La basilique Santa Maria Assunta de Torcello
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Nous n'avons pas visité cette basilique. La plupart des
images de cette page sont extraites de galeries d'Internet.
La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette église
nous apprend ceci :
« L'édifice
le plus remarquable de l'île de Torcello est la cathédrale
Santa Maria Assunta (Notre-Dame de l'Assomption), bâtie en
639 sous le règne d’Heraclius. Selon une inscription en
latin gravée à gauche du chœur, elle aurait été fondée par
l’exarque de Ravenne Isaac. Il s'agit du document le plus
ancien de l'histoire de Venise :
“ In n(omine) d(omini) D(e)i n(ostri) Ih(es)u Xr(isti),
imp(erante) d(omi)n(o) n(ostro) Heraclio p(er)p(etuo)
Augus(to), an(no) XXVIIII ind(ictione) XIII, facta est
eccl(esia) S(anc)t(e) Marie D(e)i Genet(ricis) ex
iuss(ione) pio et devoto d(omi)n(o) n(ostro) Isaacio
excell(entissimo) ex(ar)c(ho) patricio et D(e)o vol(ente)
dedicata pro eius merit(is) et eius exerc(itu). Hec
fabr(ica)t(a) est a fundam(entis) per b(ene) meritum
Mauricium gloriosum magistro mil(itum) prov(incie)
Venetiarum, residentem in hunc locum suum, consecrante
s(anc)t(o) et rev(erendissimo) Mauro episc(opo) huius
eccl(esie) f(e)l(ici)t(er). ”
(“ Au
nom de notre divin Seigneur Jésus-Christ, selon l'édit n°
13 de la 29e année du règne de notre seigneur
le perpétuel Auguste Héraclius, a été réalisée l'église de
Sainte-Marie la Mère de Dieu, par ordre du pieux et dévoué
seigneur, son excellence l'exarque Isaac, volontairement
voué à Dieu pour et par ses mérites civils et militaires.
Elle a été construite dès ses fondations par le bien
méritoire Maurice, glorieux commandant militaire de la
province de Venise, résidant en ce lieu ; le saint et très
révérend Mauros étant consacré avec succès évêque de cette
église. ”).
Intérieur
L'intérieur, à trois vaisseaux, repose sur des colonnes en
marbre grec à chapiteaux.
Le pavement de mosaïques a été réalisé au XIe
siècle, les bas-reliefs datent du XIe siècle et
les peintures du XVe siècle. L'iconostase est
un exemple de la toute fin de l'art byzantin pictural (XVe
siècle). L'autel de la cathédrale abrite un sarcophage
romain renfermant les reliques de Saint Héliodore.
De somptueuses mosaïques, réalisées entre le XIIe
siècle et le XIVe siècle, couvrent les murs de
l’abside et des deux chapelles encadrant le chœur. Au
revers de la façade s'étire une immense et majestueuse
mosaïque représentant le Jugement Dernier. Les mosaïstes
des XIIe et XIIIe siècles
s'inspirèrent des canons esthétiques byzantins en symbiose
avec l'esprit de l’art roman. [...] »
Commentaires
au sujet du texte de Wikipédia
Remarque initiale : nous aurons l’occasion de revenir un peu
plus loin sur l’étude et la datation des diverses pièces
artistiques.
Concernant la datation de la construction initiale, « en
639 sous le règne d’Heraclius », il importe certes
de tout revérifier. Mais il y a une très forte probabilité
pour que l’information obtenue soit vraie. Il s’agirait, en
conséquence, d’une information très importante car elle
permettrait de dater un style d’architecture. En fait,
l’opération est plus complexe qu’on ne l’imagine. Cette
complexité, on peut d’ailleurs l’appréhender à partir du
texte même de Wikipédia. Car lorsque la date de 639 est
évoquée, on a tendance à tout rapporter à cette date,
l’église avec sa nef et son chevet, le clocher, les
sculptures, les mosaïques, etc. Hors le texte e Wikipédia
révèle des dates différentes, parfois postérieures de plus
de cinq siècles à la construction initiale. Il n’y a donc
pas un seul style d’architecture mais plusieurs qui se
superposent. Il est très peu probable qu'à un moment donné
de son histoire, cette église ait été totalement
reconstruite. En conséquence, des restes de la construction
de 639 doivent subsister dans l’édifice actuel. Il importe
de les retrouver et de les identifier. Ce qui permettra de
déterminer le style d’architecture développé au VIIe
siècle. On peut faire la même opération à la basilique
euphrasienne de Poreč (Istrie/Croatie), elle datée du milieu
du VIe siècle par une inscription. La découverte
éventuelle ou un réexamen d’autres inscriptions (exemple :
le linteau d’une ancienne église de Narbonne daté du Ve
siècle) pourrait permettre d’établir une chronologie.
Nous sommes cependant un peu surpris par tout cela. Au cours
de notre recherche, nous avons découvert trois édifices dont
la construction initiale pouvait être datée par des
inscriptions épigraphiques. D’autres inscriptions
épigraphiques sur des mosaïques ou des stèles funéraires
peuvent conduire à des datations. La surprise vient du fait
que ces diverses inscriptions, on ne les trouve qu’au
premier millénaire, avant l’an 700, ou, beaucoup plus tard,
par exemple sur des linteaux de portes, après l’an 1600. Il
existe certes au cours du Moyen-Âge, des inscriptions. Mais
elles sont rares, isolées, de caractère non officiel,
s’apparentant à des graffiti. Il est donc paradoxal que l’on
ait de telles inscriptions pour des monuments très anciens
et aucune pour des monuments plus récents alors que c’est le
contraire qui aurait dû se produire. Le paradoxe est
d’autant plus grand qu’il existe un invariant au cours des
siècles : la nature humaine. De tous temps, chaque être
humain veut laisser une trace de son passage dans
l’histoire. Et c’est vrai en particulier pour tous ceux qui
ont construit des monuments et qui veulent marquer de leurs
noms, bien en vue, ces réalisations. Nous pensons donc que
si, au Moyen-Âge, cela n’a pas été fait, c’est parce qu’il y
avait interdiction de le faire.
Analyse de l’architecture
de l’édifice
Le campanile (images 2 et
3) est décoré d’arcatures lombardes datables du XIe
siècle (premier style de construction). Il en est de même
pour deux absidioles du chevet, mais pas de l’abside
principale (image 4).
La façade Ouest est quant à elle décorée de grandes arcades.
Nous pensons que le style de grandes arcades ou, plus
exactement, la technique de construction, a précédé celui
des arcatures lombardes.
Cette église a tous les éléments
caractéristiques des premières basiliques romaines : nef à
trois vaisseaux charpentés, vaisseau principal surhaussé par
rapport aux collatéraux permettant l’ouverture de fenêtres
supérieures pour éclairer la nef, vaisseau principal porté
par des colonnes cylindriques monolithes et des arcs en
plein cintre (images de 6
à 10). On note de plus l’absence de diverses
innovations que l’on trouve d’habitude dans des églises
romanes du XIe ou XIIe siècle. Ainsi,
il n’y a pas de transept. Plus significatif encore : il n’y
a pas de crypte ! C’est logique direz-vous : le sol de
l’église est à moins de deux mètres au-dessus du niveau de
la mer ; s’il y avait une crypte, elle serait constamment
inondée ! En fait, en constatant qu’il n'y a pas de crypte,
nous « tordons le cou » à l’idée suivante selon laquelle les
cryptes sont antérieures aux églises (ceci peut être vrai
pour certaines églises récentes mais dans la plupart des
cas, au Moyen-Âge, les cryptes sont aménagées dans des
églises déjà construites). Dans le cas présent, imaginons
que l’église ait été entièrement construite à partir du XIe
siècle. L’évêché de Torcello possède des reliques insignes
de Saint Héliodore. Afin d’honorer les reliques de ce saint,
on est obligé de construire une crypte. Et donc on construit
une crypte qui sera de plain-pied et l’église au-dessus. Si
la crypte du XIe siècle n’a pas été faite,
l’église au dessus ne peut être du XIe siècle
mais bien antérieure.
L'image 12 du mur
du fond révèle une autre absence. Que voit-on ? Une immense
mosaïque semble-t-i presque intacte, avec à sa base une
seule ouverture, la porte d’entrée. Que manque-t-il ? La
tribune ! Presque toutes les églises romanes ont une tribune
à l’Ouest. Il y avait un ouvrage Ouest. Cet ouvrage Ouest
permettait de passer d’un collatéral à un autre sans
traverser la nef.
Inversement, on note un petit ajout par rapport aux églises
primitives. Ces dernières avaient, pour la plupart, un
chevet à une abside en prolongement du vaisseau central.
L’ensemble nef, abside et pièces encadrant l’abside pouvait
être inséré dans un massif rectangulaire et donc invisible
de l’extérieur. Ici nous avons un chevet à trois absides
semi-circulaires proéminentes et en prolongement des
vaisseaux de la nef. Ce plan très caractéristique est très
fréquent. Il a été probablement utilisé pendant plusieurs
siècles. La date de 639 constitue un repère pour la datation
de ce plan d’église.
Images
13 et 14 : Sarcophage de Saint Héliodore. Il est
décoré de griffons. Nous ne pensons pas que ces griffons
ainsi que les personnages nus tenant le cartouche portant le
nom des défunts (image 14)
soient les éléments d’un simple décor. Ils devaient être
représentatifs d’une croyance païenne (nous ignorons
laquelle). En tout cas, nous voyons dans la scène des
griffions symétriques entourant une colonne (Un autel ? Une
colonne portant une corbeille de pains ?), une sorte
d’avatar de la scène des « oiseaux au canthare
», symbolique d’immortalité.
Image 15 :
Sarcophage chrétien sculpté de deux croix pattées et d’un
chrisme.
Image 16 : Partie
de la clôture de chœur, côté gauche. La plaque de chancel
située à droite présente deux paons s’abreuvant au Vase de
Vie (toujours les « oiseaux au canthare »). Ils sont
entourés de pampres de vigne.
Image 17 : Partie
de la clôture de chœur, côté gauche. La plaque de chancel
située à gauche est identique à celle vue ci-dessus. Celle
de droite présente un Arbre de Vie encadrée par un couple de
lions dressés sur leur séant ainsi que d’autres couples
d’animaux.
Image 18 : Décor
de marches d’un escalier permettant d’accéder à la chaire.
Il est formé de deux plaques de chancel. Celle de gauche
contient une croix pattée. Celle de droite contient une
scène historiée. Il s’agit probablement de la lapidation de
Saint Étienne. Les pieds du Saint reposent sur des disques
ailés. Probablement les pierres de la lapidation qui
envoient directement la saint vers le Ciel.
Images
19 , 20, 21 et 22 : Lors de notre visite en 2005,
nous avons photographié cette porte (image
19, la photographie est floue). Nous ignorons où la
porte est située. Les images
20, 21 et 22 sont des vues de l’encadrement de
cette porte. On constate que le style est analogue à celui
des plaques de chancel.
On retrouve le même style avec comme principaux
représentants une croix pattée entourée de feuillages
stylisés sur l’imposte de l'image
23 et sur les tailloirs des chapiteaux des images 24, 25, 26 et 27.
L’auteur du texte de Wikipédia nous dit ceci : « les
bas-reliefs datent du XIe siècle ». Si
les bas-reliefs en question sont ceux que nous venons de
voir (images de 16 à 27),
nous les estimons nettement plus anciens. Datation
envisagée : an 850 avec un écart de 100 ans.
La
mosaïque de pavement (image
28)
Il s’agit d’une mosaïque en opus
sectile, de même style que celles vues à Murano.
Une datation du XIIe siècle est possible.
Les mosaïques de l’abside
principale (images
29 et 30)
Le fond de l’abside principale est divisé en trois
registres. Sur le registre du haut, un seul personnage est
représenté sur fond d’or, La Vierge Marie. Une bande
contenant un texte écrit en latin crée une séparation entre
cette scène et celle d’un cortège de saints. Il n’y avait
probablement pas de mosaïque mais des fresques dans le
registre inférieur. Elles ont été remplacées par un décor en
zigzag.
Le texte de Wikipédia date du XIIe siècle
l’ensemble des mosaïques de l’église. Concernant cette
abside, la mosaïque qui nous intéresse le plus est celle
représentant la Vierge ainsi que la scène de l’Annonciation
située au-dessus dans les écoinçons. La représentation de la
Vierge sur fond d’or est pour nous assez énigmatique, car
nous avons plutôt l’habitude de voir des surfaces
surchargées de personnages comme celle abordée plus loin du
Jugement Dernier. On peut comparer cette scène à celle vue
auparavant à Murano. Mais peut-on réellement les comparer.?
Il y a de fortes ressemblances entre ces images : mêmes
couleurs, mêmes attitudes des personnages, mêmes tapis aux
pieds de la Vierge, ... et ainsi de suite. Il y a pourtant
une différence importante . Celle-ci porte l’Enfant-Jésus
dans ces bras alors que celle de Murano a les deux mains
dressées comme pour un refus (peut-être un signe d’accueil
?). Très probablement, compte tenu du contexte, les
mosaïstes ont voulu représenter Notre-Dame de l’Assomption.
La représentation à l’Ouest de l’Europe serait celle de la
déesse assise sur un trône, le trône épiscopal. Notre idée
est que cette représentation a évolué. D’abord sous la forme
d’une Vierge assise portant sur ses genoux un petit
personnage qui ne serait autre que l’évêque successeur de la
Vierge sur le trône épiscopal. Ce petit personnage aurait
ensuite pris l’allure d’un enfant, plus tard interprété
comme étant l’Enfant Jésus. On aurait ainsi obtenu l’image
typique des vierges romanes, une image figée, peu amène,
institutionnalisée (comme celle des Marianne de nos mairies,
très belles mais qui ne rigolent pas). Par la suite, cette
image rigide se serait adoucie et les vierges gothiques sont
empreintes d’affection vis-à-vis de leur Enfant. La Vierge
de Torcello fait partie de ces vierges gothiques. La Vierge
de Murano n’en fait pas partie. Il est possible qu'à
l’origine, les deux Vierges aient été identiques entre
elles, sur le modèle de celle de Murano. Plus tard, au XIVe
siècle, voire plus encore, un évêque du lieu a estimé que
l’image de la Vierge ne correspondait plus à celle de son
temps, le temps des Vierges à l’Enfant. Il aurait donc
décidé d’adjoindre l’image d’un enfant à cette
représentation primitive, en remplaçant la partie supérieure
droite du corps de la Vierge par le corps de l’Enfant. Nous
nous doutons qu’un tel scénario peut susciter le déni et le
rejet. Il est cependant possible d’opérer des vérifications,
y compris à partir de l'image
30. Car, pour que la substitution soit possible,
les mosaïstes on dû réaliser séparément le panneau de
l’Enfant Jésus, puis ils l’on inséré dans l’emplacement
qu’ils avaient prévu. On constate que, globalement, cette
insertion est satisfaisante. Mais, il y a quelques petits
problèmes au niveau de la jonction des deux images, ainsi
les mains de la Vierge ou du Christ qui apparaissent
déformées ou l’auréole du Christ en partie recouverte par le
manteau de la Vierge.
Il y a enfin un autre détail que l’on trouve non pas sur
cette mosaïque, mais en face, sur la mosaïque du Jugement
Dernier. On découvre en effet, dans le registre inférieur de
l'image 41,
une autre représentation de la Vierge. Son attitude, les
mains levées en signe plutôt d’accueil que de rejet, est
identique à celle de la Vierge de Murano.
Nous tirons de cette analyse deux conclusions. Pour la
première, nous estimons que les représentations des vierges
sur fond d’or comme celle de Murano ou celle de Torcello
dans sa version primitive sont très antérieures au XIIe
siècle, contrairement à ce qui est écrit sur Wikipédia. Dans
notre analyse de la mosaïque de la Vierge de Murano, nous l
‘avions estimée. La comparaison que nous venons de faire
entre les représentations des deux Vierges, celle de Murano
et celle du Jugement dernier, nous amène à la deuxième
conclusion : la mosaïque du Jugement Dernier doit être
probablement datée des « alentours du VIIe siècle
».
Les.mosaïques de
l’absidiole Sud (images
31 et 32)
On retrouve un fond d’abside partagé en deux registres. Au
niveau supérieur, le Christ en Gloire ; au niveau inférieur,
un cortège de saints (image
31).
Image 32 : Le
Christ est représenté sur un fond d’or, assis sur son trône
céleste. Il n’est pas entouré de l’habituelle mandorle. À la
différence des Vierges qui étaient isolées au centre de la
voûte, il est encadré par deux archanges, Michel et Gabriel.
Une question se pose : comment avons nous su le nom de ces
anges ? La réponse est simple : il suffit de lire sur
l’image les mots au dessus de chacun d’entre aux. On a
ainsi, à gauche, « SCS MICHEL », et, à droite, « SCS GABRIEL
». Nous avouons que ces mots apparaissant copiés du français
suscitent plutôt notre incompréhension. Nous n’arrivons pas
à dater cette représentation, qui serait plutôt antérieure
au XIIe siècle.
Il en est de même pour la mosaïque de voûte de l'image
33 : les anges portés par la sphère cosmique
servent d’atlantes pour le domaine céleste où se trouve
l’Agnus Dei. Nous pensons qu’une dévotion plus
particulièrement adressée à l’Agnus Dei s’est développée à
partir du VIIe siècle, principalement à Ravenne.
La
mosaïque du Jugement Dernier
Nous donnons ici les explications fournies par la page de
Wikipédia :
« Cette
mosaïque en six bandes couvre toute la hauteur du mur de
revers de façade, à l'exception des deux premiers mètres
du sol, et se lit de haut en bas. Elle se décompose en
deux parties : en haut, sont représentées la Mort et la
Résurrection du Christ (registres 1, 2 et 3). En bas,
figure le Jugement lui-même (registres 4, 5 et 6).
Registre 1 : La Crucifixion (partie haute de l'image 35).
Registre
2 : La Descente aux enfers (partie basse de l'image 35).
Le Christ foule les chaînes de l'enfer et un diable
minuscule. Il tient Adam par la main, tandis qu'Ève est en
prière. Derrière elle, s'avancent les rois David et
Salomon. De l'autre côté, Saint Jean-Baptiste est suivi du
groupe des prophètes. Deux immenses archanges (Gabriel et
Michel) portant des globes et vêtus à la mode byzantine
encadrent ce registre.
Registre 3 (image
36) :
Le Christ est représenté sous sa forme à la fois divine et
charnelle, en étant assis dans une mandorle. La Vierge,
Saint Jean-Baptiste et les douze Apôtres les encadrent.
Deux anges portant d'innombrables yeux sur leurs ailes
soutiennent la mandorle d'où coulent des fleuves de feu en
direction de l'enfer (registres 5 et 6 dans leur partie
droite).
Registre
4: Le triomphe de la Croix et l'appel des morts. Au centre
(partie haute de l'image
38),
les instruments de la Passion sont représentés : la sainte
lance, l'éponge et la couronne d'épines. Quatre anges,
dont deux sans corps à la manière orientale (séraphins),
les encadrent. Au pied de la Croix, Adam et Ève sont
agenouillés devant le livre de la vie. À gauche et à
droite, des anges soufflent dans leur trompette pour
appeler les morts au Jugement. Ceux de gauche (image 37)
sortent de la symbolique terrestre : rochers et gueules
d'animaux réels ou imaginaires, sous la forme de momies
embaumées. Ceux de droite (image
39),
de la symbolique de la mer : flots, poissons et monstres
marins. Un ange tient un rouleau à la main et déroule le
ciel pour en faire tomber les étoiles (scène de
l'Apocalypse).
Registre
5 : La séparation des élus et des damnés. Au centre
(partie basse de l'image
38),
l’archange Saint Michel pèse les âmes avec sa balance
tandis que deux diables cornus cherchent à la faire
pencher de leur côté en la chargeant avec les sacs de
péchés. À gauche (partie haute de l'image
41) figurent
les élus répartis en quatre groupes : évêques, martyrs,
moines et femmes pieuses.
À droite (partie haute de l'image
40)
apparaît l'image la plus célèbre de Torcello : les damnés
plongés dans les flammes et tenus en respect par deux
anges. Lucifer, tout noir avec ses cheveux ébouriffés et
un regard de dément est assis sur le Léviathan à deux
têtes (serpent aquatique de l’Apocalypse annoncé par
Isaïe). Il tient sur ses genoux l’Antéchrist. Autour de
lui virevoltent sept diablotins personnifiant les sept
péchés capitaux : l’orgueil, l’avarice, la luxure, la
colère, la gourmandise, la paresse et l’envie. Ils
évoluent au milieu de têtes humaines représentant des
dignitaires et des gens du peuple soumis au même jugement
quelle que soit leur condition.
Registre
6: Le traitement des élus et des damnés. À gauche
(partie basse de l'image
41),
les élus se trouvent au Paradis où pousse du pavot. Saint
Pierre avec ses clefs, Saint Michel, un ange aux ailes
ornées d'yeux, le Bon Larron, la Vierge et les élus se
tournent vers Abraham qui tient le Christ sur ses genoux.
À
droite (partie basse de l'image
40),
la célèbre mosaïque des damnés recevant leurs peines en
fonction de leurs péchés : les luxurieux et les
orgueilleux sont jetés dans les flammes ; les gourmands
sont nus, affamés et se rongent les mains; les coléreux
sont jetés dans l'eau froide ; les envieux ont les yeux
dévorés par des vers ; les avares sont décapités et les
paresseux démembrés. »
Analyse de cette mosaïque
Nous avons écrit précédemment que, par le fait de la
comparaison de deux images de la Vierge Marie, il était
probable que la mosaïque du Jugement Dernier, soit,
contrairement à la datation du XIIe siècle
avancée par le texte de Wikipédia, nettement antérieure à
l’an mille. Cependant, notre opinion doit être solidement
étayée par d’autres arguments. Et il nous faut admettre que
nous avons de la difficulté à les obtenir. Car si cette
représentation du Jugement Dernier appartient bien au
premier millénaire, ce serait la seule que nous connaissons.
Le Jugement Dernier a été représenté durant le deuxième
millénaire mais un petit nombre de fois. Cela est
probablement dû au grand nombre de personnages qui doivent
être représentés, ce qui exige des investissements
importants. Selon l’article de Wikipédia consacré à ce
groupe d’œuvres, « Le
thème du Jugement Dernier n'apparaît guère avant le XIe
siècle. Le premier exemplaire connu à ce jour fait partie
du cycle de fresques carolingiennes (début du IXe
siècle) au monastère de Saint-Jean de Müstair , en Suisse,
et n'occupe la première place qu'à partir du XIIIe
siècle. ». Nous comptons étudier prochainement la
collégiale de Münstair qui conserve des vestiges préromans.
En attendant, nous constatons la possibilité qu’il y ait eu
des représentations du Jugement Dernier antérieurement à
l’an mille.
Nous constatons surtout ceci : la spécificité de la
représentation de Torcello par rapport à toutes les autres
plus tardives. Elle est affichée en six registres : La
Crucifixion, la Descente aux enfers, le Christ en Gloire
entouré de la Vierge et des saints, le triomphe de la Croix
et l'appel des morts, la séparation des élus et des damnés,
le traitement des élus et des damnés. La plupart des autres
représentations considérées comme postérieures ne
contiennent que trois ou quatre registres. Il semblerait que
la représentation de Torcello correspond à un discours sur
la chronologie des événements. Il y a eu d’abord la
Crucifixion, puis la Descente du Christ aux enfers, Son
Ascension lui permettant de trôner dans le Ciel au milieu
des saints, la fin du Monde avec la résurrection des morts,
le Jugement Dernier, les récompenses et châtiments. Tous ces
évènements apparaissent comme successifs, alors que pour les
autres Jugements Derniers, ces événements semblent
simultanés. En particulier, on ne voit pas dans ces autres
Jugements Drniers les scènes de la Crucifixion et de la
Descente aux enfers. Ces différences apparaissent légères et
on peut certainement en trouver d’autres. Mais nous pensons
qu’elles font apparaître de légères variations dans la
doctrine chrétienne. Or on sait qu'en doctrine chrétienne de
très légers changements peuvent parfois mettre des siècles à
se produire.
Datation
envisagée pour la basilique Santa Maria Assunta de
Torcello : an 650 avec un écart de 100 ans.