Le musée national d’art islamique de Raqqada près de Kairouan  

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Nous avons eu l’occasion de visiter ce musée durant notre voyage effectué en Tunisie en avril 2025. Les images de cette page ont été prises lors de cette visite.

La page du site Internet Wikipédia décrivant ce musée nous apprend ceci :

« Le musée national d'art islamique de Raqqada est un musée spécialisé dans les arts de l’Islam et situé sur le site archéologique de Raqqada près de Kairouan.

Le musée est spécialisé dans les arts islamiques médiévaux et renferme des œuvres provenant de Kairouan et des sites de Raqqada, une ancienne cité édifiée sous les Aghlabides, et Al-Masuriya, une ancienne cité édifiée à l’époque fatimide.

L'entrée est dévolue à la grande mosquée de Kairouan et présente une reproduction de son mihrab ainsi qu'une maquette de l'ensemble du monument.


La pièce suivante présente des collections de céramiques datant des périodes où Raqqada était occupée (IXe et Xe siècles). Une autre pièce présente des collections numismatiques rassemblant des pièces de monnaie d'époques diverses qui illustrent l'histoire économique de l’Ifriqiya durant plus de six siècles.

La collection la plus importante est celle des Corans calligraphiés qui constitue un ensemble exceptionnel de manuscrits et de feuillets appartenant, à l'origine, à la bibliothèque de la grande mosquée de Kairouan. Parmi les joyaux de cette collection, figurent les feuillets du Coran bleu datant du Xe siècle.
»


Informations diverses

Les Aghlabides sont une dynastie d'émirs de la tribu arabe des Banu Tamim, qui ont gouverné depuis Kairouan, l’Ifriqya (actuellement Tunisie, Constantinois en Algérie, Tripolitaine en Libye) nominalement, au nom du calife abbasside, à partir de 800, puis la Sicile, après sa conquête, jusqu'à son renversement par le nouveau pouvoir des Fatimides en 909.

Les Fatimides sont une dynastie califale chiite ismaélienne d'ascendance alide, qui régna, depuis l’Ifriqiya (entre 909 et 969) puis l’Égypte (entre 969 et 1171), sur le Califat fatimide, un empire qui englobait une grande partie de l’Afrique du Nord, la Sicile et une partie du Moyen-Orient.

Al-Mansuriya est une ancienne cité située près de Kairouan (à deux kilomètres au Sud de Kairouan). Elle est pendant un siècle la capitale du califat des Fatimides durant le règne des califes Al-Mansour (946-953) et Al-Mu’iziz li-Din Allah (953-975).


Lors de notre visite de ce musée, nous avons photographié les indications diverses concernant les œuvres déposées, mais par suite d’une mauvaise connaissance de l’appareil, toutes les images ont été ratées. Aussi la plupart des images ne sont pas assorties d’un commentaire.

Images de 1 à 6 : Divers objets provenant de la grande mosquée de Kairouan.

Image 1 : Panneau de décor en stuc qui ornait le mirhab.

Images de 2 à 6 : Diverses pièces en bois provenant du Minbar (chaire à prêcher) ou d’autres objets du mobilier.

Nous ne connaissons pas la datation de ces objets. Nous pouvons seulement dire que le décor de tiges entrelacées de couleur verte de l'image 4 fait plus penser au style des barbares du Nord de l’Europe qu’au style musulman. Par contre, ce style musulman est bien présent dans les calligraphies des images 5 et 6.


Les images de 7 à 27 présentent un ensemble de plats en céramique vernissée. Voici la description d’un opuscule présentant ce musée et les trésors : « Une céramique se compose généralement d’une pâte recouverte d’une mince couche vitreuse, la glaçure, qui rend la surface imperméable tout en la décorant, parfois une mince couche l’englobe et s’intercale entre les deux, facilitant l’adhérence de la glaçure en ajoutant ses propres effets au décor.

La céramique aghlabide se caractérise par l’utilisation des trois couleurs suivantes : le brun, le vert (à base d’oxyde de fer) et le jaune ocre (à base d’oxyde de cuivre). On est frappé par l’exubérance et la variété de l’ornementation. Le potier kairouanais qui s’inspire probablement du répertoire berbère, y fait preuve d’une imagination féconde et créatrice qui nous introduit dans de savantes compositions où se mêlent, s’entrecroisent ou voisinent, la géométrie, la flore stéréotypée et la faune figée. »

Ajoutons à cela que nous avons eu l’occasion de voir ce type de céramique et ce pour la première fois… et ce n’était pas en Afrique du Nord ! Mais nettement plus loin, au Nord de l’Italie, en Émilie-Romagne, à Codigoro. Ces plats décoraient l’extérieur de l’abbaye de Pomposa estimée préromane. Et nous avons revu ce type de plat à deux ou trois reprises ailleurs en Italie (mais pas en Italie du Sud ou en Sicile ; il faut avouer que nous sommes loin de tout connaître).

Nous devons admettre que, bien que fabriqués par des musulmans, ces plats en céramique étaient très appréciés pour leur beauté par des moines chrétiens.

Les images de 7 à 17 présentent principalement des décors géométriques et parfois des décors de fleurs très stylisées. Sur l'image 18, on peut voir au centre un panneau carré portant des caractères de calligraphie arabe : versets du Coran ?


Image 19 : Décor représentant une antilope.

Image 20 : Entourant des caractères calligraphiques (dont peut-être le nombre 12), des branches et feuilles de lierre (est-ce le symbole de l’arbre de vie ?).

Image 21 : Décor apparemment entièrement géométrique. En regardant de plus près, on peut voir deux files d’oies en procession.

Image 22 : Représentation d’un canard ?

Image 23 : Poterie d’allure très moderne. Mais à la différence des poteries modernes, il y a certains détails qui font penser à une quête de sens. On a tout d’abord la forme globale qui fait penser à la croix des chrétiens. Mais la foi associée semble se situer dans le flou.

Image 24 : Détail de la céramique précédente. À gauche, une frise d’entrelacs de cordes, peut-être copiée sur une mosaïque romaine. Garnissant tout le centre de la croix et ses branches, des pampres symbolisent peut-être la Vie.

Image 26 : Combat d’hommes à cheval.

Image 27 : Une femme levant ses bras. Une orante ?

Image 28 : Carreaux de céramique émaillée (IXe-Xe siècle).

Image 29 : Carreaux de céramique émaillée (XIIe-XIIIe siècle).

Image 30 : Fioles de verre.


Images 32 à 34 : mosaïques trouvées sur le site de Raqqada. On reconnaît l’influence romaine, cinq siècles après la fin supposée de cette influence. Le sceau de Salomon typiquement romain est repérable sur les images 33 et 34.

Image 35 : Panneau présentant un décor de calligraphie arabe.

Image 36 : Voici la description de cet objet copiée sur l’opuscule de présentation du musée : « Mais la plus belle pièce est certainement la fameuse lanterne qu’Al Moizz Ibn Badis offrit à la Grande Mosquée de Kairouan, au début du XIe siècle. Faite en cuivre repercé et coulé, elle présente de notables analogies de forme avec des lanternes contemporaines orientales (lanterne du musée d’Evkaf à Constantinople, lanterne iranienne dans une collection privée à Copenhague). Une inscription qui porte une eulogie mentionne le nom du dinandier et du prince ziride. »

Image 37 : Cette pièce en marbre a probablement fait partie d’un entablement romain. Elle a été ultérieurement gravée de caractères en calligraphie arabe (détail sur l'image 38).

Image 39 : Il en est de même pour cette colonne romaine. Elle a été ultérieurement gravée de caractères en calligraphie arabe (détail sur l'image 40).

Image 41 : Feuillet du Coran bleu. (IVe s. H./ Xe s. J.-C.). En voici la description copiée sur l’opuscule de présentation du musée : « Le plus illustre de ces corans est, sans doute, le Coran bleu qui date du IVe s. H./ Xe s. J.-C. Il est écrit en coufique doré. Des analyses préliminaires ont établi qu’il est teint à l’indigo provenant du commerce indien qui commençait à se développer à partir du Xe siècle. La dorure a été collée au parchemin grâce au blanc d’œuf. Son écriture compacte n’offre aucune marque diacritique pour les voyelles ; ses lettres ne sont pas pointillées. Le titre de la sourate est contenu dans une bande dorée consistant en plusieurs motifs floraux, attachés à une palmette dorée d’arabesques fleuries en or projetée vers la marge. »

Image 42 : « Dinar de Makhlad Ibn Kaydad le kahrijite, dit l’homme à l’âne. (33 H./ 944J.-C.). »


Conclusions sur la visite de ce musée et sur Kairouan

Avant de visiter ce musée et d’une façon générale la Tunisie, nous n’avions pas pleinement conscience de ce que pouvaient être les arts islamiques et des différences profondes qui existent entre ces arts islamiques et l’art chrétien. Ces différences, nous les détectons dans la phrase précédente avec l’utilisation du pluriel pour les premiers et du singulier pour le second.

L’art chrétien est un tout. Il s’adresse à toute la société. Si on prend, par exemple, l’art roman. C’est un art chrétien. Il se manifeste dans l’architecture, la peinture, la sculpture, la musique, ...

Nous constatons l’existence de deux formes d’arts islamiques. D’abord un art en lien étroit avec une religion qui attache une grande importance à l’écrit et, en particulier au livre sacré, le Coran. D’où l’importance donnée à la calligraphie arabe. Et le dédain apporté aux autres formes d’art (exemple : les chapiteaux de la grande mosquée de Kairouan). Cet art est très codifié, acceptant peu l’originalité.

À côté de cela, on trouve une autre forme d’art, l’art des peuples islamiques. Cet art se manifeste dans des objets de la vie de tous les jours : poterie, comme ici à Raqqada, tissage (tapis, costumes), orfèvrerie. Cet art témoigne d’une grande originalité, d’une certaine émancipation des peuples vis-à-vis des autorités civiles ou religieuses.


Datation envisagée
pour le musée d’art islamique de Raqqada : an 900 avec un écart de 100 ans.