La maison des Laberii et ses mosaïques à Oudhna 

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Nous avons eu l’occasion de visiter le site archéologique d’Oudhna ainsi que le musée du Bardo (Tunis) durant notre voyage effectué en Tunisie en avril 2025. La plupart des images de cette page ont été prises lors de cette visite. Les autres ont été extraites de galeries d’images d’Internet afin de compléter l’information.

Pour la rédaction de cette page, nous avons largement utilisé le texte du livre décrivant dans le détail le parcours de visite du musée du Bardo, livre intitulé Le musée du Bardo, publié aux Éditions de l’Agence Nationale du Patrimoine, rédigé par Mohammed Yacoub.

À chaque fois que cela se présentera, le texte extrait de ce livre sera accompagné de l’abréviation MdB.

Images 1, 2 et 3. Les mosaïques décrites dans cette page proviennent du site archéologique d’Oudhna et, pour la plupart d’entre elles, de la maison des Laberii. Le plan de cette maison (image 1) donne un bel aperçu de la richesse de cette maison. Ces mosaïques ont été déposées dans la salle dite « de Carthage » (image 2) et la salle d’Oudhna de ce musée. Des copies de ces mosaïques ont été réalisées et déposées à Oudhna à l’emplacement exact que les originaux occupaient auparavant (image 3 de la mosaïque de Dionysos). Nous avons eu l’occasion lors de notre visite d’Oudhna de photographier des détails de la mosaïque de Dionysos (images 5, 6, 7, 8).

Images 4, 5, 6, 7, 8. Texte du MdB : « À l’extrémité du patio, très beau pavement avec seuil, empruntés à l’oecus (salle des réceptions d’apparat) de la villa dite des Laberii à Oudhna. Le pavement principal montre, à l’intérieur d’un panneau central (emblema, image 4), Dionysos figuré sous les traits d’un éphèbe, la teinte ceinte d’une couronne, faisant don de la vigne au roi légendaire de l’Attique Icarios. Ce dernier, assis sur un trône à gauche du dieu, la tête rehaussée d'un diadème et la main gauche tenant un sceptre, reçoit une grappe de raisin que lui présente un serviteur. Le reste du champ de pavement est couvert par un élégant décor végétal qui dérive de l’art hellénistique. Son organisation est conçue selon le principe de la voûte d’arêtes réfléchie sur le sol : de quatre cratères placés dans les angles et ornés, chacun, de l’image des Quatre Saisons en pied, sortent des ceps de vigne ordonnés selon les diagonales et abritant dans leurs ramifications toute une foule d’Amours vendageurs. 160-170 ap. J.-C. (images 5, 6, 7, 8). »

Il est indéniable que cette mosaïque est d’une très grande qualité artistique. On peut en particulier admirer la finesse du décor. Ainsi, sans le texte ci-dessus, nous n’aurions pas vu sur les cratères la représentation en pied des saisons. Il ne faudrait cependant pas qu’il faille se retreindre à la seule esthétique de cet ouvrage en négligeant son caractère religieux. Les pampres de vigne sont des symboles de vie. Il en est de même pour les Amours souvent représentés comme vendangeurs. Dionysos, dont le nom romain est Bacchus, est le dieu du vin. On dit que ces dieux sont associés à des mythologies. Nous pensons que c’est plus que cela. Les mythologies seraient des expressions imagées d’anciennes religions.

Image 9. Texte du MdB : « Deux chasseurs à cheval poursuivent un lièvre et un renard fuyant deux chiens de type "sloughi", Ederatus et Mustela, qu’un valet vient de lâcher. Fin du IIIe ou début du IVe siècle ap. J.-C. ». On constate que les deux mosaïques, la précédente et celle-ci, pourtant très proches l’une de l’autre (voir l'image 3) sont pourtant fort différentes, dans le style et les thèmes représentés, la première développant un thème mythologique ou religieux, la seconde une scène réaliste et familiale. Cela viendrait du fait qu’elles ont été posées à des dates différentes, la seconde environ 130 ans après la première si les dates sont exactes : en cinq ou six générations, les mentalités ont le temps de changer.


Images 10 , 11, 12. Texte du MdB : « Orphée assis sur un rocher au pied d’un arbre. Charmant avec les sons de sa lyre les animaux : lion, tigresse, gazelle mâle, cheval, singe, couleuvre, bœuf, antilope, panthère et oiseaux divers. Tout en haut de la mosaïque, une inscription nous fait connaître les noms des propriétaires, Labreiuss et Paulinus Laferianus ainsi que celui du mosaïste, Masurus.

Les représentations d’Orphée sont assez fréquentes dans l’art de la mosaïque. La raison en est que ce chantre dont la musique domptait les fauves et fléchissait les puissances de l’Enfer avait révélé les moyens d’accéder à une immortalité bienheureuse. L’attitude des chrétiens fut d’abord favorable au thème d’Orphée qu’on assimila à celui du Bon Pasteur. Leur hostilité à son égard, plus tard, explique la mutilation, sans doute volontaire, de la tête du personnage sur la mosaïque et sa restauration, depuis l’époque antique, à l’aide de tesselles uniformément blanches. »

On voit dans cette description le caractère profondément religieux (accès à l’immortalité) de ce que l’on a appelé le « mythe d’Orphée ». Et l’idée ici développée que le charme des animaux symbolise la maîtrise des puissances du Mal (et aussi du Bien).

Images 13, 14, 15, 16. Texte du MdB : « Pavement d’atrium (cour intérieure à ciel ouvert, entourée d’un portique). Au centre, scènes de la vie rurale, troupeau de moutons et de chèvres se dirigeant vers une ferme à la porte de laquelle se tient un berger (image 16) ; un puits à balancier, manœuvré par un valet, alimente un abreuvoir ou vient se désaltérer un cheval ; un laboureur pousse dans un sillon un attelage de bœufs. Tout autour,  scènes de chasse ou de la vie des champs : un berger chasse des oiseaux avec des gluaux : un autre – il s’agit peut-être d’un noir – trait une chèvre ; deux valets attaquent un sanglier (image 15) ; un paysan, vêtu d’une peau de chèvre, cherche à rabattre des perdrix dans une nasse (image 14) ; des chasseurs à cheval – vraisemblablement les propriétaires du domaine – transpercent une lionne à coups de javelots. Les entrecolonnements sont occupés par des tableaux qui représentent des guépards poursuivant des gazelles. Au pourtour, cercles sécants où sont figurés des quadrupèdes, des oiseaux ou simplement des rosaces. »

Images 17, 18, 19. Texte du MdB : « Panneaux provenant d’entrecolonnements et représentant, l’un deux ours cueillant les fruits d’un oranger et une biche qui fuit effrayée (image 17), l’autre, une panthère poursuivant un cerf (image 18), et le troisième, un éléphant et un taureau affrontés de chaque côté d’un olivier (image 19). »

Concernant l’éléphant, nous le trouvons un peu petit par rapport au taureau. En effet, compte tenu que la scène est réaliste, il devrait être au moins deux fois plus grand que celui-ci. Sa représentation devrait être aussi plus réaliste. On comprend que durant le Moyen-Âge, en Europe, les représentations d’éléphants n’aient pas été conformes à la réalité car les artistes n’avaient pas eu l’occasion d'en rencontrer. Mais nous sommes ici en Afrique, à une époque au cours de laquelle il était d’usage de faire entrer des bêtes sauvages dans un amphithéâtre et, éventuellement, de les faire combattre. Presque sûrement, le mosaïste a eu l’occasion, soit de voir des éléphants, soit de disposer d’images réalistes de ceux-ci. Cet éléphant serait peut-être un éléphanteau. Mais ne serait-il pas possible que ce soit un éléphant nain ?


Image 20. Texte du MdB : « Tableau ayant occupé le centre d’une vaste composition décorative. Il représente l’enlèvement d’Europe par Jupiter. Dans un jardin où elle cueillait des fleurs avec ses compagnes, Europe s’assoit sur la croupe d’un taureau sous les traits duquel Jupiter s’est présenté pour la ravir. Dans le coin gauche du tableau, voltige un petit Amour chargé des foudres du dieu. ». Encore une fois nous pensons qu’il y a dans cette représentation un symbolisme sous-jacent mais nous ne pouvons pas l’interpréter.

Images 21 et 22. Texte du MdB : « Mosaïque figurant Neptune monté sur le dos d’un hippocampe. Il tient, de la main gauche, son habituel trident, et, de la main droite, la bride de sa monture. Neptune est habituellement représenté sur un char tiré par un bige ou un quadrige. Le type qui lui a été prêté ici est unique dans le domaine de la mosaïque. Il s’apparente, par contre, à celui avec lequel a été figuré un dieu marin sur une petite plaquette de terre cuite, d’époque punique, retrouvée à Kerkouane, dans le Cap Bon. Aussi est-il possible de penser que l’image représentée dans la mosaïque soit la résurgence, à l’époque romaine, d’un type iconographique divin connu en Afrique depuis l’époque cathaginoise. IIIe siècle ap. J.-C. »

Image 23. Texte du MdB : « Mosaïque de seuil : un personnage nommé Fructus se fait servir à boire par deux esclaves appelés Myro et Victor. »

Image 24. La déesse Cérès, parée d’une couronne d’épis.

Images 25 et 26. Texte du MdB : « Composition géométrique et florale dont le centre est occupé par une scène mythologique. La déesse Séléné contemplant le corps du berger Endymion. Celui-ci accompagné de son chien, dort sur un rocher à l’ombre d’un arbre. Le tableau est plein de poésie et de grâce. ».

Images 27 et 28. Ce serait une mosaïque qui ne proviendrait pas de la Maison des Laberii, mais d’une autre maison située à proximité de celle-ci, appelée Maison des Industrii. Texte du MdB : « Pavement d’atrium. Vénus à sa toilette. La déesse figure au milieu des flots qui rappellent son origine marine. Elle est accompagnée – ce qui est exceptionnel – par deux Nymphes qui lui apportent des vasques remplies d’eau et sans doute de parfum. Au bas du tableau, se trouve l’inscription INDVSTRI, nom du propriétaire ? Ou signature du mosaïste ? (fin du IIIe siècle ap. J.-C.). ». Les représentations de Vénus à sa toilette sont relativement fréquentes. Nous n’en comprenons pas la signification. Certes, les représentations de femmes procédant à leur toilette sont fréquentes chez les artistes modernes, comme par exemple Degas, mais ces artistes modernes ne mélangent pas le religieux et le profane. Et dans le cas présent, on serait plutôt dans un contexte religieux (ou mythologique).

Images 30 : Les Amours pêcheurs. Cette autre mosaïque n’est pas dans la maison des Laberii. Ce serait une mosaïque qui ne proviendrait pas de la Maison des Laberii mais d’une autre construction, les thermes des Laberii. Le thème des Amours pêcheurs est relativement fréquent. Pour quelles raisons ? Les Amours seraient en rapport avec la Vie. Le thème est un thème païen. Mais paradoxalement, on le retrouve dans le christianisme : Jésus Christ dit à ses apôtres : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. ». Les Amours seraient-ils des pêcheurs d’âmes ou de mânes des défunts ?



Datation envisagée
pour les mosaïques de la maison des Laberii d’Oudhna : an 225 avec un écart de 75 ans.