La mosquée Zitouna de Tunis
Nous n’avons pas eu l’occasion de
pénétrer dans cette mosquée durant notre voyage effectué en
Tunisie en 2025. Nous avons pu cependant prendre quelques
clichés depuis l'extérieur du monument (images
de 11 à 16). Les autres images de cette page sont
extraites de galeries d’Internet.
Selon page du site Internet Wikipédia décrivant ce monument
:
« Histoire
Certaines sources attribuent la fondation de l'édifice au
gouverneur omeyyade de Tunis, Abdallah ibn al-Habhab, en
732. C'est le général ghassanide Hassan inn al-Abhab,
arrivé avec ses compagnons lors de la conquête musulmane
du Maghreb, qui réaffecte le lieu de prière antique en 698
puis édifie le monument dès 704. Des recherches ont par
ailleurs confirmé que la mosquée a été construite sur les
vestiges d'une basilique chrétienne, ce qui conforte la
légende rapportée par Ibn Abi Dinar sur la présence du
tombeau de Sainte Olive (martyrisée sous Hadrien en 138) à
l'emplacement de la mosquée.
De
la mosquée édifiée sous le règne des Omeyyades, il ne
reste presque rien car l'édifice est reconstruit en
totalité en 864 sous le règne de l'émir aghlabide Aboul
Ibrahim et sur ordre du calife abasside de Bagdad
Al-Musta’in. Une inscription à la base de la coupole du
mihrab indique
que les travaux ont été exécutés par l'architecte
Fathallah.
Il s'agit de la deuxième mosquée construite en Ifriqqiya
et la deuxième plus grande mosquée de Tunisie après la
grande mosquée de Kairouan.
À partir de sa construction, la mosquée subit des
retouches apportées par les différentes dynasties qui se
succèdent à la tête de la Tunisie.
En
990, le souverain ziride Mansour ibn Bologhine fait
construire la coupole bichrome du bahou,
au-dessus de l'entrée de la salle de prière donnant sur la
cour. Le sultan hafside Abû’Abd al-MustansiAllah Muhammad
pourvoit la mosquée d'imposantes citernes en 1250. En
1316, la mosquée fait l'objet de restaurations importantes
: Abu Yahya Abu Bakr al-Mutawakk y fait remplacer des
poutres et y fait ouvrager les portes qui ferment la salle
de prière et les dépendances. Une bibliothèque de style
turc est financée par le sultan ottoman Mourad II en 1450.
[...]
Enfin,
un minaret de style almohade, œuvre des amines Tahar Ben
Saber et Sliman Ennigrou, est également ajouté à la
mosquée en 1894 à la place du minaret construit sous
Hammouda Pacha en 1652. »
Commentaires du texte
ci-dessus
Ce texte est assez imprécis en ce qui concerne la datation
de celle construction : tantôt on donne la date de 732 (« Certaines
sources attribuent la fondation de l'édifice ... en
732. »), tantôt la date de 704 (« C'est
le général ... qui
... édifie
le monument dès 704 »), tantôt la date de 864 (« l'édifice
est reconstruit en totalité en 864 »). Avec en
supplément la contradiction apparente révélée par la phrase
: « il
ne reste presque rien car l'édifice est reconstruit en
totalité ... »
Il n’y a rien de surprenant à cela. Dans toute l’étude des
monuments de notre site, qu’ils soient chrétiens, musulmans
ou païens, nous constatons de telles imprécisions ou
incohérences. Il y a plusieurs explications à cela :
l’imprécision des textes (par exemple leur auteur parle
d’une construction sur un monument sans préciser que c’est
une partie de ce monument), l’erreur d’attribution due à une
transmission orale, le désir de magnifier l’œuvre.
Une des erreurs souvent rencontrée est celle d’une création
instantanée et définitivement arrêtée à la date fixée. Par
exemple, en faisant référence à ce qui est écrit plus haut
où il est fait mention de la date de 732, supposons que la
mosquée Zitouna ait été construite à cette date. Eh bien
cette date ne peut être qu’indicative car la seule
construction de l’édifice prend plusieurs années au cours
desquelles plusieurs opérations successives peuvent être
réalisées (collection des fonds, achat du terrain,
élaboration du plan, pose de la première pierre, achèvement
des travaux).
Mais il y a plus ! Car bien souvent les historiens se
contentent de donner la première date de construction en
oubliant qu’il a pu y avoir évolution de l’architecture du
bâtiment au cours du temps.
C’est d’ailleurs ce que nous constatons ici. Observons l'image 6 qui présente
un des portails d’entrée à la salle de prière. Celui-ci est
surmonté d’un très bel arc en plein cintre outrepassé. Du
côté gauche, cet arc repose sur une colonne monolithe en
marbre par l’intermédiaire d’un chapiteau et d’un tailloir.
Rien de tel du côté droit. L’arc vient se perdre derrière
une autre structure supportant un arc transverse. Il semble
évident que cet arc transverse ainsi que la voûte d’arêtes
qui couvre cette partie de la galerie Sud sont des ajouts
postérieurs. Nous constatons qu’il y a eu là deux étapes de
travaux pouvant être séparées de plusieurs siècles.
De même observons sur l'image
10 les trois colonnes formant le pilier de droite.
Là encore, nous repérons un « bricolage » d’architecture. La
structure primitive était formée des colonnes jumelles
situées à droite. La troisième colonne, plus petite, et les
structures qu’elle soutient (chapiteau, tailloir et arc),
ont été ajoutées ultérieurement.
D’autres transformations plus importantes que celles-ci sont
envisageables. Ainsi le plan de l'image
5 permet de montrer que la nef de la salle de
prière est formé de 15 vaisseaux, le vaisseau central étant
plus large que les vaisseaux secondaires. Il est fort
possible qu’il y ait eu au cours du temps des
agrandissements de la salle de prière. Nous pensons en
particulier, qu’à l’origin, la nef n’était formée que de
cinq vaisseaux : le vaisseau central avec de part et d’autre
deux vaisseaux latéraux. Le vaisseau central était prolongé
par l’abside qui abrite le mirhab.
Celle-ci était encadrée par deux pièces annexes. Il ne
resterait que celle de droite.
Cela ne nous donne cependant pas des informations sur la
datation de la mosquée. Il est possible que des parties de
la basilique chrétienne citée dans le texte ci-dessus
subsistent dans la mosquée actuelle. Mais nous n’avons pas
de certitude là-dessus.
De même, les
images 11, 12 et 13 font apparaître des colonnes
dont le marbre est issu de nombreuses carrières distinctes.
Il y a eu très certainement récupération de marbres antiques
mais la grande diversité pose en elle-même question. Car si
on imagine que l’ensemble des colonnes a été installé en une
seule période, on doit admettre que cet ensemble a été
récupéré sur un nombre assez réduit de temples ou d’églises
construits auparavant.
Un petit arrêt sur l'image
13 montrant le vaisseau central de la salle de
prière. Ce vaisseau principal est encadré par deux rangées
de colonnes. On constate qu’il y a une seule colonne de part
et d’autre au premier rang, mais deux colonnes au second
plan, et une seule pour chacun des plans suivants. Les deux
colonnes du second plan montrent qu’il y a eu là ajout
postérieur d’une colonne. Nous n’en connaissons pas la
raison.
Les images 14, 15 et 16
montrent la diversité des chapiteaux et leur état parfois
dégradé. Sur l'image 16, le chapiteau du
milieu est selon nous un modèle byzantin.
Le portail de l'image 17,
à arc outrepassé, est en apparence banal. La maçonnerie des
piédroits semble même dater de la période moderne.
Cependant, on constate que la pierre située sous le seuil
d’entrée est décorée de strigiles. Il est donc probable que
cette pierre soit la face avant d’une cuve de sarcophage
romain. Pour franchir le seuil, tout visiteur est contraint
d’enjamber cette pierre, voir même passer dessus la cuve
entière si celle_ci a été conservée. Y-a-t’il une légende à
ce sujet ?
Nous avons capturé l'image
18 sur Internet. Nous ne savons pas si la
construction ici représentée est intérieure ou extérieure à
la mosquée. Nous pensons plutôt à un passage du souk.
Toujours et-il que cette image fait immédiatement penser à
celle de la partie Ouest (côté entrée) d’une basilique
chrétienne à nef à trois vaisseaux avec un vaisseau
principal surhaussé par rapport aux vaisseaux latéraux :
modèle très caractéristique d’une église du premier
millénaire. La question qui se pose est la suivante :
s’agit-il là du fait du hasard ou d’une construction, à
l’origine chrétienne, mais depuis fortement modifiée ?
Datation
envisagée pour la mosquée Zitouna de Tunis : an 850
avec un écart de 100 ans.