La Grande Mosquée de Kairouan
Avis à
nos amis lecteurs
Aux débuts de la création de notre site Internet, nous
avions d’emblée exclu l‘étude de la civilisation romaine et
de ses monuments et il en a été de même de la civilisation
arabo-musulmane durant le premier millénaire. Concernant la
civilisation romaine, la pléthore de documents nous incitait
à imaginer que tout avait été dit et qu’il était à la fois
inutile et présomptueux d’essayer d’y revenir. À l’inverse,
nous ne disposions d’aucune documentation sur la
civilisation arabo-musulmane du premier millénaire alors que
les musulmans ont occupé une bonne partie du monde hérité
des romains (péninsule ibérique, Sicile, Afrique du Nord,
Proche Orient) durant cette période. Au fur et à mesure de
la progression de notre site, nous avons été conduits à
remettre en question notre choix initial et à apporter
davantage d’attention aux monuments construits par ces deux
civilisations. Notre voyage en Tunisie avait cela pour
objectif. Mais si nous pensions que la visite des sites
archéologiques et des musées ne feraient que compléter notre
information sur la civilisation romaine (en fait cela a été
plus important que prévu), notre objectif principal était la
connaissance de la civilisation arabo-musulmane, avec pour
point d’orgue, la Grande Mosquée de Kairouan que nous
tenions à visiter dans le détail.
Ami lecteur, nous aurions aimé faire sur cette page Internet
la description de cette mosquée, admirable à tous points de
vue, mais la page du site Wikipédia qui lui est relative,
est d’une telle perfection, tant du point de vue
connaissance des textes historiques, de l’architecture, du
lieu lui-même qui a probablement été visité à de nombreuses
occasions, de la maîtrise du français, de la qualité des
photos, que nous somme obligés de « déclarer forfait ». Ce
d’autant plus que l’auteur de cette page a pu accéder à
l’intérieur de cette mosquée, ce qui n’a pu être notre cas.
Nous vous conseillons donc vivement, ami lecteur, d’aller
consulter cette page Internet. Nous reproduisons ci-dessous
des extraits de cette page concernant principalement la
construction du monument. Et nous ajouterons des photos ou
commentaires. Ceci dans le but, non de s’opposer à cette
analyse, mais de l’étendre à d’autres. Car, pour nous, une
question demeure : est-ce que Kairouan est la seule mosquée
du Maghreb antérieure à l’an mille ? Ou est-ce qu’il y en a
d’autres ? Et surtout combien ? Rappelons-le pour les
églises d’Europe estimées antérieures à l’an mille : avant
notre étude, nous les estimions à 30, nous progressons en
direction de 3000.
Nous avons eu l’occasion de visiter cette Grande Mosquée
(sans pénétrer dans la salle de prière) durant un voyage
effectué en Tunisie en 2025. La plupart des images de cette
page ont été prises lors de cette visite. Les autres ont été
extraites de galeries d’images d’Internet afin de compléter
l’information.
La page du site Internet Wikipédia décrivant cette mosquée
nous apprend ceci :
« Histoire
Évolutions
Lors de la fondation de Kairouan en 670, le général et
conquérant arabe Oqba Ibn Nafi (lui-même fondateur de la
ville) choisit l'emplacement de sa mosquée au centre de la
cité, à proximité du siège du gouverneur. Ce lieu de culte
initial est élevé entre 670 et 675. Peu de temps après sa
construction, la mosquée ne semble pas avoir souffert,
entre 683 et 686, durant l'occupation éphémère de Kairouan
par les Berbères menés par Korceïla. Par la suite, elle
est reconstruite par le général ghassanide Hassan Ibn
Numan en 703.
Avec
l'accroissement progressif de la population de Kairouan et
devant l'augmentation conséquente du nombre de fidèles, la
mosquée ne suffisant plus à les contenir, Hicham, calife
omeyyade de Damas, fait effectuer par l'intermédiaire de
son gouverneur Bichr Ibn Safwan de nombreux travaux
d'aménagement dans la ville. Ces derniers incluent la
rénovation et l'élargissement de la mosquée aux alentours
des années 724-728. En vue de son agrandissement, il
procède, d'abord, à l'achat de terrains voisins
appartenant au Banu Fihr, clan quraychite dont son plus
illustre représentant est Oqba Ibn Nafi Oqba Ibn Nafi. Il
fait ensuite abattre puis reconstruire la mosquée à
l'exception de son mirhab ; c'est sous son égide que
débute l'édification du minaret. En 774, une nouvelle
reconstruction, accompagnée de remaniements et
d'embellissements, a lieu sous la direction du gouverneur
abbasside Yazid Ibn Hâtim.
Sous
le règne des souverains Aghlabides, Kairouan est à son
apogée et la mosquée profite de cette période de calme et
de prospérité. En 836, Ziadet Allah Ier
(817-838) fait reconstruire à nouveau, et pour la dernière
fois, la mosquée ; c'est à cette époque que l'édifice
acquiert, tout au moins dans sa globalité, l'aspect qu'on
lui connaît aujourd'hui. Cette campagne de reconstruction,
dont le coût s'élève à 86 000 mithquals d’or (un mithqal
équivalant à 4,25 grammes), comprend, entre autres, la
réédification de la salle de prière, qui compte désormais
dix-sept nefs, ainsi que l'érection de la coupole côtelée
sur trompes en coquille du mihrab. Vers 862-863, Abou
Ibrahim Ahmed (856-863) agrandit la salle de prière en
prolongeant les dix-sept nefs de quatre travées
supplémentaires vers le nord. Il fait précéder cette
dernière d'un portique (le portique sud de la cour) d'une
profondeur de deux travées, et lui ajoute une coupole le
surmontant en son milieu. Par ailleurs, Abou Ibrahim Ahmed
contribue notablement à l'embellissement de la mosquée en
la dotant d'un remarquable minbar en bois finement sculpté
et en faisant redécorer le mihrab avec l'emploi,
notamment, de carreaux de céramique à reflets métalliques.
En 875, Ibrahim II construit encore, aux dépens de la
cour, les autres portiques ; celle-ci est amputée sur les
trois côtés nord, est et ouest par des galeries doubles.
Cette dernière phase de travaux ne fait pas l'unanimité,
car la construction de l'ensemble des portiques encadrant
la cour est également attribuée à Abou Ibrahim Ahmed.
L'état
actuel de la mosquée remonte donc au IXe
siècle, au règne des Aghlabides, à l'exception de quelques
restaurations partielles et de quelques adjonctions
postérieures effectuées vers la fin du premier quart du XIe
siècle sous la domination des Zirides, en 1248 et
1293-1294 sous le règne des Hafsides, en 1618 à l'époque
des beys ottomans, au XVIIIe siècle ainsi qu'au
premier tiers du XIXe siècle durant la période
des beys husseinites, à la fin du XIXe siècle
et au début du XXe siècle. Au cours du XVIIIe
siècle, plusieurs actions de conservation et de
restauration sont effectuées, d'abord entre 1910 et 1920
par le Service des antiquités et des arts de la Régence,
puis lors de la première moitié des années 1960, notamment
en 1964-1965, par la direction des monuments historiques
de l’Institut national d’archéologie et d’art. »
Commentaire
du texte ci-dessus
Il faut tout d’abord savoir que ce texte n’est qu’un très
petit extrait du texte de Wikipédia, qui est en outre
accompagné d’un très grand nombre d’images. Dans cette
extrait de texte, nous avons effacé tous les liens renvoyant
à des références (il y en a en tout 327). Par ailleurs
l’auteur cite 7 ouvrages et 7 articles relatifs à la mosquée
utilisés comme sources pour la rédaction de cet article et
environ 80 autres ouvrages ou articles. Ces nombreuses
références sont là pour montrer que l’auteur a « fait son
boulot ». Elles servent aussi à justifier celui-ci vis-à-vis
d’un éventuel contradicteur. Il faut cependant comprendre
que ce n’est pas notre méthode. Si, dans un texte donné, une
phrase pose question, nous n’allons pas chercher
immédiatement la référence pour prouver une éventuelle
erreur car ce serait pour nous perdre du temps. Nous
recherchons avant tout qu’une idée générale se dégage du
monument que nous étudions. Ainsi, dans le texte ci-dessus,
les parties, « Lors
de la fondation de Kairouan en 670. » et « ... Ce
lieu de culte initial est élevé entre 670 et 675 »,
conduisent à se poser des questions du genre : « Comment
l’auteur a-t-il su cela ? ». La réponse devrait se trouver
dans les références. Mais la référence peut être celle d’une
livre écrit 20 ans auparavant, qui cite une autre référence.
Cela exige d’avoir une bibliothèque bien fournie et du temps
devant soi. Parfois pour un travail inutile. Car, grâce à
nos recherchez sur plus de 2500 monuments, nous avons acquis
une certaine expérience en la matière. Reprenons la première
phrase, « Lors
de la fondation de Kairouan en 670.». La phrase est
simple, facile, évidente. À présent, essayons de la mettre
en application. Faut-il s’atteler à une charrette de bœufs
comme Romulus, faire un tour à la campagne et revenir au
point de départ en déclarant très fort :
« Voici Rome et ses deux millions d’habitants » ? Il nous
semble que le problème de fondation d’une ville est plus
complexe que cela. Le mot de « fondation » est en général
interprété, d’une façon inconsciente, comme étant une
création ex nihilo : à l’origine, il n’y avait rien ; le
fondateur est venu, il y a eu tout ! Dans les faits, pour
qu’il y ait fondation, il faut qu’il y ait une opportunité.
Des opportunités, il en est de diverses sortes : le tourisme
marin pour les cités balnéaires de la côte Tunisienne, une
anse marine protégée pour la fondation de Carthage, un
château royal pour la ville de Versailles. Constatons que
dans de nombreux cas, il existait une agglomération sur
place avant la création de la ville. C’est le cas de la
ville de Sète (Languedoc/France) qui était un village de
pêcheurs avant la construction d’un port au XVIIe
siècle. Dans de tels cas, on peut considérer qu’il y a eu
plusieurs fondations successives.
Concernant Kairouan, nous ne connaissons pas l’opportunité
qui a présidé à sa création et nous devons envisager qu’il y
a pu y avoir avant cette création , une agglomération ou des
infrastructures urbaines ou agricoles (en particulier
hydrauliques) ayant facilité cette création.
Par contre, nous n’avons pas de réponse à la question
suivante : comment se fait-il que la direction de la
mosquée, indiquée par la position du mirhab, soit de 60° par
rapport à la direction de l’Est alors que la direction de la
Mecque censée être celle indiquée par le Mirhab se situe aux
environs de 30°. Nous avons envisagé plusieurs hypothèses
telles que la méconnaissance par les constructeurs de la
géographie et de la position exacte de la Mecque, ou celle
de l’existence d’un édifice antérieur qui aurait servi
d’ossature à une partie de la mosquée, lui laissant son
orientation. Nous pensons à une réponse plus simple. Au
moins en ce qui concerne cette mosquée, la direction
indiquée par la position du mirhab pourrait désigner non pas
la position exacte de la Mecque mais le chemin pour y aller.
Le croyant qui se prosterne devant le mirhab sait quelle
direction il devra prendre le jour où il ira faire le
pèlerinage de sa vie. Et chaque soir de ce long périple, en
priant dans une autre mosquée, il saura le chemin qu’il
devra prendre le lendemain.
Le plan de l’édifice
(image 9)
Notre recherche sur les monuments d’Europe s’est
principalement concentrée sur l’analyse des plans
d’édifices, ce qui a conduit à de nombreuses découvertes. En
est-il de même pour celui-ci ? Nous constatons d’abord que
le plan de la grande salle de prière est, à quelques
différences près, le même que celui des grandes basiliques
de Carthage : les basiliques Majorum, Damous el Karita et
Dermech. Ces basiliques ont toutes une grande salle réservée
au peuple (que nous appelons nef) divisée en de nombreuses
salles (que nous appelons vaisseaux) séparées entre elles
par des colonnes ou des piliers. Ainsi, les nefs de Saint
Cyprien et la Basilica Majorum sont à 7 vaiseaux, celle de
Damous el Karita est à 9 vaisseaux. Dans chaque cas, le
vaisseau central est plus large que les vaisseaux latéraux
qui sont tous de largeur identique. Bien sûr, les 9
vaisseaux de Damous el Karita ne peuvent concurrencer avec
les 17 vaisseaux de la Grande Mosquée, mais on ne peut que
constater l’identité des plans, la grande différence étant
la présence d’absides pour les basiliques de Carthage. Il
faut cependant prendre en compte que l’abside, lieu saint
pour les chrétiens, ne peut être un lieu saint pour les
musulmans qui situent le vrai lieu saint à la Mecque.
Il faut bien comprendre que ce type de plan – des basiliques
de Carthage et de la Grande Mosquée – est nouveau pour nous.
Nos lecteurs réguliers – s’il en existe ! – doivent être
lassés de notre sempiternel refrain , « église à nef à trois
vaisseaux avec vaisseau central surhaussé par rapport aux
vaisseaux latéraux ! ... », un refrain concernant plus de
1500 églises d’Europe. Nous avons certes identifié en Europe
des églises à nef à 5 vaisseaux (comparables à celles de
Dermech et de Carthagène à Carthage) mais elles sont rares.
Nous sommes donc obligés de constater une sorte de rupture
entre un modèle européen et un modèle africain révélé par
Carthage et Kairouan. Le modèle européen de nef à trois
vaisseaux était selon nous lié à des traditions anciennes
dont certaines ont pu être oubliées (liturgie du baptême,
liturgie de l’adoration perpétuelle, …). Le modèle africain
serait quant à lui, plus moderne avec mise en conformité
avec des comportements nouveaux. Il semblerait que la mise
en place de ce nouveau modèle ait commencé avant
l’islamisation des territoires. Nous pensons qu'à la suite
de l’invasion vandale, les divisions à l’intérieur du
christianisme africain qui existaient auparavant se sont
amplifiées. Afin de mettre un terme à ces divisions, il est
devenu important de réunir toute la population en un même
lieu afin qu’elle n’entende qu’une seule parole. Les
byzantins auraient commencé cette démarche en utilisant
probablement la force (d’où les nombreuses forteresses
byzantines), les musulmans auraient suivi le mouvement en
construisant de grandes salles de prière dotées d’une grande
chaire à prêcher, le minbar.
Il ne s’agit là que d’hypothèses qui, comme toutes celles
que nous énonçons, doivent être soumises à comparaisons ou
vérifications.
Les chapiteaux de la
Grande Mosquée de Kairouan (images
de 10 à 21)
Ces images sont celles de 14 chapiteaux tous différents.
Remarque annexe : les images
17 et 18 sont celles d’un seul chapiteau, un
chapiteau à motif chrétien, vu de deux cotés différents.
Mais à l’inverse, les autres sont différents, même, ce qui
pourrait surprendre, lorsqu’il y a des paires de chapiteaux,
comme dans les images 19,
20 et 21. Ces différences sont multiples. Elles
peuvent concerner le matériau, les dimensions, la forme et
le style des chapiteaux. Et les 14 chapiteaux que nous avons
sélectionnés ne sont qu’une partie de l’ensemble des
chapiteaux (plus de 300) présents sur le site. Il est
certain que si nous devions effectuer un inventaire
exhaustif, nous trouverions des classes regroupant des
chapiteaux semblables. Mais le nombre de ces classes doit
être très important. La logique d’une utilisation importante
de matériaux en réemploi (chapiteaux, impostes, corniches) a
été évoquée dans le texte de Wikipédia. Nous y sommes
partisans. Mais cette logique, étayée par les observations,
repose sur deux conditions essentielles. La première est que
ces chapiteaux différents ont été récupérés sur des
monuments différents. Prenons l’exemple du chapiteau de l'image 10.
Il a été récupéré sur un monument donné A. Le
chapiteau de l'image 11 a
été récupéré sur un autre monument, B. En effet, lorsque les
monuments A ou B ont été construits, on a utilisé pour
chacun un seul modèle de chapiteau. Ceci signifie que si on
devait faire un inventaire exhaustif (ce qui a peut-être
était déjà fait), on trouverait que la récupération des
pièces a été faite sur un nombre considérable de monuments.
Il est très probable que ces pièces ont été récupérées dans
des ruines. Mais à l’inverse, il est peu probable que les
constructeurs de la Grande Mosquée soient à l’origine des
destructions ayant causé ces ruines. En effet, s’il y avait
eu destruction volontaire pour récupérer des matériaux, on
aurait des séries de pièces semblables, localisées au même
endroit de la mosquée. Ce qui n’est pas le cas.
La deuxième des conditions concerne la motivation des
constructeurs de la Grande Mosquée. Ceux-ci voulaient
qu’elle soit belle et pratique : une grande cour pour les
ablutions, des galeries autour de la cour pour circuler en
se protégeant du soleil, une grande salle de prière. Les
chapiteaux n’avaient pour eux que peu d’importance. C’est
d’ailleurs pour cela qu’on voit des chapiteaux chrétiens.
Ils n’ont même pas envisagé de créer leur propre style de
chapiteau. Ils devaient disposer d’un stock de chapiteaux et
de colonnes anciennes dans lequel ils puisaient
régulièrement.
Traces d’une évolution
dans la construction
Image 22 : Vue en
enfilade en direction de l’Est du portique Sud de l’édifice.
Ce portique Sud borde le mur Nord de la salle de prière. On
peut d’ailleurs voir, à l’extrême gauche, une partie de
porte d’entrée à cette salle. Remarquer que les colonnes de
gauche qui portent les arcs brisés outrepassés sont
détachées du mur Nord.
Image 23 : Autre
vue en enfilade du portique Sud, mais cette fois-ci, en
direction de l’Ouest. En conséquence, le mur Nord de la
salle de prière et un des portails d’entrée, sont à droite.
Image 24 : Image
de deux parties superposées. Celle située en arrière est
formée d’une colonne, d’un chapiteau et de deux tailloirs
servant à porter deux arcs d’entrée à la salle de prière.
Celle située en avant est aussi formée d’une colonne, d’un
chapiteau et de deux tailloirs qui portent un arc transverse
du portique Sud. On constate une discontinuité entre ces
deux parties. Elle est particulièrement visible au niveau
des tailloirs.
Image 25 : Image
analogue à la précédente. Ce ne sont pourtant pas les mêmes
éléments constitutifs. Ici aussi, on constate une
discontinuité entre les deux parties.
Image 26 :
Toujours la même discontinuité.
Image 27 :
L’anomalie est encore plus flagrante. Tout se passe comme si
la partie de gauche avait été plaquée contre celle de
droite. Sur la partie de droite, il y avait deux tailloirs
superposés chacun avec un chanfrein orienté dans les trois
directions. Les constructeurs pouvaient marteler ce
chanfrein côté Nord (ce qui a peut être été fait dans les
situations précédentes). Ils ont préféré le contourner.
Nous déduisons de ces observations que le portique Sud a été
installé postérieurement à la construction de la salle de
prière et de ses portails d’entrée.
Les indices d’évolution
Dans l’analyse précédente, nous avons voulu faire apparaître
les défauts ou anomalies qui sont en général des signes
d’évolution du bâtiment. Mais il peut y avoir d’autres
indices, comme des éléments distinctifs, qui peuvent
permettre de dater la construction. Nous en avons vu
quelques uns.
Image 28 : Arc en
plein cintre outrepassé. Cet arc est situé dans la salle de
prière. Nous pensons qu’il est directement issu de l’arc
hérité des wisigoths d’Espagne. Remarquer au-dessus des
piliers l’utilisation de tailloirs en bois. Pour quelles
raisons ?
Image 29 : Arc
outrepassé. Il n’est pas pour autant en plein cintre car il
n’a pas la forme d’un arc de cercle. Nous ne le voyons pas
non plus brisé car il n’y a pas une sorte de pointe
supérieure. Sa forme est plutôt oblongue. Il est donc assez
difficile à définir. Il semble cependant être relativement
fréquent dans la Grande Mosquée de Kairouan et dans d’autres
mosquées.
Image 30 : Arcs
brisés. Cette fois-ci les arcs sont bien brisés. Ils sont
aussi très légèrement outrepassés.
Image 31 : Arc
brisé outrepassé entouré d’un cadre. Ce style de décor de
portail se retrouve fréquemment en Tunisie à partir du XVIe
siècle (nous ne savons pas dater celui-ci).
Images 32 et 33 :
Les divers vaisseaux de la salle de prière ou des galeries
peuvent être recouverts comme ici d’un plafond en bois.
Image 34 : Mais
il existe aussi des galeries couvertes de voûtes d’arêtes.
On peut cependant penser que ces voûtes d’arêtes, nettement
plus évoluées que les plafonds en bois, ont été installées
longtemps après les premières constructions (sinon toutes
les galeries seraient couvertes de voûtes d’arêtes). Nous
pensons que la technique de construction que l’on a ici,
utilisation de plaquettes de terre cuite (probablement), est
postérieure à l’an mille.
Images 35 et 36.
Certains détails de construction peuvent amener à envisager
qu’il y a eu au moins deux étapes de travaux sans pour
autant préciser laquelle a précédé l’autre. Ainsi, on voit
que les voûtes d’un vaisseau de salle de prière sont
soutenues par des rangées de piliers à deux colonnes (et
même trois colonnes pour celui situé à l’extrême gauche)
alors que sur l'image 36, les piliers sont
formés d’une seule colonne.
Conclusions
Nous retenons de cette étude que :
– C’est la première fois que nous voyons un rapport (texte
écrit sur Wikipédia) extrêmement précis datant un monument
de la première moitié du IXe siècle. Il faudrait
certainement revérifier toutes les preuves ou arguments
évoqués pour justifier cette datation. Mais, en ce qui nous
concerne, nous ne sommes pas en mesure de le faire. Et, par
ailleurs, il ne suffirait pas de contester ces arguments
mais proposer d’autres solutions.
– Nous pouvons retenir les conclusions de ce rapport pour
élargir la recherche à d’autres mosquées du Maghreb. Sachant
que la Mosquée de Kairouan daterait du IXe
siècle, il est surprenant pour nous qu’elle soit la seule de
la même période et même des périodes ultérieures jusqu’au
XIIe ou XIIIe siècle. En effet,
jusqu’à présent, le peu de recherches que nous avons faites
sur les mosquées d’Afrique du Nord ne nous ont pas fait
découvrir de mosquée antérieure au XIIe siècle.
Nous disons à nos amis historiens du Maghreb : « Prenez vos
bâtons de pèlerins et allez jusqu’au fond des campagnes. Ces
mosquées, nous en sommes certains, vous les trouverez !
Moins belles certes que celle de Kairouan, mais peut-être
plus enrichissantes pour la connaissance de votre pays et de
ceux qui y ont vécu.
Datation envisagée pour la Grande Mosquée de
Kairouan : an 850 avec un écart de 100 ans.