La maison de la chasse de Bulla Regia
Nous avons eu l’occasion de visiter ce
vestige du site archéologique de Bulla Regia durant un
voyage effectué en Tunisie en 2025. La plupart des images de
cette page ont été prises lors de cette visite. Les autres
ont été extraites de galeries d’images d’Internet afin de
compléter l’information.
La page du site Internet Wikipédia décrivant ce vestige nous
apprend ceci :
« Bulla
Regia est connue pour ses habitations, dont une vingtaine
a fait l'objet d'un dégagement, datées à partir du règne
de l’empereur romain Hadrien, même si l'aménagement le
plus spécifique semble daté des IIIe-IVe
siècles. Elles offrent la particularité d'être pourvues
d'un étage souterrain, reproduction de moindre ampleur de
l'étage supérieur qui est de plain-pied avec la rue. Cette
solution d'étage enterré est un choix lié, mais pas
seulement, à un faible relief. Les cuisines, qui
nécessitent un espace aéré, ne se trouvent que dans la
partie supérieure. Les habitants trouvent ici une
protection contre la chaleur et le soleil et sans doute
aussi le moyen d'accroître la surface habitée. Cette
architecture domestique offre trois plans-types pour ces
étages en sous-sol.
Premier type : La
“Maison de la chasse”
Dans
les plus riches demeures, comme la “Maison de la chasse”,
les pièces sont distribuées sur deux côtés d'un petit
péristyle carré qui est la source centrale d'aération et
de lumière, des ouvertures secondaires accentuant cet
effet. Il n'y a en effet pas d’atrium
dans les maisons d’Afrique romaine mais plutôt une
véritable cour à ciel ouvert, comme dans les maisons des
médinas arabes ou dans certaines habitations puniques. La
“Maison de la pêche”, du nom de la principale thématique
iconographique du décor mosaïqué, est bâtie selon le même
type.
La “Maison de la chasse” possède un péristyle, mesurant 19
mètres sur 13, orné de colonnes à chapiteaux corinthiens.
En outre, l'étage inférieur possède un dédoublement du
triclinium
du rez-de-chaussée. La technique mise en œuvre, en
particulier dans les voûtes souterraines, est
remarquablement bien conservée. La “Maison
de la chasse” constitue l'unique exemple local où
l'histoire de l'occupation du site a pu être retracée
grâce à des fouilles exhaustives, de l'époque
hellénistique à l'époque byzantine, avec implantation
d'installations diverses dont des thermes privatifs au IVe
siècle. [...] »
Commentaires divers et
étude des images
La description des deuxième et troisième type de maisons en
parties enterrées sera effectuée dans la page suivantes
décrivant la « Maison d’Aphrodite ».
Les images 1, 2 et 3 présentent
la partie supérieure ou « aérienne » de l’édifice. On peut
voir sur l'image 2 quatre
colonnes du péristyle ; devant les deux colonnes de droite,
un mur bas servant de parapet entoure la fosse présente au
milieu du péristyle. On retrouve ce mur au premier plan de
l'image 3. Le plan
d’ensemble de la partie supérieure de la maison est affiché
sur un panonceau en face de la maison. Ce plan est peu
lisible, le Nord étant situé à gauche du plan. Nous
préférons la vue par satellite de l'image
22. Grâce à elle, il est facile d’identifier la
fosse (sous le drapeau violet), le péristyle qui l’entoure,
et plus haut à gauche, la basilique reconnaissable à son
abside. On peut aussi repérer, en bas à gauche, grâce à
l’autre drapeau violet, la maison du paon, dont une partie
est souterraine.
Les images 5, 6 et 7
sont des vues en plongée de la fosse et des colonnes qui
soutiennent le péristyle. On constate que le sol de cette
cour était pavé de mosaïques. On devine dans ce décor très
endommagé un demi-disque entourant deux oiseaux encadrant un
peuplier. Le tout est surmonté par des « nœuds de Salomon ».
Les images 8 et 9
présentent la même colonnade vue en contre-plongée.
Image
9 : Une hérésie architecturale ! C’est
l’impression que l'on a en voyant ces trois lunettes (ou
jours) de forme hexagonale. Certes, il y a un petit côté
esthétique dans cette présentation mais le point de vue
architectural n’y est pas. Car le poids des pierres qui
forment la structure des hexagones se porte en partie sur le
linteau plat du dessous alors que cette masse devrait se
porter sur les piliers par l’intermédiaire d’arcs. La pierre
a une forte résistance à la compression mais faible à la
flexion. Et ces linteaux plats sont soumis à des forces de
flexion. Avec en premier leur propre poids. Mais si on
charge au-dessus, ça casse. Nous sommes donc obligés de
constater qu’il y a là soit une méconnaissance des règles
architecturales (ce qui serait surprenant), soit une volonté
d’agir ainsi. Et dans ce dernier cas, on doit envisager
qu’il y a une raison à cela : y avait-il un décor plus
élaboré à l’intérieur de ces hexagones, à l’image des
rosaces des cathédrales contenant des vitraux ?
Image 10 :
L’intérêt de ce chapiteau corinthien est qu’il s’écarte un
peu du modèle corinthien classique ou du composite (on n’a
pas des feuilles d’acanthe).
Le contenu des autres pièces souterraines apparaît sur les images suivantes de 11 à 17.
Image 11 : Salle
pavée d’une mosaïque presque intacte.
Image 12 : Détail
de cette mosaïque. On constate que le thème est entièrement
répétitif. On ne voit pas à l’intérieur de chaque carré
élémentaire des motifs différents comme on l’observe dans
beaucoup de représentations de mosaïques romaines.
Image 13 : Autre
salle pavée d’une mosaïque.
Image 14 : Détail
de cette mosaïque. Belle mosaïque construite sur une trame à
plan octogonal. Autour d’un octogone central, sont disposés
huit disques circulaires. Chacun de ces disques contient un
fleuron entouré d’un cordon d’entrelacs. Le thème est
répétitif au niveau de la trame. Il ne l’est pas au niveau
des fleurons tous différents, et différents de celui du
centre.
Image 15 : Autre
pavement différent des précédents.
Image 16 :
Entrelacs hexagonal.
Image 17 :
Pavement à base de croix pattées et de croix grecques.
Les
voûtes ( images
18, 19, 20 et 21)
Image 18 : Nous
avons été très surpris par cette forme étonnante rencontrée
pour la première fois. Il s’agit d’un faisceau de tubes
probablement fabriqués en poterie. Ce faisceau de tubes
était installé à l’angle des murs. Il devait porter un arc.
Image 19 : C’est
ce que l’on voit ici. On distingue à peine les tubes du
faisceau. À partir de ce faisceau, deux arcs se séparent,
chacun s’appuyant contre un pan de mur.
Image 20. Les arcs
se rejoignent au sommet de voûte : peut-on dire qu’il s’agit
là d’une voûte en croisée d’ogives ? Ou d’une voûte d’arêtes
? Nous pensons qu’il faudrait une autre appellation à ce
type de voûte, et conserver l’appellation de voûte en
croisée d’ogives ou de voûte d’arêtes à des voûtes bâties en
pierres jointives. Nous ne connaissons pas la méthode de
fabrication de ce type de voûte (qu'il faudrait d’ailleurs
essayer de reproduire) mais nous pensons qu’elle s’apparente
plutôt à celle des voûtes en plâtre ou stuc.
Image 21 : Est-ce
une erreur de notre part, mais il semblerait bien qu'en haut
de l’image, on ait un reste de fresque.
Nous considérons que la construction des arcs et des voûtes
constitue un marqueur important dans l’évolution de
l’architecture. Et donc un indicateur de datation par la
méthode comparative. Savoir comment un arc ou une voûte ont
été construits doit permettre de savoir quand ils ont été
construits. Nous envisageons que ces voûtes ont été
construites durant l’antiquité tardive (au Ve
siècle ?) .
Continuons la lecture du texte de Wikipédia :
« [...] En
outre, on y distingue une basilique privée datée de la
première moitié du IVe siècle et disposant
d'une abside, d’un transept et d'espaces dépendants qui
auraient été une nef s'il s'était agi d'une église. Ceci
aurait pu être un exemple de fusion entre architecture
publique et domestique initiée par la classe régnante du
IVe siècle av. J.-C., espaces bientôt
christianisés car adoptés comme plan des églises et des
cathédrales. Selon Yvon Thébert, l'élaboration du plan à
transept répond d'abord à des problèmes de circulation,
problèmes qui se posent tout autant pour la parade profane
d'un aristocrate que pour des pratiques cérémonielles,
comme le résume le médiéviste Patrick Boucheron :“ les
chrétiens n'élaborent pas le plan basilical associant une
nef et un transept, ils le chargent d'une signification
nouvelle ”. Thébert rappelle l'ancienneté de certains
éléments de ce répertoire architectural, comme l'abside ;
le christianisme, triomphant selon lui, “ recompose de
vieilles formules ” [...] et
cette recomposition [...]
“ est le fait de toute l'architecture tardo-antique ”.
»
La basilique dont il est ici question est visible sur l'image 24. On reconnaît
son abside semi-circulaire, les bras du transept et la nef.
Celle-ci serait large de 5,5 m environ. Dans les pièces qui
l’encadrent, nous ne voyons pas de reste de ce qui pouvaient
être des collatéraux. Ce n’est pas selon nous une basilique
chrétienne, car pour cette époque, la plupart (pour ne pas
dire la totalité) des basiliques chrétiennes avaient des
nefs à trois vaisseaux (plus rarement cinq), le vaisseau
central étant porté par des colonnes. De plus, ces
basiliques n’avaient pas de transept. Par contre, elles
pouvaient avoir des fonts baptismaux. Ce qui n’est pas le
cas ici. Il est possible que cette basilique ait été
utilisée pour percevoir l’impôt comme c'était probablement
le cas pour celle du Kef que nous étudierons ultérieurement.
Remarque : la « basilique » du Kef a aussi un
transept.
Contrairement à ce qui est écrit, nous ne pensons pas que le
transept que l’on a ici ait inspiré les transepts chrétiens.
Nous pensons que le transept des églises chrétiennes est
arrivé tardivement. Il a très souvent été ajouté à des
églises anciennes par modification de travées des nefs. Il
serait apparu à partir du Xe siècle, soit
longtemps après ce que l’on a ici, même en admettant que des
constructions ont pu être effectuées au Ve ou VIe
siècle.
Datation
envisagée pour la maison de la chasse de Bulla
Regia (partie souterraine et mosaïques) : an 400 avec un
écart de 75 ans.