La collégiale San Vittore de Muralto
Nous n’avons pas visité cette église.
Les images de cette page ont été collectées sur Internet.
Elle a fait l’objet d’une étude approfondie par Virgilio
Gilardoni dans le livre Suisse
Romane de la collection Zodiaque.
En voici des extraits concernant principalement l’histoire
de Muralto :
«
L’actuelle église paroissiale de Muralto, San Vittore, a
été jusqu’au siècle dernier la glorieuse église principale
de Locarno. Ses origines pourraient remonter au IVe
siècle. [...]
San
Vittore – d’après des traditions très anciennes – aurait
été bâtie sur les ruines d’un temple romain. Aucune
fouille, jusqu’à présent, n’est venue confirmer ou nier
cette assertion. Mais différentes pierres sculptées,
fragments d’autels et inscriptions funéraires romaines ont
été trouvées à proximité de l’église ou dans cette église
même. La base d’une colonne romaine, actuellement au musée
de Locarno, est un fragment d’autel dédié à Minerve.
Les
quelques mentions de l’église baptismale se trouvent dans
des documents en partie apocryphes, mais portent une
lumière sur l’ancienneté de l’église, car c’est son
appartenance ancienne au diocèse de Côme plutôt qu’à celui
de Milan qui, en ces textes, est douteuse.
IVe
siècle : La tradition, d’après l’historien Ballarini, veut
que l’église ait été consacrée au temps de l’évêque Saint
Félix de Côme.
901 : Diplôme de Ludovic IV donnant à l’évêque et à
l’église de Côme “Minasteria, xenodochia, ecclesias
baptismales”, etc., de Locarno et de Belinzona.
988 : L’empereur Otton III confirme à l’évêque de Côme,
Aldegisio, différents privilèges dont la possession de
l’église baptismale de Locarno.
1152 : Première mention de l’église collégiale et du titre
de San Vittore. [...] »
Suit une description du bâtiment aussi bien à l’extérieur
qu’à l’intérieur. Nous ne la reprendrons pas, les images
ci-dessous étant suffisamment explicites. Concernant la
datation de l’édifice, l’auteur y fait une brève allusion,
sans justification de son estimation : « L’actuel
San Vittore est un monument important, le plus important
du Tessin durant la première moitié du XIIe
siècle. ». L’intérêt de l’auteur est
principalement attaché à la crypte. D’ailleurs, les images
du livre Suisse
Romane portent exclusivement sur les chapiteaux de
la crypte, et non sur l’église, qui aurait pourtant mérité
une attention toute particulière.
Dès l'image
1, on
identifie une église directement issue des premières
basiliques chrétiennes : nef à trois vaisseaux avec un
vaisseau principal surhaussé par rapport aux collatéraux de
manière à permettre l’ouverture de fenêtres pour éclairer la
nef. Ce premier examen est en partie confirmé par l'image
4, où
l’on devine qu’un bâtiment transverse à la nef a été accolé
à celle-ci ultérieurement. Le clocher et un autre bâtiment
(probablement la sacristie) ont aussi été ajoutés (image
6). Malgré ce, le plan primitif reste lisible sur
la vue par satellite de l'image
9 : nef à trois vaisseaux et trois absides situées
dans le prolongement des vaisseaux de nef. Ajoutons à cette
description l’absence de transept. Et de tout ce qui fait le
charme d’une église romane de la première moitié du XIIe
siècle : clocher de croisée du transept, chevet à
déambulatoire et chapelles rayonnantes, ouvrage Ouest, … On
peut donc dès l’examen de l’extérieur envisager que , par
son architecture, cette église est plus proche d’une
basilique romaine que d’une basilique romane.
Avant de passer à l’intérieur, remarquons la présence
d’arcatures lombardes sur la façade Ouest (image
3), les trois absides (images
6, 7 et 8), mais pas sur les murs latéraux Nord et
Sud (images 4 et 6).
Les arcatures lombardes sont typiquement romanes (elles ont
cependant été produites sur une longue période incluant la
période romane). Elles ne permettent cependant pas de fixer
la datation de l’église car elles ont souvent été installées
postérieurement à la construction (en ce qui concerne les
absides, probablement pour permettre de construire des
voûtes en cul-de-four).
Pénétrons à l’intérieur de l’édifice : on vérifie ce qu’on a
vu à l’extérieur. La nef est bien à trois vaisseaux. Le
vaisseau central est charpenté. Il est porté par des piliers
à section rectangulaire. Il ne nous a pas été possible de
trouver une image des collatéraux. Selon l’auteur «
les collatéraux, par contre, selon le système lombard
ancien, ont des voûtes d’arêtes simples, sur doubleaux.
». Nous avons à plusieurs reprises constaté que le voûtement
des collatéraux était ultérieur à la construction initiale.
Il est possible que ce soit le cas ici.
Il nous semble que les fresques des images
13 et 15 devaient être étudiées avec attention (l’image 14 est une vue
détaillée de l'image 13).
Nous ne pouvons faire cette étude car ce sont les seules
images que nous avons recueillies et elles sont
insuffisamment lisibles. Nous pensons que ces fresques
étaient celles de l’église d’origine. Elles devaient former
une bande continue qui a été endommagée par l’ouverture ou
l’agrandissement des fenêtres supérieures. Inversement,
cette bande a été probablement en partie préservée à la
suite de travaux sur la toiture du vaisseau central. Le
vêtement du personnage de l'image
14 pourrait correspondre à ceux portés entre le
VIIIe et le Xe siècle. (nous n’avons
aucune certitude là-dessus, par manque de connaissance sur
la question).
Les
sculptures de la crypte
Il est probable que l’église supérieure a été estimée du XIIe
siècle parce que la crypte lui était supposée antérieure. Or
les sculptures de cette crypte sont manifestement romanes.
Ces sculptures sont présentes dès l’entrée. Elles décorent
de rinceaux de vigne l’arc qui la protège (image
17). Au-dessus de l’arc de l’autre porte d’entrée,
le décor de la corniche est lui aussi fait de rameaux (image 18).
Pour bon nombre de cryptes que nous avons rencontrées au
cours de notre recherche, les bâtisseurs ont utilisé des
colonnes et des chapiteaux en réemploi. Ce qui donne un
aspect désordonné et un manque d’unicité. Cependant, il
semblerait que pour celle-ci, ce ne soit pas le cas malgré
certaines différences de formes entre chapiteaux. Tous
ceux-ci semblent taillés dans le même matériau. Et certains
décors sont communs à plusieurs chapiteaux. Ainsi, les
feuillages ou rameaux attachés (images
21, 22, 24, 25 et 26), les têtes animales (images
23 et 24) ou humaines (images
25, 26 et 27). On retrouve sur l'image
25 le thème du torse d’homme émergeant des
feuillages identifié à Saint-Bénigne de Dijon. Ce thème
aurait selon nous donné naissance à de nombreuses
représentations telles que « l’acrobate » ou la « sirène à
deux queues ».
Datation
envisagée pour la collégiale San Vittore de
Muralto : an 850 avec un écart de 150 ans.