Les bâtiments de spectacles de Carthage 

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Nous avons visité Carthage durant un voyage effectué en Tunisie en 2025. Mais ce fut une visite trop rapide qui ne nous a permis de ne prendre que quelques photographies ; en particulier, nous n’en avons pris aucune des monuments étudiés dans cette page. Nous verrons cependant qu’il reste peu de vestiges de ces monuments. Une visite plus longue n’aurait certainement rien apporté de plus. Les images ci-dessous ont été extraites de galeries d’Internet.


L’odéon (Coordonnées GPS : 36.85877, 10.33045)

Selon la page du site Internet Wikipédia décrivant ce monument :

« De l'odéon ne subsistent que peu de vestiges. Leur état permet toutefois de se rendre compte des travaux de restitution effectués au théâtre, qui lui est adossé, afin de lui donner son aspect actuel. Des fouilles ont été entreprises de 1994 à 1999 sur ce bâtiment, dont la structure était entièrement bâtie. On sait par un texte de Tertullien que sa construction date du règne de Septime Sévère. »

Dans la Grèce antique, l’odéon était une salle de spectacle réservée à la musique et à la poésie. Les romains ont copié les grecs sur cet ouvrage, tant pour son architecture que pour son usage. L’odéon est en général plus petit que le théâtre : c’est le cas ici.

Septime Sévère a régné de l’an 191 à l’an 211, ce qui permet de dater l’édifice.

Image 1 : vue par satellite montrant l’ensemble des édifices cités dans cette page. Le cirque est indiqué par le drapeau rouge, en bas et à gauche. Le drapeau bleu à décor de tour blanche localise l’amphithéâtre. Sur la même ligne horizontale, mais à droite de l’image, on repère l’emplacement de l’ancien théâtre. L’odéon n’est pas indiqué mais il est très proche du théâtre.

Image 2 : détail de l’image précédente ; en bas, le théâtre, en haut l’odéon.

Les images suivantes 3, 4, 5 et 6 montrent l’état fortement dégradé de cet odéon.



Le théâtre (Coordonnées GPS : 36.85783, 10.33944)

La page du site Internet Wikipédia décrivant ce monument nous apprend ceci :

« Le théâtre du IIe siècle a fait l'objet d'une importante restauration, les restes d'époque romaine étant très modestes. De l'édifice conçu pour accueillir 5 000 spectateurs, ne subsistaient que de faibles ruines au début du XXe siècle, tant des gradins que de la scène ou du frons scaenae.

L'édifice est d'un type intermédiaire entre le théâtre grec dont la structure était creusée dans le sol et le théâtre romain souvent construit sur un terrain découvert. Les fouilles ont révélé une destruction précoce par les Vandales, suivie d'une occupation du site par une population indigente. Il est difficile d'imaginer que ce bâtiment ait pu faire l'admiration d'auteurs tels qu'Apulée du fait de la richesse des marbres et des divers éléments de décor.

Cette volonté délibérée de détruire afin de récupérer les matériaux confirme le qualificatif qui fut attribué au peuple responsable de tels actes par l’abbé Grégoire. Toutefois, on y a découvert de nombreuses statues, à présent déposées au musée national du Bardo, dont le célèbre Apollon. Au début du XXe siècle, le théâtre a servi à des représentations diverses, notamment de pièces en costumes d'inspiration antique.
{...] »


Commentaires divers

La phrase « Cette volonté délibérée de détruire afin de récupérer les matériaux confirme le qualificatif qui fut attribué au peuple responsable de tels actes par l’abbé Grégoire. » est peut-être difficile à comprendre pour des non initiés.. Lors de la Révolution française, un des députés, voulant faire apparaître le côté destructeur de certains personnages, les a comparés à des peuples barbares : les Vandales, qui avaient envahi le Maghreb. L’expression est restée dans l’usage courant (remarque : nous ignorions que le député en question est l’Abbé Grégoire) . Il faut dire que l’image très négative que l’on a des Vandales n’est due qu’à un seul témoignage. Il est possible que ce témoignage n’ait pas été très objectif.. Par ailleurs il est fort possible que dans leur conquête du Maghreb, les Vandales n’aient pas été seuls. Ils auraient été aidés par des tribus de l’intérieur.

L'image 8 est une photographie du théâtre tel qu’il était en 1950. Les images 9, 10 et 11 tel qu’il est aujourd’hui. On voit qu’il a été presque entièrement refait. Cela ne donne qu’une idée de ce qu’il pouvait être à l’origine.

Il semblerait que les salles de spectacle aient servi à cacher des statues de religions païennes lorsque les chrétiens ont pris le pouvoir vers la fin du IVe siècle.

Image 12 : Nous n’avons pas de renseignement sur ce bas-relief présent sur le site archéologique. Il s’agit probablement de la face avant d’une cuve de sarcophage. Le personnage du milieu est soit une déesse, soit la représentation de la défunte, peut-être une prêtresse. Elle est entourée de la représentation des saisons. Mais alors que, dans la plupart des cas rencontrés, les saisons sont représentées par des jeunes filles, ici ce sont des bambins, des Amours. En fait, en y regardant de près, si les corps sont bien de jeunes enfants, les traits des visages sont ceux d’adultes. On repère de gauche à droite le Printemps, l’Été, l’Automne, l’Hiver. Chacun des personnages porte deux attributs. Ainsi, du côté du milieu du panneau, un panier de fruits pour le Printemps, une gerbe de blé pour l’Été, une grappe de raisin pour l’Automne, une prise de chasse pour l’Hiver. Nous ne savons pas interpréter les symboles portés par ces Amours, côté extérieur. À remarquer que comme pour les autres représentations de saisons, l’Hiver est le seul personnage portant un vêtement. À remarquer aussi que les personnages, Printemps et Été, d’un côté, Automne et Hiver de l’autre, se font face. Le Printemps et l’Été encadrent un tronc d'arbre dénudé mais dont le sommet semble pourvu de feuilles naissantes. Entre l'Automne et l’Hiver, ce sont des pampres de vigne. On sait que les pampres de vigne symbolisent la Vie. Le tronc d’arbre dénudé pourrait être la Mort. On aurait donc une allégorie de la Vie et de la Mort. Ceci peut nous sembler bizarre car nous associerions plutôt l’Hiver à la Mort et l’Été à la Vie. Mais il faut comprendre que pour les anciens, le printemps commençait au solstice d’hiver, c’est-à-dire ce qui est pour nous, le 21 décembre.

Il est possible que la représentation des Quatre Saisons sous les traits de Quatre Amours soit le résultat du syncrétisme de deux religions.



L’amphithéâtre (Coordonnées GPS : 36.85622, 10.331495)

La page du site Internet Wikipédia décrivant ce monument nous apprend ceci :

« Histoire

L'amphithéâtre de Carthage est construit à la fin du Ier siècle ou au début du IIe siècle, à l'ouest de la colline de Byrsa. Une inscription datée atteste qu'il est en service en 133-139. Il est agrandi au cours du IIe siècle. Selon le poète Luxorius, l'amphithéâtre est encore utilisé au début du VIe siècle, à l’époque vandale.

Au XIe siècle, Al-Bakri donne une description de l'amphithéâtre, qu'il qualifie de monument le “ plus merveilleux de Carthage ” : “ Cet édifice se compose d'un cercle d'arcades soutenues par des colonnes et surmontées par d'autres arcades semblables à celles du premier rang. Sur les murs de cet édifice, on voit représentées des images d'animaux. [...] On y distingue des figures qui symbolisent les vents : celui de l'Orient a l'air souriant, celui de l'Occident a un visage renfrogné. ”.

Pendant longtemps la hauteur de ses arches fait l'admiration des visiteurs du Moyen-Âge, dont Al Idrissi impressionné par la “ construction en cirque formée d'environ cinquante arcades ” ; il précise : “ Au sommet de chaque arcade est un cintre, et sur le cintre de l'arcade inférieure, l'on voit sculptées en relief diverses figures et représentations curieuses d'êtres humains, d'animaux, de navires, le tout exécuté avec un art infini et une immense habileté. ”.

Depuis, l'exploitation du monument par les pilleurs de pierre et de métal l'a nivelé au sol. Aussi, seule l'arène, dégagée à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, subsiste aujourd'hui au milieu d'un bocage de pins, de même que le mur d'enceinte qui a été restauré. »

À la lecture de la phrase « On y distingue des figures qui symbolisent les vents : celui de l'Orient a l'air souriant, celui de l'Occident a un visage renfrogné. », nous serions tentés de nous imaginer que l’antinomie entre les peuples d’Orient et d’Occident était déjà présente durant la période antique. Mais il y a sans doute une autre raison : les peuples anciens associaient l’Orient à la Vie et l’Occident à la Mort, conformément à la marche solaire.

Les images ci-dessous, de 13 à 18, parlant d’elles-mêmes. Nous ne pouvons rien dire de plus sur cet amphithéâtre.



Le cirque (Coordonnées GPS : 36.85067, 10.31451)

La page du site Internet Wikipédia décrivant ce monument nous apprend ceci :

« Le cirque de Carthage est un cirque romain construit dans la cité de Carthage. Mal connu du fait de la destruction de ses structures, il n'est plus guère visible que par une dépression perceptible au niveau du sol. Il a fait l'objet de fouilles lors de la campagne commanditée par l’Unesco.

Histoire


Cyprien de Carthage, évêque de la ville au IIIe siècle au temps de la persécution des chrétiens, témoigne de la popularité du cirque et le cite comme l'une des ruses employées par Satan pour séduire le peuple (Des bonnes œuvres et de l'aumône). Pendant la persécution de Dèce, il doit quitter la ville alors que la foule païenne, rassemblée dans le cirque, crie “ Cyprien aux lions ! ”.

Le 19 octobre 439, les Vandales prennent Carthage par surprise, pendant que les habitants de la ville sont au cirque.

Selon le poète Luxorius, le cirque est encore utilisé au début du VIe siècle, à l’époque vandale.

Le géographe andalou Al-Bakri , qui visite le site de Carthage au XIe siècle, mentionne les ruines du cirque et cite une légende locale selon laquelle du sel était apparu sur les pierres de l'édifice peu avant la conquête musulmane au VIIe siècle, signe prémonitoire de la destruction de la ville.
»

On retrouve dans ce texte l’information selon laquelle les cirques ont été utilisés longtemps après la chute de Rome, au début du Ve siècle.


Image 21 : Mosaïque inspirée par les jeux du cirque (nous n’avons pas retrouvé son emplacement exact dans Carthage). On devine à travers cette représentation le lien sans doute étroit qui devait exister entre les caractères religieux et sportifs dans un amphithéâtre ou un cirque durant l’antiquité. Encore à l’heure actuelle, une salle est réservée à la prière à l’intention du toréador dans les arènes modernes. Nous pensons que ce lien devait être plus important durant l’antiquité. La course de chars à l’intérieur du cirque reproduit une autre course, celle du char solaire autour de la terre. On a ici confirmation du caractère religieux. Dans la partie supérieure, le paon qui fait la roue est le symbole de l’oiseau mythique, le phénix qui renaît de ses cendres, comme le soleil, perpétuellement renouvelé. En dessous, les quatre chevaux sont symboliques de ceux du quadrige gagnant d’une course de chars. Trois grands cylindres les séparent. Ces cylindres sont à l'image de celui offert au gagnant par le personnage qui arrête la course (voir les images 22 et 24). Un pampre de vigne, symbolique de l’Arbre de Vie, jaillit du cylindre central. À coté, un cheval mange une grappe de raisin. Ces divers détails n’ont certainement pas été mis là par hasard. Il y a plus que la recherche du spectacle, du dépassement de la force physique.

La mosaïque représentant le cirque de Carthage (images 22, 23 et 24) serait déposée dans le musée de Carthage. Nous ne comprenons pas pourquoi le quadrige de droite de l'image 23 a été représenté en sens inverse de la course. S’agit-il d’un comportement occasionnel ? Nous ne le pensons pas, ayant vu la même anomalie sur une autre mosaïque de cirque.