L’église Saint-Pierre de Müstail 

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Cette église a fait l’objet d’une notice brève dans le livre Suisse Romane de la collection Zodiaque

La page du site Internet Wikipédia décrivant cette église nous apprend ceci :

« Histoire

La date exacte de la construction de Saint-Pierre de Mistail n'est pas connue, mais on suppose qu'elle se situe aux alentours de l'an 800. L'abbaye épiscopale est fondée avant 806, probablement à l'initiative des chanoinesses de Cazis, hypothèse appuyée par une dénomination commune et le même patronage que celui de l'abbaye de Cazis. Mistail est indirectement mentionnée, en l'an 823, dans une lettre de plainte de l'évêque Victor de Coire à Louis le Pieux. Un hospice, le xenodochium sancti Petri, mentionné en 831, dépend probablement aussi de Mistail. Cet hospice, différent de celui du col du Septimer, se trouve vraisemblablement au voisinage de l'abbaye. Le monastère est mentionné, pour la première fois, en 926, dans une lettre d’Henri Ier à l'évêque Walde.

Après l'effondrement de l'Empire carolingien, un retour en arrière semble s'être produit, conduisant à l'expulsion des religieuses par l'évêque Wido peu après 1100. Le monastère de Mistail est finalement aboli en 1154, par l'évêque Aldagott, et ses possessions, l'église, les métairies de Prada (commune de Tiefencastel), Savognin et Latsch (commune de Bergün), sont données au monastère des prémontrés de saint Luzi, à Coire. [...]

Histoire des bâtiments

Comme il n'existe aucun document retraçant l'histoire du bâtiment, seules les fouilles archéologiques peuvent fournir des informations. Elles ont été réalisées en 1968 et 1969, puis en 1983 et 1984. La découverte de restes de peintures carolingiennes montre que l'église à trois absides, conservée aujourd'hui, est construite vers l'an 800, sur les fondations d'un édifice antérieur, dont des traces ont été trouvées sous le mur nord actuel.


Au sud de l'église, il y avait un autre bâtiment consacré, dont les fondations montrent deux états successifs. À partir de comparaisons avec des constructions semblables, à Obervaz et Romashorn, on peut situer sa date de construction vers la fin du VIIe siècle ou le début du VIIIe siècle. La date de destruction de cette structure antérieure n'est pas connue. À son emplacement, on retrouve les fondations d'un bâtiment séculier, remontant au XIIe ou au XIIIe siècle. Au sud de l'ensemble, il y a un petit mausolée, peut-être la tombe d'une abbesse ou d'un fondateur. Des tombes du Haut Moyen-Âge, taillées dans l'ardoise, ont été retrouvées au nord de l'église actuelle.

Les bâtiments conventuels sont au nord et au nord-ouest de l'ensemble. Il reste un bâtiment subdivisé en quatre salles, avec plusieurs extensions, et présentant des traces de peinture carolingienne. Une cour pourrait avoir servi d'étable.

[...] Saint-Pierre de Mistail est l'unique église de Suisse à trois absides à ne pas avoir subi de reconstruction. L'autre monument conservé de cette époque, l’abbaye bénédictine Saint-Jean-des-Soeurs, dans le Müstair, a été fortement modifiée par une reconstruction dans le style gothique tardif. »


Remarques diverses

– Concernant la datation, le texte nous dit ceci : « La découverte de restes de peintures carolingiennes montre que l'église à trois absides (il s’agit de l’église Saint-Pierre dont il est ici question), conservée aujourd'hui, est construite vers l'an 800,... ». Le texte ne précise pas, d’une part comment on a su que les peintures étaient « carolingiennes » et d’autre part, quelle est la précision de datation. Le néophyte en histoire de l’art a toujours tendance à considérer les spécialistes de cette matière comme des gourous :
« Après tout ! S’ils le disent c’est que ça doit être vrai ! ». Nous avons fait partie de ces néophytes jusqu’au moment où nous avons réalisé que la plupart des assertions n’étaient assorties d’aucune démonstration. Entendons-nous bien ! Il est fort possible que ces peintures soient carolingiennes mais nous aimerions connaître une justification de cette affirmation (Lecture de textes anciens ? Analyse des pigments ? Comparaison avec d’autres peintures certifiées carolingiennes ? Iconographie caractéristique?) . Que traduit l’expression « vers l'an 800 » si on ne lui associe pas une marge d’erreur ? Entre 780 et 820 ? Entre 750 et 850 ? Entre 700 et 900 ? Entre 500 et 1100 ?

– La première fois que nous avons eu connaissance de cette église remonte à plus d'une trentaine d’années, à la suite de la lecture du livre intitulé Haut Moyen-Âge de l’Office du livre de Fribourg, écrit par André Corboz en 1970. Dans ce livre très intéressant, André Corboz décrit des églises du Haut Moyen-Âge (il ne parle pas de premier millénaire et ne propose pas de datation, mais on peut supposer que la période étudiée est comprise entre l’an 400 et l’an 1100). Sur une carte d’Europe, il positionne en tout et pour tout 37 monuments dont cette église de Müstail et celle de Müstair décrite dans la page suivante.

À la date du 1 Septembre 2025, environ 2820 monuments ont été identifiés comme étant susceptibles de dater du premier millénaire. Sur ces 2820 monuments, 2710 ont fait l’objet d’une étude dans notre site.

Il faut certes nuancer un peu cette information, car la date limite supérieure du premier millénaire, qui normalement devrait être l’an mille dans son exactitude, est en fait floue et il nous est arrivé, compte tenu des marges d’incertitude, de fournir des dates supérieures à l’an mille. Ce sachant qu’une église estimée construite en l’an 1050 avec un écart de 100 ans reste « susceptible de dater du premier millénaire ».

Cependant, il est légitime d’envisager que le nombre d’édifices étudiés remontant à l’Antiquité Tardive ou Haut Moyen-Âge est supérieur, soit environ 50 fois plus que ceux localisés par André Corboz.

Il n’est pas question pour nous de lancer un vibrant cocorico mais de comprendre ce qui s’est passé. Y a-t-il eu une ignorance généralisée de la part des chercheurs, ou une refus systématique d’annoncer des datations antérieures à l’an mille ?

En ce qui concerne Müstail, la datation ici proposée est l’an 800. Cette église à trois absides est très particulière. Les églises à trois absides ne sont pas rares. Mais dans la plupart des cas que nous connaissons, ce sont des églises à nefs à trois vaisseaux avec trois absides en prolongement. Il arrive parfois que l’on ait des églises à un seul vaisseau et trois absides. Mais ce sont le plus souvent des églises dont la nef était à l’origine à trois vaisseaux et plus tard transformée en un seul vaisseau. Ce ne serait pas le cas de celle-ci car, pour ces églises à trois absides, l’abside centrale qui était auparavant en prolongement du vaisseau central est nettement plus élevée que les absidioles qui l’encadrent. Dans le cas présent, les trois absides sont presque identiques, l’abside centrale étant de dimensions à peine plus grandes que les deux autres.

À remarquer que cette église de Müstail n’est pas la seule à avoir cette particularité. On a aussi dans le Trentin – Haut-Adige, en Italie (par très loin de Mistail), l’église Sainte-Marguerite de Lana (datation envisagée par nous : an 975 avec un écart de 50 ans), l’église Saint-Éloi de Malles-Vénosa (datation envisagée par nous : an 850 avec un écart de 75 ans), et en Suisse, l’église Santa Maria Assunta de Chiggiogna et l’église Sant'Ambrogio de Chironico (mais les deux à deux absides seulement). Nous serons peut-être obligés de revoir nos datations.


Datation envisagée pour l'église Saint-Pierre de Müstail : an 875 avec un écart de 75 ans.