Le musée du Bardo à Tunis : les mosaïques romaines 

• Afrique du Nord    • Article précédent    • Article suivant   


La plupart des images de cette page ont été prises lors de la visite de ce musée effectuée durant notre voyage en Tunisie, en avril 2025. Les autres ont été extraites de galeries d’images d’Internet afin de compléter l’information.

Pour les généralités émises sur ce musée, lire la page précédente. Celle-ci est consacrée aux mosaïques romaines. Pas toutes cependant ! Il existe aussi des mosaïques chrétiennes qui seront étudiées dans la page suivante.

Ce musée est très riche en mosaïques. Celles-ci témoignent d’un réel talent des mosaïstes qui les ont créées, avec une grande finesse dans l’exécution. Mais il n’y a pas que cela. Car ces mosaïques portent un témoignage important sur la civilisation romaine : les lieux de vie, les activités, les jeux, les croyances.

Des dizaines de chercheurs ont consacré leurs vies à l’étude des mosaïques romaines (il n’y en a pas qu’en Tunisie mais dans tout le monde issu des romains). Et ils ont trouvé beaucoup de choses … que nous envisageons d’utiliser dans notre approche globale sur le premier millénaire de notre ère. Dans la suite de cette page, nous avons recopié des descriptions de mosaïques du Musée du Bardo extraites du livre Le Musée du Bardo, par Mohamed Yacoub. Nous conseillons la lecture de ce livre.


Les simples décors (images 1, 2 et 3)

La grande majorité des pavements de mosaïque est constituée de décors utilisant des formes géométriques répétitives, parfois d’une grande complexité avec une esthétique abstraite sans volonté apparente de transmission de symboles. On se pose cependant parfois des questions. Ainsi la mosaïque de l'image 1, a priori purement décorative, contient un élément qui pourrait être l’emblème d’une société (image 2). Et, pour l'image 3, on aimerait savoir ce que signifient les deux éléments en forme de croix, le nœud de Salomon et la svastika : simples décors ? emblèmes de sociétés ? symboles chrétiens ?



Les scènes de genre (ou de vie quotidienne)


Image 4 : Échansons et buveur. Deux esclaves échansons, nommés Myro et Victor, distribuent la boisson au noble Fructus.

Image 5 : Échansons et buveurs. Selon Mohamed Yacoub : « Tableau central d’un pavement de chambre. Deux échansons, de taille gigantesque, portant sur l’épaule des amphores, servent à boire à deux convives. Sur l’amphore de l’échanson de droite, orné de feuilles de lierre, est écrit, en caractères latins, le mot grec, “Pie” (Bois). Sur celle de gauche, on lit en grec “Zhchc“ (Tu vivras). Ce sont deux souhaits qui se complètent (Bois et tu vivras). Deux jeunes serviteurs apportent aux buveurs, l’un une corbeille de fleurs, l’autre, une serviette et une petite amphore contenant probablement du parfum. IIIe siècle après J.-C. (Dougga). »

Image 6 : Pavement avec xenia.

Voici la description donnée par Mohamed Yacoub de cette mosaïque : « Divers fragments d’un grand pavement de triclinium (salle à manger). Champ compartimenté par une guirlande de laurier en panneaux carrés, bordés par des tentures. À l’intérieur, figurent des victuailles (xenia) apprêtées pour être consommées : […] » (suit une description du contenu de ces panneaux, puis ...). « Dix panneaux d’un seul tenant sont occupés par un panier de figues, deux perdrix, trois fois deux poissons, un lièvre dévorant une pomme, un panier rempli de raisin, un coq faisan, une gazelle, enfin, un flamand rose captif. […] Fin du IIe siècle ap. J.-C. »

Images 7, 8 et 9 : Scènes de vie à la campagne.

Si une simple ferme, avec peut-être des dépendances, est présentée sur l'image 7, un domaine plus important avec deux tours aux extrémités reliées entre elles par une grande galerie est visible sur l'image 8. La vie est calme et paisible entre, d’un côté une femme en train de filer, et de l’autre, un cheval s’ébrouant dans la prairie.

Autre scène agreste : la chasse au sanglier (image 9).


Images de 10 à 15 : La mosaïque du seigneur Julius.

Voici la description donnée par Mohamed Yacoub de cette mosaïque : « Importante mosaïque, l’une des pièces maîtresses du musée. Elle représente un grand domaine (image 10) au milieu duquel se dresse une villa (image 11). Celle-ci se présente comme une maison fortifiée, construite en pierres de taille et flanquée de deux tours d’angle de forme carrée, reliées entre elles par une galerie placée au premier étage. Le rez-de-chaussée, massif et aveugle, est percé en son milieu par une porte cochère cintrée. Derrière la villa on aperçoit quatre tours rondes, coiffées en coupoles, qui représentent peur-être des thermes.

Tout autour, des scènes réparties sur trois registres évoquent la vie quotidienne dans le domaine aux différentes saisons de l’année : au registre du milieu, à gauche, le propriétaire, vêtu d’un costume d’apparat, arrive à cheval sur ses terres suivi par un valet ; à droite, nous assistons au départ pour la chasse. Le registre supérieur offre des scènes évoquant, à gauche, l'hiver (image 12), et, à droite, l’été (image 13) : cueillette d’olives et paysan en train de tondre un mouton près d’un champ de blé aux épis mûrs. Au milieu de ce même registre, on voit la femme du propriétaire s’éventant dans un bois ombragé de cyprès. Au registre inférieur, dans la partie gauche consacrée à l’évocation du printemps (image 14), la maîtresse, appuyée à une colonne, comme Vénus, reçoit des présents ; dans la partie droite (image 15), le maître du domaine est figuré assis dans un verger planté d’arbres symbolisant l’automne. Il reçoit, de la main d’un serviteur, une lettre sur laquelle on lit “D(omi)no Julio” (au seigneur Julius).

Cette mosaïque est le monument le plus complet qui nous soit parvenu sur la vie de l’aristocratie africaine durant la période du Bas Empire romain. Elle prouve que, contrairement à la théorie généralement enseignée, la province d’Afrique était demeurée encore à cette époque, un pays prospère. Fin du IIIe siècle-début du IVe siècle après J.-C. (Carthage). ».

Remarque : La dernière phrase nous conforte dans notre opinion. Contrairement à ce que nous avons appris durant notre jeunesse, la civilisation romaine ne s’arrête pas à la fin du IIe siècle. Elle continue à se développer sous des formes parfois différentes des formes initiales bien après le IVe siècle. Et pas seulement en Afrique !

Avant de lire cette description, nous ne nous attendions pas à ce qu’il y ait une référence aux saisons. En effet, dans de nombreux panneaux carrés ou rectangulaires, les saisons sont représentées. En général, elles sont symbolisées par quatre jeunes femmes : une sorte d’allégorie des saisons. On s’attendrait à ce que ces saisons soient représentées sous forme cyclique (on parle en effet de « cycle des saisons »). Or, dans le cas présent, l’hiver et l’été sont représentés en haut du panneau et face à face alors qu’on s’attendait qu’il y ait, entre les deux, soit le printemps, soit l’automne.


Image 16 : Paysage nilotique.

Mosaïque du IIe siècle après J.-C., en partie refaite au IIIe siècle (El Alia).

Images 17 et 18 : Grand panneau montrant des maisons en bord de mer.

La vue semble paisible et bucolique. Mais si on regarde la mer (image 18), on voit apparaître un monstre marin (un hippocampe) tourné vers un petit Amour ailé.

Image 19 : Scène de chasse à courre.

Voici la description donnée par Mohamed Yacoub de cette mosaïque : « Mosaïque offrant trois registres qui retracent les différents épisodes d’une chasse à courre. En haut, deux hommes à cheval, accompagnés d’un rabatteur, partent pour la chasse. Sous leurs pieds, le sol est rendu, conventionnellement, par une bande foncée se détachant du sol blanc. Au registre du milieu, les chiens découvrent le gibier qui se cache dans un buisson. En bas, chasseurs et chiens se lancent à la poursuite du lièvre, qui fuit à bonds éperdus ; milieu du IIIe siècle après J.-C. ».

Image 21 : Mosaïque de Virgile.

Cette mosaïque représente le poète latin Virgile écrivant l’Énéide. Il est entouré par deux muses. Début du IIIe siècle ap. J.-C. (Sousse).



Les Jeux de cirque


Images 22 et 23 : Selon Mohamed Yacoub (extraits) : « Mosaïque originaire de Gafsa figurant une course de chars dans un cirque. [...]

La scène de course rapporte la phase finale – la plus excitante – d’une compétition ayant mis en lice quatre quadriges aux couleurs des factions (partis). Le cocher vainqueur appartient au parti des Verts. [...]

Les couses de chars avaient, tout au long des époques romaine et byzantine, passionné les africains, comme du reste tous les habitants de l’Empire. Elles étaient organisées par des sortes de syndicats appelés “factiones”, pour le compte des magistrats ou de riches personnages, qui, pour entretenir leur popularité, les offraient à la foule des citoyens. Sous l’Empire romain, quatre factions se répartissaient obligatoirement les coureurs, se partageaient les faveurs du public. Ce sont les Blancs, les Bleus, les Rouges et les Verts. Dans le courant du IIIe siècle, les Blancs tombèrent sous la dépendance des Bleus, et les Rouges sous celle des Verts. [...]

L’œuvre, d’une exécution maladroite, est traitée dans un style linéariste et abstrait, excluant tout naturalisme. Début de l’époque byzantine ; VIe siècle après J.-C. »

Image 24 : Selon Mohamed Yacoub : « Vue intérieure et extérieure d’un cirque au moment du déroulement d’une course. La mosaïque comporte certaines particularités laissant penser que le cirque reproduit est celui de Carthage.

De l’enceinte extérieure de l’édifice, seule la façade de l’un des deux côtés longs est figurée. Elle offre un soubassement formé de deux étages d’arcades cintrées vues de face. L’intérieur du cirque est, par contre, représenté dans sa totalité, conformément à une perspective conventionnelle à plusieurs angles de vue. Sur trois côtés, les gradins sont entièrement masqués par un voile déployé, destiné à abriter les spectateurs des intempéries. Ces gradins n’ont pu être figurés qu’au devant de l’un des deux côtés longs de l’édifice, anormalement vides de spectateurs. Sept ouvertures (vomitoria) y sont aménagées pour conduire les spectateurs à partir des galeries voûtées, des substructions de l’édifice, vers les places qui leur sont réservées. Se dressent deux petits édifices dans lesquels on a reconnu peut-être les loges des arbitres. [...]

Au milieu de l’arène, se dresse le socle de la spina qui présente la particularité de voir son centre occupé non pas par une obélisque, comme dans le Grand Cirque de Rome, qui a souvent servi de modèle aux mosaïstes, mais par une statue de Cybèle sur un lion, comme sans doute dans le cirque de Carthage.

La scène de course a mis en lice quatre concurrents parés aux couleurs des factions qui courent, trois dans le sens normal de la compétition et le quatrième en sens inverse. Ce dernier est le cocher vainqueur qui a déjà bouclé les sept tours réglementaires, et, ayant reçu la palme de la victoire, a fait demi-tour pour aller parader devant les gradins, précédé de son meneur de train à cheval.

Dans le reste de l’arène, figurent deux
sparsores munis, chacun, d’une amphore et dont l’un semble inciter l’attelage de la faction qui l’emploie à ralentir, l’issue de la course étant déjà connue.

Cette mosaïque constitue, jusqu’ici, la plus ancienne représentation de scène de cirque sur mosaïque. Par sa valeur commémorative, elle se rattache au courant artistique qui, à partir du IIe siècle après J.-C., se détourne de la tradition hellénistique pour s’orienter vers l’illustration de la réalité. Fin du IIe siècle ou début du IIIe siècle après J.-C. (Carthage). »

Image 25 : L’aurige vainqueur. Selon Mohamed Yacoub : « Tableau central d’un pavement de chambre dont le sujet est inspiré par les jeux du cirque : l’aurige Eros debout sur son quadrige. Il est muni d’une couronne et d’une palme, symbole de victoire, et fait claquer de la main droite un fouet. À sa gauche, l’acclamation, “Eros omnia per te”. Deux des quatre chevaux portent des noms : Amandus et Frunitus. Fin du IVe siècle après J.-C. »

Images 26 et 27 : Pavement dit « d’Isaona ».

Selon Mohamed Yacoub (extraits) : « Grande mosaïque dont le décor est inspiré par les jeux de l’amphithéâtre. [...] Dans la partie inférieure du tableau, au centre, un grand médaillon circulaire est occupé par le buste d’un personnage vêtu d’une tunique ornée de broderies. La tige à trois roses rouges qu’il exalte de la main droite et la hampe sommée d’un croissant qu’il tient appuyée contre son épaule gauche sont les emblèmes de la sodalité des Telegenii. [...] Tout autour, quatre médaillons circulaires plus petits, où se répète le mot “Isaona”, referment les emblèmes d’autres associations d’amphithéâtre. On reconnaît la couronne à cinq pointes et les poissons des Pentasii, un S majuscule et le chiffre trois des Sinematii et quatre tiges de millet des Leontii. Le dernier emblème est constitué par des feuilles de lierre et le chiffre quatre mais le nom de la sodalité qui le concerne nous est inconnu. [...] Fin du IIIe ou début du IVe siècle ap. J.-C. »


Autres images de cirque

Image 28 : Paon faisant la roue ; chevaux des quatre factions.

Selon Mohamed Yacoub (extraits) : « Grande mosaïque formant à l’intérieur d’une bordure constituée par une grecque fractionnée, un décor réparti sur deux zones de largeur inégale, que sépare une guirlande de laurier piquée de fleurs et de fruits. La zone supérieure montre, occupant exactement le centre du tableau, un magnifique paon faisant la roue qui symbolise, avec sa queue constellée, la voûte étoilée du ciel. Pour accentuer peut-être la valeur cosmologique de la représentation, l’oiseau est inscrit à l’intérieur d’un encadrement à sommet arrondi. [...] Dans la zone inférieure, sont dessinés de profil, sans souci de proportion par rapport aux motifs précédents, quatre chevaux de course à la robe grise et à la silhouette massive. [...] Ils sont disposés sur une même ligne, de part et d’autre de trois “cylindres de prix”. [...] De ces cylindres s’échappent des rinceaux végétaux, symbolisant les saisons et que broutent les coursiers.

Le décor illustre ainsi, au moins partiellement, les implications cosmologiques que, par suite de spéculations superstitieuses auxquelles l’astrologie fournissait une justification d’apparence rationnelle, les anciens avaient attachées au monde du cirque. En effet, ce dernier fut considéré comme une image réduite de l’univers, l’aurige vainqueur étant identifié au Soleil “cocher divin et invincible” et chaque faction assimilée à une saison. L’image de notre mosaïque permet ainsi, grâce à la couleur des colliers que portent les divers étalons et à la plante qu’ils broutent, d’identifier les Verts au printemps, les Rouges à l’été, les Bleus à l’automne et les Blancs à l’hiver. (NDLR. Nous avons cherché en vain sur les chevaux de cette image, non seulement la couleur des colliers, mais les colliers eux-mêmes). 2e moitié du IVe siècle ap. J.-C. »

Images 29 et 30 : Mosaïque de Vénus et des deux centauresses.

Selon Mohamed Yacoub (extraits) : « Mosaïque offrant une série de carrés à l’intérieur desquels des tresses dessinent des octogones occupés par des couronnes de laurier entourant des losanges et des croix. En haut, deux carrés sont meublés, chacun par un cheval de course. Celui de gauche est presque entièrement détruit. Celui de droite, dénommé Titonius, a devant lui une palme, symbole de victoire. Au milieu de la mosaïque, le sujet principal montre Vénus couronnée par deux centauresses. [...] Vénus est encadrée par deux centauresses à torse de femme et à poitrail de cheval qui d’un même geste, portent au dessus de sa tête une immense couronne, orfévrée et gemmée, et une guirlande de feuillages. [...] Selon l’interprétation la plus récente, l’association dans ce tableau du thème du couronnement de Vénus avec celui des chevaux du cirque serait à mettre en rapport avec la victoire en course. La couronne que les deux centauresses s’apprêtent à poser sur la tête de la déesse serait une couronne de prix, ayant récompensé un quadrige vainqueur, lors des jeux célébrés en l’honneur de Vénus. [...] Début du IVe siècle ap. J.-C. (Ellès). »

Remarque : les images de 22 à 27 faisaient penser à de « banales » courses de chevaux comme on en voit chaque dimanche dans les hippodromes des pays européens (en fait, le mot « banales » ne ferait sans doute pas plaisir aux nombreux turfistes qui fréquentent ces hippodromes). Cependant, dans les champs de course actuels, on ne voit pas de représentation religieuse, mythologique, ou de signe d’une superstition. En un mot, le turfiste actuel est « agnostique ». Or on constate sur les images 28 et 29 qu’il existe une dimension plus religieuse dans ces courses de char. Dans ses commentaires, Mohamed Yacoub y fait d’ailleurs allusion. Ses propos confirment d’ailleurs nos propres idées. Nous pensons qu’il y a eu dans ces « jeux d’amphithéâtre » une dimension plus religieuse (animiste ?) que celle de nos compétitions actuelles. Nous devrions reparler de tout cela prochainement dans une étude consacrée à l ‘évolution des religions au cours du premier millénaire.

Image 31 : Mosaïque du triomphe de Dionysos entouré des quatre Saisons.

Nous comptons consacrer prochainement une page de notre site à l’étude de cette mosaïque représentative d’autres analogues.

Image 32 : Mosaïque de l’enlèvement d’Europe.

Image 33 : Mosaïque du dieu (ou de la déesse) chevauchant une tigresse.

Nous n’avons pas obtenu de renseignement sur cette mosaïque d’un dieu nu chevauchant une tigresse. Il semblerait que le dieu soit entouré de têtes féminines figurant les quatre saisons.


Image 34 : Mosaïque de pavement à décor marin de la salle de Carthage.

Cette mosaïque a probablement fait l’objet d’une reconstitution avec remplacement d’éléments disparus. Cela est apparent sur l'image 35. Le plan de cette mosaïque est celui d’un rectangle figurant la mer et ses poissons (images 36, 37 et 38) encadré par deux demi-disques contenant, chacun, la tête hirsute du dieu Océan (images 35 et 39). Si la représentation du dieu Océan relève manifestement de la mythologie, celle figurant la mer est ses poissons apparaît à première vue réaliste. En fait partie le pêcheur de l'image 37, à l’allure très décontractée, ainsi que quelques poissons ou autres animaux marins. On constate cependant que d’autres animaux marins ne font pas partie de cette réalité. Ils sont tous identiques, à corps de dauphin, et queue en forme d’étoile à six branches, de couleur or (imitant les rayons solaires ?). On en compte quatre alignés sur l'image 36, et quatre autres formant un carré sur l'image 38. Dans cet exemple encore, on retrouve l’idée de dépassement de la réalité, de volonté d’afficher l’imaginaire au sein de la réalité.


Images 40 et 41 : La lutte musicale d’Apollon et de Marsyas, bustes des quatre saisons.

Selon Mohamed Yacoub (extraits) : « [...] La scène de la lutte occupe le carré central (image 41). Elle rapporte la fin du concours et la victoire d’Apollon. Le dieu y apparaît en effet, à droite, tenant d’une main, une cithare et posant de l’autre une couronne végétale sur sa tête. Il est assis sur un rocher que le mosaïste a omis de représenter. Au milieu, le Satyre phrygien Marsyas se présente debout, le corps dépouillé de tout vêtement. [...] En arrière-plan par rapport aux deux antagonistes, apparaît l’élève de Marsyas, l’esclave scythe Olympos, vêtu d’un costume oriental caractéristique : tunique courte et bonnet phrygien, de forme conique. Athéna, arbitre du concours, se tient debout dans la partie gauche du tableau, une lance à la main.

Les médaillons d’angle entourent les bustes ailés des Saisons figurées sous l’aspect de jeunes femmes parées d’attributs végétaux caractéristiques
.  [...] Fin du IIe siècle ap. J.-C. »

Image 42 : Mosaïque des lions affrontés.

Voici la description donnée par Mohamed Yacoub de cette mosaïque (extraits) : « [...] Le sujet de cette mosaïque se rattache à l’abondante série des représentations figurées, issues du vieux thème oriental de l’arbre de vie que flanquent des animaux de tous genres. Adopté par l’Église, en raison de sa valeur symbolique, ce thème a bénéficié d’une grande faveur tout au long de l’époque chrétienne. Il connaît une vogue particulière dans les provinces orientales de l’Empire. Le chatoiement des couleurs, la stylisation des divers motifs et un hiératisme symbolique, en opposition avec un intérêt pour le réel, trahissent, dans cette mosaïque, l’influence de l’art byzantin. VIe siècle ap. J.-C. (Carthage). »

Remarque : Si il y a manifestement une influence de l’art byzantin, nous ne sommes pas pour autant certains que cette mosaïque soit chrétienne.

Images 43, 44 et 45 : Mosaïque du triomphe de Dionysos.

Voici la description donnée par Mohamed Yacoub de cette mosaïque : « Pavement d’occus. De quatre cratères placés dans les angles, s’échappent des ceps de vigne dont les riÀ sont chargés de grappes que cueillent des Amours. Au milieu de l’un des côtés (image 45), la scène principale montre Dionysos triomphant, debout sur un char traîné par deux tigresses que conduit Pan. À ses côtés, se tiennent une Victoire, qui lui dépose une couronne sur la tête, et un Silène. À gauche du char, marche une Bacchante tenant un thyrse et un tambourin. Au milieu du côté opposé (image 44), un âne plie sous le poids d’un Silène ventripotent, tandis qu’un lion s’arrête brusquement à la vue de son image dans un miroir que lui tend un Satyre. Sur les deux petits côtés du tableau, une panthère apprivoisée venant boire dans un cratère. Tous les motifs figurés ont été orient de façon à être vus de l’extérieur ; fin du IIIe siècle ap. J.-C.

Les thèmes dionysiaques ont bénéficié d’une faveur particulière auprès des mosaïstes africains, du IIe au IVe siècle ap. J.-C. Notamment en Byzacène. La raison en est que Dionysos, plus ou moins assimilé au dieu phénicien Shadrapa, introduit en Afrique à l’époque punique, avait de multiples attributs : dieu cosmocrator. Il est symbole, non seulement de l’ivresse et de la fécondité, mais aussi des “mystères” et des initiés. »

Images 46, 47 et 48 : Mosaïque de deux paons.

Nous n’avons pas eu de renseignement particulier sur cette mosaïque qui présente cependant un caractère inusité. Nous connaissons la figure très caractéristique des
« oiseaux au canthare » : deux oiseaux, souvent des paons, encadrant un objet qui peut être un grand vase ou un arbre de vie ou un autre objet encore. Les deux oiseaux sont symétriques. Ici les deux paons encadrent un grand disque contenant une rosace (image 46) mais l’oiseau situé à gauche (image 48) est en sens inverse de celui de droite (image 47).



Datation envisagée
pour les mosaïques romaines du musée du Bardo : an 275 avec un écart de 125 ans.