Le musée archéologique de Timgad
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décrivant Timgad :
Le musée archéologique de
Timgad
« Situé
à l'entrée du site archéologique, le musée conserve et
présente de nombreuses sculptures, mosaïques, inscriptions
ainsi que des petits objets (poteries, lampes, verrerie,
ustensiles en bronze, monnaies, fibules) trouvés dans la
fouille du site ou de ses environs. On y accède par une
vaste cour, agrémentée de colonnes et de statues.
On peut admirer des sculptures de divinités
gréco-romaines, comme pour les bustes de Mercure et
d’Apollon, la statue de la Fortune, les têtes de Sérapis
et d’Esculape provenant du fort byzantin. Des bas-reliefs,
des stèles dédiées à Saturne (Ba'al Hammon des Numides)
provenant des environs de Timgad et de Lambafundi, sont
exposés. Le musée possède une statue de l'empereur Lucius
Veru, des nymphes soutenant des coquilles trouvées dans
les thermes du Sud. À l'intérieur du musée, un vase
colossal représente le sacrifice et l'Amour de Psyché et
enfin figurent de nombreuses inscriptions.
Une
porte, qui fut celle de la chapelle de Patrice Grégoire,
donne accès à des salles, où sont exposées de nombreuses
mosaïques qui ont servi de décoration et qui ont été
souvent retrouvées dans les thermes ou dans des riches
demeures privées, comme la mosaïque avec Neptune sur son
char, Vénus, Diane au bain, etc. Le musée est un élément
important de la préservation du site et de ses richesses.
[...] »
Les stèles votives dédiées
à Saturne (images
de 3 à 8)
Il s’agit là d’une hypothèse de notre part mais elle semble
confirmée par plusieurs observations. Tout d’abord, le dieu
phénicien Ba’al Hammon, particulièrement vénéré en Afrique
durant la période pré-romaine aurait continué à l’être après
la conquête sous la forme du dieu romain Saturne. Celui-ci
est souvent représenté assis. Il est barbu et chevelu.
Saturne est le maître du temps. On le voit donc avec des
représentations qui rythment ce temps : le soleil et la
lune, les jours de la semaine, le zodiaque.
Image 3 : Une
stèle votive est destinée à commémorer une scène de
sacrifice à un dieu. Elle est en général composée de trois
ou quatre registres. Le célébrant occupe la partie centrale,
à l’intérieur d’un temple. Dans le registre supérieur, on a
l’image du dieu vénéré, et, dans le registre inférieur,
l’animal du sacrifice.
Image 4 :
Registre supérieur de la stèle précédente. Le dieu Saturne,
assis, est encadré par les personnifications du Soleil, à
gauche, et de la Lune, à droite. Tout comme les Dioscures
(dieux romains Castor et Pollux), chacun de ces dieux est
accompagné du cheval qui le transporte dans le ciel.
Image 5 : Sur
cette stèle, la Lune est à gauche de Saturne, et le Soleil,
à droite. Lune et Soleil portent des chapeaux, l’un à
croissant de lune, l’autre de rayons solaires.
Image 6 : Autre
stèle dans laquelle Saturne est représenté entre la Lune et
le Soleil.
Image 7 :
Paradoxalement, Saturne apparaît à moitié allongé. C’est
bien Saturne : il tient dans sa main tendue son attribut,
une faucille. Et, ici encore, il est encadré par la Lune et
le Soleil. Nous pensons que cette représentation de Saturne
allongé témoigne d’une évolution dans la croyance
religieuse. Notre interprétation est que Saturne n’est plus
décrit comme un intervenant direct dans la vie des hommes.
Saturne est « au repos » suivant une lecture semblable à
celle de la Genèse : « Le septième jour, Dieu se reposa ».
Image 8 : Sur
cette stèle, Saturne, allongé, brandit sa faucille. Mais il
n’y a plus de Lune et de Soleil, ce qui pourrait signifier
une nouvelle évolution. À remarquer la différence entre la
scène de célébration de la stèle et celles vues
précédemment. À gauche, un serpent encercle l’autel du
sacrifice, alors qu’à droite, un enfant nu se tord de
douleur. Dans le registre inférieur, deux hommes font un
gros effort pour soulever sur une guirlande le bélier du
sacrifice. Ce qui montre l’importance de ce sacrifice. La
présence du serpent et de l’enfant souffrant font envisager
un vœu exaucé pour la guérison d’un être cher.
Image 9. Cette
stèle est tout à fait différente des précédentes : le dieu
représenté n’est probablement pas Saturne. Il est entouré
par deux dauphins chevauchés par des hommes. On songe à une
religion en rapport avec la mer (le dieu Océan ? Vénus ?
Neptune ?). Par ailleurs, le registre médian, tout comme le
registre inférieur, sont tout aussi énigmatiques.
Les
stèles funéraires (images
de 10 à 14)
La principale différence entre stèle votive et stèle
funéraire est dans le fait que, pour la seconde, il n’y a
pas de célébration par un sacrifice. Souvent les défunts ou
le couple de défunts sont représentés. Il peuvent l’être en
présence du dieu. C’est le cas de la stèle de l'image
10, le dieu étant Saturne.
La grande découverte que nous avons faite sur Timgad est
celle des stèles de repas funéraires. Les repas funéraires
sont représentés sur des sarcophages, mais ici c’est un peu
différent : c’est la table qui est dressée en vue du repas
funéraire pour accueillir le visiteur (images
de 11 à 14).
Nous n’avons pas vu de représentation de divinité qui
permette d’identifier la religion du défunt.
Mais quelques indices. Ainsi, le poisson qui décore les
tables des images 12 et
13 : le poisson était utilisé comme symbole
chrétien au temps des persécutions. Il y a aussi l’épitaphe
de l'image 13 signalant
que Caecilia Matutina a vécu 21 ans (texte proche des
épitaphes chrétiennes). Il y a enfin le décor très abîmé de
l'image 14. Nous
pensons qu'à l’origine il devait y avoir une croix pattée
avec seulement trois branches apparentes.
Trois sarcophages sculptés
(images 15, 16 et
17)
Nous sommes surpris du petit nombre de sarcophages sculptés
présents en Afrique, en particulier de sarcophages
chrétiens. Ceci en comparaison avec ce que l’on voit en
Europe où, inversement, le nombre et la qualité des
mosaïques sont moins importants.
Statues
romaines (images
de 18 à 26)
La statue de l'image 22 est
interprétée comme étant celle du Bon Pasteur. Il s’agit
donc, en apparence, d’une statue chrétienne, le Bon Pasteur
étant associé à Jésus-Christ. Cependant le dieu païen Hermès
est parfois représenté portant sur ses épaules une brebis.
Cette statue est-elle donc réellement la statue du Bon
Pasteur
Jésus-Christ ? Ou une statue de Hermès ? Nous penchons
plutôt pour la seconde hypothèse, car cette statue est
sculptée en ronde-bosse, technique que n’utilisaient pas les
chrétiens des premiers siècles.
Les
mosaïques (images
de 27 à 45)
On retrouve à Timgad les mêmes décors de mosaïque rencontrés
tout autour de la Méditerranée. Nous ignorons si des études
systématiques et statistiques ont été faites pour comparer
ces décors dans le détail. Car de nombreuses questions se
posent sur la signification de certains décors. Ainsi, nous
avons donné pour légende de
l‘image 27 : « Mosaïque
à décor géométrique. », explication
très neutre. Mais on constate la présence d’une conque
stylisée sur trois des quatre coins de la mosaïque : les
conques sont liées à la naissance de Vénus. Et sur les
bandes verticales qui encadrent la scène, apparaissent des
canthares d’où jaillissent des rinceaux d’acanthes (symbole
de vie). S’agit-il là d’un simple décor ? Ou existe-t-il un
symbolisme caché ?
La mosaïque de l'image 30
est une mosaïque de victuailles (on dit encore : une
xenia). L’explication est la suivante : le
propriétaire qui voulait bien accueillir ses invités étalait
par terre sous la forme d’une mosaïque, les victuailles
qu’il comptait leur offrir (pain, gâteaux, vin, viandes sur
pied). C’est ce qui semble être le cas dans la partie
centrale. Mais sur la frise du pourtour, on peut voir une
représentation en alternance de couples de conques et de
couples de dauphins. Les dauphins sont souvent associés au
culte de Neptune. Là encore, la question se pose de savoir
si on est en présence d’une scène purement profane ou d’une
scène mythico-religieuse.
L'image 31 de la
tête de méduse d’où sortent des serpents est fréquemment
représentée. Mais nous sommes surpris d’une particularité
caractéristique de cette tête : elle est de petite taille,
inscrite dans un cercle ne dépassant pas 20 cm de rayon.
Mais elle se trouve comme ici dans un plus grand ensemble de
plusieurs mètres carrés constitué d’un décor imitant des
écailles. La question qui se pose est la suivante : pourquoi
ne voit-on pas de tête plus grande, couvrant tout le panneau
comme celle du dieu Océan de l'image
39 ? Et
une autre question annexe : pourquoi ce décor noir et blanc
d’écailles et non un décor de bandes entrelacées ?
Image 32 de la
mosaïque des Philadelphes. Dans une des pages précédentes
consacrée aux monuments de plaisir de Timgad, nous avons
cité les Thermes des Philadelphes en ignorant la provenance
de cette appellation. Nous pensons à présent que c’est cette
mosaïque trouvée dans ces thermes et déposée depuis dans le
musée qui en est l’origine. La scène de la partie centrale (image 33 : Antiope,
déguisée en ménade, est poursuivie par Zeus, déguisé en
satyre) est dominée par l’épitaphe
« FILADELFISVITA », traduite par : Vie
des Philadelphes. Cette épitaphe permet de
comprendre que certaines scènes mythologiques qui, à
l’origine, pouvaient avoir un contenu symbolique ou
religieux, ont pu être détournées en scènes érotiques dès
l‘antiquité (et c’est encore plus vrai durant les périodes
de la Renaissance ou du Classique).
Image
36 : Artémis, couronnée par un nimbe, se baigne
toute nue dans un cours d’eau. Deux nymphes, l’une à gauche,
l’autre à droite, l’assistent. Actéon est présumé l’épier à
partir du haut et de la gauche. On peut voir son reflet dans
l’eau. En retour, elle a transformé Actéon en cerf, et il a
été mis en pièces par ses propres chiens.
Image 37 :
Mosaïque marine de Vénus. La déesse est représentée nue
chevauchant un centaure marin, en compagnie d’un autre
centaure marin.
Image 40. Cette
image était ainsi légendée : « Cette
déesse, sous le nom de Dea Patria, était la principale
divinité de l’Aqua Septimiane Felix à Timgad. ».
Coiffée d’une dépouille d’éléphant, elle est plus connue
sous le nom d’Africa.
Image 45. Cette
image était ainsi légendée : « Épitaphe
chrétienne de Flavia Albula ». L’épitaphe que nous
lisons est « SETULA IN PACE VIXIT XXVIII » : « Setula
a vécu en paix pendant 28 ans » : Une « Sétula »
mais pas de «
Flavia Albula ».
Les
lampes à huile (images
de 46 à 57)
Ces lampes à huile, objets communs, sont de véritables
petites œuvres d’art par la qualité de leur réalisation et
l’inventivité des décorateurs. On trouve, en effet, une
grande variété des décors. Certains sont géométriques (image 46). D’autres
sont figuratifs, représentant peut-être le propriétaire de
la lampe (image 52)
? Un personnage important (image
53). ? Un diable (image
47) ? Un dieu (image
50) ?
La représentation d’un taureau dont la tête est tournée vers
le spectateur pourrait être liée à la religion du dieu
Mithra (image 48).
C’est un dauphin à trois queues qui est présent sur l'image 49.
On trouve ce type de représentation dans les
mosaïques marines du dieu Océan ou du Triomphe de Neptune.
Notons enfin les représentations des chrismes dans les
lampes des images 55, 56
et 57. Remarquons d’une part l’absence sur chacune
des lampes de lettres alpha
et
oméga. À leur emplacement, ont été percés les trous
de remplissage en huile de la lampe. Est-ce tout à fait un
hasard ?
Datation envisagée pour le musée archéologique de
Timgad : an 200 avec un écart de 100 ans.