La basilique byzantine de Dermech à Carthage
Nous n’avons pas eu le temps de visiter
cette partie du site archéologique de Carthage durant notre
voyage effectué en Tunisie en avril 2025. Cependant, cette
partie du site a été tellement bouleversée que nous
n’aurions pas appris grand-chose de plus.
Les images de cette page sont extraites de galeries
d’Internet.
La page du site Internet Wikipédia décrivant cette église
nous apprend ceci :
« Les
deux basiliques dites “de Douimès” (mot qui
signifie “voûtes”) se
trouvent actuellement dans le parc archéologique des
thermes d’Antonin. Elles étaient relativement bien
conservées lors de leur découverte, mais l'exposition
montée sur le site des basiliques a entraîné une
dégradation très importante, tant des structures que des
mosaïques, dégradation due au ruissellement de l'eau et à
la fréquentation touristique.
Le premier édifice, qui date du début de l'époque
byzantine et fut découvert relativement endommagé,
comprenait trois nefs. Dans son environnement
archéologique immédiat, se situaient un cimetière chrétien
ainsi qu'un tombeau punique du Ve siècle av.
J.-C.
La
seconde basilique était plus grande, avec ses cinq nefs et
deux sacristies. En outre, y étaient accolés un baptistère
ainsi qu'un autre élément ayant sans doute servi de martyrium,
lieu où l'on rendait un culte à des saints. »
La page du site Internet intitulé Archéologie
et Art Chrétien de la Méditerranée antique, rédigée
par le Père Silvio Moreno, est nettement plus riche en
documentation. En voici de larges extraits :
« Basiliques chrétiennes aux
Thermes d’Antonin
Les basiliques se trouvent actuellement dans le parc
archéologique des Thermes d’Antonin. L’exploration de ce
quartier, le seul fouillé avec continuité, a été réalisée
par Paul Gauckler entre les années 1899 et 1902. Gauckler
avait fouillé et préservé, contrairement à son habitude
pour les monuments romains et byzantins, la basilique
byzantine. Au Sud-Ouest de la “basilique byzantine”, les
fouilles de 1942 ont fait connaître une église (Dermech
II) incomplète et mutilée par les recherches préalables de
Gauckler et finalement les dernières recherches menées
dans le secteur nous ont permis d’identifier en 1955
encore une basilique imposante mais en très mauvais état
(aujourd’hui, elle est disparue), dédiée probablement à
Marina, derrière les grandes latrines des Thermes
d’Antonin.
Rappelons
pour les visiteurs et pèlerins que la chapelle souterraine
d’Asterius a été transférée, provenant du sous-sol du
lycée présidentiel, à Carthage. (NDLR : Cette
chapelle sera étudiée dans une des pages suivantes de notre
site).
Sans
compter la basilique détruite par Gauckler et la chapelle,
la densité des édifices chrétiens est tout à fait
impressionnante. Il fut appelé par les archéologues
“groupe épiscopal” : ce groupe peut contenir plusieurs
églises, un baptistère, des espaces de circulation, des
lieux de résidence, des espaces d’accueil pour les
pèlerins et les pauvres. Tout ce quartier semble
d’ailleurs avoir été remanié au Bas-Empire et à l’époque
byzantine, car les maisons pourvues de pavements de cette
période du IVe-VIe siècles y sont
nombreuses.
Basilique ou Cathédrale
Byzantine (IVe-Ve siècles)
Le
plan de Gauckler-Sadoux, fait de ce monument le plus connu
de la Carthage chrétienne. Cette église située dans le
parc des Thermes d’Antonin, est dotée d’une nef centrale,
quatre bas-côtés et neuf travées avec une abside à l’est.
De 21 m de large sur 35,50 m de long, elle a une
superficie de 750 m2. Ce qui est actuellement
visible appartient à l’époque byzantine (NDLR : Sur
le plan de l'image 4 de
la page de ce site Internet décrivant les thermes d’Antonin,
c’est l’édifice situé à l’extrême gauche affecté du numéro 5
: Église Chrétienne). Au
nord de ce monument, un ensemble baptismal et une chapelle
ont été aménagés (ayant sans doute servi de martyrium
:
lieu où l’on rendait un culte aux saints martyrs).
Les
murs peu épais en “opus africanum” devaient
supporter une charpente et un toit en tuiles à double
pente. Les murs étaient plaqués de marbre. Les colonnades
offrent des fûts divers récupérés dans les édifices
antérieurs. L’abside, surélevée, était entourée d’un banc
en pierre. L’autel se situait au milieu de la nef, entouré
par des colonnettes d’un ciborium. La mosaïque du
“quadratum populi” offre
des motifs géométriques. L’ensemble baptismal situé sur le
flan nord de l’église, large de 12 m et long de 10 m,
était composé de citernes, et d’une cuve hexagonale avec
un gradin inférieur circulaire. Il était plaqué de marbre.
Deux escaliers permettent encore d’y descendre, quatre
colonnes de marbre devaient supporter le baldaquin et
douze colonnes constituaient un carré devant être la base
d’une ouverture. L’édifice baptismal s’ouvrait sur une
chapelle annexe utilisée souvent pour les rites
complémentaires du baptême.
Chronologie
et identification de cette église : la forme des croix
sculptées sur les quelques éléments d’architecture
façonnés de l’église, le plan du chœur, le
synthronos (siège épiscopal) de
la petite chapelle, le type de la cuve baptismale
témoignent des origines byzantines de l’édifice. De plus,
le décor et le coloris des mosaïques, très homogènes,
renforcent cette origine. On regrettera que cette ruine
n’ait pas été entretenue pendant longtemps et qu’on ait
dispersé le matériel. Il s’agit peut-être là de l’une des
cathédrales de la cité. [...] »
À la suite de cette première partie, le Père Silvio Moreno
ajoute un commentaire très intéressant intitulé « Note
sur les baptistères des églises paléochrétiennes »
et des paragraphes plus réduits concernant la basilique de
Marina (il n’y a plus de vestige visible) et la chapelle
d’Asterius. Nous conseillons la lecture de cette deuxième
partie.
Quelques remarques
concernant le texte du Père Silvio Moreno
– concernant le titre
: « Basilique ou Cathédrale
Byzantine (IVe-Ve siècles)
»
Il y a dans ce titre deux expressions contradictoires :
« Byzantine »
et « (IVe-Ve
siècles) ». Selon les sources
historiques, les Byzantins auraient conquis cette partie de
l’Afrique en 533 et l’auraient conservée jusqu’en 698,
vaincus par les troupes arabes. Et donc la période byzantine
correspondrait à la période VIe-VIIe
siècles.
– concernant le « groupe
épiscopal
»
Avant de visiter la Tunisie, nous ne nous attendions pas à
retrouver cette expression. Car c’est une expression que
nous avons rencontrée à de nombreuses reprises en Europe.
Avec la même description que celle que l’on a ici : une
grande église à plan basilical où se trouve le siège de
l’évêque, un baptistère à plan centré et plusieurs autres
églises. Nous ne nous attendions pas à retrouver cette
expression car, en Europe et jusqu’à une date très récente,
de telles configurations étaient, à notre connaissance,
datées du XIe siècle par d’éminents spécialistes,
alors qu’ici elles seraient datées du IVe siècle
par d’autres éminents spécialistes : 7 siècles de différence
c’est tout de même un peu gros pour une filiation !
– nous constatons un
manque de cohérence
Disons le tout de suite : il n’est pas question de critiquer
le père Silvio Moreno pour la contradiction identifiée dans
le titre « Basilique ou Cathédrale
Byzantine (IVe-Ve siècles)
». Nous estimons que cette attitude contradictoire est
commune à l’ensemble des chercheurs. Pour nous, tout vient
du fait qu’il n’existe pas une histoire mais des histoires :
l’histoire de France, l’histoire de la Tunisie, l’histoire
du catholicisme, l’histoire de l’Islam, etc. Et à
l’intérieur de chaque histoire particulière, il peut y avoir
d’autres histoires. Ainsi pour l’histoire de France,
l’histoire de la Bretagne, l’histoire de la Révolution,
l’histoire des Cathares, … En fait on ne devrait pas parler
« d’histoire de ... » mais « d’écriture de l’histoire de ...
». Car lorsqu’on veut commenter une histoire quelconque, on
se heurte à des préjugés, des personnes qui ne veulent pas
que l’on écrive « n’importe quoi » mais qui elles-mêmes on
écrit « n’importe quoi » et s’y maintiennent.
Mais revenons à nos deux constatations. Lorsque nous avons
commencé notre étude, nous avons remarqué que la quasi
totalité des églises d’Europe antérieures à l’an 1200
étaient principalement datées (par les spécialistes) du XIIe
siècle, plus rarement du XIe siècle, et jamais
avant l’an mille. Et ce, bien qu’un grand nombre soient
citées avant l’an mille. Nous en avons déduit que les
spécialistes en question éprouvaient une sorte de « terreur
de l’an mille », en sens inverse des bien connues autres
« terreurs de l’an mille ». Pour ces chercheurs, il n’y
avait eu aucune construction avant l’an mille (hormis
peut-être de toutes petites, en bois, disparues lors de la
grande construction du XIIe siècle). C’était la
première idée. Plus tard nous avons réalisé qu’il pouvait y
avoir une autre terreur : celle de l’an 400. Ou plus
exactement de l’an 410, année de la prise de Rome par
Alaric. En conséquence, le raisonnement a été le suivant :
jusqu’à la fin du IVe siècle, il y a eu les
romains qui ont tout construit et rien détruit, et, à partir
du Ve siècle, les barbares sont arrivés, qui ont
tout détruit et rien construit. Et cela jusqu’au XIe
siècle, au cours duquel les européens ont commencé à tout
reconstruire. Un tel raisonnement peut sembler très
primaire, voire infantile, mais ... ça a marché ! Les
spécialistes y croient ou en tout cas ne le remettent pas en
question. Mais, dira-t-on, dans le cas présent, il y a bien
eu une construction effectuée au IVe ou au Ve
siècle. Oui ... mais c’était par des byzantins, qui étaient
des romains et donc pas des barbares destructeurs ! Comme
pour les fake news des réseaux sociaux, on trouve toujours
des arguments pour y croire.
– mais une incohérence
bénéfique
Car elle permet de faire avancer la réflexion. Relisons par
exemple la phrase du père Moreno : « Gauckler
avait fouillé et préservé, contrairement à son habitude
pour les monuments romains et byzantins, la basilique
byzantine. ». Il y a bien sûr une critique
sous-jacente de l’archéologue Gauckler, qui, probablement,
détruisait les monuments byzantins pour accéder aux
monuments romains. Cette critique ne concerne pas seulement
Gauckler mais beaucoup d’archéologues du passé qui ont très
souvent détruit les couches supérieures pour accéder aux
trésors du dessous sans prendre le temps d’étudier ces
couches supérieures, et, en particulier, de dresser un plan
de celles- ci. Remarquons au passage que, dans le cas
présent, rien n’est dit sur d’éventuelles couches situées
au-dessus des couches byzantines et donc postérieures. On
devine par ailleurs qu’il doit exister sous le monument
byzantin des restes romains ou même puniques.
Mais cette critique de Gauckler est révélatrice du
comportement des archéologues du début du XXe
siècle, obnubilés par le passé romain. Et elle nous conforte
dans notre idée selon laquelle ils ont eu un raisonnement en
forme de « serpent qui se mord la queue » : ce raisonnement
consiste à partir de l’idée que le passé romain de la
Tunisie a été primordial, les périodes suivantes étant de
peu d’importance. En conséquence, on cherche à accéder à ce
passé romain. On détruit donc les couches supérieures
d’abord du Moyen-Âge, puis du Haut-Moyen-Âge arabe, puis de
la période byzantine pour enfin arriver aux couches
romaines. Et si celles-ci ne révèlent pas grand-chose, on
continue avec les couches anciennement occupées par les
puniques, que les romains ont décrit. Les restes d’un passé
ultérieur aux romains ayant été détruits, on en conclut leur
peu d’importance et que c’est bien le passé romain de la
Tunisie qui a été primordial ... et la boucle est bouclée.
Il est probable que les spécialistes ne soient pas
conscients de cette démarche. Nous pensons qu’elle doit
conduire à des dérives. En particulier en ce qui concerne
les datations. Et nous en avons ici l’exemple de l’une
d’entre elles ; la datation d’une basilique byzantine du (VIe-
VIIe siècles) a « dérivé », probablement
inconsciemment, au (IVe- Ve siècles),
soit en moyenne de deux siècles. Il est donc possible que
d’autres datations aient aussi pareillement dérivé, que
telle mosaïque du musée du Bardo estimée du IIIe
siècle date en fait du Ve siècle. Entendons-nous
bien ! Nous n’allons pas remettre en question l’ensemble des
datations des monuments de Tunisie. Nous n’en avons ni les
compétences ni les moyens. Mais nous estimons que la
question de savoir comment ces datations ont été déterminées
doit être posée … et qu’un jour elle sera posée. Car les
connaissances scientifiques en matière de datation évoluent
et se perfectionnent.
Les images de 4 à 9
sont suffisamment claires et peuvent être expliquées par les
textes ci-dessus. Nous commenterons seulement le plan de l'image 3.
On a bien là le plan d’un groupe cathédral avec une
grande basilique, un baptistère, une chapelle et d’autres
locaux paroissiaux. Il faut ajouter à cela une autre
basilique, la basilique de Marina. Si on suit la comparaison
avec les groupes épiscopaux européens, la basilique que l’on
a ici devrait être la cathédrale (ou une des cathédrales de
Carthage) et elle devait être dédiée à Notre-Dame de
l’Assomption.
Comme pour les autres groupes cathédraux, la piscine
baptismale n’est pas située dans une pièce annexe de la
basilique mais dans un véritable corps de bâtiment à plan
centré (plan carré), un baptistère. Ceci caractérise, selon
nous, une pratique baptismale du VIe ou VIIe
siècle.
Remarquons qu'à la différence des groupes cathédraux
d’Europe dans lesquels les divers bâtiments sont séparés
entre eux, il sont ici enserrés dans un même bloc.
Datation
envisagée pour la basilique byzantine de Dermech à
Carthage : an 550 avec un écart de 150 ans.