La grande mosquée de Sfax 

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Nous n’avons pas eu l’occasion de visiter ce monument durant le voyage effectué en Tunisie en 2025. Les images de cette page sont extraites de galeries d’Internet.

Selon la page du site Internet https://islamicart.museumwnf.org/ consacrée à cette mosquée :

« Date du Monument : 235 de l’Hégire / 850 J.-C.

Architecte(s) / maître(s) d’œuvre : Hadj Saïd al-Qatti (Amine des maçons) et Tahar al-Manif.

Période / Dynastie : Aghlabide, ziride, husseinite.

Commanditaire(s) : Ali ibn Salem, frère de lait du grand jurisconsulte kairouanais Sahnoun ibn Saïd (240 H / 854 J.-C.).

Histoire : La mosquée a été embellie à l'époque ziride. Elle fut complètement remaniée, sans doute au VIe siècle H (XIIe siècle J.-C.), avant de retrouver sa forme originale, au XIIe siècle H (XVIIIe siècle J.-C.).

Description : La mosquée, qui occupe une position centrale au sein de la
médina, dessine un rectangle assez déformé. Des quatre faces, entourées de souks, se distingue la façade, orientale par sa décoration harmonieuse constituée d'une alternance de portes et fenêtres dont les tympans sont circonscrits d'arcs à trois voussures intercalés de niches en forme de mirhab. Les motifs décoratifs employés caractérisent le répertoire décoratif ifriqiyen de l'époque fatimo-ziride et se retrouvent dans plusieurs monuments du IVe siècle H (Xe siècle J.-C.), à l'exemple du porche de la Grande Mosquée de Mahdia. En accédant à la mosquée par la porte latérale du côté nord, on se retrouve dans une cour relativement réduite entourée des quatre côtés par des galeries à piliers cruciformes portant des arcs outrepassés et brisés. Des colonnes accostent les piliers et rehaussent la sobre élégance de l'ensemble. Les galeries sont couvertes de voûtes d'arêtes séparées par des doubleaux en fer à cheval. Celle de la qibla se distingue par un porche en saillie coiffé d'une coupole dont la calotte est directement placée sur la base carrée, défoncée par quatre niches aux angles.

À l'angle nord-ouest, se dresse le minaret. Bâti en pierre taillée et de base carrée, il est formé de deux tours superposées et d'un lanternon. La hauteur du minaret atteint les 15 mètres. Son allure rappelle le minaret de la Grande Mosquée de Kairouan, dont il se distingue par le raffinement de sa façade constituée d'une rangée de disques surmontée par une splendide écriture coufique fleurie se terminant par des moellons découpés en fleurons à cinq lobes. Des sondages permettent d'affirmer que le minaret originel aghlabide a été enrobé dans la chape de maçonnerie sculptée à l'époque fatimo-ziride.

Dix portes font passer de la cour à la salle de prière, qui épouse un plan très original en forme d'équerre dont la partie ouest a été récupérée sur une partie de la cour d'origine. L'actuelle salle de prière, constituée de neuf nefs, est entièrement couverte de voûtes d'arêtes que portent des arcs outrepassés, bandés dans les deux sens et s'appuyant sur les colonnes à chapiteaux antiques. La nef axiale est plus grande que les autres, à l'exemple du prototype kairouanais. Néanmoins, une coupole, du même type que celle de la cour et se trouvant dans son prolongement, occupe actuellement une position désaxée; elle surmonte le mirhab de la salle de prière du VIe siècle H (XIIe siècle J.-C.).

Le
mirhab actuel, qui date du XIIe siècle H (XVIIIe  siècle J.-C.), se caractérise par une inscription qui coiffe des niches en forme de mirhab à fond circulaire.

Mode de datation : Les sources historiques et littéraires, à l'exemple de Tijani et de l'historien sfaxien Ibn Maqdish, attribuent la fondation de la mosquée à Ali ibn Salem. Deux inscriptions figurant sur la partie orientale et datant de 378/988 et de 478/1085 attestent les travaux d'embellissement exécutés le long de cette façade. Enfin, une inscription poétique, gravée sur le mihrab actuel, donne le nom de son auteur et la date de sa construction en 1172/1759.  »


Remarques diverses

Image 2 : La corniche qui entoure la partie sommitale du minaret est ornée de trois larges bandes séparées entre elles par des frises plus minces. En partant du bas, on observe une mince frise décorée de grappes de raisin. La bande qui la surmonte est formée d’une succession de bols hémisphériques. Nous faisons le rapprochement de ce type d’ornementation avec les frises observées sur les murs de certaines abbayes des bords de l’Adriatique, au Nord de l’Italie (exemple : l’abbaye de Pomposa à Coligoro en Émilie-Romagne). Sauf que pour ces abbayes, les bols hémisphériques sont de vrais bols en céramique … issus des pays islamiques dont la Tunisie. Y aurait-il une inspiration réciproque des modèles ? Ou une origine commune, les deux régions , côte de l’Adriatique et côte de la Tunisie, ayant subi l’influence byzantine?

Une mince frise formée de fines volutes surmonte la rangée de bols. Elle est très endommagée, il n’en reste qu’une petite partie, à gauche. Au dessus de celle-ci, une large bande est constituée de caractères coufiques. Nous en ignorons la traduction. Par ailleurs,, nous ignorons s’il existe des études poussées portant sur ces caractères coufiques : leur traduction, l’évolution de l’écriture, la datation des inscriptions. Cette méconnaissance est pour nous regrettable dans la mesure où l’on découvre des inscriptions en caractères coufiques jusque dans le Sud de la France.

Enfin une autre frise à décor de corde supporte un crénelage. Mais ce crénelage est une véritable œuvre d’art car il est formé d’une succession de blocs de pierre évidés et sculptés en forme de feuille.

Images 3 et 4 : Sur ces images ,le décor de « sourcils » sur des baies en plein cintre fait immédiatement penser à un décor identique d’églises romanes du XIe ou XIIe siècle situées en France. Il s’agit d’un décor ancien compte tenu des nombreux travaux qui ont au cours du temps apporté des modifications au modèle d‘origine qui devait être plus régulier.

Parmi ces modifications, on note l’insertion de panneaux sculptés (images 5, 6 et 7). Deux d’entre eux (images 5 et 6) portent des caractères coufiques, probablement des versets du Coran. Le troisième (image 7), très endommagé est orné de feuillages habités (pampres de raisin avec grappes, oiseaux). On observe, sur la droite ce qui semble être une queue de paon. On aurait là une possible représentation « d’oiseaux au canthare ». L’inscription gravée sur le cadre est formée de caractères grecs. On aurait là un réemploi d’un bas-relief byzantin : peut-être une plaque de chancel.


Image 8 : La vue par satellite fait apparaître une cour décentrée vers le Nord-Est et une salle de prières en forme de L, comme il est écrit ci-dessus. Cette particularité est, en soi, instructive. Car elle implique, selon nous, une construction en plusieurs étapes de travaux. Plutôt que de parler d’étapes, il vaudrait mieux donner la définition d’un terme architectural exprimant qu’il y a eu jonction de deux corps de bâtiment différents. Imaginons, en effet, qu’il y ait eu en début de construction l’édification d’une salle de prière côté Sud. Et que par suite d’un accroissement du nombre de fidèles, on ait décidé d’agrandir cette salle de prière. On aurait procédé à l’élargissement de celle-ci dans une deuxième étape de travaux. Et on en aurait profité pour élargir la cour. Ce qui n’est pas le cas ici. La disposition présente permet de penser qu’il y avait un corps de bâtiment côté Ouest qui a été utilisé comme salle de prière, une salle ajoutée à la précédente. Il ne s’agit là bien sûr que d’une hypothèse. De plus, en l’admettant comme vraie, on ne sait pas quel est le corps de bâtiment qui a précédé l’autre.

Image 9 : La présence sur cette vue du minaret permet, par comparaison avec la vue précédente, d’effectuer des repérages. La galerie de cour de gauche est la galerie Ouest. Celle de droite est la galerie Nord.

Image 10 : Cette galerie Ouest est en contact direct avec la partie de la salle de prière située dans le corps de bâtiment Ouest, une salle de prière d’ailleurs visible à travers un portail grandement ouvert. On note sur cette image que les arcs de l’arcade sont portés par des piliers à section rectangulaire. Ces arcs sont en plein cintre. Le demi-cercle qu’ils forment est nettement outrepassé. On remarque sur les images 9 et 10 qu’il existe en second plan une autre arcade identique à la première, séparant la galerie de la salle de prière. Notons tout d’abord la ressemblance entre cette galerie encadrée par deux arcades à arcs outrepassés et le vaisseau central de la nef de Saint- Michel de Cuxa (Codalet/Pyrénées Orientales/Occitanie/France). Cette ressemblance est-elle purement fortuite ?

Passons à présent à l'image 16. Auparavant Nous avons vu sur les images 13, 14 et 15 que le plafond de la salle de prière était porté par des colonnes cylindriques monolithes. On retrouve ces colonnes à droite sur l'image 16. Mais, à gauche, ce sont des piliers à section rectangulaire (plus exactement ce sont des piliers rectangulaires sur lesquels sont adossés des pilastres rectangulaires). Au premier plan, l’arc outrepassé repose à gauche sur le pilastre par l’intermédiaire d’une imposte. À droite, il repose sur la colonne par l’intermédiaire d’un tailloir, d’un chapiteau et d’un bloc parallélépipédique, le tout faisant une épaisseur assez conséquente. L’idée est que le sommet du pilastre étant nettement plus haut que le sommet de la colonne, on a décidé de rétablir l’équilibre en ajoutant le bloc parallélépipédique. Nous pensons qu'à l’origine, les arcs en plein cintre n’existaient pas. La toiture de cette salle de prière devait être portée par une charpente. Les impostes, tailloirs, blocs parallélépipédiques, auraient été ajoutés après permettant de construire les arcs et les voûtes d’arêtes.

Ce n’est pas là le seul problème. Les images 14 et 15 révèlent la présence de piliers formés de trois colonnes réunies à côté de piliers à colonne unique. Nous pensons que ces problèmes pourraient être résolus si on disposait d’un plan détaillé de l’édifice. C’est en tout cas la constatation que l’on a pu faire en étudiant des plans détaillés d’églises d’Europe. Il faudrait qu’il en soit de même pour les mosquées de Tunisie qui ainsi témoigneraient d’un riche passé.



Datation envisagée pour la grande mosquée de Sfax : an 900 avec un écart de 100 ans.