La basilique au pied du fort (ou monument à auges) du Kef  

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Nous avons eu l’occasion de visiter ce monument durant un voyage effectué en Tunisie en avril 2025. Les images de cette page ont été prises lors de cette visite.

Les seuls renseignements que nous avons obtenu sur la cité du Kef et ses monuments ont été rapportés dans la page précédente. Concernant le monument ici décrit, il est indiqué par un panneau, comme étant une « basilique ». Nous verrons plus loin que cette appellation est contestable. Le nom de « monument à auges » lui a aussi été attribué.

Ce monument est fait de deux parties distinctes. Un bloc à plan quadrangulaire entourant une cour carrée – le tout analogue à un cloître –, que nous désignerons par la lettre B. Et un autre bloc à plan rectangulaire que nous désignerons par la lettre A. A est à gauche de B sur la vue par satellite de l'image 1  et à droite de B sur la vue aérienne de l'image 2. Sur l'image 4, la façade de A est à gauche de celle de B.


La partie A du monument

Les images de 7 à 12 présentent l’intérieur de la partie A. Cette partie est orientée en direction du Sud-Ouest. Elle est terminée au Sud-Ouest par une abside semi-circulaire (image 7). La salle précédant cette abside est encadrée par deux autres salles identiques voûtées. Celle de droite est représentée sur l'image 8. On constate sur cette image la présence, sur les deux murs latéraux, de niches à arcades. Cet ensemble de niches – une sur 2 étant en alternance obturée – est visible sur l'image 9. On remarque la présence d’une « anomalie » sur chacun des piliers séparant deux niches. Cette anomalie est bien visible sur les images 10 et 11 : la pierre a été creusée pour le passage d’une corde.

Il y a dans ce monument des bizarreries qu’on ne rencontre pas dans des basiliques chrétiennes. Dans celles-ci en effet, la nef est en général à plusieurs vaisseaux. Ce qui n’est pas le cas ici. On pourrait penser que les deux salles perpendiculaires à la nef constituent avec celle-ci, un transept. Mais il y a deux autres salles, jouxtant les précédentes, elles aussi perpendiculaires à la nef. Et puis il y a la présence de ces niches dont on se demande l’utilité.

Grâce à notre guid, nous avons pu avoir un début d’explication. Les « anomalies » constatées précédemment servaient à attacher des animaux : ânes, chevaux. D’où l’explication de l’appellation « monuments à auges ». Nous pensons que les personnes ayant ainsi dénommé ce monument ont estimé que les niches devaient être des auges, c’est-à-dire des sortes de mangeoires ou d’abreuvoirs. En fait, ces niches n’ont pas l’apparence de mangeoires. Notre guide nous a proposé une autre explication. Ce monument devait être une sorte d’octroi ou de lieu de perception d’un impôt en nature. Le redevable de cet impôt devait attacher son âne, le décharger de son bât et déposer celui-ci dans la niche, sans doute après qu’il ait été pesé. Le récipiendaire du colis devait faire passer ce colis dans la salle voisine où l’on trouve le même système de niches mais sans les arcs qui les surmontent et sans les cavités réservées à l’attache des animaux (image 12).


La partie B du monument

Les images de 13 à 18 décrivent la partie B du bâtiment, une partie toute différente de la précédente. Ces galeries de cloître devaient servir de grande salle d’attente.

Les chapiteaux tous semblables et intacts font envisager, soit que la construction est relativement récente, soit que cette partie a été fortement restaurée assez récemment.

On remarque sur l'image 1 que la galerie Sud-Est de ce pseudo-cloître est au moins deux fois plus large que chacune des trois autres. En fait, il s’agit d’une galerie à deux vaisseaux séparés entre eux par une colonnade (image 15), les autres galeries ayant un seul vaisseau (image 14).

L'image 18 est celle du mur Sud-Est de cette partie B, côté intérieur, l'image 5 étant celle de l’extérieur du même mur. La porte, visible à droite de cette image 18, est celle des images 5 et 6. Examinons la portion de mur située à gauche de cette porte (de l'image 18) jusqu’au milieu de l’image. On y voit deux pilastres formés d’une alternance de blocs à section soit carrée, soit strictement rectangulaire (ces derniers étant posés verticalement). Nous avons déjà vu ce modèle architectural dont nous ne comprenons pas l’intérêt architectonique, en particulier à Dougga (voir sur ce site, dans la page décrivant le site archéologique de Dougga, les images 31, 32, 43 et 44). Lorsque nous avons étudié cette page de Dougga, nous avons envisagé que ce modèle avait été introduit durant la période byzantine.

Et le modèle de porte de l'image 6, tout à fait analogue à celui des portes de la basilique Saint-Pierre étudiée dans la page suivante, nous confirme dans cette idée. Car la basilique Saint-Pierre daterait aussi de la période byzantine.


Le dépôt lapidaire

Diverses pièces sculptées ont été déposées dans le jardin attenant au monument (images 19 à 22), ou, à proximité, à l’entrée du fort (images 23 et 24), et à l’intérieur du monument (images de 25 à 32).

Image 21 : Stèle funéraire romaine avec le portrait du défunt.

Image 22 : Stèle votive avec représentation d’un vase sacré.

Image 23 : Stèle votive probablement libyco-punique avec des influences égyptiennes. Dans la partie supérieure, représentation d’un temple avec, de part et d’autre, des colonnes surmontées d’un fronton triangulaire sur lequel est gravé un croissant de lune. Le temple est encadré à gauche par des rinceaux avec, en haut, ce qui semble être une grenade.

Image 24 : Partie inférieure de la stèle précédente. On y voit, gravés en faible relief, deux personnages autour d’un guéridon. Les traits sont malhabiles. La position des personnages assis fait penser à des bas-reliefs égyptiens. Cela est accentué par le fait que les pieds du tabouret sur lequel est assis le personnage de gauche ressemblent fort à la croix égyptienne.


Des stèles votives sont représentées sur les images de 25 à 32. Par comparaison avec d’autre stèles votives déposées au musée du Bardo, qui ont fait l’objet d’une étude approfondie, nous pensons que ce sont des stèles néo-puniques élaborées aux alentours de l’an 100 de notre ère. Selon ceux qui les ont étudiées, ces stèles témoigneraient d’un syncrétisme religieux. Les diverses populations habitant la région (puniques, numides, libyens) auraient conservé leurs traditions religieuses et leur dieux anciens mais en les adaptant aux traditions religieuses grecques ou romaines et en renommant les dieux anciens. Ainsi Ba'al Hammon aurait pris les traits de Saturne.

Image 25 (détail sur les images 26 et 27). Stèle votive. Dans la partie supérieure (image 26), sous un croissant, un dieu barbu est assis. Il est auréolé. Il s’agit probablement de Saturne (ou Ba'al Hammon). Il est entouré de deux autres dieux entièrement nus. Celui de gauche tient un cheval, celui de droite, un lion. Les trois dieux sont surmontés d’une guirlande en forme de croissant. Dans la partie inférieure (image 27), le dédicant officie, la main droite posée sur un autel.

Image 28 (détail en image 29). On retrouve l’image du dédicant, la main posée sur un autel. On retrouve aussi dans la partie supérieure le dieu barbu Saturne assis entre deux autres dieux entièrement nus. Une tête de cheval apparaît sur celui de gauche. Une forme moins nettement identifiable, peut-être celle d’une tête de lion, s’inscrit derrière le dieu situé à droite.

Image 30 . Même style d’image que les deux précédentes. Sur celle-ci, les dieux nus qui encadrent Saturne conduisent un cheval pour l’un et un lion pour l’autre comme dans l'image 25.


Image 31 (détail en image 32). Les stèles précédentes n’avaient que deux registres. Celle-ci en a trois. Le registre médian contient comme pour les précédentes stèles l’image du dédicant. Celui-ci est accompagné d’une femme portant sur la tête un grand panier de fruits. En dessous, un taureau est représenté. C’est peut être le taureau devant être sacrifié. Dans le registre supérieur (image 32), on retrouve les deux dieux nus accompagnés de leurs animaux respectifs, le cheval et le lion représentés par leur seule tête;  mais ici le lion semble être à gauche et le cheval à droite. Entre les deux dieux, le personnage assis est difficilement reconnaissable, cette partie étant endommagée.

Image 33. Ici aussi on a trois registres. Dans la partie inférieure, le taureau fait face à l’autel du sacrifice. Dans la partie médiane, sous la voûte en cul-de-four, ce sont deux dédicants qui sont représentés (le mari et la femme ?) Dans la partie supérieure, on retrouve trois dieux mais ils sont représentés en buste et habillés.

Image 34. Autre stèle avec un dédicant placé sous une arcade.

Image 35. Autre stèle avec les images du dédicant et du taureau de sacrifice.

Image 36. Cette stèle semble plus ancienne que les autres : le costume du personnage s’apparente plus à des modèles du Proche-Orient qu’à des modèles grecs ou romains. Remarque : nous ne savons pas quels pouvaient être les modèles des costumes de la région.


Datation envisagée

Pour le mur Sud-Est du monument à auges du Kef : an 500 avec un écart de 100 ans.

Pour le monument à auges du Kef (partie A) : an 1200 avec un écart de 200 ans.

Pour les stèles votives déposées dans le monument à auges du Kef : an 100 avec un écart de 100 ans.