Le fort de la médina du Kef
Nous avons eu l’occasion de visiter
cette forteresse et sa salle de prière durant notre voyage
effectué en Tunisie en 2025. Les images de cette page ont
été prises lors de cette visite.
La page du site Internet Wikipédia décrivant la cité de Le
Kef nous apprend ceci :
« Histoire
Anciennement appelée Colonia Iulia Veneria Cirta
Nova Sicca,
elle fait l'objet de discussions entre historiens en tant
que localisation potentielle de la capitale de la Numidie
évoquée par Salluste dans son Bellum Jugurthinum,
l'autre hypothèse étant la ville de Constantine en
Algérie. Cette controverse est connue sous le nom de
problème de Cirta.
En 688, la ville connaît un premier raid des armées
arabes.
En 1600, un premier fort est construit pour abriter à
partir de 1637 une garnison permanente (oujaq); le
dispositif est complété par des remparts fortifiés édifiés
par Ali Ier Pacha vers 1739-1740. Ceci
n'empêche toutefois pas la prise et le pillage de la cité
par les Algériens en 1756, ni l'occupation militaire
française à partir de 1881. Par le décret beylical du 8
juillet 1884, Le Kef est érigé en municipalité, l'une des
premières du pays. »
Commentaires de ce texte
Il est très réduit. Nous sommes tout de même très surpris de
constater qu’il ne se serait rien passé entre, d’une part,
la guerre de Jugurtha en 106 avant Jésus-Christ et le
premier raid arabe en l’an 688 (soit un peu moins de 800
ans), et, d’autre part, l’année 688 et l’an 1600 de la
construction du premier fort (soit un peu plus de 800 ans).
Lorsque l’on identifie, en plein désert d’habitations, des
ruines romaines – et on en a plusieurs exemples sur les
pages de ce site consacrées à la Tunisie – on peut envisager
qu’entre la fin de l’occupation romaine et l’époque
actuelle, il ne s’est rien passé. Mais ici ce n’est pas le
cas : on a une ville entièrement construite contenant des
vestiges romains et byzantins. On doit donc envisager qu’il
s’est passé quelque chose entre les ans 106 avant
Jésus-Christ et 688, puis entre les ans 688 et 1600.
En fait, nous voyons dans ce texte le reflet d’une attitude
générale des historiens des siècles passés : pour eux,
l’histoire n’est connue que par les textes écrits, et n’a de
valeur que par les textes écrits. Et nous voyons une
confirmation de cette attitude générale dans la « controverse
... connue sous le nom de problème de Cirta.
» : les historiens ont appris par un texte de Salluste
l’existence d’une ville de Numidie appelée Cirta, et, pour
eux, il est devenu essentiel de rechercher où se trouvait
cette ville. Il ne leur est pas venu à l’esprit que
l’histoire rapportée par Salluste ne pouvait être qu’un
fragment d’histoire des villes du Kef, Constantine ou
d’autres encore. Et que, face à toutes ces histoires non
connues, les textes les décrivant ayant tous disparu, la
localisation exacte de Cirta avait une importance très
relative. Actuellement, les historiens ont une démarche un
peu différente car ils ont compris – ou ils commencent à
comprendre – que la connaissance historique ne se manifeste
pas seulement par la maîtrise des textes écrits mais par
d’autres méthodes comme les études sur les évolutions (du
bâti, des techniques, du climat, des reliefs, des paysages,
des mentalités, des convictions religieuses, etc.).
Concernant la cité du Kef, nous disposons de plusieurs
témoins de son histoire : le temple des eaux (période
romaine), la basilique Saint-Pierre (période byzantine), le
monument à auges (période byzantine ?), le fort de la médina
et sa salle de prière (à partir du Xe siècle ?).
Le fort de la médina
Le texte ci-dessus donne la date de 1600 pour la
construction d’un « premier
fort ». Nous ne sommes cependant pas du tout
certains que ce soit bien là un « premier
fort ». Nous pensons qu'à cause de sa proximité
immédiate avec la ville romaine, cette colline élevée a été
occupée durant les temps anciens. Sachant par ailleurs que
la plupart des sites archéologiques de Tunisie contiennent
des restes de fortifications byzantines, il serait douteux
qu’il n’y ait pas eu de fortification byzantine à Le Kef. Et
cette colline constitue un bon endroit pour une telle
fortification. Bien sûr, extérieurement, rien n’apparaît de
cette fortification (images
2 et 3). Mais qu’en est-il en ce qui concerne les
parties intérieures qui peuvent être cachées par les
constructions du XVIIe siècle ?
Une de ces parties intérieures est la salle de prière (images de 4 à 6). C’est
une nef à trois vaisseaux, le vaisseau central étant plus
large que les vaisseaux latéraux. Le plan est celui des nefs
des premières basiliques chrétiennes. Nous ne pensons pas
cependant que cette salle date des premiers siècles du
premier millénaire. Il est fort probable que lors des divers
travaux de rénovation, la salle de prière ait été déplacée
et reconstruite avec des remplacements de colonnes et de
chapiteaux.
On peut voir par ailleurs la disparité de ces chapiteaux :
certains sont de style corinthien à feuilles d’acanthe (images 8 et 9).
D’autres qui sont à feuilles d’eau ou à crochets (images
6 et 7), seraient plus tardifs mais toujours datés
du premier millénaire.
Datation
envisagée pour la salle de prière du fort de la
médina du Kef : an 850 avec un écart de 200 ans.