La piève San Giorgio de Valpolicella
Nous n'avons pas visité cette église,
c'est la raison pour laquelle les images de cette page
proviennent d'Internet.
La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette église
nous apprend ceci (extraits) :
«
L’analyse des éléments disponibles a permis d’émettre
l’hypothèse de deux phases principales de construction.
Une première phase lombarde, datant du VIIIe
siècle est attestée par les inscriptions sur le ciborium
au-dessus du maître-autel. À cette époque, San Giorgio a
probablement été élevé au rôle de paroisse, assumant des
fonctions religieuses et administratives d’une importance
considérable. Une deuxième phase, que les spécialistes
datent de manière variable entre la fin du IXe
siècle et le XIIIe siècle, a vu l’église
modifiée, agrandie et enrichie d’éléments décoratifs
typiques de l’architecture romane. En 1145, une bulle
papale du pape Eugène III, la Piae postulatio
voluntatis,
mentionne pour la première fois San Giorgio avec le titre
d’église paroissiale, confirmant ainsi son rôle religieux
de point de référence pour les environs.
Un élément artistique d’une valeur particulière à
l’intérieur de l’église paroissiale est le ciborium
susmentionné, un artefact composé d’éléments de l’époque
lombarde et reconstruit lors des restaurations entre 1923
et 1924, qui présente des arcs décorés de bas-reliefs
représentant des motifs géométriques et des figures
symboliques. Les inscriptions sur deux des quatre
colonnes, qui portent les noms du roi lombard Liutprand,
de l’évêque Domenico, et des sculpteurs Orso, Iuvintino et
Iuviano, sont particulièrement intéressantes.
Histoire
Entre 1985 et 1989, des fouilles archéologiques menées à
l’est de l’église ont mis au jour les vestiges d’un
établissement beaucoup plus ancien que l’église elle-même.
En particulier, une cabane rectangulaire datant de l’âge
du bronze moyen, probablement avec une élévation en bois,
et quelques structures de l’âge du fer, utilisées entre la
fin du Ve siècle av. J.-C. et le début du IIe
siècle av. J.- C., ont été trouvées. [...]
Au
cours des fouilles, les vestiges d’un terrassement romain
ont également été identifiés, ainsi que certaines
découvertes datées entre la fin du premier siècle avant
J.-C. et le premier siècle qui témoignent de l’utilisation
de céramiques fines et du commerce avec les régions
voisines. [...]
Malgré
la rareté des trouvailles, San Giorgio a dû conserver un
rôle important au cours du début du Moyen-Âge, du moins
d’un point de vue religieux, comme en témoignent les
éléments remarquables de la sculpture du début du
Moyen-Âge et les colonnes inscrites de l’époque lombarde
présentes dans l’église. C’est probablement déjà à cette
époque que San Giorgio a assumé le rôle d’église
paroissiale (NDLR : « piève »),
bien qu’aucune preuve documentaire n’ait été trouvée. Les
églises paroissiales (pièves) étaient des églises avec
d’importantes fonctions religieuses et administratives, de
sorte que San Giorgio aurait été dotée de son propre
clergé et autorisée à former de nouveaux clercs, à
baptiser et à collecter les dîmes.
Les
témoignages lombards les plus importants sont les colonnes
placées sur l’autel principal, datant du règne de
Liutprand (entre 712 et 744). Les inscriptions qui y
figurent fournissent des informations sur la création du
ciborium (aujourd’hui placé au-dessus de l’autel), financé
par les dons des fidèles et dédié à Saint Jean-Baptiste.
Cela a conduit à supposer l’existence de fonts baptismaux
dans l’église, renforçant l’hypothèse de son rôle en tant
qu’église paroissiale (piève), ou bien que le bâtiment
était initialement dédié à saint Jean (et que le saint
titulaire a donc été changé plus tard). La disposition
actuelle du ciborium, avec ses arcs de styles et d’époques
différents, est le résultat d’une reconstruction de
1923-1924. Sa fonction originelle reste un mystère : il
aurait pu servir d’autel (et donc à 4 arcs), de fonts
baptismaux (probablement à 8 arcs) ou d’iconostase
(c’est-à-dire une balustrade composée d’un ou plusieurs
arcs, qui avait pour fonction de séparer les deux parties
de l’église). Il est également possible que les colonnes
aient été utilisées pour plus d’une de ces structures, qui
ont pu coexister.
Une
hypothétique orientation initiale de la façade vers l’est,
et surtout les inscriptions sur les colonnes du ciborium,
suggèrent que l’édifice catholique actuel a donc été
construit sur un lieu de culte préexistant construit à
l’époque lombarde. La première phase de construction de
l’église remonterait donc au VIIIe siècle, bien
que certains historiens, en particulier Luigi Simeoni,
placent sa fondation dès le VIIe siècle. Pour
témoigner de l’époque lombarde, en plus du ciborium
susmentionné, Alessandro Da Lisca ... émet l’hypothèse que
le mur de façade orienté à l’ouest subsiste également,
avec la seule abside et les deux petites fenêtres placées
au sommet.
En
plus de l’église paroissiale, à cette époque, il y avait à
San Giorgio un château lombard, situé à la tête d’une sculdascia,
ou un quartier mineur à l’intérieur des duchés, qui avait
de vastes pouvoirs administratifs, militaires et
juridictionnels. L’église lombarde avait déjà un clocher
probablement situé au même endroit que l’actuel, mais de
plus petite taille. Celui-ci a ensuite été reconstruit ou
surélevé, prenant les formes romanes actuelles.
[...]
Entre
le XIIe et le XIIIe siècle,
peut-être en raison du tremblement de terre de Vérone en
1117 ou parce qu’elle est devenue insuffisante pour les
besoins des fidèles, l’église lombarde a été en partie
démolie et reconstruite dans le style roman. De l’édifice
précédent, il est fort probable que seule la partie
occidentale avec l’abside a été conservée, décorée d’un
Christ Pantocrator d’inspiration byzantine ottonienne. La
nouvelle structure a été fermée sur le côté oriental par
trois absides, de cette façon le résultat a été un
bâtiment à deux côtés sur les côtés courts, unique dans la
région de Vérone mais un type assez courant en Allemagne.
[...]
San
Giorgio est mentionné pour la première fois avec le titre
de "piève" dans une bulle papale du pape Eugène III datée
de 1145, qui mentionne le "plebem Sancti Georgii
cappellis et decimis et familiis et dimidia curte",
c’est-à-dire l’église paroissiale avec ses chapelles, ses
dîmes, ses familles et la moitié de la cour.
Une
nouvelle phase d’interventions à l’intérieur de l’édifice
sacré a dû avoir lieu au XIVe siècle, en fait
la plupart des fresques qui sont encore visibles semblent
dater de cette période, à l’exception du Christ
Pantocrator dans l’abside occidentale et de la Cène le
long de la nef sud. [...] »
Commentaires
sur le texte ci-dessus
Ce texte, dont nous ne citons que des extraits en rapport
avec notre recherche effectuée sur le premier millénaire,
est très enrichissant et nous en conseillons la lecture
intégrale. On retrouve ici une confirmation de ce que nous
avions écrit sur les pièves, ici appelées « églises
paroissiales ». Selon nous, les pièves seraient des églises
isolées situées en dehors d’agglomérations plus importantes.
Les prêtres titulaires de ces pièves auraient eu
d’importantes responsabilités tant dans le domaine religieux
que civil à l’intérieur d’un territoire important
correspondant à un canton français. À une époque au cours de
laquelle les diocèses pouvaient être de taille réduite,
correspondant aussi à des cantons français, on peut se
demander si ces titulaires de pièves n’étaient pas aussi des
évêques ou du moins de mêmes prérogatives que ceux-ci. En
tout cas, il semblerait bien que ces pièves aient été les
églises paroissiales des barbares. Dans le cas présent, ce
seraient des lombards.
Concernant les pièves, il est un dernier point sur lequel on
aimerait avoir des explications. Cela concerne le
paragraphe, « San
Giorgio est mentionné pour la première fois avec le titre
de "piève" dans une bulle papale du pape Eugène III datée
de 1145, qui mentionne le "plebem Sancti Georgii
cappellis et decimis et familiis et dimidia curte",
c’est-à-dire l’église paroissiale avec ses chapelles, ses
dîmes, ses familles et la moitié de la cour. ».
Que signifient les mots latins « dimidia
curte » traduits par « la moitié de la cour » ? Une
explication qui peut paraître simple et facile mais qui
devient certainement beaucoup plus complexe lorsqu’on
s’attaque aux détails.
Un autre intérêt de ce texte est de nous faire découvrir et
dater un ciborium (images
de 11 à 14) S’agit-il bien d’un ciborium ? Ou d’une
colonnade de fonts baptismaux ? Ou d’un tympan d’entrée de
clôture de chœur ? Le texte hésite là-dessus.Toujours est-il
que la datation ramenant au règne du roi Liutprand (entre
712 et 744) remet en question nos propres datations. Nous
avions en effet parlé « d’entrelacs carolingiens » pour ce
type de bas-relief et envisagé une datation à « l’an 850
avec un écart de 100 ans » (évaluation proposée pour le
ciborium du musée archéologique de Zadar). Donc une
estimation plus tardive de plus de 100 ans. À remarquer
cependant que ce type de bas-relief a pu être sculpté sur
une très longue période : dans le même musée archéologique
de Zadar, est déposée un élément de clôture de chœur portant
le nom du prince Branimir (entre 879 et 892 ; soit 150 ans
après Liutprand). À remarquer aussi que nombre de
commentateurs datent ces sculptures du XIe ou du
XIIe siècle.
Nous sommes cependant assez surpris par ce texte de
Wikipédia. Après un exposé aussi brillant, nous nous
attendions à une conclusion tout aussi brillante, … et
justifiée. Or il nous est dit : « Entre
le XIIe et le XIIIe siècle,
peut-être en raison du tremblement de terre de Vérone en
1117 ou parce qu’elle est devenue insuffisante pour les
besoins des fidèles, l’église lombarde a été en partie
démolie et reconstruite dans le style roman. De l’édifice
précédent, il est fort probable que seule la partie
occidentale avec l’abside a été conservée. [...]
». Le texte hésite à identifier la partie qui a été
conservée mais est formel au sujet d’une reconstruction
entre le XIIe et le XIIIe siècle. Et
il est aussi formel d’une reconstruction «dans
le style roman ». Ce qui signifie sans doute que la
construction précédente n’était pas « dans
le style roman ».
Tout cela nous oblige à revenir aux fondamentaux et à nous
reposer la question : « quelles sont les éléments
caractéristiques du « style roman » des XIe ou
XIIe siècle ?
Eh bien!, ami lecteur, si vous tenez à les connaître, allez
donc sur des sites d’églises de France comme Vèzelay en
Bourgogne ou Orcival en Auvergne. Vous y verrez des nefs
voûtées, des transepts, des clochers de croisée de transept,
des chevets à déambulatoire, toutes choses que l’on ne voit
pas ici. Par contre, si vous consultez des plans d’églises
paléochrétiennes romaines, vous y verrez de fortes
ressemblances avec celui de cette église : nefs à trois
vaisseaux charpentés avec vaisseau central porté par des
colonnes cylindriques monolithes, absence de transept,
absides directement reliées à la nef..
En bref, l’église actuelle de San Giorgio apparaît plus «
romaine » que « romane ». Certes, il est possible qu’il y
ait eu une reconstruction au XIIe ou au XIIIe
siècle, mais il faudrait trouver des preuves de cette
reconstruction, et bien préciser que ce n’est pas dans le
style « roman », mais dans le style « romain ». C’est-à-dire
une reconstruction dans un esprit de conservation des
traditions anciennes. Un conservatisme qui a peut-être
existé mais qu’il faudrait prouver et justifier. Programme
certainement beaucoup moins facile à mettre en place que
d’accepter l’idée que, dans son état actuel, cette église
est plus ancienne que le XIIe ou le XIIIe
siècle.
Il faudrait aussi comparer le plan de cette église avec
celui d’églises de Germanie. Certaines de ces églises comme
celles d’Hildesheim, ou plus près de l’Italie, d’Oberzell,
sur l’île de Reichenau, ont la particularité d’avoir
plusieurs absides : trois en général côté Est, et une côté
Ouest. On constate sur le plan de l'image
5 que c’est aussi le cas de notre église San
Giorgio. Très probablement, les archéologues qui ont étudié
San Giorgio n’avaient pas connaissance de ces églises
possédant une contre-abside côté Ouest. Ils en ont déduit, «
une
hypothétique orientation initiale de la façade vers l’est
», c’est-à-dire un sanctuaire disposé à l’Ouest. A suivi un
changement d’orientation qui selon eux se serait effectué
aux XIIe ou XIIIe siècles, l’abside
Ouest étant conservée lors de ce changement.
Notre analyse de
l’architecture
Selon nous, si les transformations ont eu lieu, elles se
sont effectuées bien avant le XIIe siècle. Mais
examinons tout d’abord l’architecture de l’édifice
principalement à partir du plan de l'image
5, en
vérifiant la perfection du plan. À quoi bon, direz-vous, ami
lecteur, « vérifier la perfection du plan» ? Tout simplement
parce que l’architecte du premier édifice a conçu quelque
chose de parfait. Et cette perfection, il l’a trouvée dans
la régularité des formes et leur symétrie. S’il y a un
défaut dans le modèle, cela ne peut provenir qu’à la suite
de modifications ultérieures.
Voyons donc ce plan de l'image
5. On
remarque d’abord une partie à plan carré traversant le mur
Sud (premier défaut). C’est le campanile. Il ne peut être
que postérieur au plan initial.
À l’intérieur de la nef, les cinq premières travées à partir
de la gauche contiennent quatre rangs de deux piliers à
section rectangulaire alors qu’à droite, on a trois rangs de
deux colonnes cylindriques (deuxième défaut : tous les rangs
devaient être soit à piliers rectangulaires, soit à colonnes
cylindriques, sauf cas particuliers de régularité).
En fait, nous venons de faire une petite erreur : le sixième
rang à partir de la gauche n‘est pas constitué de deux
colonnes cylindriques mais d’un pilier rectangulaire et
d’une colonne cylindrique : troisième défaut. Mais c’est
sans doute le défaut le plus explicable. Il devait y avoir à
l’origine deux colonnes cylindriques. Mais pour une raison
quelconque, la colonne située au Nord a été remplacée par un
pilier rectangulaire.
Venons-en au deuxième défaut. Nous pensons que la
construction de la nef se serait faite en deux étapes. Dans
un premier temps, il y aurait eu construction de la partie
côté Est aux colonnes cylindriques. Puis, dans un deuxième
temps, il y aurait eu construction de la partie côté Ouest,
aux piliers rectangulaires. La contre-abside Ouest aurait
été faite lors de cette deuxième campagne de travaux. Les
deux campagnes de travaux auraient pu se faire au VIIe
-- VIIIe siècle pour la première, au IXe
-Xe siècle pour la seconde.
Datation
envisagée pour la piève San Giorgio de Valpolicella
: an 750 avec un écart de 150 ans.