La lagune et le groupe cathédral de Torcello  

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Nous avons visité Torcello en novembre 2005, bien avant la création de ce site Internet, en janvier 2016. Nous avions eu connaissance de cet îlot de la lagune vénitienne grâce à la lecture du livre Vénétie Romane de la collection Zodiaque, écrit par Gianna Suitner Nicolini, architecte. Ce livre nous a été très utile dans notre recherche.

Un bon nombre d’images de cette page et des trois suivantes, toutes consacrées à Torcello et ses monuments, ont été prises lors de cette visite. Les autres sont extraites de galeries d'images d’Internet.


La lagune Vénitienne et l’île de Torcello

La page du site Internet Wikipédia consacrée nous apprend ceci sur l’île de Torcello :

« Première zone de peuplement de la lagune à partir du VIe siècle, Torcello en devient l'île la plus peuplée et compte quelques milliers d'habitants au Xe siècle. L'envasement de ses canaux et la propagation de la malaria conduisent l'île à être peu à peu désertée. En 2018, Torcello ne compte plus que quatorze habitants (contre une soixantaine encore en 2009).

Torcello est située dans le nord de la lagune de Venise à proximité du continent et des îles de Burano et Mazzorbo.

Histoire

À l’époque romaine, Torcello est probablement un lieu de villégiature de la noblesse d'Altinum, dont l'île emprunta le nom de Turricellum à une de ses portes. Lors de la chute de l'’Empire romain d’Occident, l'île devient un refuge pour les Vénètes fuyant la terre ferme et est l'une des premières îles de la lagune à être habitée, tout particulièrement après la destruction d'Altinum par les Huns en 452.


Après la guerre des Goths au Ve siècle, la Vénétie maritime fait partie de l’Italie byzantine. Les invasions barbares, notamment lombardes et franques, se traduisent par un afflux de réfugiés attirés par la protection relative de l'île, parmi lesquels l'évêque d'Altinum lui-même. En 638, Torcello devient le siège épiscopal officiel ; les habitants d'Altinum y apportent les reliques d’Héliodore.

Torcello se développe principalement entre les VIIe et Xe siècles, après la reconquête de l’Italie par le général romain Bélisaire. Elle maintient d'étroits liens culturels et commerciaux avec l’exarchat de Ravenne, Rome et le reste de l’Empire romain d’Orient, tout en s'assurant d'une autonomie politique croissante vis-à-vis de Constantinople et en prospérant à l'intérieur de la confédération d'îles qui donnera naissance à l’État vénitien : Ammiana, Burano, Costanziaco, Mozzarbo et Rivoaltol.


Au Xe siècle, Torcello compte 10 000 habitants, pas moins de 10 églises et plusieurs couvents. Important comptoir commercial, Torcello est l'île la plus puissante et la plus riche de la lagune. Les salines des marais du lagon forment la base de l'économie de Torcello, et son port se développe rapidement pour devenir un important marché au cœur des routes commerciales de la mer Adriatique et de la plaine du Pô entre l'Orient et l'Occident de l'Europe.

La cathédrale est reconstruite au XIesiècle. Au XIVe siècle, Torcello est le principal centre d'exploitation de la laine du duché de Venise.


À partir du XIIe siècle , la partie de la lagune entourant Torcello s'envase. À partir de Rivoalto, Venise se développe et domine l'économie de la lagune, mais néglige son entretien. La navigation hauturière ne peut plus atteindre Torcello et la malaria s'y propage. Les habitants quittent alors l'île pour aller s'installer à Burano, Murano ou à Venise où le pouvoir politique se déplace peu à peu. Progressivement désertée, Torcello devient une simple paroisse lorsque le siège épiscopal déménage à Murano au XIVe siècle. Les matériaux de ses bâtiments sont réutilisés en masse pour permettre le développement de Venise, à tel point qu'en 1429, le doge Francesco Foscari ordonne au podestat de Torcello de mettre fin au pillage du marbre et des pierres de l'île. [...] »


Commentaires divers

Ce texte est révélateur de l’évolution territoriale au cours des siècles, non seulement de la lagune vénitienne mais aussi, par comparaison, de toutes les zones d’embouchure de fleuves. Nous avons d’ailleurs commencé à évoquer cela dans la page intitulée Exemple de démarche globale. Le littoral : des îles Stoechades au Zuiderzee en passant par la ville d'Ys et le Mont Dol de l’onglet Histoire de notre site Internet. La logique est simple : lorsqu’il y a de forts orages, il y a dégradation des sols par ruissellement des eaux. Les alluvions se répandent au fond des vallées, régularisent le cours des rivières et finissent par se déposer au fond des mers, créant à proximité des côtes des zones peu profondes. Les courants marins créent des cordons littoraux qui isolent des étangs côtiers. Cependant les rivières qui ont contribué à cet alluvionnement doivent toujours être en contact avec la mer. Il y a donc des passages (appelés « graus » en Bas-Languedoc) à travers ces cordons littoraux. Grâce à ces graus, les ports d’embouchure des fleuves peuvent poursuivre leurs activités commerciales. Mais cela ne dure que le temps de quelques siècles (durée variable en fonction du contexte local). Car le processus d’alluvionnement a continué et les ports finissent par s’ensabler. Donc un nouveau port d’embouchure est créé en aval du premier. Et ainsi de suite. En conséquence, sur un fleuve un tant soit peu important, on peut avoir, d’amont en aval , une chaîne de ports, autrefois d’embouchure, qui, tous, à une période donnée, ont développé une grande activité maritime, et ont, soit disparu, soit opéré une reconversion.

L’exemple que nous avons ici est significatif. Le premier port qui nous est connu (il y en a eu peut-être d’autres avant) est celui d’Altinum, ville opulente à l’époque romaine. À l’heure actuelle, le site se trouve à l’intérieur des terres (Quarto d’Altino, sur l’image 1). Au moment où Altinum disparaît, Torcello prend le relais et devient opulente pendant cinq siècles et finit par disparaître. Vient ensuite Venise qui, à son tour, est menacée de disparition.

Il nous semble que ce processus de déplacement de l’activité portuaire est normal . Il est d’ailleurs bien décrit en ce qui concerne Torcello, car outre l’envasement du port, il y a création d’une zone marécageuse insalubre. Il nous semble que l’explication qui nous est donnée d’un déplacement des peuples de l’intérieur des terres vers les îles provoqué par les invasions barbares est un peu trop simpliste.



Le groupe cathédral


On retrouve dans cette île de Torcello une notion spécifique au premier millénaire décrite à de nombreuses reprises sur ce site Internet. C’est la notion de groupe cathédral. Un groupe cathédral est un ensemble de plusieurs églises très proches les unes des autres. Parmi ces églises, il y a la cathédrale, le plus souvent dédiée à Notre-Dame de l’Assomption (c’est le cas ici). Puis un baptistère, le plus souvent dédié à Saint-Jean-Baptiste, en général à plan centré, circulaire ou polygonal (c’est le cas ici). Et puis éventuellement d’autres églises, souvent dédiées au saint du lieu. Dans les pages suivantes, nous décrirons les deux églises encore debout, Santa Maria Assunta et Santa Fosca. Parlons rapidement du baptistère.


Le baptistère (images 6, 9, 10, 11 et 12)

Il reste peu de choses de celui-ci. On le repère en haut et à gauche sur le plan de l'image 6. Son plan presque circulaire était modifié coté Est par un espace en lien avec la cathédrale. Il était doté d’un noyau central porté par huit colonnes. Au centre se trouve la piscine baptismale à plan circulaire.

Par rapport à d’’autres baptistères rencontrés auparavant, nous notons une particularité : le baptistère est situé côté Ouest dans l’alignement de l’axe de la cathédrale. Nous avions constaté la même particularité à Murano. Nous venons de le vérifier aussi en ce qui concerne Poreč (Istrie/Croatie). Il est possible que ce soit une spécificité des monuments situés sur l’exarchat de Ravenne.


Datation envisagée pour le baptistère de Torcello : an 800 avec un écart de 100 ans.