Le musée archéologique d’El Jem
Nous avons eu l’occasion de visiter ce musée archéologique
durant un voyage effectué en Tunisie en 2025. Les images de
cette page ont été prises lors de cette visite.
La page du site Internet Wikipédia décrivant ce musée nous
apprend ceci, concernant ses collections :
« Dans
une présentation très didactique, il comprend une
importante collection de mosaïques romaines, couvrant une
période allant du IIe siècle au Ve
siècle, qui rassemble une bonne partie des pièces
découvertes dans la ville (comme les mosaïques de la
maison de la procession dionysiaque), un certain nombre
d'autres étant conservées dans les musées de Sousse et
surtout du Bardo.
On
y trouve en outre de nombreuses mosaïques comportant des
ornements géométriques ou des scènes figuratives, avec en
particulier des scènes d'animaux sauvages, des scènes de
chasse mais aussi des scènes de la vie sauvage, dont deux
mosaïques trouvées lors des fouilles effectuées à la
“maison de la procession dionysiaque” : tigre attaquant
deux onagres et lions dévorant un sanglier. Ces
représentations de la vie quotidienne sont typiques des
mosaïques africaines. Les fauves sont traités avec des
coloris riches et de subtils dégradés ; toutefois la
cohésion du décor et des animaux est maladroite. »
Ce musée étant d’un grand intérêt, nous avons voulu lui
réserver une page de notre site plus détaillée que toutes
celles vues sur Internet. Les diverses œuvres déposées dans
le musée étant dispersées d’une façon un peu hétéroclite,
nous les avons rassemblées en respectant le plan suivant :
œuvres diverses (artefacts, statues), mosaïques à décors
géométriques, mosaïques des fauves, mosaïques historiées
(thèmes mythologiques), villa d’Africa. Les œuvres citées
ci-dessus, « mosaïques
comportant des ornements géométriques (images
de 10 à 15), [...] mosaïques
trouvées lors des fouilles effectuées à la “maison de la
procession dionysiaque” :
tigre attaquant deux onagres (image
17) et
lions dévorant un sanglier (image
16) » peuvent être consultées sur cette page, mais
beaucoup d’autres œuvres suscitent l’admiration.
Lors de notre trop rapide visite, nous n’avons pas eu le
temps de photographier les légendes ou commentaires associés
à chaque œuvre. Leur identification est donc malaisée. Dans
la présente page, pour ce qui concerne les œuvres en rapport
avec la mythologie, nous n'effectuerons qu’une analyse
descriptive réduite. Nous comptons reprendre cette analyse
par la suite, lorsque nous aurons terminé la Tunisie après
l’analyse des mosaïques des musées de Sousse et du Bardo.
Œuvres diverses
(artefacts, statues) (images
de 1à 9)
Image 1 :
Briquettes faisant office de voussoirs dans un arc en plein
cintre. On remarque que l’épaisseur de chaque briquette est
constante. La section est un rectangle alors que pour
provoquer la courbure de l’arc, ce devrait être un trapèze
isocèle. Mais comme ces voussoirs sont nombreux et de faible
épaisseur cela ne gêne pas trop, car la courbure de l’arc
est maintenue par un ajout de liant aux interstices les plus
larges. Il y a deux possibilités à cette façon de procéder.
La première est l’ignorance des avantages de la construction
des arcs en blocs de pierres taillées avec soin et précision
(arcs romans). La seconde est la volonté de construire à
moindres coûts tout en ayant connaissance des avantages des
arcs romans. La seconde option a d’ailleurs été utilisée à
des périodes très récentes pour couvrir des bergeries en
voûtes en berceau plein cintre à partir de lauzes mal
dégrossies.
Image 2 : Détail
de l’image précédente. On y voit en premier plan des
poteries cylindriques, partiellement creuses. Chacune de ces
pièces fait à la fois office de mortaise et de tenon ; un
peu comme une pièce de jeu de Lego. Ces pièces sont, selon
nous, destinées à être emboîtées les unes dans les autres
pour constituer un long assemblage cylindrique continu.
Image 3. On voit
ici le résultat : les longs tubes ont été rassemblés en
arrondi et noyés dans un mortier. En fait, nous avons déjà
vu cela dans la Maison de la Chasse à Bulla Regia (image
18 de la page correspondante). Le système était
déjà en place et servait à porter une voûte d’arêtes.
Image 4 : Cette
salle voûtée a été photographiée dans la maison d’Africa.
Compte tenu de l’apparence « neuve » de cette réalisation,
nous pensons qu’il s’agit là d’une reconstitution. Celle-ci
pourrait ne pas être tout à fait conforme à la réalité. Il
semblerait que les matériaux soient récents. Un site
Internet présentant cette image donne cette explication : «
Toit en briques creuses, pour favoriser l’isolation
». Nous ne sommes pas satisfaits de cette explication. Nous
pensons que les constructeurs de l’époque ignoraient la
voûte romane faite de pierres taillées soigneusement
assemblées. Ils ne connaissaient que la voûte en béton.
Celle-ci est excellente pour les voûtes de faible portée
(comme les galeries de l’amphithéâtre d’El Jem). Pour les
portées plus grandes comme ici, ils devaient faire un emploi
plus massif de béton car ce matériau a une faible résistance
à la torsion. Par contre, la terre cuite aurait une plus
forte résistance à la torsion (à vérifier). Ces cylindres de
terre cuite assemblés et retenus par un liant pourraient
donc permettre de constituer des voûtes plus légères et plus
résistantes.
Image 5 : Nous
n’avons pas d’information sur ces céramiques peintes (une
semble vernissée). D’une façon générale, nous cherchons des
informations sur les céramiques vernissées dites « arabes ».
Nous ne savons pas quand les premières sont apparues et où
en est l’origine : en Afrique ? Au Proche Orient ? En Arabie
?
Image 6 : Cuve de
sarcophage à deux absides semi-circulaires.
Image 7 : Stèle
funéraire. Le défunt représenté porte une sorte d’auréole
formée de deux ailes. Ceci signifie-t-il qu’il est monté au
ciel ?
Image 8 : Statue
d’une femme drapée. Elle porte une fine tunique collée à la
peau laissant apparaître les seins.
Image 9 : Statue
d’un militaire portant une cuirasse. Un empereur ? L’artiste
a même représenté le décor de la cuirasse : une tête de lion
et un aigle.
Les mosaïques à décors
géométriques (images
de 10 à 15)
La plupart de ces mosaïques ont été vues ailleurs à des
variantes près. Il en est ainsi de la mosaïque de l'image
10 à décor d’étoile à six branches (étoile de
David). S’agit-il d’une mosaïque de la maison d’un juif ?
Nous n’avons aucune certitude là-dessus. Ce sont des
entrelacs imitant une corde qui décorent les branches de
l’étoile.
Autres entrelacs imitant une corde sur la mosaïque de l'image 11. Un examen un
peu rapide fait penser que le décor est uniquement
géométrique. C’est le cas pour la partie droite de l’image.
Mais un examen plus fin fait découvrir de petites scènes
historiées dans les disques de la partie gauche de l’image :
deux oiseaux, deux poissons, des fruits (figues, grenade,
raisin, pomme).
Image 12 : Décor
de nœuds de Salomon insérés dans des svastikas. Il y a
alternance du sens des svastikas. On a vu que le nœud de
Salomon pouvait être un symbole chrétien.
Image 13 : Ce
décor, d’une grande finesse d’exécution, est nouveau pour
nous.
Image 14 :
Labyrinthe. Nous avons remarqué qu’en partant du bas et sans
revenir en arrière on emprunte la totalité du chemin de ce
labyrinthe.
Image 15 : Très
belle composition ayant sans doute exigé de longues heures
de travail.
Les mosaïques de fauves (images de 16 à 21)
Image 16 : Lions
dévorant un sanglier. La scène apparaît agreste. Mais que
vient faire cette potiche placée sur une colonne à droite de
l’image ?
Image 17 : Deux
onagres attaqués par un tigre. Ici aussi on peut voir deux
colonnes en bas et à gauche de l’image.
Image 18 : Lion
attaquant une antilope.
Image 19. Probable
scène d’amphithéâtre : on y voit des hommes (initialement
quatre), presque entièrement nus, attaqués par des fauves.
Les hommes étaient armés de lances mais ils ne les utilisent
plus.
Image 20 : Deux
scènes de lions dévorant des animaux. Bien que la scène soit
apparemment profane, on discerne des insignes religieux.
Image 21 : Quatre
scènes de lions poursuivant ou dévorant des animaux.
Nous sommes un peu surpris par ces scènes de fauves
poursuivant ou dévorant des animaux. Y aurait-il un
symbolisme sous-jacent ? Nous avons constaté que dans
l’iconographie romane, pourtant très tournée vers la
religion, il n’est pas rare de voir une bête carnivore
poursuivant une autre herbivore.
Les mosaïques historiées (thèmes mythologiques)
Image 22 :
Canthare et arbre de vie (vigne).
Image 23 : La
partie centrale représente un homme chevauchant un fauve
(Hercule et le lion de Némée ?). Cette partie est entourée
de scènes dionysiaques (hommes chevauchant des monstres
marins).
Image 24 :
Amphitrite emportée par un cheval marin.
Image 25 : Cette
scène représente probablement Silène ivre emporté sur un
char.
Image 26 : A
priori le décor semble géométrique ; une succession de
losanges imbriqués. Mais une vue plus approfondie permet de
constater que les côtés du losange sont des corps de
dauphins s’abreuvant sur des coupelles. À l'intérieur des
losanges, des oies au bec démesuré.
Image 27 : Au
centre, Orphée et sa lyre ; sur les coins, quatre fauves
; au milieu de deux des côtés, des herbivores ; sur
deux carrés proches d’Orphée, des oiseaux.
Image
28 : Il nous est difficile d’analyser cette
mosaïque. Aux quatre coins, il devait y avoir les saisons
(il n’en reste que deux). Les personnages situés au centre
du tableau ont tous la tête ornée de rameaux ou tiges
diverses.
Image 29 : Au
centre, Jupiter est accompagné de son aigle. Il est entouré
par l’hiver, en bas à gauche, puis le printemps, en haut à
gauche, puis l’été et enfin l’automne. L’ensemble est
entouré par des scènes mythologiques : Léda et le cygne, à
droite ; satyre et ménade, en haut ; un dieu et une déesse
non identifiés mais avec leurs attributs, à gauche.
Image 30. Diverses
scènes représentant principalement des Amours : bambins nus
pourvus d’ailes. Ils sont souvent représentés en train de
pêcher ou de ramener des poissons.
Image 31 : Autre
scènes avec des Amours. Mais cette fois-ci, les Amours
alternent avec des fauves (14 Amours et 14 fauves).
Image 32 : Il
semblerait que l’on ait ici une galerie de portraits ;
peut-être les membres d’une même famille ? En tout cas, on
ne discerne pas de symbole en rapport avec une pratique
religieuse.
Image 33 :
Beaucoup de scènes ont été effacées. On distingue cependant
des symboles religieux.
Image
34 : Mosaïque de l’ivresse. À première vue, cette
mosaïque apparaît simple. En réalité, elle fourmille de
détails. La scène centrale représenterait Silène ivre. Aux
quatre coins, des ceps de vigne jaillissent de canthares.
Les grappes de raisin sont cueillies par des Amours
vendangeurs. Il s’agit là d’un symbolisme de vie éternelle.
Ce qui fait envisager que la scène centrale n’est pas
simplement une scène de beuverie. Le mythe de Silène est
probablement l’expression d’une religion prônant l’éternité
de la vie.
Image 35 : Autre
mosaïque de composition très riche. Un dieu est représenté
au centre. Il porte des grappes de raisin en guise de
boucles d’oreille. C’est peut-être Bacchus. Autour de lui,
on voit les bustes des quatre saisons. Au milieu des côtés,
des têtes d’hommes barbus.
Image 36 : On
retrouve les quatre saisons entourant une figure centrale
non identifiée. Autour, des oiseaux et un canthare.
Image 37 :
Assemblage de panneaux carrés et circulaires. Dans les
panneaux carrés, divers passereaux ; dans les panneaux
circulaires, ce qui semble être des murex. Les murex sont
des coquillages qui ont été utilisés pour fabriquer de la
couleur pourpre.
Image 38 : Panneau
de mosaïque représentant les neuf muses.
Image 39 : Le
personnage central, barbu, pourrait être Saturne. Il est
entouré, au-dessus et en dessous, par les quatre saisons. Au
milieu, à gauche, le Soleil, et à droite, la Lune.
Image 40 : Sur ce
grand panneau malheureusement bien dégradé, beaucoup de
scènes inscrites dans de grands cadres ont disparu,
peut-être volontairement. Ce seraient des scènes à thèmes
mythologiques. Il ne resterait que les scènes représentant
des animaux et trois des quatre saisons.
Image 41 : Comme
un panneau de mosaïque examiné précédemment, celui-ci
représente-t-il aussi une sorte d’« album-photo » d’une
famille aisée ? On y voit une série de 22 petits disques
dont deux seulement sont effacés. Chacun des 20 restants
affiche un portrait humain. On y trouve majoritairement des
femmes. Les enfants et vieillards sont exclus de ces
représentations. Cependant, on discerne des différences au
niveau des âges. Même s’il y a parfois des ressemblances
entre les vêtements ou les coiffures, les portraits sont
quant à eux tous différents. Ce panneau fait penser à ceux
que l’on voit parfois dans le hall d’entrée d’une
entreprise, affichant les photographies d’identité de chaque
membre du staff. Ces 20 portraits ne sont pas le seul
intérêt de ce panneau. Alternant avec les portraits et sur
les côtés, ont été insérées des représentations d’oiseaux,
principalement des passereaux et quelques palmipèdes mais
pas de rapace. Au vu de la qualité des images, on doit
pouvoir identifier la plupart des espèces.
Image 42 : Panneau
de mosaïque dit « de la procession dionysiaque ». On y
trouve de nombreuses images communes à d’autres exposées
dans ce site (aux quatre coins, des pampres jaillissant d’un
canthare, Amphitrite et Dionysos, enfant chevauchant un
lion). Ce panneau devrait faire l’objet d’une étude
ultérieurement.
La villa d’Africa (images de 43 à 48)
Cette maison d’habitation a fait l’objet d’une
reconstitution. Elle a été ainsi appelée après la découverte
de deux mosaïques représentant la déesse Africa.
Image 43 : Le
péristyle.
Image 44 : Détail
du péristyle montrant trois de ces chapiteaux. Il est fort
probable que ces trois chapiteaux ainsi que les autres de ce
péristyle, tous identiques, aient été sculptés récemment
pour les besoins de la reconstitution. Mais il est aussi
fort probable qu’ils l’ont été en imitation d’autres
chapiteaux, parfois endommagés, trouvés sur les lieux. On
retrouve là un type de chapiteau ressemblant à celui
décorant l’amphithéâtre d’El Jem, très différent du
chapiteau corinthien classique.
Image 45 : Cour
pavée de mosaïques (anciennes salles de la villa romaine).
On y voit les deux types de mosaïque : opus
sectile au centre, opus
tessellatum sur le pourtour. Une suggestion pouvant
être fausse : à l’origine, toutes les salles étaient pavées
en opus
tessellatum, et, comme pour les mosaïques vues
ci-dessus, la partie centrale était décorée de scènes
païennes. Lorsqu’il y a eu changement des mentalités en ce
qui concerne les religions, la religion chrétienne devenant
majoritaire, ces scènes païennes ont été proscrites (par des
ordres gouvernementaux ou par les propriétaires eux-mêmes).
Elles ont été remplacées par l’opus
sectilee, plus neutre, et on a gardé le pourtour
qui n’était qu’un simple décor.
Image 46 :
Mosaïque représentant la naissance de Vénus. Cette dernière
est représentée nue étendue dans un coquillage ; en dessous,
on voit deux dauphins affrontés.
Image 47 :
Mosaïque montrant au centre, Africa, déesse ou simple
symbole du continent africain. Africa porte une coiffure de
dépouille d’un éléphant (la trompe et les défenses sont
visibles sur l’image suivante). Africa est entourée de
portraits des quatre Saisons.
Image 48 : Voici
ce qui est écrit sur un panneau commentant cette mosaïque :
« Mosaïque de Rome et de ses
provinces : Il s’agit d’une mosaïque de Rome
représentée en Athéna-Minerve. Autour de ce personnage
central, on a identifié les allégories des provinces
suivantes : l’Afrique coiffée de la traditionnelle
dépouille d’éléphant, l’Égypte tenant le sistre,
instrument de musique de la déesse Isis, l’Asie portant
une coiffure tourélée ; parmi les trois personnages en
pied, il a été possible de reconnaître l’Espagne à son
rameau d’olivier symbolisant son rôle de principal
fournisseur de Rome en huile, fonction qui lui sera ravie
par l’Afrique à partir de la fin du IIe siècle
ap. J.-C. ; la Sicile représentée en Diane chasseresse
portant le “triskelis” ou trois jambes sur la tête
évoquant les trois pointes de l’île ; enfin une dernière
province difficile à identifier à cause du caractère vague
de ses attributs. Ces allégories autour de Rome soulignent
lac puissance et la prospérité de l’empire à des fins de
propagande politique et permettent à son propriétaire de
manifester son attachement à l’empereur. »
Datation envisagée pour l’ensemble des objets
déposés au musée archéologique d’El Jem : an 300 avec un
écart de 100 ans.