Les thermes d’Antonin à Carthage  

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Nous avons effectué une visite très (trop) rapide de ce monument durant un voyage effectué en Tunisie en 2025. Une partie des images de cette page a été prise lors de cette visite. Les autres images ont été extraites de galeries d’Internet afin de compléter l’information.

La page du site Internet Wikipédia décrivant ces thermes nous apprend ceci :

« Les thermes d’Antonin furent édifiés en bord de mer après un grand incendie qui ravagea la cité au IIe siècle, plus précisément entre 145 et 162. Même si le bâtiment constitue l'ensemble thermal le plus important de Carthage, il n'était pas le seul, bien qu'il ne reste aucune partie en élévation d'édifices du même type. Des restaurations ont eu lieu après un tremblement de terre survenu au IVe siècle.

Après l'écroulement d'une partie des voûtes du frigidarium à la fin du IVe siècle ou au début du Ve siècle, le bâtiment a continué d'être utilisé, la désaffectation datant de 638 selon Alexandre Lézine. Ce dernier a travaillé en particulier avec Gilbert Charles Picard durant l’après-guerre au dégagement, à l'étude et à la mise en valeur des ruines au sein du parc archéologique. Des installations d'origine, ne demeurent que quelques vestiges du rez-de-chaussée, constitué par les espaces de service, à proximité du rivage. Les thermes ont servi de carrière de pierres pendant des siècles, et on leur doit quantité de monuments à Tunis et dans de nombreuses villes du nord du bassin méditerranéen, comme Pise.

Abdelmajid Ennabli et Hédi Slim ont pu dire de l'édifice qu'il n'était plus “ qu'un colosse abattu et dépouillé de presque tous ses éléments tant architecturaux qu'ornementaux ”. Par ailleurs, la topographie des lieux a considérablement changé depuis l'Antiquité, les hommes ayant asséché une zone initialement marécageuse et la ligne de rivage étant beaucoup moins nette qu'elle ne l'est désormais. Par ailleurs, le niveau de la mer Méditerranée s'est relevé d'une cinquantaine de centimètres, engloutissant une partie des vestiges, dont la piscine. Les ruines s'étendent sur une longueur supérieure à 200 mètres le long du littoral. L’anastylose (reconstruction d'un monument ruiné à partir des pierres gisant sur place) d'une colonne du frigidarium par une mission archéologique tunisienne pendant la campagne internationale menée par l’Unesco (1972-1992) donne une idée de la magnificence des lieux à l'apogée de la ville romaine, les voûtes disparues s'élevant à une hauteur supérieure à 29 mètres, c'est-à-dire l'équivalent d'un immeuble de six étages. »

Remarque concernant « la désaffectation datant de 638 selon Alexandre Lézine ». Nous aimerions savoir comment Alexandre Lézine a pu déterminer la désaffectation des thermes avec une telle précision. Probablement en utilisant un document daté. Nous voyons cependant dans cette précision, aussi clairement exprimée dans la phrase
« Les thermes d’Antonin furent édifiés …. , plus précisément entre 145 et 162. » , un excès de précision . Excès de précision ? Pourquoi donc ? Est-ce que l’on ne doit pas être précis en histoire ? En fait, nous pensons que le tort de bon nombre d’historiens est de privilégier à l’excès le document écrit. Dans le cas présent, les historiens ont eu la chance de tomber sur des documents datés de 145, 162 et 638. Des documents qui n’avaient peut-être que peu de rapports avec la construction réelle de l’édifice ou avec sa disparition. Mais ayant eu cette chance, ils ont voulu montrer l’importance de cette découverte. Et ils ont négligé le fait qu’ils ne disposaient pas d’une documentation écrite entre les années 162 et 638, soit sur une durée de peu inférieure à 500 ans. Le résultat de cette négligence est que les historiens et les touristes ont tendance à croire qu’entre 162 et 638, il ne s’est rien passé : tous les matins, Monsieur Bidochon est allé prendre son bain dans les thermes dont le plan, affiché à l’entrée du site, est resté le même pendant 500 ans. En fait, on sait très bien qu’il y a sur une longue durée évolution de l’architecture d’un bâtiment et de son usage. À titre d’exemple, pour une durée analogue, le Louvre est passé successivement par les étapes suivantes : château, palais, bâtiment administratif, musée. Ne pourrait-on pas envisager qu’il ait été de même pour ces thermes d’Antonin ? Que s'il y a eu désaffectation (c’est à dire fin de l’activité thermale) en 638, cette désaffectation a été précédée par une désaffection, puis suivie par une réaffectation à d’autres activités, et de nouveau désaffection ?

Nous avouons que nous avons été un peu perdus dans cette visite des thermes. Nous étions incapables de faire la différence entre par exemple, un frigidarium et un tepidarium, et ce, malgré les explications de notre guide, qui, lui, connaissait le plan de l’édifice (images de 7 à 14).

La partie gauche du plan de l’image 4 fait apparaître certaines parties du site appartenant à des périodes précédentes. On y voit des tombes puniques décrites dans une de nos pages précédentes. Ou la chapelle d’Asterius que nous étudierons dans une page suivante. Cette chapelle était située dans un quartier de Carthage soumis à un projet de reconstruction. Elle a été déplacée en cet endroit.


Commentaires divers

En visitant ces thermes, nous avons constaté les différences des appareils de maçonnerie. Examinons par exemple l’image 8. On constate l’existence de deux strates différentes : dans la partie inférieure, les murs verticaux sont faits de gros blocs soigneusement équarris. Dans la partie supérieure, l’appareil est fait de petits moellons non équarris insérés dans un mortier. On pourrait penser qu’il y a eu deux étapes successives de construction, la seconde étape de construction de la partie supérieure paraissant moins évoluée que la première. En fait, nous pensons que ce n’est pas le cas : les parties inférieure et supérieure ont été construites simultanément. C’est ce que l’on constate sur les images suivantes. Mais aussi sur d’autres constructions romaines comme l’amphithéâtre d’El Jem étudié prochainement.

En fait, nous découvrons là un trait particulier de l’architecture romaine : les murs verticaux sont composés de gros blocs soigneusement équarris, le voûtes sont faites de béton. Ce serait selon nous la grande différence entre l’architecture romaine et l’architecture romane pour laquelle l ‘ensemble (murs verticaux et voûte) est composé de pierres taillées et ajustées.

Toujours en analysant les différences d’appareil, on constate qu’il y a eu des ajouts ou des modifications au plan initial. Ainsi l’image 11 fait apparaître trois appareils différents : les gros blocs dans la partie inférieure, le béton dans la partie supérieure en forme de V (point de départ d’une voûte dont on devine l’arc), alternance de pierres et de briques en dessous de l’arc.  Il en est de même pour l’image 13. Cette fois-ci l’appareil en supplément est fait de petits moellons équarris de couleur blanche. Ces moellons ont été placés pour soutenir la voûte.



L’image 14 révèle un autre type de voûte formée de pierres ajustées. Il est possible que cette voûte ait été réalisée longtemps après la période romaine. Il ne faut pas oublier que cette zone de Carthage a été habitée jusqu’au XIXe siècle, voire XXe siècle.

Les images de 14 à 18 montrent une toute petite partie de la décoration extrêmement riche que devait avoir ce monument.


Datation envisagée pour les thermes d’Antonin à Carthage :  an 200 avec un écart de 100 ans.

Remarque : nous tenons compte de l’information donnée ci-dessus (« entre 145 et 162 ») mais sans en exagérer l’importance car nous ne savons pas comment l’information a été trouvée (sans doute une épitaphe parlant d’Antonin le Pieux (138-161) mais nous ne connaissons pas le texte exact de cette épitaphe).