Le musée du Bardo à Tunis : les collections paléochrétiennes  

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Nous avons eu l’occasion de visiter ce musée durant notre voyage effectué en Tunisie en 2025 (voir les deux pages précédentes). La plupart des images de cette page ont été prises lors de cette visite. Les autres ont été extraites de galeries d’images d’Internet afin de compléter l’information.


Image 1 : Pavement restitué contenant des croix de diverses formes différentes de celles vues auparavant dont le caractère chrétien était seulement évoqué. Celles-ci semblent être réellement chrétiennes. En particulier, les croix contenant des entrelacs que l’on retrouve sur des panneaux de chancels chrétiens. Datation estimée (par nous) de ce type de pavement : an 450 avec un écart de 100 ans.

Image 2 : Autre pavement restitué attesté chrétien (croix précédant l’inscription).

Image 3. Pavement de mausolée « d’une grande famille sénatoriale romaine, celle des Blossi » : Daniel dans la fosse aux lions. La représentation ici affichée n’est pas tout à fait conforme au texte biblique qui raconte que Daniel, au milieu des lions, a été alimenté par un ange venu du ciel. Il est possible que le concepteur de l’image ait été influencé par les récits des persécutions de chrétiens jetés aux fauves. Il est aussi possible que l’image soit symbolique de la prédication du christianisme (représenté par Daniel) vis-à-vis des religions païennes (les lions). L’histoire de Daniel était connue dès les premiers temps du christianisme. Datation par Mohamed Yacoub : Ve siècle ap. J.-C. (Borg et Youdi).

Image 4 : Représentation schématique d’une nef à trois vaisseaux.

Description par Mohamed Yacoub : « À gauche, l’édifice comporte un grand arc tripartite supporté par quatre colonnes, qui donne accès par le moyen d’un escalier à quatre degrés à une abside voûtée en cul de four. À droite, la façade sommée par un fronton triangulaire où sont aménagées trois fenêtres, est percée par une entrée décentrée que précède un escalier à cinq marches.

La partie centrale de l’édifice est vue de l’intérieur. La colonnade de l’aile droite a été vue entière. Par contre, sa partie latérale gauche, la plus proche du spectateur, a été purement et simplement supprimée et la hauteur de la file de colonnes, qui la longe, réduite de moitié pour permettre le dessin des trois nefs qui se répartissent l’espace intérieur.

Dans la nef centrale, se trouve l’autel sur lequel brûlent trois cierges. Le sol de cette nef est tapissé d’une mosaïque figurant six colombes qui s’alignent sur un rang. Elles symbolisent la procession des fidèles vers l’autel.


La partie supérieure de la basilique est vue de l’extérieur. Son toit à double inclinaison est couvert de tuiles plates reliées par des tuiles demi-cylindriques.

Le problème de l’unité de l’ensemble de ces divers éléments de l’édifice vus, tantôt de l’extérieur, tantôt de l’intérieur, a été résolu, de façon tout à fait conventionnelle, par l’intion, entre eux, de deux lignes. La première ligne, “Ecclesia Mater”, explique le sujet qui est “l’Église-mère”, la deuxième, “Valentia in pace”, donne le nom de la défunte suivi d’une invocation.

Malgré les conventions fantaisistes adoptées par l’artiste dans le dessin de l’édifice, l’œuvre constitue un document d’une grande importance pour l’étude de l’architecture religieuse chrétienne primitive. Elle représente sans doute, quoique d’une manière schématique, à la fois la petite église de Tabarka et l’Église-mère, refuge des fidèles. Ve siècle ap. J.-C. »

Cette image est effectivement très intéressante en ce qui concerne notre recherche en architecture du premier millénaire. En particulier, nous avions envisagé que dans les premières basiliques chrétiennes (ou les basiliques romaines précédentes), les piliers séparant les vaisseaux d’une nef supportaient des architraves (ou linteaux droits) et non des arcs. Nous pensions que ce type d’architecture à architraves avait été remplacé par celui à arcs à partir du IIIe siècle. Nous découvrons son existence deux siècles voire plus après.

Par ailleurs, dans notre visite d’églises de Tunisie en ruine, nous avions été surpris de découvrir que l’autel n’était pas situé à l’intérieur de l’abside mais dans la nef, proche de l’abside, laquelle était souvent surélevée. L'image 4 confirme cette particularité et nous invite à réfléchir sur le pourquoi de cette disposition.

Image 5 : Chantier de construction d’une basilique. Selon Mohamed Yacoub : « [...] Ce chantier est sans doute celui de la construction de l’édifice d’où provient le pavement. Au milieu du décor se détache, en effet, une couronne où était tracée, probablement, l’inscription dédicatoire. Cette couronne est portée par deux angelots (l’un d’eux détruit) comparables à des Amours, mais asexués, conformément aux usages chrétiens. Ve siècle; basilique d’Oued Rmel, région de Zaghouan. »

Il y avait à l’origine sûrement plus de deux angelots car il manque la totalité de la partie symétrique. Remarque : dans le registre supérieur, les instruments du maçon ou du sculpteur, fil à plomb, équerre, pic, ciseau à bois, ainsi que la canne, instrument de mesure porté par le maître d’œuvre.

Image 6 : Mosaïque funéraire représentant le Bon Pasteur. Le panneau est partagé en 5 registres, avec, tout en bas, le domaine maritime peuplé de poissons. Puis vient une partie terrestre avec deux oiseaux picorant une fleur. Plus haut, une autre partie terrestre : un cheval devant un peuplier. Plus haut encore, un homme portant un agneau et deux brebis. Enfin une épitaphe peu lisible (en caractères grecs ?). On pourrait penser à des scènes naturalistes. Mais il s’agit d’un décor de tombe. Les images transmettent des symboles. La mer dans laquelle le soleil disparaît le soir et reparaît le lendemain est symbole de mort et de résurrection. Les oiseaux situés de part et d’autre de la fleur sont à l’image des « oiseaux au canthare », des messagers entre la terre des hommes et le Ciel où vit Dieu. Le cheval est lui aussi messager : il porte le soleil dans sa course dans le ciel. Le berger est, quant à lui, représentatif du Christ et ses brebis le sont du genre humain.


Image 7 : Mosaïque funéraire représentant le sacrifice d’Abraham, selon un panonceau situé à proximité.

Image 8 : Mosaïque funéraire de deux personnages, « une défunte, orante, figurée avec son père, un banquier, représenté à sa table de travail. Tabarka ; Ve siècle ap. J. C. » (selon un panonceau situé à proximité).

Image 9 : Mosaïque funéraire d’une petite fille. Selon un panonceau situé à proximité : « L’inscription fragmentaire est au sommet : (nom de la défunte) qui a vécu 4 ans, 11 mois, 3 jours, 7 heures . Représentation de la défunte, priant, habillée d’une dalmatique brodée. Une croix monogrammatique et un cierge allumé accompagnent le portrait funéraire idéalisé. Acropole chrétienne des buttes Mezghani (Sfax) Ve siècle ap. J. C. »

Images 10, 11, 12 : Tombe décorée de mosaïques sur trois faces. Sur la face latérale (image 11), la scène classique des « oiseaux au canthare ». De ce dernier, jaillissent les rinceaux de l’arbre de vie. Le défunt est représenté sur la face supérieure (image 12). Il s’agit d’un enfant dénommé Dardamus. Il est qualifié d’INNOCES, adjectif qui ne semble s’appliquer qu’à des enfants. Suit l’invocation IN PACE. L’enfant est vêtu d’une dalmatique. Avec ses mains qui sortent de la dalmatique, il a une attitude d’orant. Les deux colonnes situées de part et d’autre sont des cierges allumés. Leur structure nous est inconnue.


Image 13 : Mosaïque funéraire décorée d’un chrisme. Le défunt a vécu 30 ans 3 mois, 7 jours.

Image 14 : Mosaïque funéraire d’un enfant qualifié de doux et d’innocent. Dans le registre inférieur, scène classique des « oiseaux au canthare ».

Image 15 : Mosaïque funéraire au nom de Victoria. La défunte est représentée an attitude d’orante, vêtue d’une dalmatique, encadrée par deux oiseaux à sa tête et deux cierges allumés à son corps.

Image 16 : On retrouve les mêmes caractéristiques dans cette mosaïque. Cette fois-ci, les traits du visage sont ceux d’un enfant et il est qualifié d’INNOCES.

Image 17 : Mosaïque funéraire d’un armateur. Selon un panonceau situé à proximité : « Mosaïque funéraire de l’armateur Félix, dont le navire, un deux-mâts, est figuré au-dessus de symboles chrétiens. Tabarka ; Ve siècle ap. J. C. »

Image 18 : Mosaïque funéraire d’un mesureur. Selon un panonceau situé à proximité : « Mosaïque funéraire d’un mensor, qualifié de doux, représenté avec son instrument de travail (boisseau). Tabarka ; Ve siècle ap. J. C. »


Image 19 : Mosaïque funéraire d’un dénommé Félix, qualifié de FIDELIS, ce qui désignerait un baptisé. Il aurait vécu 20 ans (interprétation délicate). Au-dessous de lui et successivement, un canthare d’où jaillissent des rinceaux, des oiseaux affrontés et deux paons. Tous sont des symboles de vie après la mort.

Image 20. Selon un panonceau situé à proximité de cette mosaïque : « Mosaïque funéraire de deux adultes et d’un enfant en bas-âge. Rinceau d’acanthes porteur des fruits de la vigne et peuplé d’oiseaux (bordure). Épitaphe dans une couronne de laurier centrée : Constantia en paix a vécu 55 ans, décédée les 8 des ides d’Août. Gaudiosa en paix a vécu 22 ans, décédée les 3 des ides de Mai. L’Épitaphe de l’enfant, mort sans être baptisé et inhumé avec les deux défuntes court en bas du panneau. (P)alatinus, innocent, en paix, parti les 5 des ides d’Avril. Demna, église paroissiale, à proximité du couloir menant l’abside au chœur ; Ve siècle ap. J. C. »

Image 21 : Mosaïque funéraire d’une enfant, très douce, ayant vécu en paix 10 ans, 8 mois, 21 jours. Elle est vêtue d’une dalmatique, en attitude d’orante. Sa tête est entourée d’une couronne de laurier , avec une croix au sommet.

Image 22 : Mosaïque funéraire d’une enfant dénommée Crispina qui a vécu 8 ans, 10 mois, 23 jours.

Image 23 : Mosaïque funéraire de Taonia qui aurait vécu en paix 70 ans (lecture difficile). Outre l’épitaphe dans une couronne de laurier, le panneau est décoré d’un canthare, de deux paons et de volatiles dans une oasis.

Image 24 : Mosaïque funéraire de Florentia, baptisée. Le panneau est décoré de tout un semis de plantes et d’oiseaux, un jardin merveilleux évoquant le paradis.


Image 25 : Mosaïque funéraire de Vitalis. Belle mosaïque d’oiseaux s’abreuvant à un canthare. Symbole du paradis.

Image 26 : Mosaïque funéraire d’un homme baptisé ayant vécu 42 ans. Ici aussi, on a tout un semis d’oiseaux et de fruits autour de rinceaux émergeant d’un canthare, le tout évoquent le paradis.

Image 27. Selon un panonceau situé à proximité de cette mosaïque : « Mosaïque funéraire d’Adéodatus, décorée d’une croix grecque. Église de Bir Ptouha (Carthage). Époque byzantine. »

Image 28. Selon un panonceau situé à proximité : « Cratère entouré de volatiles . Thuburbo Maius. »

Image 29 : Deux paons encadrant deux paons une couronne de lauriers.

Image 30. Selon un panonceau situé à proximité : « Fragment de sarcophage du Bon Pasteur ».


Image 31. Selon un panonceau situé à proximité : « Croix processionnelle en bronze, avec dédicace grecque du prêtre Alexandre. Monument à auges. Bulla Regia. Époque byzantine. »

Image 32 : Selon un panonceau situé à proximité : « Moule de pain eucharistique avec une citation biblique : “ Je suis le pain descendu du Ciel (Jean VI, 51-58) ” et l’image du cerf, symbole du catéchumène.  Jebniana (région de Sfax) . Époque byzantine. »

Image 33 : Piscine baptismale d’El Kantara (ancienne Gightis).

Image 34 : Piscine baptismale d’El Kantara.

Image 35 : Piscine baptismale de Kélibia. Elle serait datée de la seconde moitié du VIe siècle. Nous aurons l’occasion d’y revenir lors d’une étude générale sur les fonts baptismaux.

Image 36 : Piscine baptismale de Kélibia.



Datation envisagée pour les collections paléochrétiennes du musée du Bardo à Tunis : an 500 avec un écart de 100 ans.