Conclusions provisoires concernant les monuments d’Afrique du Nord... 

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Le titre complet de cette page est « Conclusions provisoires concernant les monuments d’Afrique du Nord attribuables au premier millénaire de notre ère ».


Nous avons décidé d’arrêter provisoirement l’étude exhaustive des monuments d’Afrique du Nord. À la suite de plusieurs voyages effectués en Égypte et au Maroc, nous avions auparavant effectué la description de monuments ou sites archéologiques visités au cours de ces voyages. Mais il ne s’agissait pas d’études exhaustives de l’ensemble des monuments d’un pays donné. À la suite de notre voyage effectué en Tunisie en juin 2025, nous nous sommes efforcés d’établir une telle étude exhaustive, d’abord pour la Tunisie, puis pour l’Algérie que nous n’avons pas encore visitée. Il reste donc à réaliser une étude exhaustive des monuments d’Égypte, de Libye et du Maroc.

Cependant, une première recherche effectuée sur ces trois pays s’est révélée insuffisamment fructueuse. Si les cartes interactives diverses que nous avons établies concernant la Tunisie et l’Algérie révèlent une forte densité de monuments ou sites archéologiques, celles d’Égypte, de Libye et du Maroc sont nettement moins riches en monuments. Elles devraient pourtant l’être, du moins en partie.

On sait que les Phéniciens, peuple pratiquant le commerce maritime, ont établi, grâce à Carthage, une grande voie maritime traversant toute la Méditerranée du Proche-Orient jusqu’au détroit de Gibraltar. La navigation se faisant par cabotage le long des côtes, les Phéniciens puis, plus tard, les Grecs et les Romains, avaient établi toute une chaîne de ports le long de la côte Nord de l’Afrique. Ces ports étaient espacés régulièrement. La distance entre deux ports consécutifs a probablement évolué en augmentant en fonction des progrès de la navigation. On peut estimer qu'en l’an 1 de notre ère, la distance entre deux ports consécutifs ne devait pas excéder 50 km. Et il existait sans doute entre deux grands ports consécutifs d’autres ports plus modestes servant de refuges en cas de tempête. Or nous constatons que, concernant la Libye, entre les sites de Leptis Magna et de Cyrène, distants en ligne directe de plus de 650 km, il n’y a pratiquement aucun site antique … du moins à notre connaissance.

Cette faible densité de monuments, on la retrouve aussi pour l’Égypte. Ce pays était le grenier à blé du monde romain. On devrait donc y découvrir de nombreux monuments datables du premier millénaire. Or, rien de tel ! Les premières recherches n'ont donné que peu de résultats. Nous pensons que de vastes zone,s qui autrefois étaient cultivées, ont été conquises par le désert et les monuments qu’elles contenaient, recouverts par le sable. Il ne faut cependant pas penser qu’on retrouverait dans ces régions une densité de monuments aussi importante que celle de la Tunisie. La carte de l’Algérie est en cela instructive. Si, dans l’Est de l’Algérie, la densité de monuments est comparable à celle de la Tunisie (les deux entités régionales faisaient partie d’un même groupe antique), il n’en est pas de même dans l’Ouest de l’Algérie où la densité est nettement moins forte. Cette faible densité se retrouve dans le Maroc voisin.

Nous sommes donc obligés de constater cette carence de monuments, plus particulièrement en Égypte et en Libye. Il est possible que les conditions politiques de ces pays empêchent l’identification de certains monuments. Nous pensons que nous n’avons pas encore suffisamment d’éléments pour élaborer une étude exhaustive des monuments de ces pays et réservons cette étude à une date ultérieure. En attendant cette mise à jour, nous pouvons réfléchir sur les questions apparues lors de nos études sur la Tunisie et l’(Algérie. En voici un petit inventaire :

– Pourquoi, sur les cartes interactives, les drapeaux des monuments sont-ils principalement de couleur violette ?

– Alors qu’à partir du VIIe siècle on a une forte progression de l’Islam en Afrique du Nord, comment se fait-il que les monuments et les créations artistiques musulmans soient si peu présents dans le quatrième quart du premier millénaire ?

– Quelles étaient les croyances religieuses avant la prédominance du christianisme ?

– Pourquoi les nefs des églises ou les salles de prière des mosquées sont-elles formées d’un grand nombre de vaisseaux (plus de 5) ?



Éléments de réponse à la première question :
Pourquoi un grand nombre de drapeaux violets en Algérie et Tunisie? Et très peu d’autres couleurs.


– Il y a tout d’abord un problème conjoncturel de récolte des données. Lors de la création de notre site Internet, il y a 10 ans, nous avons d’emblée voulu exclure l’étude des monuments romains car il nous semblait ne plus rien avoir à apprendre de ces monuments abondamment décrits et commentés. Nous cherchions à vérifier l’intuition selon laquelle la période comprise entre l’an 400 et l’an 1000 n’avait pas été aussi négative que l’on croyait en matière de construction de grands édifices. Nous avions donc dès le début introduit le système des drapeaux pour la localisation des monuments et des couleurs de drapeaux pour la datation de ces monuments. Sur les cartes, ces couleurs sont les suivantes : violet pour la période [300 - 500], orange pour [500 - 800], vert pour [800 - 1000], bleu pour [1000 - 1150]. Du fait, que nous avions d’emblée exclu l’étude des monuments romains, nous avons fait démarrer la datation à l’an 300 . Cependant, au fur et à mesure de la progression de notre site nous avons été obligés de réintroduire l’étude des monuments romains. Il fallait en effet montrer en quoi l’architecture romaine était différente de l’architecture romane et quelle était la manifestation d’un progrès dans le passage de l’une à l’autre. Et cette comparaison devant être faite concernant les architectures, elle pouvait l’être aussi dans d’autres questions apparues durant notre recherche (questions concernant l’art, la culture, la religion). Dans cette optique, l’étude des monuments du Maghreb est devenue nécessaire parce qu’elle permettait de focaliser notre attention sur une période que nous avions jusqu’alors un peu trop négligée : les premiers siècles du premier millénaire. Les premiers résultats nous incitent à repenser notre nomenclature. Nous devrions introduire dans les prochains jours une nouvelle couleur de drapeau qui serait associée à la période [1- 300], le violet étant associé à la période [300 - 550], et l’orange, à [550 - 800]. Nous avons en effet constaté dans le Maghreb une rupture, aux alentours de l’an 300, entre les mondes latin païen et latin chrétien.

– Mais cette remarque que nous venons de faire au sujet des drapeaux violets n’explique pas tout. En particulier, elle n’explique pas l’absence parmi les monuments du Maghreb des autres couleurs de drapeaux : orange, vert et bleu. Comprenons bien ! Si on examine la carte interactive d’une quelconque région d’’Europe que nous avons étudiée, on verra apparaître des drapeaux violets (en général en petit nombre), des drapeaux oranges, des drapeaux verts et des drapeaux bleus. Cela signifie que nous avons identifié dans cette région d’Europe des monuments datés de la période [300 - 500], d’autres de [500 - 800], d’autres encore de [800 - 1000], et enfin d’autres de [1000 - 1150]. Il est normal que la proportion de monuments identifiés soit moins importante pour des périodes anciennes. Or, en ce qui concerne les monuments du Maghreb, c’est le contraire qu’on observe : la rareté de monuments appartenant à la seconde moitié du premier millénaire. Il peut y avoir plusieurs explications à cela.

– La première de ces explications est qu’il a pu y avoir une continuité d’utilisation de monuments romains sur une longue période avec éventuellement des changements d’affectation : des temples païens transformés en églises, des thermes réutilisés comme habitations. Les archéologues des siècles passés, voulant accéder aux couches les plus anciennes, ont détruit les couches superficielles, se privant des renseignements que celles-ci pouvaient apporter.

– Une deuxième explication a auparavant été donnée dans la page de conclusions sur les monuments de Tunisie. À partir du IIIe siècle de notre ère, il y aurait eu désertification d’une partie de l’Afrique du Nord. Cela aurait entraîné des migrations de populations et des guerres de disette. Tout cela accompagné de constructions de forteresses, dont des forteresses byzantines.

– Nous émettons l’hypothèse suivante : il est possible que des systèmes politiques aient influé sur le cours des événements. À partir du IVe siècle et durant plusieurs siècles, la puissance de Rome comme ville souveraine s’est effondrée. Mais, dans le même temps, un grand nombre de villes, anciennes cités romaines, se sont affirmées. Elles gardaient des institutions comparables à celles de la république romaine. Pour assurer leur sécurité, elles ont accepté la protection de tribus barbares fédérées. Nous pensons que ces tribus devaient disposer d’un système politique de forme oligarchique. Il devait donc y avoir en Europe et dans les villes une sorte de sentiment proche de la démocratie. À l’inverse, il semblerait que dans l’Empire byzantin, et, plus tard, dans les sultanats musulmans, il y ait eu un contrôle autocratique des populations. Et donc un manque d’adhésion de celles-ci à la politique globale.

– Nous pensons enfin que certaines recherches en art vandale, byzantin ou musulman (poteries, stucs, …) ont été menées d’une façon insuffisante. Il est cependant possible que nous nous trompions sur ce point.



Éléments de réponse à la deuxième question : Alors qu’à partir du VIIe siècle on a une forte progression de l’Islam en Afrique du Nord, comment se fait-il que les monuments et les créations artistiques musulmans soient si peu présents dans le quatrième quart du premier millénaire ?

Nous avions bien sûr eu connaissance de la conquête du Maghreb puis d’une grande partie de la péninsule ibérique et de l’importance de ces opérations guerrières. Mais avant d’étudier le Maghreb, nous ignorions l’importance donnée à l’histoire du Maghreb à l’époque musulmane. Voici quelques extraits de l’histoire de Tlemcen recueillis sur la page Wikipédia de cette ville d’Algérie.

« Histoire de Tlemcen

[...] Après la conquête Musulmane du Maghreb, les berbères se révoltent contre le régime omeyyade. Ces révoltes s'associent au milieu du VIIIe siècle au dogme kharidjite qui les séduit par son puritanisme et son message égalitaire et gagnent une bonne partie du Maghreb. Ainsi, les premiers États musulmans en Afrique du Nord étaient kharidjites. Dans le Maghreb central, les Rostémides fondent un royaume dont Tahert était la capitale. Quelques dizaines d’années plutôt, Abou Qurra chef de la puissante tribu des Ifren, créa aux environs de Agadir (ancien nom de Tlemcen), un royaume sufrite, dont Charles-André Julien mentionne : “La vie intérieure nous échappe, mais dont le rôle militaire fut considérable”. Ce royaume est le premier royaume musulman indépendant des Califats de l'histoire musulmane. [...]
En 767, uni aux kharidjites de Tahert et du djebel Nefoussa, Abou Qurra lance une expédition vers l’Est. Ils cernent le gouverneur abasside dans la forteresse de Tobna dans les Aurès et gagnent Kairouan. De retour à Tlemcen, il s’alliait aux Maghraouides et doit se confronter aux visées expansionnistes des Idrissides. Cependant, le calife envoie de l’Orient une forte armée sous le nouveau gouverneur Yazid ibn Hatim qui défiait les kharidjites en Ifriqiya, mais le reste du Maghreb échappe à l'autorité de Bagdad. [...]

Cette situation évolue avec l’arrivée d’Idriss Ier, descendant de Ali ibn Abi Talib, qui trouve refuge dans la région après avoir fui les Abbassides.

À la suite de la bataille de Fakh (786), opposant les Abbassides aux Alides, Idriss Ierse réfugie au Maghreb et atteint la région de Tlemcen. Proclamé souverain en 788, il obtient le ralliement de plusieurs groupes berbères, notamment parmi les Zénètes.
[...]

Au IXe siècle, Agadir reste intégrée à la sphère idrisside. Idriss II consolide cette présence en réorganisant les structures locales. Le contrôle de la région est ensuite assuré par des membres de la dynastie, jusqu’à l’expansion des Fatimides. au début du Xe siècle. [...] »

Résumons tout cela ! Il faut d’abord rappeler que le texte ci-dessus n’est qu’un composé d’extraits de l’histoire de Tlemcen, à lire sur Wikipédia. Ce texte mentionne la présence de divers peuples ou groupes humains, ayant vécu dans la région de Tlemcen durant le dernier quart du premier millénaire. En voici un inventaire mis en ordre alphabétique : « abassides, alides, berbères, fatimides, idrissides, ifren, kharidjites, maghraouides, omeyades, rostémides, sufrites, zénètes. ».

Mais l’inventaire n’est pas tout à fait terminé car à ces noms de divers peuples, on peut ajouter ceux d’autre peuples éventuellement cités dans d’autres pages de Wikipédia. Nous avons ainsi lu : « En 544, les Byzantins exercent un pouvoir juste dans la province de Constantine et de l’Ifriqiya. Cependant, l'émergence d'insurrection berbère contre les Byzantins provoque l'organisation de plusieurs États puissants : les Djerawa, les Banou Ifren, les Maghraouas, les Awerba et les Zénètes. ». En poussant la recherche un peu plus loin, nous apprenons que les Djerawa, les Banou Ifren, les Maghraouas, constituent un sous-groupe du groupe Zénète lequel groupe est « l'un des trois grands groupes berbères (avec les Sanhadjas et les Masmoudas). ».

« L'histoire des Zénètes est difficile, selon Ibn Khaldoun (philosophe et historien musulman d’une grande valeur mais qui, vivant au XIVe siècle, n’a disposé que de peu de sources sur les évènements du premier millénaire), car ils n'ont pas laissé d'écrits. Cela est le cas de tous les Berbères. Les Zénètes étaient toujours vigilants lors des invasions au Maghreb, ils se retiraient toujours vers le Sud ou dans les montagnes en cas d'attaques ennemies, ce que rapportent plusieurs historiens dans leurs analyses. »

Voilà donc un grand nombre de renseignements. Et ce n’est qu’un petit exemplaire de tout ce que nous avons pu lire sur Internet. Il nous faut reconnaître que toutes ces informations nous donnent un peu le tournis. Nous avons l’impression d’être en présence d’une histoire riche et documentée alors que, dans le même temps (dernier quart du premier millénaire), en Europe, l’histoire semble pleine de lacunes.

Mais posons nous la question : cette histoire du Maghreb est-elle vraiment riche et documentée ? Le commentaire de Ibn Khaldoun, « L'histoire des Zénètes est difficile car ils n'ont pas laissé d'écrits. », ne pourrait-il pas concerner d’autres peuples du Maghreb ? Ne serait-il pas possible que comparativement à ce qui s’est passé en Europe, l’histoire ait été adaptée, inventée ou réinventée afin de construire des identités (identité française, identité espagnole, identité basque, identité chrétienne, ..) ? Dans le cas présent, ce serait la double identité, l’identité berbère (on devrait plutôt dire « amazigh ») et l’identité musulmane sunnite.


Questions sur les conquêtes arabes du Maghreb et de l’Andalousie

L’histoire des conquêtes arabes de l’Afrique du Nord et de la péninsule ibérique est bien connue. Ces conquêtes auraient été faites en un temps record et à la suite de ces conquêtes, une civilisation arabo-musulmane aurait été installée dans ces nouveaux territoires. C’est en tout cas ce que nous avons cru durant de longues années. Cette civilisation arabo-musulmane qui se serait développée à partir des débuts du VIIIe siècle, nous pensions la découvrir dans des voyages en Espagne. Mais, hormis la grande mosquée de Cordoue difficile à dater, nous n’avons pas identifié clairement de monument antérieur à l’an mille. Nous avons ensuite envisagé de visiter des monuments du Maghreb en commençant par le Maroc (en avril 2008) et l’Égypte. Mais là encore, nous n’avons pas observé de monument arabo-musulman antérieur à l’an mille (hormis la grande mosquée de Rabat, mais à l’état de ruine). Il restait la grande mosquée de Kairouan (visitée en 2025) construite en plusieurs étapes dont certaines antérieures à l’an mille. Et puis plus rien. En conséquence de ces observations : un résultat bien maigre ! Certes on peut nous objecter que nous n’y connaissons rien, qu’il devrait y avoir aurait beaucoup plus de monuments datant du dernier quart du premier millénaire, mais nous n’avons pas été capables de les identifier. L’objection est excellente et nous la retenons, mais, en réponse, nous disons que nous ne sommes pas les seuls. Si de tels monuments existaient, ils auraient dû être identifiés longtemps avant nous et signalés sur les guides touristiques d'Afrique du Nord.

Nous sommes donc obligés d’observer une distorsion entre, d’une part, ce que semblent nous révéler les textes écrits (une prise de contrôle très rapide du Maghreb et de la péninsule ibérique par des peuples arabo-musulmans), et, d’autre part, ce que semblent nous révéler les vestiges archéologiques (quasi absence de restes attribuables à la période [720- 1000]).

Essayons à présent d’effectuer une analyse critique des textes relatifs à cette conquête. Ou plus exactement de l’interprétation de ces textes qui a pu être faite par des historiens contemporains. En effet, nous n’avons pas lu ces textes mais les cartes des images de 2 à 13 avec leurs indications de datation sont très probablement issues de la traduction des textes anciens, la plupart d’entre eux pouvant être postérieurs de plusieurs siècles aux événements.

Nous présentons d’abord deux cartes montrant, pour la première, la péninsule ibérique et l’actuelle France vers l’an 600 (image 2), et, pour la seconde, le monde antique vers l’an 650 (image 3). Disons le tout de suite : ces cartes sont fausses ! Regardons celle de l'image 2. Trois couleurs de cette carte permettent de préciser les contours des royaumes franc et goth ainsi que de l’empire romain vers l’an 600. Mais au même moment, Isidore de Séville (565-636) écrit son « Histoire des Goths, des Suèves et des Vandales ». Où sont passés les Suèves et les Vandales qui à cette époque occupaient la péninsule ibérique ? En fait, il ne s’agit là que d’un tout petit exemple d’une situation qui, en réalité, devait être d’une grande complexité. Il faut imaginer une situation comparable à celle de l’Italie avant les campagnes de Napoléon : des républiques ou des principautés urbaines qui se faisaient concurrence entre elles. À regarder ces cartes, on aurait tendance à assimiler les divers territoires intitulés sur l'image 3, wisigoths, lombards ou byzantins, comme des états constitués, alors que c’étaient probablement des zones d’influence dans lesquelles les villes devaient payer un tribut à un peuple donné wisigoth, lombard ou byzantin, afin d’assurer leur protection.

La carte de l'image 4 décrit la progression des troupes arabes dans le Maghreb. On constate que cette conquête se serait faite en deux temps, d’abord en 698 puis 4 ans après en 702. La suite se serait faite assez rapidement et à partir de la prise d’Altava en 708, les troupes arabes se répandent dans l’actuel Maroc et arrivent à Tanger la même année 708. Remarquer qu'entre 702 et 708, le trajet des troupes arabes ne passe pas par la côte méditerranéenne, où les villes sont plus riches et plus peuplées, mais traverse les terres.

Les cartes suivantes des images 5 à 12 montrent la progression des troupes arabes à travers la péninsule ibérique de l’année 711 aux années 719-720 (prise de Narbonne et de la Septimanie) puis 725 (bataille de Covadonga). Cette progression apparaît régulière et bien gérée. Nous émettons cependant de sérieuses réserves quant à cette présentation qui nous apparaît trop schématique. La carte de l'image 13 nous semble un peu plus conforme à la réalité, la réalité d’une intervention militaire complexe. Apparemment, cette intervention ne correspond pas à la conquête progressive et mesurée d’un territoire, mais à des raids audacieux effectués par trois armées différentes (conduites par Tariq ibn Ziyad, Musa ibn Nusay et Abdelaziz ibn Musa), avec des trajets qui se complètent et s’interpénètrent.

Cependant nous estimons que cette carte n’est qu’une apparence de la réalité en ce qui concerne la conquête du Maghreb et de la péninsule ibérique par les troupes arabes. En fait, l’esprit critique que nous essayons de mettre en place dans ce cas particulier, nous l’avons auparavant développé dans d’autres situations (destructions d’abbayes du centre de la France par les Normands au IXe siècle, conquête de la Sicile par les Normands au XIe siècle). Ces faits d’armes, qui a priori ne soulevaient pas de questions, nous sont apparus extraordinaires quand nous avons réalisé qu’une opération militaire d’ampleur ne pouvait être effectuée sans que soient réunies des conditions exceptionnelles permettant de l’accomplir : préparation de longue date avec des complicités ou des alliés à l’intérieur, bases logistiques avancées, équipements spéciaux pour le franchissement de montagnes ou de détroits. La plupart des récits historiques concernant ces opérations militaires de longue portée ne retiennent que les épisodes de batailles en oubliant tout le reste, un reste parfois plus important que les combats.

Concernant cette conquête très rapide du Maghreb (6 ans mais dans la seule année 708, un raid de plusieurs milliers de kms) et de la péninsule ibérique (environ 4 ans), nous pensons que cette rapidité n’aurait pas été possible sans le consentement, voire la coopération d’une partie de la population locale. Dans le Maghreb, des tribus berbères devaient être hostiles au pouvoir byzantin (pour preuve les nombreuses forteresses byzantines qui jalonnent les routes du Maghreb), en Hispanie, de fortes dissensions dans le royaume wisigoth ont précédé et très probablement favorisé la conquête. Notons enfin le fait qu'en l’an 711, le contingent arabe fort de 18 000 hommes aurait franchi le détroit de Gibraltar. Avec quels moyens ? Il fallait bien des bateaux pour transporter ces hommes, ainsi que leurs chevaux ou leurs chameaux. Une flotte d’au moins 200 bateaux de fort tonnage. Comment des hommes venus du désert auraient-ils pu construire cette flotte ? Il fallait bien qu’ils soient aidés par un groupe humain à vocation maritime. Comprenons bien que nous ne cherchons pas à détruire le modèle « idyllique » d’une conquête effectuée en moins de 20 ans (entre les années 702 et 720) du Maghreb et de la péninsule ibérique, par une armée uniquement composée de musulmans avec l’installation immédiate dans ces pays d’autorités musulmanes. Nous disons seulement que ce modèle « idyllique » laisse quelques questions non résolues. Nous pensons en particulier que ces armées dites
« arabes » devaient être conduites par des chefs acquis à la foi islamique mais elles devaient accueillir des wisigoths ariens, les latins chrétiens orthodoxes, des berbères païens. La généralisation de la foi islamique ne serait intervenue que plus tardivement ce qui expliquerait la rareté des monuments construits avant l’an mille.



Éléments de réponse à la troisième question :
Quelles étaient les croyances religieuses avant la prédominance du christianisme ?


L’évolution de la pratique religieuse durant le premier millénaire en Afrique du Nord

C’est une des conséquences inattendues de nos recherches sur les monuments. Auparavant, nous ne nous étions pas posés de questions à ce sujet. Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls. Nous apprenons ainsi que de nombreuses personnes, et, en particulier, des enfants, s’intéressent à la mythologie grecque. Cela n’a pas été notre cas car nous étions persuadés de son incohérence. Et c’est peut-être d’ailleurs ce manque de cohérence, ce coté imaginaire, qui plaît aux enfants : ils savent que ces histoires ne sont pas réelles. Nous avons depuis réalisé que ces récits mythologiques, les gens de l’époque y ont cru ou que, du moins, ils en avaient une explication cohérente.

Les stèles votives puniques ou néo-puniques

Les guerres puniques remontent au IIe siècle av. J.-C. Cependant, les populations autochtones auraient continué à vénérer les anciens dieux en leur attribuant des noms de dieux romains. Ainsi le dieu phénicien Ba’al Hammon aurait pris le nom de Saturne tout en gardant les prérogatives de Ba’al Hammon. Ce constat effectué pour un dieu africain peut être généralisé pour les dieux européens (celtes, scandinaves,...). Nous touchons là une des particularités du monde romain : un facteur d’intégration de peuples différents. Ceux-ci sont acceptés et peuvent suivre leurs pratiques religieuses distinctes mais à condition d’adopter des dieux communs à tous. Ce système ne peut être efficace dans le cas des religions monothéistes (juives ou chrétiennes). Ce qui peut en partie expliquer les persécutions.

Saturne est donc le dieu considéré comme le plus important en Afrique au début du premier millénaire. Selon nous, ce serait le dieu de la Création du monde. Nous émettons cette hypothèse à partir du texte biblique de la Genèse : « Le septième jour, dieu se reposa ». Rappelons que les phéniciens étaient installés au Proche-Orient, en partie en Palestine où a été écrite la Bible. Dans l’Antiquité, le septième jour était le jour de Saturne (en anglais Saturday), cela correspondait au Shabbat, jour de repos des juifs. Le dimanche, jour de repos des chrétiens, n’a été adopté par eux que plus tard, vers le IIe siècle. Saturne, dieu de la Création, serait aussi le maître du temps.(images de 14 à 17).

Divers dieux sont représentés sur les images de 18 à 24. Une des questions que nous nous posons concerne le type de vénération vis-à-vis de ces images de dieux païens. Ces statues étaient-elles vénérées comme le sont encore actuellement les icônes par les chrétiens orthodoxes : elles sont fleuries, embrassées, invoquées ? Ou bien ces statues faisaient-elles partie des éléments d’un décor comme sont nos statues de jardins publics ? Peut-être un peu des deux en fonction des dieux représentés. Il est ainsi possible qu’Hercule ait été considéré comme un dieu mineur (images 20 et 21). Par contre, Vénus, déesse de l’Amour qui donne la Vie (image 18), Isis déesse égyptienne de la résurrection (image 23), Dioscure qui accompagne le mort dans son périple dans l’au-delà (image 19), devaient faire au moins l’objet d’une attitude respectueuse de la part des croyants de leurs religions respectives.

Certaines représentations nous semblent totalement anodines. Il en est ainsi de celle très gracieuse d’un enfant versant de l’eau (image 22). Mais cette représentation est-elle vraiment anodine ? Il faut noter tout d’abord que le verseau est un des signes du zodiaque. Les signes du zodiaque sont liés à des constellations astrales qui auraient été nommées en fonction des divinités censées y résider. Par ailleurs, l’eau est à la fois symbole de Vie et de Mort. L’Amour qui verse de l’eau est censé apporter la Vie.

Un dieu comme Jupiter peur être vu sous la forme d’un taureau comme sur cette mosaïque de l’Enlèvement d’Europe (image 25).



Les mosaïques

À l’inverse des statues qui peuvent éventuellement faire l’objet d’une vénération, les mosaïques de sol, destinées à être foulées au pied, ne font certainement pas l’objet d’un véritable culte. Pourtant les histoires qu’elles racontent témoignent des convictions profondes des hommes de l’antiquité. Il en est ainsi des mosaïques marines comme celles représentant le dieu Océan. Celui-ci (image 26), dont seule la tête est représentée (nous ignorons pourquoi), porte des antennes et des pinces de homard. C’est de sa bouche que sort une moustache qui se développe en forme de vague (ou parfois de dauphin). Les peuples marins devaient attacher une grande importance à ce dieu responsable des tempêtes qui faisait disparaître les corps (dévorés par les crabes ou le homards). On retrouve souvent des représentations de ce dieu dans des bassins de thermes.

Sur l'image 27, le dieu Océan est encadré par 4 Néréides qui chevauchent des dauphins et des centaures marins. Les centaures marins sont des bêtes fantastiques qui accompagnent le soleil dans sa course dans le ciel durant le jour et dans sa course dans la mer durant la nuit.

Image 28 : Autre image de centaure marin portant Amphitrite. Le voile qu’elle tient courbé au-dessus d’elle symbolise le ciel.

Image 29 : Autre image d’Amphitrite. Mais celle-ci est portée par un cheval solaire. La scène qui était auparavant marine est devenue terrestre. Y a-t-il eu une évolution entre les deux représentations, la précédente et celle-ci ? Ou bien ces représentations s’adressent-elles à des peuples différents, l’un marin, l’autre terrestre ?

Images 30 et 31 : On a ici, à nouveau, les représentations d’un char solaire. Ceux-ci sont tirés par des tigres. Y a-t-il là la manifestation d’un autre culte religieux que les cultes précédents ?

Images 32 et 33 : Vénus, déesse romaine, a été assimilée à la déesse grecque Amphitrite, qui, on vient de le voir dans les images précédentes, est porteuse de mort. Elle est aussi porteuse de vie. Nous ne comprenons cependant pas en quoi sa toilette peut être symbolique de la vie qu’elle apporte.

Image 34 : Scène d’Amours pêcheurs. Rappelons que les Amours sont souvent représentés associés à des scènes racontant la vie, la mort, la résurrection : Amours conduisant des attelages, Amours assistant à la toilette de Vénus, Amours vendangeurs, … Les scènes d’Amours pêcheurs sont aussi fréquentes et nous interrogent. Sont-elles anodines ? Ou traduisent-elles l’idée que les Amours ne pêchent pas des poissons mais des âmes pour les faire renaître à la vie ?

Image 35 : Nous ne comprenons pas la signification des têtes de Gorgone. Nous pensons qu’il doit y avoir une dimension religieuse mais nous ignorons laquelle.

Image 36 : Scène de l’ivresse. Cette très belle mosaïque est décorée de pampres de vigne, de grappes de raisin et d’Amours vendangeurs, symboles de vie, probablement, de vie éternelle.

Image 37 : Nous ne comprenons pas la signification de cette représentation. Y-a-t-il eu une recherche uniquement basée sur l’érotisme. ?



Les représentations chrétiennes

Le contraste entre les représentations précédentes de mosaïques est saisissant. Pour celle de l'image 36, nous avons admiré la finesse de l’exécution. Pour celle de l'image 37, le caractère « érotique » de la composition. Pour les images suivantes de 38 à 43, rien de tel. Hormis celle de l'image 38 issue d’un ensemble représentant Orphée qui, en conséquence, n’est peut-être pas chrétienne, ces mosaïques sont de qualité relativement médiocre. Ce sont en général des mosaïques ayant décoré des couvercles de tombes. On reconnaît assez facilement le caractère chrétien de ces représentations (chrismes, oiseaux au canthare, paons, pampres de vigne jaillissant d’un cratère). Mais l’exécution laisse à désirer et on a parfois l’impression que le rédacteur du texte ignorait la lecture : le texte est écrit « au kilomètre » sans ponctuation, intervalle et saut de ligne à la fin d’un mot. Si bien qu’il est parfois difficile de repérer des mots caractéristiques comme « VIXIT », « ANNOS » ou « IN PACE ».

Il semblerait que toutes les questions précédentes portant sur la vie et la mort du style, « où se trouve le royaume des morts ? » ont été mises au second plan. Le mot qui revient le plus fréquemment est « IN PACE ». La devise de l'image 41 semble résumer cet idéal de paix et de concorde.




Éléments de réponse à la quatrième question :
Pourquoi les nefs des églises ou les salles de prière des mosquées sont-elles formées d’un grand nombre de vaisseaux (plus de 5) ?


L’évolution dans la construction des églises puis des mosquées


Cela a été pour nous une grande révélation à la suite de l’étude des basiliques chrétiennes du Maghreb. Jusqu’alors, nous n’avions rencontré en Europe presque essentiellement des églises à plan basilical à nef à trois vaisseaux datant du premier millénaire. Il pouvait y avoir quelques nefs à cinq vaisseaux mais elles étaient très rares et restreintes à de très grands ensembles comme Rome. Quant aux nefs à un vaisseau, elles concernaient surtout des oratoires ou des chapelles de petites  dimensions.

Aussi la surprise a été grande lorsque nous avons constaté tout d’abord l’existence, certes de nefs à trois vaisseaux (image 44), mais aussi de nefs à 5 vaisseaux (images 45 et 46), puis de nefs à 7 vaisseaux (image 47) et enfin de nefs à 9 vaisseaux (images 48 et 49). C’était tout à fait contraire à ce que nous avions vu en Europe.

De plus ,les plans des images 48 et 49 de la Basilica Majorum de Carthage et de la basilique Ouest de Tipaza font apparaître l’hypothèse d’une construction en deux temps. Dans un premier temps, il y aurait eu pour chacun de ces édifices construction d’une nef à trois vaisseaux. Puis, dans un second temps, il y aurait eu, sur chacun des côtés de cette nef, construction de trois autres vaisseaux de largeur identique. On aurait ainsi obtenu une nef à 9 vaisseaux, le vaisseau central étant plus large que les huit autres.

Ce plan d’édifice à nef à vaisseaux multiples (plus de sept), on ne le retrouve pas dans les églises d’Europe. Mais on le retrouve dans les salles de prière des mosquées. La salle de prière de la Grande Mosquée de Kairouan comporte 17 vaisseaux, le vaisseau central étant plus large que les seize autres (image 50). Il en est de même pour d’autres grandes mosquées du Maghreb.

Nous aurions dons une filiation possible entre les dernières grandes églises du Maghreb et les grandes mosquées.

Il reste à savoir pour quelles raisons on a construit dans le Maghreb des églises à nef à plus de sept vaisseaux.

Nous pensons que cela est peut-être dû à des raisons politiques. Les églises locales étaient fortement désunies, peut-être en raison des querelles entre donatistes et chrétiens orthodoxes. L’empire byzantin se serait efforcé de les réunir en les faisant prier sous un même toit.