ?) ne semble pas faire l’objet d’un débat entre historiens. La plupart d’entre eux font de l’histoire événementielle, une histoire souvent très détaillée mais qui a l’inconvénient de s’appuyer sur un petit nombre de témoignages partiels et partiaux. L’essentiel que la plupart des commentateurs retiennent de cette histoire événementielle est qu’il y a eu invasion de l’Afrique par les Vandales de Genséric en 429. Puis les Vandales ont été vaincus et repoussés en 533 par les Byzantins. Enfin les Byzantins sont chassés d’Afrique par les Arabes à partir de l’an 647. Il découle de cette description l’explication suivante.

Une explication du déclin par les invasions barbares...

Cette explication n’est pas donnée mais elle coule de source. : le déclin aurait été provoqué par l’invasion de l’Afrique par les barbares Vandales. Les Romains (les gentils) qui avaient accumulé des richesses ont été vaincus par des Vandales (les méchants). Ces derniers ont été à leur tour vaincus par les Byzantins qui étaient des Romains (donc des gentils). Et finalement, ces derniers ont été vaincus par les Arabes (des méchants). Une explication qui apparaît confirmée par le témoignage de Victor de Vita, un dignitaire catholique qui a personnellement souffert des persécutions vandales. D’ailleurs, lors de la Révolution Française le mot « vandale » a été utilisé pour définir un individu ou un acte destructeur et il fait depuis partie de la langue française.

… mais cette explication ne « tient pas la route »

Et ce, pour plusieurs raisons. Pour la première de ces raisons, Victor de Vita est né entre l’an 440 et l’an 445, donc plus de 10 ans après l’invasion de 429. Les faits qu’il décrit et dont il a été un témoin direct seraient postérieurs de plus de 40 ans à l’invasion initiale, et, en conséquence, pourraient être liés à des conflits religieux.

Une deuxième raison est issue de la contradiction entre le discours et le contexte archéologique. Si les Vandale ont été des destructeurs, ils ont normalement construit des fortifications pour se protéger : en un siècle, ils ont eu le temps de le faire. Si les Byzantins ont été des pacificateurs, ils ont élevé des bâtiments civils et éventuellement détruit les fortifications des Vandales. Or les forteresses que l’on nous décrit ne sont pas désignées comme vandales mais byzantines, et, plus tard, arabes.

La troisième raison est, selon nous, la plus convaincante. Selon nous, la richesse d’une région est liée à celle des ressources de cette région. À l’heure actuelle, la région du Golfe Persique est une région riche de monuments somptueux. Mais si elle est riche, c’est parce qu’il y a du pétrole. C’est le pétrole qui donne la richesse à cette région. Et si un jour il n’y a plus de pétrole, la richesse s’orientera vers une autre région.

Concernant la Tunisie à l’époque romaine, il importe de savoir d’où provenait la richesse de ce territoire. Certains documents parlent de l’olivier. Mais il pouvait y avoir d’autres cultures comme les céréales telles que le millet ou le blé. La surface cultivée pouvait être plus importante qu’elle n’est actuellement., et le rendement plus fort. On pourrait penser que ce que nous disons là ne sont que des hypothèses. Mais plusieurs textes affirment que vers le deuxième ou troisième siècle de notre ère, l’Égypte était le principal fournisseur en blé de Rome.

Le rapprochement que nous venons de faire entre la Tunisie et l’Égypte n’est pas anodin. Les deux pays se trouvent en bordure de la zone désertique du Sahara. Concernant l’Égypte, on sait que sa principale richesse vient du Nil. Mais durant l’antiquité, le Nil n’était pas seule source de richesse. La vallée du Fayoum, les oasis de Siwa et de Kharga étaient cultivées et densément peuplées. La nécropole de Bagawat, décrite sur notre site, actuellement en plein désert, prouve qu’il y avait une communauté importante aux alentours. On retrouve la même chose en Tunisie. Pour bon nombre de sites archéologiques que nous avons étudiés, les vues aériennes font apparaître un paysage désertique, vide de toute habitation. Quand le site est habité, l’agglomération est le plus souvent moins importante qu’elle ne l’était dans l’antiquité. Si, au cours de l’antiquité, le site archéologique était habité, cela signifie qu’il devait y avoir sur le site et aux alentours des ressources pour faire vivre et enrichir la population (eau, cultures vivrières, cultures de profit). L’absence actuelle de ces ressources (on pense en particulier, à l’eau absente ou en moins fort débit) montre que l’abandon des cités n’est pas dû à une quelconque « invasion barbare » mais à d’autres causes. On pense en particulier à la désertification. Dans le cas contraire, le territoire aurait été reconstruit, une fois les envahisseurs partis. Cela étant, les questions de conflits (la « géopolitique ») ne doivent pas être négligées.


L’explication par le changement climatique

La notion de changement climatique est bien connue par la plupart de nos contemporains. Mais cette connaissance semble s’arrêter, en remontant le temps, aux débuts de l’époque industrielle, au XIXe siècle, sans savoir qu’il y a eu auparavant d’importants changements climatiques, des changements qui n’ont pas été provoqués par l’industrialisation.

La carte de l'image 4 ci-dessous, élaborée par Henri J. Hugot en 1974, capture d’Internet, montre le Sahara tel qu’il devait être il y a 23 000 ans.. Il s’agit très probablement d’une hypothèse de restitution. Nous ne sommes d’ailleurs pas d’accord sur au moins un point. En effet, sont écrits les mots « Lac Jérid » dans le Sud Tunisien et « Lacs Kattara » en Égypte. L’auteur aurait dû donner le mot « Mer » au lieu de « Lac ». Car ces étendues, actuellement privées d’eau, sont en fait des dépressions situées sous le niveau de la mer comme l’est la Mer Morte. Ces lacs sont en fait des mers mortes. Est-ce le cas des autres lacs de la carte de Henri J. Hugo ? Ne sachant pas comment cette carte a été établie, il nous est difficile d’y répondre. Cependant la carte topographique de l'image 5 permet de repérer de très vastes zones du Sahara situées à une altitude inférieure à 200 mètres. Compte tenu que ces zones ont pu être comblées par les tempêtes de sable à raison de 2 mètres par siècle, on peut envisager que certaines d’entre elles étaient des mers intérieures il y a 23 000 ans.

Pourquoi parler de ces mers intérieures ? On sait que les grandes étendues d’eau à l’intérieur des terres créent des microclimats et tempèrent l’atmosphère : c ’est le cas de la Méditerranée, ou des grands lacs américains.

Nous ne sommes pas intéressés par la carte de l’an 21000 ans avant J.-C. Mais par celle de l’an 1, une carte que nous ne connaissons pas mais que nous pouvons extrapoler à partir des cartes topographiques des images 6 (Tunisie, Libye, Égypte), et 7 (Nord-Est de l’Algérie et Nord de la Tunisie).

L'image 7 fait apparaître en bleu les dépressions du Chott El-Melghir en Algérie et du Chott El-Jérid en Tunisie, situées en-dessous du niveau de la mer. La première occuperait 6700 km² et la seconde 5000 km². Soit en tout 11.700 km². A titre de comparaison, le lac Léman, le plus grand lac d’Europe, ne fait que 581,3 km². Cependant, malgré leur couleur bleue, ces chotts ne sont pas des lacs : parfois inondés en hiver, ils sont secs en été. Il est fort envisageable que ces chotts soient les restes asséchés d’un grand espace maritime en contact avec la mer par un chenal étroit qui se serait comblé au fur et à mesure. Après la séparation entre la Méditerranée et cette mer intérieure, celle-ci se serait progressivement asséchée et il ne resterait que les chotts.

À quand date cette séparation ? Toute la question est là !

Nous pensons cependant que même si le comblement du chenal s’est passé avant le premier millénaire, durant plusieurs siècles, la mer intérieure a subsisté, l’assèchement se faisant progressivement. Et donc pendant plusieurs siècles, la Tunisie a conservé une certaine humidité. Nous pensons que les effets de la sécheresse ont commencé à se faire sentir au IVe siècle et se sont poursuivis durant les siècles suivants. Au commencement, ils ont dû affecter les populations au Sud des montagnes de l’Atlas, provoquant de grands déplacements et des conflits. Genséric aurait profité de ces conflits pour intervenir en Afrique. Il en est de même de Bélisaire, général byzantin. Et de même aussi pour les conquérants arabes ? Mais jamais au cours du Premier Millénaire la Tunisie n’a réussi à retrouver sa richesse passée.

Nous pensons donc avoir trouvé une explication du déclin de la Tunisie à partir du IVe siècle de notre ère par un changement climatique dû à un asséchement de mers intérieures. Mais comment expliquer l’enrichissement ayant précédé ce déclin ?

Nous pensons que cet enrichissement est dû à la mise en place de tout un système d’adduction des eaux et à l’irrigation. Une des remarques faites au sujet des sites archéologiques est que bon nombre d’entre eux étaient occupés par des vétérans, étaient des fondations de la légion. Nous pensons que, du moins à une certaine époque (cela n’a pas toujours le cas), les légions ont eu un rôle plus pacifique que belliqueux. Les légions intervenaient pour maintenir l’ordre, pour éviter des conflits entre peuples ou cités, pour « construire des ponts », expression qui doit être prise au sens propre comme au sens figuré. Il est selon nous possible que les légions aient effectué ou fait effectuer de grands travaux de construction d’aqueducs, de citernes , de canaux d’irrigation, de façon à permettre aux peuples de se relier entre eux en s’assurant une existence réciproque.

Voilà donc une des conclusions que nous pouvons tirer de cette analyse des monuments de Tunisie.

Dans les pages suivantes, nous développerons d’autres conclusions. Ll’une d’entre elles portera sur l’évolution de l’architecture des églises de Tunisie. Une autre sur l’évolution dans le domaine des croyances et des religions. Et une autre encore sur le commerce maritime. La Tunisie constitue un domaine riche en investigations de toutes sortes.