Conclusions provisoires concernant les monuments d’Afrique du Nord...
Le titre complet de cette page est « Conclusions provisoires concernant les monuments d’Afrique du Nord attribuables au premier millénaire de notre ère ».
Nous avons décidé d’arrêter provisoirement l’étude
exhaustive des monuments d’Afrique du Nord. À la suite de
plusieurs voyages effectués en Égypte et au Maroc, nous
avions auparavant effectué la description de monuments ou
sites archéologiques visités au cours de ces voyages. Mais
il ne s’agissait pas d’études exhaustives de l’ensemble des
monuments d’un pays donné. À la suite de notre voyage
effectué en Tunisie en juin 2025, nous nous sommes efforcés
d’établir une telle étude exhaustive, d’abord pour la
Tunisie, puis pour l’Algérie que nous n’avons pas encore
visitée. Il reste donc à réaliser une étude exhaustive des
monuments d’Égypte, de Libye et du Maroc.
Cependant, une première recherche effectuée sur ces trois
pays s’est révélée insuffisamment fructueuse. Si les cartes
interactives diverses que nous avons établies concernant la
Tunisie et l’Algérie révèlent une forte densité de monuments
ou sites archéologiques, celles d’Égypte, de Libye et du
Maroc sont nettement moins riches en monuments. Elles
devraient pourtant l’être, du moins en partie.
On sait que les Phéniciens, peuple pratiquant le commerce
maritime, ont établi, grâce à Carthage, une grande voie
maritime traversant toute la Méditerranée du Proche-Orient
jusqu’au détroit de Gibraltar. La navigation se faisant par
cabotage le long des côtes, les Phéniciens puis, plus tard,
les Grecs et les Romains, avaient établi toute une chaîne de
ports le long de la côte Nord de l’Afrique. Ces ports
étaient espacés régulièrement. La distance entre deux ports
consécutifs a probablement évolué en augmentant en fonction
des progrès de la navigation. On peut estimer qu'en l’an 1
de notre ère, la distance entre deux ports consécutifs ne
devait pas excéder 50 km. Et il existait sans doute entre
deux grands ports consécutifs d’autres ports plus modestes
servant de refuges en cas de tempête. Or nous constatons
que, concernant la Libye, entre les sites de Leptis Magna et
de Cyrène, distants en ligne directe de plus de 650 km, il
n’y a pratiquement aucun site antique … du moins à notre
connaissance.
Cette faible densité de monuments, on la retrouve aussi pour
l’Égypte. Ce pays était le grenier à blé du monde romain. On
devrait donc y découvrir de nombreux monuments datables du
premier millénaire. Or, rien de tel ! Les premières
recherches n'ont donné que peu de résultats. Nous pensons
que de vastes zone,s qui autrefois étaient cultivées, ont
été conquises par le désert et les monuments qu’elles
contenaient, recouverts par le sable. Il ne faut cependant
pas penser qu’on retrouverait dans ces régions une densité
de monuments aussi importante que celle de la Tunisie. La
carte de l’Algérie est en cela instructive. Si, dans l’Est
de l’Algérie, la densité de monuments est comparable à celle
de la Tunisie (les deux entités régionales faisaient partie
d’un même groupe antique), il n’en est pas de même dans
l’Ouest de l’Algérie où la densité est nettement moins
forte. Cette faible densité se retrouve dans le Maroc
voisin.
Nous sommes donc obligés de constater cette carence de
monuments, plus particulièrement en Égypte et en Libye. Il
est possible que les conditions politiques de ces pays
empêchent l’identification de certains monuments. Nous
pensons que nous n’avons pas encore suffisamment d’éléments
pour élaborer une étude exhaustive des monuments de ces pays
et réservons cette étude à une date ultérieure. En attendant
cette mise à jour, nous pouvons réfléchir sur les questions
apparues lors de nos études sur la Tunisie et l’(Algérie. En
voici un petit inventaire :
– Pourquoi, sur les cartes interactives, les drapeaux des
monuments sont-ils principalement de couleur violette ?
– Alors qu’à partir du VIIe siècle on a une forte
progression de l’Islam en Afrique du Nord, comment se
fait-il que les monuments et les créations artistiques
musulmans soient si peu présents dans le quatrième quart du
premier millénaire ?
– Quelles étaient les croyances religieuses avant la
prédominance du christianisme ?
– Pourquoi les nefs des églises ou les salles de prière des
mosquées sont-elles formées d’un grand nombre de vaisseaux
(plus de 5) ?
Éléments de réponse à la première question : Pourquoi
un grand nombre de drapeaux violets en Algérie et Tunisie?
Et très peu d’autres couleurs.
– Il y a tout d’abord un problème
conjoncturel de récolte des données. Lors de la création de
notre site Internet, il y a 10 ans, nous avons d’emblée
voulu exclure l’étude des monuments romains car il nous
semblait ne plus rien avoir à apprendre de ces monuments
abondamment décrits et commentés. Nous cherchions à vérifier
l’intuition selon laquelle la période comprise entre l’an
400 et l’an 1000 n’avait pas été aussi négative que l’on
croyait en matière de construction de grands édifices. Nous
avions donc dès le début introduit le système des drapeaux
pour la localisation des monuments et des couleurs de
drapeaux pour la datation de ces monuments. Sur les cartes,
ces couleurs sont les suivantes : violet pour la période
[300 - 500], orange pour [500 - 800], vert pour [800 -
1000], bleu pour [1000 - 1150]. Du fait, que nous avions
d’emblée exclu l’étude des monuments romains, nous avons
fait démarrer la datation à l’an 300 . Cependant, au fur et
à mesure de la progression de notre site nous avons été
obligés de réintroduire l’étude des monuments romains. Il
fallait en effet montrer en quoi l’architecture romaine
était différente de l’architecture romane et quelle était la
manifestation d’un progrès dans le passage de l’une à
l’autre. Et cette comparaison devant être faite concernant
les architectures, elle pouvait l’être aussi dans d’autres
questions apparues durant notre recherche (questions
concernant l’art, la culture, la religion). Dans cette
optique, l’étude des monuments du Maghreb est devenue
nécessaire parce qu’elle permettait de focaliser notre
attention sur une période que nous avions jusqu’alors un peu
trop négligée : les premiers siècles du premier millénaire.
Les premiers résultats nous incitent à repenser notre
nomenclature. Nous devrions introduire dans les prochains
jours une nouvelle couleur de drapeau qui serait associée à
la période [1- 300], le violet étant associé à la période
[300 - 550], et l’orange, à [550 - 800]. Nous avons en effet
constaté dans le Maghreb une rupture, aux alentours de l’an
300, entre les mondes latin païen et latin chrétien.
– Mais cette remarque que nous venons de faire au sujet des
drapeaux violets n’explique pas tout. En particulier, elle
n’explique pas l’absence parmi les monuments du Maghreb des
autres couleurs de drapeaux : orange, vert et bleu.
Comprenons bien ! Si on examine la carte interactive d’une
quelconque région d’’Europe que nous avons étudiée, on verra
apparaître des drapeaux violets (en général en petit
nombre), des drapeaux oranges, des drapeaux verts et des
drapeaux bleus. Cela signifie que nous avons identifié dans
cette région d’Europe des monuments datés de la période [300
- 500], d’autres de [500 - 800], d’autres encore de [800 -
1000], et enfin d’autres de [1000 - 1150]. Il est normal que
la proportion de monuments identifiés soit moins importante
pour des périodes anciennes. Or, en ce qui concerne les
monuments du Maghreb, c’est le contraire qu’on observe : la
rareté de monuments appartenant à la seconde moitié du
premier millénaire. Il peut y avoir plusieurs explications à
cela.
– La première de ces explications est qu’il a pu y avoir une
continuité d’utilisation de monuments romains sur une longue
période avec éventuellement des changements d’affectation :
des temples païens transformés en églises, des thermes
réutilisés comme habitations. Les archéologues des siècles
passés, voulant accéder aux couches les plus anciennes, ont
détruit les couches superficielles, se privant des
renseignements que celles-ci pouvaient apporter.
– Une deuxième explication a auparavant été donnée dans la
page de conclusions sur les monuments de Tunisie. À partir
du IIIe siècle de notre ère, il y aurait eu
désertification d’une partie de l’Afrique du Nord. Cela
aurait entraîné des migrations de populations et des guerres
de disette. Tout cela accompagné de constructions de
forteresses, dont des forteresses byzantines.
– Nous émettons l’hypothèse suivante : il est possible que
des systèmes politiques aient influé sur le cours des
événements. À partir du IVe siècle et durant
plusieurs siècles, la puissance de Rome comme ville
souveraine s’est effondrée. Mais, dans le même temps, un
grand nombre de villes, anciennes cités romaines, se sont
affirmées. Elles gardaient des institutions comparables à
celles de la république romaine. Pour assurer leur sécurité,
elles ont accepté la protection de tribus barbares fédérées.
Nous pensons que ces tribus devaient disposer d’un système
politique de forme oligarchique. Il devait donc y avoir en
Europe et dans les villes une sorte de sentiment proche de
la démocratie. À l’inverse, il semblerait que dans l’Empire
byzantin, et, plus tard, dans les sultanats musulmans, il y
ait eu un contrôle autocratique des populations. Et donc un
manque d’adhésion de celles-ci à la politique globale.
– Nous pensons enfin que certaines recherches en art
vandale, byzantin ou musulman (poteries, stucs, …) ont été
menées d’une façon insuffisante. Il est cependant possible
que nous nous trompions sur ce point.
Éléments de réponse à la
deuxième question : Alors qu’à partir du VIIe
siècle on a une forte progression de l’Islam en Afrique du
Nord, comment se fait-il que les monuments et les créations
artistiques musulmans soient si peu présents dans le
quatrième quart du premier millénaire ?
Nous avions bien sûr eu connaissance de la conquête du
Maghreb puis d’une grande partie de la péninsule ibérique et
de l’importance de ces opérations guerrières. Mais avant
d’étudier le Maghreb, nous ignorions l’importance donnée à
l’histoire du Maghreb à l’époque musulmane. Voici quelques
extraits de l’histoire de Tlemcen recueillis sur la page
Wikipédia de cette ville d’Algérie.
« Histoire
de Tlemcen
[...] Après
la conquête Musulmane du Maghreb, les berbères se
révoltent contre le régime omeyyade. Ces révoltes
s'associent au milieu du VIIIe siècle au dogme
kharidjite qui les séduit par son puritanisme et son
message égalitaire et gagnent une bonne partie du Maghreb.
Ainsi, les premiers États musulmans en Afrique du Nord
étaient kharidjites. Dans le Maghreb central, les
Rostémides fondent un royaume dont Tahert était la
capitale. Quelques dizaines d’années plutôt, Abou Qurra
chef de la puissante tribu des Ifren, créa aux environs de
Agadir (ancien nom de Tlemcen), un royaume sufrite, dont
Charles-André Julien mentionne : “La vie intérieure nous
échappe, mais dont le rôle militaire fut considérable”. Ce
royaume est le premier royaume musulman indépendant des
Califats de l'histoire musulmane. [...]
En
767, uni aux kharidjites de Tahert et du djebel Nefoussa,
Abou Qurra lance une expédition vers l’Est. Ils cernent le
gouverneur abasside dans la forteresse de Tobna dans les
Aurès et gagnent Kairouan. De retour à Tlemcen, il
s’alliait aux Maghraouides et doit se confronter aux
visées expansionnistes des Idrissides. Cependant, le
calife envoie de l’Orient une forte armée sous le nouveau
gouverneur Yazid ibn Hatim qui défiait les kharidjites en
Ifriqiya, mais le reste du Maghreb échappe à l'autorité de
Bagdad. [...]
Cette
situation évolue avec l’arrivée d’Idriss Ier,
descendant de Ali ibn Abi Talib, qui trouve refuge dans la
région après avoir fui les Abbassides.
À la suite de la bataille de Fakh (786), opposant les
Abbassides aux Alides, Idriss Ierse réfugie au
Maghreb et atteint la région de Tlemcen. Proclamé
souverain en 788, il obtient le ralliement de plusieurs
groupes berbères, notamment parmi les Zénètes. [...]
Au
IXe siècle, Agadir reste intégrée à la sphère
idrisside. Idriss II consolide cette présence en
réorganisant les structures locales. Le contrôle de la
région est ensuite assuré par des membres de la dynastie,
jusqu’à l’expansion des Fatimides. au début du Xe
siècle. [...] »
Résumons tout cela !
Il faut d’abord rappeler que le texte ci-dessus n’est qu’un
composé d’extraits de l’histoire de Tlemcen, à lire sur
Wikipédia. Ce texte mentionne la présence de divers peuples
ou groupes humains, ayant vécu dans la région de Tlemcen
durant le dernier quart du premier millénaire. En voici un
inventaire mis en ordre alphabétique : « abassides,
alides, berbères, fatimides, idrissides, ifren,
kharidjites, maghraouides, omeyades, rostémides, sufrites,
zénètes. ».
Mais l’inventaire n’est pas tout à fait terminé car à ces
noms de divers peuples, on peut ajouter ceux d’autre peuples
éventuellement cités dans d’autres pages de Wikipédia. Nous
avons ainsi lu : « En
544, les Byzantins exercent un pouvoir juste dans la
province de Constantine et de l’Ifriqiya. Cependant,
l'émergence d'insurrection berbère contre les Byzantins
provoque l'organisation de plusieurs États puissants : les
Djerawa, les Banou Ifren, les Maghraouas, les Awerba et
les Zénètes. ». En poussant la recherche un peu
plus loin, nous apprenons que les Djerawa, les Banou Ifren,
les Maghraouas, constituent un sous-groupe du groupe Zénète
lequel groupe est « l'un
des trois grands groupes berbères (avec les Sanhadjas et
les Masmoudas). ».
«
L'histoire des Zénètes est difficile, selon Ibn Khaldoun
(philosophe et historien musulman d’une grande valeur mais
qui, vivant au XIVe siècle, n’a disposé que de
peu de sources sur les évènements du premier millénaire),
car ils n'ont pas laissé d'écrits. Cela est le cas de tous
les Berbères. Les Zénètes étaient toujours vigilants lors
des invasions au Maghreb, ils se retiraient toujours vers
le Sud ou dans les montagnes en cas d'attaques ennemies,
ce que rapportent plusieurs historiens dans leurs
analyses. »
Voilà donc un grand nombre de renseignements. Et ce n’est
qu’un petit exemplaire de tout ce que nous avons pu lire sur
Internet. Il nous faut reconnaître que toutes ces
informations nous donnent un peu le tournis. Nous avons
l’impression d’être en présence d’une histoire riche et
documentée alors que, dans le même temps (dernier quart du
premier millénaire), en Europe, l’histoire semble pleine de
lacunes.
Mais posons nous la question : cette histoire du Maghreb
est-elle vraiment riche et documentée ? Le commentaire de
Ibn Khaldoun, « L'histoire
des Zénètes est difficile car ils n'ont pas laissé
d'écrits. », ne pourrait-il pas concerner d’autres
peuples du Maghreb ? Ne serait-il pas possible que
comparativement à ce qui s’est passé en Europe, l’histoire
ait été adaptée, inventée ou réinventée afin de construire
des identités (identité française, identité espagnole,
identité basque, identité chrétienne, ..) ? Dans le cas
présent, ce serait la double identité, l’identité berbère
(on devrait plutôt dire « amazigh ») et l’identité musulmane
sunnite.
Questions sur les
conquêtes arabes du Maghreb et de l’Andalousie
L’histoire des conquêtes arabes de l’Afrique du Nord et de
la péninsule ibérique est bien connue. Ces conquêtes
auraient été faites en un temps record et à la suite de ces
conquêtes, une civilisation arabo-musulmane aurait été
installée dans ces nouveaux territoires. C’est en tout cas
ce que nous avons cru durant de longues années. Cette
civilisation arabo-musulmane qui se serait développée à
partir des débuts du VIIIe siècle, nous pensions
la découvrir dans des voyages en Espagne. Mais, hormis la
grande mosquée de Cordoue difficile à dater, nous n’avons
pas identifié clairement de monument antérieur à l’an mille.
Nous avons ensuite envisagé de visiter des monuments du
Maghreb en commençant par le Maroc (en avril 2008) et
l’Égypte. Mais là encore, nous n’avons pas observé de
monument arabo-musulman antérieur à l’an mille (hormis la
grande mosquée de Rabat, mais à l’état de ruine). Il restait
la grande mosquée de Kairouan (visitée en 2025) construite
en plusieurs étapes dont certaines antérieures à l’an mille.
Et puis plus rien. En conséquence de ces observations : un
résultat bien maigre ! Certes on peut nous objecter que nous
n’y connaissons rien, qu’il devrait y avoir aurait beaucoup
plus de monuments datant du dernier quart du premier
millénaire, mais nous n’avons pas été capables de les
identifier. L’objection est excellente et nous la retenons,
mais, en réponse, nous disons que nous ne sommes pas les
seuls. Si de tels monuments existaient, ils auraient dû être
identifiés longtemps avant nous et signalés sur les guides
touristiques d'Afrique du Nord.
Nous sommes donc obligés d’observer une distorsion entre,
d’une part, ce que semblent nous révéler les textes écrits
(une prise de contrôle très rapide du Maghreb et de la
péninsule ibérique par des peuples arabo-musulmans), et,
d’autre part, ce que semblent nous révéler les vestiges
archéologiques (quasi absence de restes attribuables à la
période [720- 1000]).
Essayons à présent d’effectuer une analyse critique des
textes relatifs à cette conquête. Ou plus exactement de
l’interprétation de ces textes qui a pu être faite par des
historiens contemporains. En effet, nous n’avons pas lu ces
textes mais les cartes des images
de 2 à 13 avec leurs indications de datation sont
très probablement issues de la traduction des textes
anciens, la plupart d’entre eux pouvant être postérieurs de
plusieurs siècles aux événements.
Nous présentons d’abord deux cartes montrant, pour la
première, la péninsule ibérique et l’actuelle France vers
l’an 600 (image 2),
et, pour la seconde, le monde antique vers l’an 650 (image
3). Disons le tout de suite : ces cartes sont
fausses ! Regardons celle de l'image
2. Trois
couleurs de cette carte permettent de préciser les contours
des royaumes franc et goth ainsi que de l’empire romain vers
l’an 600. Mais au même moment, Isidore de Séville (565-636)
écrit son « Histoire
des Goths, des Suèves et des Vandales ». Où sont
passés les Suèves et les Vandales qui à cette époque
occupaient la péninsule ibérique ? En fait, il ne s’agit là
que d’un tout petit exemple d’une situation qui, en réalité,
devait être d’une grande complexité. Il faut imaginer une
situation comparable à celle de l’Italie avant les campagnes
de Napoléon : des républiques ou des principautés urbaines
qui se faisaient concurrence entre elles. À regarder ces
cartes, on aurait tendance à assimiler les divers
territoires intitulés sur l'image
3, wisigoths, lombards ou byzantins, comme des
états constitués, alors que c’étaient probablement des zones
d’influence dans lesquelles les villes devaient payer un
tribut à un peuple donné wisigoth, lombard ou byzantin, afin
d’assurer leur protection.
La carte de l'image 4 décrit
la progression des troupes arabes dans le Maghreb. On
constate que cette conquête se serait faite en deux temps,
d’abord en 698 puis 4 ans après en 702. La suite se serait
faite assez rapidement et à partir de la prise d’Altava en
708, les troupes arabes se répandent dans l’actuel Maroc et
arrivent à Tanger la même année 708. Remarquer qu'entre 702
et 708, le trajet des troupes arabes ne passe pas par la
côte méditerranéenne, où les villes sont plus riches et plus
peuplées, mais traverse les terres.
Les cartes suivantes des images
5 à 12 montrent la progression des troupes arabes
à travers la péninsule ibérique de l’année 711 aux années
719-720 (prise de Narbonne et de la Septimanie) puis 725
(bataille de Covadonga). Cette progression apparaît
régulière et bien gérée. Nous émettons cependant de
sérieuses réserves quant à cette présentation qui nous
apparaît trop schématique. La carte de l'image
13 nous semble un peu plus conforme à la réalité,
la réalité d’une intervention militaire complexe.
Apparemment, cette intervention ne correspond pas à la
conquête progressive et mesurée d’un territoire, mais à des
raids audacieux effectués par trois armées différentes
(conduites par Tariq ibn Ziyad, Musa ibn Nusay et Abdelaziz
ibn Musa), avec des trajets qui se complètent et
s’interpénètrent.
Cependant nous estimons que cette
carte n’est qu’une apparence de la réalité en ce
qui concerne la conquête du Maghreb et de la péninsule
ibérique par les troupes arabes. En fait, l’esprit critique
que nous essayons de mettre en place dans ce cas
particulier, nous l’avons auparavant développé dans d’autres
situations (destructions d’abbayes du centre de la France
par les Normands au IXe siècle, conquête de la
Sicile par les Normands au XIe siècle). Ces faits
d’armes, qui a priori ne soulevaient pas de questions, nous
sont apparus extraordinaires quand nous avons réalisé qu’une
opération militaire d’ampleur ne pouvait être effectuée sans
que soient réunies des conditions exceptionnelles permettant
de l’accomplir : préparation de longue date avec des
complicités ou des alliés à l’intérieur, bases logistiques
avancées, équipements spéciaux pour le franchissement de
montagnes ou de détroits. La plupart des récits historiques
concernant ces opérations militaires de longue portée ne
retiennent que les épisodes de batailles en oubliant tout le
reste, un reste parfois plus important que les combats.
Concernant cette conquête très rapide du Maghreb (6 ans mais
dans la seule année 708, un raid de plusieurs milliers de
kms) et de la péninsule ibérique (environ 4 ans), nous
pensons que cette rapidité n’aurait pas été possible sans le
consentement, voire la coopération d’une partie de la
population locale. Dans le Maghreb, des tribus berbères
devaient être hostiles au pouvoir byzantin (pour preuve les
nombreuses forteresses byzantines qui jalonnent les routes
du Maghreb), en Hispanie, de fortes dissensions dans le
royaume wisigoth ont précédé et très probablement favorisé
la conquête. Notons enfin le fait qu'en l’an 711, le
contingent arabe fort de 18 000 hommes aurait franchi le
détroit de Gibraltar. Avec quels moyens ? Il fallait bien
des bateaux pour transporter ces hommes, ainsi que leurs
chevaux ou leurs chameaux. Une flotte d’au moins 200 bateaux
de fort tonnage. Comment des hommes venus du désert
auraient-ils pu construire cette flotte ? Il fallait bien
qu’ils soient aidés par un groupe humain à vocation
maritime. Comprenons bien que nous ne cherchons pas à
détruire le modèle « idyllique » d’une conquête effectuée en
moins de 20 ans (entre les années 702 et 720) du Maghreb et
de la péninsule ibérique, par une armée uniquement composée
de musulmans avec l’installation immédiate dans ces pays
d’autorités musulmanes. Nous disons seulement que ce modèle
« idyllique » laisse quelques questions non résolues. Nous
pensons en particulier que ces armées dites
« arabes » devaient être conduites par des chefs acquis à la
foi islamique mais elles devaient accueillir des wisigoths
ariens, les latins chrétiens orthodoxes, des berbères
païens. La généralisation de la foi islamique ne serait
intervenue que plus tardivement ce qui expliquerait la
rareté des monuments construits avant l’an mille.
Éléments de réponse à la troisième question : Quelles étaient les croyances religieuses avant la prédominance du christianisme ?
L’évolution de la pratique
religieuse durant le premier millénaire en Afrique du Nord
C’est une des conséquences inattendues de nos recherches sur
les monuments. Auparavant, nous ne nous étions pas posés de
questions à ce sujet. Nous ne sommes d’ailleurs pas les
seuls. Nous apprenons ainsi que de nombreuses personnes, et,
en particulier, des enfants, s’intéressent à la mythologie
grecque. Cela n’a pas été notre cas car nous étions
persuadés de son incohérence. Et c’est peut-être d’ailleurs
ce manque de cohérence, ce coté imaginaire, qui plaît aux
enfants : ils savent que ces histoires ne sont pas réelles.
Nous avons depuis réalisé que ces récits mythologiques, les
gens de l’époque y ont cru ou que, du moins, ils en avaient
une explication cohérente.
Les stèles votives
puniques ou néo-puniques
Les guerres puniques remontent au IIe siècle av.
J.-C. Cependant, les populations autochtones auraient
continué à vénérer les anciens dieux en leur attribuant des
noms de dieux romains. Ainsi le dieu phénicien Ba’al Hammon
aurait pris le nom de Saturne tout en gardant les
prérogatives de Ba’al Hammon. Ce constat effectué pour un
dieu africain peut être généralisé pour les dieux européens
(celtes, scandinaves,...). Nous touchons là une des
particularités du monde romain : un facteur d’intégration de
peuples différents. Ceux-ci sont acceptés et peuvent suivre
leurs pratiques religieuses distinctes mais à condition
d’adopter des dieux communs à tous. Ce système ne peut être
efficace dans le cas des religions monothéistes (juives ou
chrétiennes). Ce qui peut en partie expliquer les
persécutions.
Saturne est donc le dieu considéré comme le plus important
en Afrique au début du premier millénaire. Selon nous, ce
serait le dieu de la Création du monde. Nous émettons cette
hypothèse à partir du texte biblique de la Genèse : « Le
septième jour, dieu se reposa ». Rappelons que les
phéniciens étaient installés au Proche-Orient, en partie en
Palestine où a été écrite la Bible. Dans l’Antiquité, le
septième jour était le jour de Saturne (en anglais
Saturday), cela correspondait au Shabbat, jour de repos des
juifs. Le dimanche, jour de repos des chrétiens, n’a été
adopté par eux que plus tard, vers le IIe siècle.
Saturne, dieu de la Création, serait aussi le maître du
temps.(images de 14 à 17).
Divers dieux sont représentés sur les
images de 18 à 24. Une des questions que nous nous
posons concerne le type de vénération vis-à-vis de ces
images de dieux païens. Ces statues étaient-elles vénérées
comme le sont encore actuellement les icônes par les
chrétiens orthodoxes : elles sont fleuries, embrassées,
invoquées ? Ou bien ces statues faisaient-elles partie des
éléments d’un décor comme sont nos statues de jardins
publics ? Peut-être un peu des deux en fonction des dieux
représentés. Il est ainsi possible qu’Hercule ait été
considéré comme un dieu mineur (images
20 et 21). Par contre, Vénus, déesse de l’Amour qui
donne la Vie (image 18),
Isis déesse égyptienne de la résurrection (image
23), Dioscure qui accompagne le mort dans son
périple dans l’au-delà (image
19), devaient faire au moins l’objet d’une attitude
respectueuse de la part des croyants de leurs religions
respectives.
Certaines représentations nous semblent totalement anodines.
Il en est ainsi de celle très gracieuse d’un enfant versant
de l’eau (image 22).
Mais cette représentation est-elle vraiment anodine ? Il
faut noter tout d’abord que le verseau est un des signes du
zodiaque. Les signes du zodiaque sont liés à des
constellations astrales qui auraient été nommées en fonction
des divinités censées y résider. Par ailleurs, l’eau est à
la fois symbole de Vie et de Mort. L’Amour qui verse de
l’eau est censé apporter la Vie.
Un dieu comme Jupiter peur être vu sous la forme d’un
taureau comme sur cette mosaïque de l’Enlèvement d’Europe (image 25).
Les mosaïques
À l’inverse des statues qui peuvent éventuellement faire
l’objet d’une vénération, les mosaïques de sol, destinées à
être foulées au pied, ne font certainement pas l’objet d’un
véritable culte. Pourtant les histoires qu’elles racontent
témoignent des convictions profondes des hommes de
l’antiquité. Il en est ainsi des mosaïques marines comme
celles représentant le dieu Océan. Celui-ci (image
26), dont seule la tête est représentée (nous
ignorons pourquoi), porte des antennes et des pinces de
homard. C’est de sa bouche que sort une moustache qui se
développe en forme de vague (ou parfois de dauphin). Les
peuples marins devaient attacher une grande importance à ce
dieu responsable des tempêtes qui faisait disparaître les
corps (dévorés par les crabes ou le homards). On retrouve
souvent des représentations de ce dieu dans des bassins de
thermes.
Sur l'image 27, le dieu Océan est
encadré par 4 Néréides qui chevauchent des dauphins et des
centaures marins. Les centaures marins sont des bêtes
fantastiques qui accompagnent le soleil dans sa course dans
le ciel durant le jour et dans sa course dans la mer durant
la nuit.
Image 28 : Autre
image de centaure marin portant Amphitrite. Le voile qu’elle
tient courbé au-dessus d’elle symbolise le ciel.
Image 29 : Autre
image d’Amphitrite. Mais celle-ci est portée par un cheval
solaire. La scène qui était auparavant marine est devenue
terrestre. Y a-t-il eu une évolution entre les deux
représentations, la précédente et celle-ci ? Ou bien ces
représentations s’adressent-elles à des peuples différents,
l’un marin, l’autre terrestre ?
Images 30 et 31 :
On a ici, à nouveau, les représentations d’un char solaire.
Ceux-ci sont tirés par des tigres. Y a-t-il là la
manifestation d’un autre culte religieux que les cultes
précédents ?
Images 32 et 33 :
Vénus, déesse romaine, a été assimilée à la déesse grecque
Amphitrite, qui, on vient de le voir dans les images
précédentes, est porteuse de mort. Elle est aussi porteuse
de vie. Nous ne comprenons cependant pas en quoi sa toilette
peut être symbolique de la vie qu’elle apporte.
Image 34 : Scène
d’Amours pêcheurs. Rappelons que les Amours sont souvent
représentés associés à des scènes racontant la vie, la mort,
la résurrection : Amours conduisant des attelages, Amours
assistant à la toilette de Vénus, Amours vendangeurs, … Les
scènes d’Amours pêcheurs sont aussi fréquentes et nous
interrogent. Sont-elles anodines ? Ou traduisent-elles
l’idée que les Amours ne pêchent pas des poissons mais des
âmes pour les faire renaître à la vie ?
Image 35 : Nous
ne comprenons pas la signification des têtes de Gorgone.
Nous pensons qu’il doit y avoir une dimension religieuse
mais nous ignorons laquelle.
Image 36 : Scène
de l’ivresse. Cette très belle mosaïque est décorée de
pampres de vigne, de grappes de raisin et d’Amours
vendangeurs, symboles de vie, probablement, de vie
éternelle.
Image 37 : Nous ne
comprenons pas la signification de cette représentation.
Y-a-t-il eu une recherche uniquement basée sur l’érotisme. ?
Les représentations
chrétiennes
Le contraste entre les représentations précédentes de
mosaïques est saisissant. Pour celle de l'image
36, nous
avons admiré la finesse de l’exécution. Pour celle de l'image 37,
le caractère « érotique » de la composition. Pour les
images suivantes de 38 à 43, rien de
tel. Hormis celle de l'image
38 issue d’un ensemble représentant Orphée qui, en
conséquence, n’est peut-être pas chrétienne, ces mosaïques
sont de qualité relativement médiocre. Ce sont en général
des mosaïques ayant décoré des couvercles de tombes. On
reconnaît assez facilement le caractère chrétien de ces
représentations (chrismes, oiseaux au canthare, paons,
pampres de vigne jaillissant d’un cratère). Mais l’exécution
laisse à désirer et on a parfois l’impression que le
rédacteur du texte ignorait la lecture : le texte est écrit
« au kilomètre » sans ponctuation, intervalle et saut de
ligne à la fin d’un mot. Si bien qu’il est parfois difficile
de repérer des mots caractéristiques comme « VIXIT », «
ANNOS » ou « IN PACE ».
Il semblerait que toutes les questions précédentes portant
sur la vie et la mort du style, « où se trouve le royaume
des morts ? » ont été mises au second plan. Le mot qui
revient le plus fréquemment est « IN PACE ». La devise de l'image 41 semble
résumer cet idéal de paix et de concorde.
Éléments de réponse à la quatrième question :
Pourquoi les nefs des églises ou les salles de prière des
mosquées sont-elles formées d’un grand nombre de vaisseaux (plus de 5) ?
L’évolution dans la construction des églises puis des
mosquées
Cela a été pour nous une grande révélation à la suite de
l’étude des basiliques chrétiennes du Maghreb. Jusqu’alors,
nous n’avions rencontré en Europe presque essentiellement
des églises à plan basilical à nef à trois vaisseaux datant
du premier millénaire. Il pouvait y avoir quelques nefs à
cinq vaisseaux mais elles étaient très rares et restreintes
à de très grands ensembles comme Rome. Quant aux nefs à un
vaisseau, elles concernaient surtout des oratoires ou des
chapelles de petites dimensions.
Aussi la surprise a été grande lorsque nous avons constaté
tout d’abord l’existence, certes de nefs à trois vaisseaux (image 44), mais aussi
de nefs à 5 vaisseaux (images
45 et 46), puis de nefs à 7 vaisseaux (image
47) et enfin de nefs à 9 vaisseaux (images
48 et 49). C’était tout à fait contraire à ce que
nous avions vu en Europe.
De plus ,les plans des images
48 et 49 de la Basilica Majorum de Carthage et de
la basilique Ouest de Tipaza font apparaître l’hypothèse
d’une construction en deux temps. Dans un premier temps, il
y aurait eu pour chacun de ces édifices construction d’une
nef à trois vaisseaux. Puis, dans un second temps, il y
aurait eu, sur chacun des côtés de cette nef, construction
de trois autres vaisseaux de largeur identique. On aurait
ainsi obtenu une nef à 9 vaisseaux, le vaisseau central
étant plus large que les huit autres.
Ce plan d’édifice à nef à vaisseaux multiples (plus de
sept), on ne le retrouve pas dans les églises d’Europe. Mais
on le retrouve dans les salles de prière des mosquées. La
salle de prière de la Grande Mosquée de Kairouan comporte 17
vaisseaux, le vaisseau central étant plus large que les
seize autres (image 50).
Il en est de même pour d’autres grandes mosquées du Maghreb.
Nous aurions dons une filiation possible entre les dernières
grandes églises du Maghreb et les grandes mosquées.
Il reste à savoir pour quelles raisons on a construit dans
le Maghreb des églises à nef à plus de sept vaisseaux.
Nous pensons que cela est peut-être dû à des raisons
politiques. Les églises locales étaient fortement désunies,
peut-être en raison des querelles entre donatistes et
chrétiens orthodoxes. L’empire byzantin se serait efforcé de
les réunir en les faisant prier sous un même toit.