Les thermes (ou une basilique chrétienne ?) d’Aïn Tounga
Nous n’avons pas eu l’occasion de
visiter ce site archéologique durant le voyage effectué en
Tunisie en avril 2025. Les images de cette page sont
extraites de galeries trouvées sur Internet.
Poursuivons la lecture du texte du Père Silvio Moreno :
« Présence
chrétienne dans la ville
De
sa vie chrétienne, nous ne savons pas grand-chose. On sait
que deux évêques, Aufidius et Iulianus, catholique et
donatiste, étaient présents à la Conférence de Carthage en
411. Dans un point de vue de l’archéologie chrétienne, il
importe de signaler la présence des épitaphes chrétiennes
dans le monument à deux absides trouvé dans la partie
méridionale du site. Ce complexe a fait l’objet d’un
premier dégagement en 1906 sous la direction de J.
Carcopino. Il a mis en évidence le secteur froid du
monument et en a déduit l’existence de thermes : “La
physionomie du monument, le voisinage de la courtine Sud
de la forteresse byzantine où sont réunis — j’ai pris soin
de le constater — tous les fragments relatifs au
lavacrum de
Thignica, l’existence même de cette canalisation double
au-dessous du pavement, disposeraient assez à voir dans
ces ruines les restes d’anciens thermes.”.
Mais l’argument tiré du voisinage de la forteresse est
bien fragile, et la canalisation a pu simplement avoir
pour objet de recueillir les eaux des toits, et ce n’est
là qu’une hypothèse. Ce qui entrave les recherches, c’est
que l’édifice a été de bonne heure occupé par les Arabes.
Quand elles furent découvertes par la fouille, les portes
qui faisaient communiquer la salle centrale avec les
salles à abside étaient hermétiquement bouchées par une
superposition de gros blocs : le monument public des
Romains avait été transformé en trois habitations privées
par les Arabes.
Dans les années 1959-1960, une grande partie de l’édifice
a été dégagée, mais cette recherche n’a donné lieu à
aucune publication. Le nouvel examen des vestiges par H.
Ben Hassen au début des années 2000 aboutit à une première
publication d’ensemble.
Carcopino,
dans son étude en 1906, signale la présence dans les
thermes d’au moins deux épitaphes chrétiennes dans la
salle centrale. Mais il n’arrive pas à en donner une
explication malgré le fait qu’il a commencé à fouiller “à
l’endroit même où les quelques vestiges apparents
au-dessus du sol faisaient placer une basilique
chrétienne”. Malheureusement, la mission archéologique en
2012 ne dit rien non plus de ces vestiges chrétiens dans
les thermes. Moi-même après plusieurs visites au site
entre 2015 et 2018, j’ai aussi trouvé, toujours dans les
thermes mais cette fois-ci dans l’abside nord, deux
épitaphes chrétiennes différentes de celles trouvées par
Carcopino. [...] Or,
ces épitaphes, par leur écriture et style, doivent
certainement remonter aux IVe et Ve
siècles. Cela peut nous permettre de faire une conjecture
assez probable : l’édifice à deux absides (thermes ?)
aurait pu être construit à la moitié du IIIe
siècle selon l’avis de Carcopino, mais rien n’empêche
d’affirmer, par la suite, que dans la ville déjà
chrétienne au IVe siècle, les chrétiens
avaient réutilisé et transformé l’endroit en église. »
Cette analyse du Père Moreno nous semble très intéressante
et conforme à ce que nous avions envisagé en étudiant la vue
par satellite pourtant peu nette. En effet, le plan de cet
édifice à deux absides s’apparente plus à celui d’une
basilique qu’à celui de thermes.
Nous aurons prochainement l’occasion de décrire des
basiliques chrétiennes, comme, par exemple, celles de
Sbeïtla. Leur plan est tout à fait semblable à celui-ci :
deux absides semi-circulaires opposées encadrent une grande
salle à colonnes. Cette salle devait constituer une nef à
trois vaisseaux, le vaisseau central étant porté par des
colonnes monolithes.
Le Père Moreno semble réticent au fait que l’on se trouve en
présence de thermes. Nous le sommes pareillement. Car J.
Carcopino parle d’une zone froide, le
frigidarium, qu’il désigne par une autre
expression, le
lavacrum. D’après le dictionnaire latin-français
Gaffiot, le mot lavacrum
désignerait, soit la salle de bains, soit le baptême. Et de
toute façon, en admettant que la partie dégagée soit le frigidarium,
où se trouve le caldarium
? Le caldarium
est la pièce chauffée par le sol surélevé par des colonnes
de briquettes. Ces colonnes de briquettes, facilement
repérables pour des non initiés, assurent l’existence du
caldarium, et donc de thermes. Il est possible que
les conduites d’eau découvertes par J. Carcopino aient été
installées, non pour des thermes, mais pour une piscine
baptismale.
Pour quelle raison, « la
mission archéologique en 2012 ne dit rien non plus de ces
vestiges chrétiens dans les thermes. » ? Cela
peut-être un oubli, ou une négligence : il serait secondaire
d’en parler. Mais cela peut aussi être une volonté délibérée
de ne pas créer de remous, de ne pas mettre en défaut la
sagacité du célèbre professeur Jérôme Carcopino.
Nous sommes persuadés que ce bâtiment a été une basilique
paléochrétienne.
Il est possible que ce bâtiment à plan basilical ait été
installé sur un bâtiment précédent.
Datation
envisagée pour la basilique paléochrétienne d’Aïn
Tounga : an 475 avec un écart de 150 ans.